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Publié le 05/08/2018

De violents orages ont frappé le Bas-Rhin en mai et en juin, avec des précipitations d’une rare intensité (60 mm/h). Ces trombes d’eau ont provoqué des inondations, des débordements de fossés et de canalisations, mais aussi des coulées d’eau boueuse un peu partout. « Plus d’une cinquantaine de communes ont été touchées en Alsace du Nord, dans le Kochersberg et l’Eurométropole », indique Rémy Michael, conseiller à l’Adar de l’Alsace du Nord. La réaction des élus ne s’est pas fait attendre : « Il faut des bassins de rétention », « C’est la faute des agriculteurs », etc. La Chambre d'agriculture d'Alsace a mis en place une cellule spécialisée qui est intervenue en urgence, ce printemps, à la demande des communes, des communautés de communes, de l’Eurométropole de Strasbourg, etc. « Dans l’urgence, on identifie l’origine des coulées de boue (présence ou non de céréales à paille…), on cherche des solutions, puis on entame le dialogue. » Cette cellule mène depuis plusieurs années une action de prévention des coulées de boue. Une démarche en trois étapes, la première consistant à faire un diagnostic de terrain pour déterminer le sens de l’écoulement des eaux, la sensibilité des sols, la topographie, les éléments paysagers. Un dialogue s’engage alors avec les acteurs locaux, élus, agriculteurs, partenaires (collectivités, SDEA), pour valider ce diagnostic et déterminer les solutions à mettre en œuvre. Privilégier les solutions préventives Des solutions préventives existent. L’assolement concerté, par exemple. Il consiste à répartir les cultures d’hiver et de printemps à l’échelle du territoire pour limiter les zones non couvertes à la sortie de l’hiver et améliorer la filtration du sol. Le non-labour, aussi. Car les résidus de culture ne sont pas enfouis, mais laissés au sol, ce qui ralentit la circulation de l’eau. Afin de limiter les transferts par ruissellement vers l’aval, des mesures curatives peuvent être déployées, comme les fascines, les bandes enherbées, les haies. « Lorsque l’on implante une haie, il faut sélectionner des espèces drageonnantes, qui font effet de frein hydraulique », précise Rémy Michael. La Chambre d'agriculture joue un rôle de médiation entre les agriculteurs et les élus locaux. « Souvent, nous sommes confrontés à des situations très tendues. Nous trouvons des solutions grâce au dialogue. » En fonction des propriétés du sol, du diagnostic érosion, des solutions préventives sont proposées. Par exemple, de recréer des ceintures vertes autour des villages, lorsqu’un remembrement est à l’ordre du jour. Mais comment les installer, sur quelle emprise, celle de l’agriculteur ou celle du promoteur ? Autant de problèmes à résoudre. Une participation financière du Conseil départemental serait un plus…

Publié le 05/08/2018

À sa sortie du lycée agricole d’Obernai, en 2004, Emmanuel Dollinger rejoint l’exploitation familiale, bien connue à Hœrdt pour ses asperges. En concertation avec ses parents, il décide d’ouvrir un magasin de vente à la ferme et de se spécialiser dans la production de légumes, dans la perspective de son installation, effective en 2012. Pari relevé : sur les 150 ha de terres cultivées par la famille Dollinger, près de 50 ha sont consacrés aux cultures légumières, le reste étant dédié au blé et au maïs. Outre les 7 000 m2 de serres, il produit 7 ha de légumes de plein champ, 10 ha d’asperges, 9 ha d’oignons et 16 ha de pommes de terre, conditionnées à la ferme. La palette est très variée : les productions estivales sont la tomate - il en cultive 25 variétés -, le poivron, l’aubergine, la salade, le haricot, la carotte, le céleri, la courge, la pastèque et le melon ; les productions hivernales sont le radis, l’épinard, la betterave rouge et la salade. 80 % de la production est commercialisée en vente directe, dans le magasin et par le biais de paniers fermiers. Actuellement 400 à 500 paniers sont livrés chaque semaine dans une soixantaine d’entreprises de la grande couronne de Strasbourg. Les 20 % restants sont vendus par l’intermédiaire du Comptoir agricole, de la Coopérative des fruits et légumes d’Alsace, de deux grossistes, Terre d’azur (Pomona) et Sapam, ainsi qu’auprès des restaurateurs des environs. Tous les membres de la famille participent au développement de l’entreprise. L’EARL est dirigée par Emmanuel Dollinger, son père Antoine s’occupant des grandes cultures. Sa sœur, Loriane a rejoint l’exploitation en 2015. Elle s’occupe de la gestion administrative et comptable de l’entreprise. La SARL est gérée par Annie Dollinger. Dix salariés et un apprenti travaillent dans l’entreprise, dont sept pour la vente à la ferme. De nombreux saisonniers sont employés par la famille Dollinger, 15 pour la cueillette des asperges, cinq pour celle des tomates. Au fil du temps, le vivier de travailleurs occasionnels a changé. « Nous avons d’abord employé de la main-d’œuvre française, puis polonaise. Aujourd’hui, nous nous tournons vers les saisonniers espagnols. »

Publié le 05/08/2018

Les 150 ha de l’EARL Dollinger sont répartis sur dix communes, les parcelles les plus éloignées étant situées à Schaffhouse sur Zorn. Comme la plupart de ses collègues, il voit d’un bon œil l’aménagement foncier planifié dans le cadre de la construction du Contournement ouest de Strasbourg (COS, alias GCO). La construction de cette autoroute engendre l’une des plus importantes opérations de remembrement de ces dernières années en Alsace. Plus de 11 000 ha vont être aménagés en quatre ans dans l’ouest et le nord strasbourgeois, soit quelque 30 000 parcelles cadastrales sur 28 bans communaux. Le Conseil départemental pilote l’opération en liaison étroite avec la Chambre d’agriculture d'Alsace et les agriculteurs. Objectif : mutualiser la perte de foncier liée à l’emprise de l’ouvrage entre un grand nombre d’agriculteurs. Mais une opération de cette envergure est très complexe. Aussi le périmètre a-t-il été divisé en cinq zones intercommunales et c’est au sein de ces cinq zones prises séparément que sera réorganisé le parcellaire. La commune de Hoerdt fait partie de la zone COS nord, qui s’étend de Vendenheim à Weyersheim, en passant par Geudertheim et Bietlenheim, sur une superficie de 3 000 ha. Cet aménagement permettra d’optimiser la gestion des mesures compensatoires environnementales liées au COS et à la Sanef, souligne Dominique Métreau, responsable du service gestion du territoire de la Chambre d'agriculture. Il permettra en outre de restructurer le parcellaire, et donc de moderniser l’agriculture, avec une perte de foncier limitée pour les exploitations : « Plus de 200 agriculteurs vont perdre de l’ordre de 1,4 %, c’est supportable. » Et ce, tout en intégrant des dispositifs de lutte contre les coulées d’eau boueuse à Geudertheim. Dominique Métreau ajoute : « Le remembrement est un outil précieux, puissant et moderne, à condition de le gérer de manière intelligente ». Un outil de modernisation de l’agriculture Pour Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin, « cette stratégie marquera positivement notre paysage sur le plan économique et environnemental ». Selon lui, une exploitation remembrée peut économiser entre 50 et 100 €/ha/an. À cela s’ajoute le gain de temps lié aux déplacements, sans oublier la réduction des volumes de produits phytosanitaires, estimée à 20 %. Emmanuel Dollinger poursuit : « Si je pouvais regrouper plusieurs parcelles, je pourrais électrifier le système d’irrigation, ce qui éviterait de transporter du gazole pour alimenter les pompes. » Pour Franck Sander, l’aménagement foncier ne doit pas se limiter à la réalisation de grandes infrastructures routières ou ferroviaires. « Le remembrement est de votre ressort. Il faut continuer, même en dehors du COS. » La réponse de Frédéric Bierry fuse : « Nous n’avons pas l’intention de nous arrêter en cours de route. En matière d’aménagement foncier, nous avons conservé le même niveau d’engagement, soit environ 3 000 ha/an. Le COS vient en plus des autres opérations de remembrement. »

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