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Publié le 23/10/2018

Dans le cadre de sa journée annuelle réservée aux professionnels, restaurateurs, grossistes et cavistes, la cave de Turckheim a présenté son nouveau crémant, Cousu Main, réalisé à quatre mains par Michel Lihrmann et William Arlotti.

Alors que les ors et les cuivres de l’automne habillent le vignoble alentour, le flacon du nouveau crémant de la cave de Turckheim se pare de rouge et de noir. Voici la cuvée Cousu Main, imaginée par William Arlotti, directeur artistique de ce projet et validée par l’ensemble du personnel et des vignerons de la cave. Cette bouteille se veut habillée et festive pour apporter l’élégance de ses bulles aux fêtes de fin d’année. Cette création inaugure une collection baptisée « Out fit of the day » (la tenue du jour), pour une mise en valeur originale des vins produits par la cave de Turckheim. William Arlotti est créateur de mode, styliste, et journaliste de mode. Pour habiller ce flacon, il s’est inspiré de l’Alsace dans son authenticité que ce Lorrain d’origine a appris à aimer. C’est tout naturellement que le costume traditionnel des Alsaciennes est devenu le fil conducteur pour la réalisation de cet habillage, avec un inversement des couleurs : du noir pour la robe et du rouge pour la coiffe. Son Alsacienne un peu mutine, toujours joyeuse, un brin mystérieuse s’inscrit pleinement dans le monde contemporain dans sa libération des codes traditionnels. Elle ne dévoile pas tout du premier coup et, derrière ses lunettes noires et rondes, se cache son regard sensuel qui pourrait transformer le jour en soir. Ses colliers et ses souliers s’envolent. Un lipstick dessiné, de-ci de-là, devient la promesse d’un doux baiser. La cave de Turckheim a confié la direction artistique à William Arlotti : illustrations, création de looks, photographies, tournages, vidéos, animation des réseaux sociaux, évènement. Avec son mannequin fétiche, Alexia Canova, aux origines italo-alsaciennes, il fait rayonner la nature autour de Turckheim avec ses vignes, et la ville avec ses maisons à colombage et le charme de ses ruelles. Le crémant Cousu Main a été créé à quatre mains avec Michel Lihrmann, l’œnologue de la cave, qui a élaboré un assemblage équilibré à partir de pinot blanc et de pinot gris issus d’un terroir graveleux et granitique. Le pinot blanc a été choisi pour sa fraîcheur, son fruité, son élégance et sa finesse, alors que le pinot gris apporte la puissance, la charpente et la structure du vin. Michel Lihrmann explique l’importance du dosage des deux cépages dans l’élaboration d’un vin rond, plus féminin avec une bulle harmonieuse. D’une robe dorée, cristalline, ce crémant d’Alsace brut a un nez très expressif de coing, cédrat confit et fruits rouges. La bouche particulièrement séductrice enveloppe son cœur fruité et sa rondeur s’équilibre par une agréable vivacité qui rafraîchit les papilles. Le flacon Cousu Main par William Arlotti est proposé à la vente au prix de 9,90 €.

Frédéric Raynaud, directeur de la cave de Pfaffenheim

Il suffirait de peu de changements pour regagner les marchés

Publié le 19/10/2018

Nombre d’opérateurs du vignoble alsacien, de toutes tailles, s’inquiètent en sourdine de l’évolution de la situation économique, avec une récolte pleine et dans les caves du vrac qui s’accumule. Jusqu’en 2017, les petites récoltes suffisaient à justifier la baisse des ventes. Avec un potentiel d’appellation de plus de 1,15 million d’hectolitres, en vendange pleine, la capacité de mise en marché des alsaces se situe autour de 940 000 hl. Pour Frédéric Raynaud, directeur de la cave de Pfaffenheim, quelques mesures suffiraient pour mieux adapter les vins d’Alsace à la demande.

EAV-PHR : Pourquoi souhaitez-vous pouvoir conditionner des vins d’Alsace en bag in box (bib) ? Frédéric Raynaud : En particulier pour le marché suédois, quatrième marché d’exportation des vins d’alsace en valeur : plus de 50 % des volumes sont vendus en bib. On me rétorque que le bib altérerait l’image qualitative des vins d’Alsace. Des chablis sont vendus en bib. Leur image est-elle dégradée ? En Suède, je trouve aussi des vins allemands en bib à des prix très élevés. EAV-PHR : Pourquoi souhaitez-vous sortir du conditionnement unique en flûte alsacienne ? FR : J’ai de plus en plus de clients notamment à l’export qui me disent que le pinot noir ne se vend pas bien en flûte. Et ils me demandent de le conditionner en bourguignonne. La question du design de la bouteille est la même pour le rosé. Résultat : nous n’arrivons pas à nous positionner face aux rosés de Provence dont les ventes explosent. De surcroît, nous nous imposons la flûte qui n’est même pas protégée. Sur d’autres marchés, des Australiens ou des Languedociens en profitent pour nous subtiliser des parts de marché en utilisant la flûte avec des niveaux de prix très compétitifs. Et pour aborder le marché chinois où le design est très important, il nous faudrait également plus de liberté dans le choix du modèle de bouteille. EAV-PHR : Vous revendiquez la possibilité de mentionner les cépages sur vos étiquettes de cuvées bi- ou tri-cépage. La mention edelzwicker n’est-elle pas une réponse suffisante ? FR : Sur le deuxième marché export des vins d’Alsace, au Canada, et notamment au Québec, Pfaff représente plus de 40 % de parts de marché des vins d’Alsace. Notre cuvée bi-cépage Black Tie est la plus importante progression de ventes dans son segment de gamme. Et c’est devenu le quatrième vin d’Alsace le plus vendu au Québec en succursales. Je mentionne donc les cépages sur les étiquettes, car les acheteurs et les consommateurs aussi le demandent. Sans cette mention, pas de développement des ventes à l’export. Or l’Association des viticulteurs d’Alsace considère que c’est interdit, et que ça devrait s’appeler edelzwicker. Les cuvées bi-cépage sont les meilleures contributions à la marge brute de notre société. On me dit que ce n’est pas l’idée alsacienne. Je rappelle juste qu’avant-guerre, les vins de cépage étaient l’exception et que la règle était l’assemblage. EAV-PHR : Quels risques encourez-vous ? FR : Pour l’instant, nous considérons que la lecture du cahier des charges ne nous interdit pas de faire du bi- ou tri-cépage, et nous répondons de surcroît à la réglementation européenne plutôt favorable à l’information du consommateur en indiquant le nom des variétés de raisin entrant dans l’élaboration du produit. Les services de l’État et l’Ava ont une lecture différente du texte. Nous sommes sous le coup d’une amende. Et nous avons refusé la transaction proposée par les services de la DGCCRF, comme cela est la règle. L’affaire est en cours et j’ose espérer que l’Ava changera sa position pour permettre à tous les viticulteurs alsaciens qui le souhaitent de pouvoir prendre des parts de marchés à l’export avec des vins multicépages. J’ajoute qu’à ma connaissance, nous sommes le seul vignoble au monde qui interdit cette communication du nom des variétés de raisins sur l’étiquette dans le cas des bi- ou tri-cépages. S’il le faut, nous irons plaider devant la justice européenne. EAV-PHR : Pourquoi estimez-vous que le vignoble est déconnecté des réalités du marché ? FR : Malheureusement, il n’y a pas de contrepoids dans ce vignoble pour engager des discussions constructives face à ces blocages d’un autre temps. Le vignoble est géré par l’amont et non par l’aval. Nous devons évoluer et nous adapter aux marchés internationaux si nous voulons faire vivre et rayonner le vignoble alsacien et ses vins. L’exemple qui me vient est celui de la sucrosité des rieslings sur le marché américain, troisième marché à l’export pour les vins d’Alsace. Une idée généralement répandue tend à faire croire que désormais la demande est exclusivement tournée vers le riesling sec dans ce pays. Or, parmi les 50 rieslings les plus diffusés aux États-Unis, seuls trois sont secs, deux allemands et un français. Les deux marques de riesling les plus vendues aux États-Unis, Château Sainte Michelle et Kungfu Girl de Charles Smith (Washington estate) sont des rieslings off dry avec 10 à 15 g/l de sucres résiduels. D’ailleurs, nos voisins allemands l’ont très bien compris avec une gamme de rieslings secs et une autre de demi-secs, clairement mentionnées. En Alsace, nous ne pouvons élaborer ce type de riesling, puisque la quantité maximale de sucre résiduel est fixée pour ne produire que des rieslings secs. D’ailleurs, l’obligation d’apposer une mention SEC sur les rieslings alsaciens a été initiée par l’Ava… Un vignoble qui ne s’adapte pas à l’évolution des marchés est voué à disparaître. J’espère que les personnes en charge des destinées du vignoble écouteront les acteurs qui se battent chaque jour pour trouver des marchés, et mettront en place des mesures répondant aux attentes réelles de ces marchés.

Nouvelle filière pain bio local Elbrott du moulin Kircher

Au four, au moulin et au champ…

Publié le 19/10/2018

Dans le sillage du développement des paysans-boulangers est créée une filière de pain bio d’Alsace, avec le moulin Kircher à Ebersheim. Sont parties prenantes les agriculteurs bios sous l’égide de l’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace et la Chambre d’agriculture. Et ils sont impliqués dans les critères qualitatifs conduisant à l’élaboration de l’Elbrott, pain de l’Ill.

« C’est un pain composé de farine de blé, d’épeautre, de sarrasin, de son de blé, de germes de blé et avec une note de cumin. Il a des vertus diététiques et nutritives particulières avec un index glycémique extrêmement bas, un minimum de gluten. Mais c’est surtout un pain très sain », souligne Jean Kircher, directeur du moulin Kircher. L’Elbrott est le premier pain bio d’Alsace produit et élaboré dans le cadre d’une filière de céréales bios qui a été constituée sous l’égide de l’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace (Opaba). Dans le sillage du développement des paysans-boulangers, il s’agit d'un groupe de paysans, presque meuniers et boulangers. Car ils sont fortement impliqués dans les critères de qualité de l’Elbrott. « Le moulin Kircher arrive en quelque sorte à nous proposer ce à quoi nous aspirions : un meunier et des agriculteurs qui s’associent dans une démarche volontaire de progrès, en synergie », résume Francis Humann, référent des agriculteurs céréaliers bios à l’Opaba. Montée en 18 mois Il n’a pas fallu plus de 18 mois pour monter la filière et présenter ce produit fini qu’est l’Elbrott, aujourd’hui diffusé dans une trentaine de supermarchés de la région et chez cinq boulangers qui s’engagent en signant la charte à élaborer l’Elbrott avec les farines Kircher. En 2016, l’Agence de l’eau Rhin Meuse finance une étude sur les potentiels de production bio autour des aires de captage, soit 2 500 hectares. C’est le cabinet allemand Ecozept, spécialisé en analyse prospective des marchés bios, qui est missionné pour recenser l’ensemble des opérateurs de la filière céréalière et identifier lesquels seraient ouverts au bio », explique Julie Ambry de l’Opaba. Jean Kircher, opérateur historique en pain bio depuis vingt ans, saute sur l’occasion et signifie sa volonté d’élaborer « un pain bio de territoire ». « Il y a dix ans, il y avait une insuffisance de collecteurs bios, aujourd’hui on est capable de collecter des grains bios n’importe où », explique Julie Ambry. Et en aval, le bio made in France est très demandé par la grande distribution. « On impose nos prix » Ce contexte de tension sur la demande est d’ailleurs l’occasion pour Jean Kircher de jouer carte sur table avec la grande distribution : « Longtemps, la grande distribution ne nous a pas considérés comme sérieux. Elle se rend compte que finalement ça dure. Et les rayons bios prennent de l’ampleur. Mais la logique d’achat - combien, remises, promotions - a dégradé les relations commerciales. Là où la GD se trompe, c’est quand elle passe encore par des centrales d’achat et décide des prix au tableur excel pour les produits bios roumain, ukrainien ou chinois, explique Jean Kircher. Nous ne sommes plus dans le même monde bio. Nous imposons nos prix de vente. Et s’agissant des produits de santé et des produits locaux, le prix devient très relatif. » Conséquence, dans la charte contractualisée, le prix payé aux agriculteurs est de l’ordre de 10 % de plus que le prix du blé bio, avec des primes sur la qualité et un engagement sur quatre ans. « Pour se mettre à l’écart des spéculations. » Un paysan presque meunier et presque boulanger Mais là où cette filière innove, c’est dans le développement qualitatif sous forme de contrat de progrès. « L’agriculteur céréalier bio est directement en prise avec le produit final qu’il peut goûter d’où une certaine responsabilisation », explique Francis Humann. « On est presque paysan meunier boulanger. Pour moi c’est très valorisant », ajoute Michel Roesch, l’un des agriculteurs. Car le moulin Kircher dispose sur site d’un laboratoire d’analyse des farines et d’élaboration des pains qui sert d’ailleurs d’école et est ouvert à tous ceux souhaitant apprendre à élaborer et cuire du pain. Dans cette recherche de qualité, Benoît Gassmann, conseiller grandes cultures bios à la Chambre d’agriculture, vient en appui technique : « Le principal levier pour répondre aux exigences de panification prescrites par le moulin Kircher, c’est la variété. Les blés de force sont les variétés qui vont intéresser l’agriculture biologique. Ce sont des variétés qui vont faire de la protéine avec peu d’azote, d’où un potentiel de rendement un peu plus faible. Nous rendons un avis technique agronomique et le moulin un avis technique sur la panification. On recherche des variétés plutôt hautes, étouffantes, avec une belle couverture de sol, et nous travaillons aussi sur des associations de variétés, pour une qualité et un rendement plus homogènes. » L’excès de protéine ne fonctionne pas Jean Kircher ajoute : « Nous sommes sur des critères de sélection de type années 1965, avec un taux de gluten humide de 20 à 25 %, et des taux de protéines à 9-10 %. Chez nous, l’excès de protéine ne fonctionne pas : on demande de l’allongement souplesse et de la digestibilité à travers l’équilibre protéine-cellulose ». Le groupe d’agriculteurs va même aller plus loin que les choix variétaux : « Il s’agit d’identifier les variétés optimales pour chaque parcelle en vue d’élaborer une qualité optimale. Toute la difficulté est de trouver la variété adaptée à la parcelle », explique Francis Humann.

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