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Publié le 07/12/2021

Il y a sept ans naissait du partenariat entre la Ville de Strasbourg et la Chambre d’agriculture Alsace la Nouvelle Douane, un magasin de producteurs en plein centre-ville de Strasbourg. Après plusieurs années de développement, les affaires deviennent plus difficiles, notamment en raison de la crise sanitaire, qui impacte le pouvoir d’achat, le moral et les repères des consommateurs.

Quelques jours après le « foiegrasgate », Jeanne Barseghian, maire de Strasbourg s’est rendue à la Nouvelle Douane pour une visite commentée du magasin et du marché des producteurs le jouxtant, à l’occasion des sept ans de la boutique. Mais l’heure était à la réconciliation, et la spécialité alsacienne a à peine été évoquée par Denis Ramspacher, président de la Chambre d’agriculture Alsace, qui « se doit de défendre l’ensemble des agriculteurs qui contribuent à la gastronomie alsacienne, dont les producteurs de foie gras, car ils contribuent à l’attractivité touristique et à la dynamique économique de l’Alsace ». Une petite pique prestement contenue par l’édile : « Il y en a pour tous les goûts sur le marché de Noël ». Fin du gate. Il faut dire que ce n’était pas l’objet de la rencontre, dédiée aux sept ans de la Nouvelle Douane, mais aussi, par extension, aux circuits courts, afin d’inciter les Strasbourgeois à consommer local durant les fêtes de fin d’année. Car en ces temps troublés, même si les circuits courts et locaux cochent bien des critères d’une consommation plus responsable (emplois non délocalisables, limitation des transports, fraîcheur des produits, soutien à l’économie locale…), y avoir recours « ne va pas de soi », constate Jeanne Barseghian. « La crise sanitaire a été à double tranchant », développe-t-elle. Il y a d’abord eu un engouement très fort pour la consommation locale. Puis des impacts sur les processus d’approvisionnement, les coûts des matières premières… Aussi la Ville a la volonté de « communiquer sur les circuits courts, sur leur capacité à réduire notre empreinte environnementale tout en fournissant une alimentation saine et de qualité », a déclaré Jeanne Barseghian, qui a assuré les représentants de la Nouvelle Douane du soutien de la Ville. « Certains consommateurs vont devoir faire des choix » En effet, le développement de la Nouvelle Douane, ne va plus non plus de soi. « Après des premières années de forte croissance, avec une hausse du nombre de producteurs, de références, de la fréquentation, du chiffre d’affaires, nous arrivons à un plateau », indique Johan Legroux, directeur de la Nouvelle Douane. La crise sanitaire a évidemment joué : « Nous avons bien travaillé pendant le premier confinement, ce qui nous a permis de maintenir notre chiffre d’affaires, ce qui est une bonne performance comparée aux autres commerçants », poursuit le directeur. Mais au fur et à mesure que les vagues s’enchaînent, les choses se gâtent : « Rien n’est plus comme avant. Les gens sont en perte de repère. Avec la dégradation de leur pouvoir d’achat, certains consommateurs vont devoir faire des choix », constate Philippe Boehmler, président de la Nouvelle Douane, qui a donc appelé de ses vœux à ce que la Ville et la Chambre d’agriculture poursuivent leur partenariat, qui a vu naître la Nouvelle Douane. Pour fidéliser sa clientèle, l’enseigne investit désormais dans la communication. Avec 21 producteurs associés et 50 en dépôt-vente, la gamme de produits est suffisamment vaste. Un site de vente en ligne a été créé, et fonctionne, mais ce n’est pas le cœur de métier de la Nouvelle Douane : « Nous sommes un magasin de centre-ville. Les gens aiment venir, choisir leurs produits, discuter avec les producteurs », analyse Johan Legroux. C’est vrai aussi pour les producteurs. Même s’ils rencontrent des difficultés à venir jusqu’au centre-ville pour effectuer leurs livraisons, le contact avec les consommateurs les porte : « C’est une vraie fierté de pouvoir échanger sur notre métier, d’être présent jusqu’au bout de la chaîne », affirme Philippe Boemler.

Publié le 13/09/2019

Vendeurs de raisins et de vrac encaissent de plein fouet la baisse des ventes de vins d’Alsace et le gonflement des stocks qui en résulte. Pour eux, l’heure est à la révision urgente de leur stratégie.

Les vendanges 2019 sont un peu particulières pour Pierre, appelons-le ainsi, viticulteur sur plus de dix hectares dans le Haut-Rhin. Le 4 septembre, il a pour la première fois livré ses raisins en coopérative. Jusque-là, il vinifiait du vrac et vendait du raisin à trois négociants, dont deux de longue date. À la mi-juillet, l’un de ses acheteurs lui annonce qu’il ne reconduit pas son contrat annuel pour du crémant. « Environ 30 % de ma surface étaient en jeu. Si je l’avais su au printemps, j’aurais peut-être encore eu le temps de me retourner. Les négoces que j’ai contactés m’ont tous dit qu’il était trop tard. Je devais réagir vite. Une coopérative m’a proposé de la rejoindre, mais en apport total. J’ai réfléchi une dizaine de jours et j’ai accepté. À un moment donné, il faut s’adapter. Il était hors de question que je fasse du vrac pour le brader au printemps. Les grands opérateurs n’en veulent plus. Ils préfèrent le raisin. Ma façon de conduire mes vignes convient à mon nouvel acheteur. Je livre un vendangeoir proche. La structure me paraît solide. À mon avis, le vrac est fini. Ses volumes vont encore baisser ». Le cas de Pierre n’est pas isolé. Autre commune du Haut-Rhin. Autre professionnel. Appelons-le Roger. « Ici, c’est la catastrophe. Je ne suis pas le seul dans le village. Beaucoup de caves sont pleines. Je ne connais même plus les prix du vrac tellement ils sont bas ! J’ai seulement pu vendre un lot de 25 hl de riesling. Il y a encore 100 hl pour lesquels le domaine n’a pas trouvé d’acheteur. Je vais les embouteiller. Ce ne sera pas le cas de la vendange 2019. J’arrête la bouteille pour livrer en coopérative. C’est le dernier recours. Cela sert à quoi de vendanger pour remplir sa cave avec du vin qu’on ne vendra pas ou pour presque rien ? ». Dans le Bas-Rhin, une collègue enchaîne : « en janvier, c’était déjà difficile. J’ai vendu un peu de riesling à 1,50 €/l. J’en connais qui n’ont eu que 1 €. Comme mon fils veut reprendre, j’ai attendu une offre toute l’année. Nos échantillons sont partis trente fois avec trois courtiers différents. En arrivant, ils en avaient déjà cinquante autres dans leur voiture… La plupart n’ont même pas été dégustés. Cela n’a pas été de gaieté de cœur, mais nous avons décidé d’arrêter la bouteille pour pouvoir adhérer en coopérative. Notre demande a finalement été refusée la semaine passée car « nous avions trop tardé », nous a-t-on dit. Nous nous sommes procurés deux cuves en plus. Nous allons rentrer tout ce que nous pourrons. S’il y a trop de raisins, nous les couperons pour les jeter. Pour l’avenir, nous verrons. Peut-être passer en bio, puisque c’est la seule chose qui semble avoir le vent en poupe… » « Les acheteurs ne peuvent pas résoudre les problèmes de tout le monde » « Il y a des propositions de prix à moins d’1 €/l. Mais elles sont très ponctuelles. Le riesling qui se négociait entre 2,60 et 2,80 €/l il y a un an, est revenu entre 1,50-1,60 €/l. Les acheteurs ont l’embarras du choix. Certaines situations sont dramatiques. Il y a encore du 2018, mais aussi du 2017 en cave » raconte ce courtier. Expliquer le marasme actuel par le différentiel entre le niveau des ventes (910 000 hl/an) et la vendange 2018 (1 180 568 hl) revient dans toutes les bouches. « La récolte de 2016 était à peine inférieure à celle de 2018. Le vignoble ne l’a pas encore tout à fait digérée » rappelle ce négociant haut-rhinois. « Les vendeurs de vrac ont retenu du vin en 2017. Les acheteurs ont payé les raisins 2018 sans avoir rien vendu… À un moment donné, il y a une limite à l’exercice. Il faut de la rotation. Elle est moins rapide qu’on ne pense. Je suis conscient de la nécessité d’une solidarité. Mais les acheteurs ne peuvent pas résoudre les problèmes de tout le monde ». L’un de ses collègues complète : « le négoce a réagi face à un marché moins demandeur. Certains cépages, comme l’auxerrois ou le pinot gris, sont délaissés. Nous avons freiné ces achats ». Un troisième résume : « tout est lié au stock. Une entreprise peut jouer sur cet élément, mais elle ne peut pas aller au-delà de sa capacité de logement. Nous avons aussi suivi pendant des années l’augmentation du prix des raisins sans que forcément les marchés soient au niveau de la valorisation qui aurait été nécessaire pour régler la ressource au niveau où elle a été payée. De plus, la nouvelle réglementation de paiement des raisins qui avance le versement du solde de la récolte de deux mois au 15 septembre et qui n’était souhaitée par personne, s’impose à nous. Elle a chamboulé notre manière de fonctionner et handicape fortement la trésorerie ». Cet été, négoces et coopératives ont croulé sous les demandes d’apport comme jamais. « C’est la première fois que je vois ça en quarante ans de carrière » lâche ce directeur de coopérative. Le 2 septembre en conférence de presse Jérôme Bauer, président de l’Ava, déclarait qu’à sa connaissance tous les viticulteurs, sauf cas extrême, savaient où aller avec leur récolte 2019. Il y a ceux qui, selon l’expression de Pierre, ont eu la « chance » de trouver un acheteur. Et il reste tous les autres qui auront à rendre rapidement leurs arbitrages. Que faire ? Passer en bio en espérant des jours meilleurs ? « Si tout le monde s’y met, les mêmes problèmes se reposeront pour tous à terme » pronostique Roger qui propose plutôt de sortir l’edelzwicker de la mise en bouteille obligatoire afin de pouvoir le conditionner en bib et vendre « 100 000 hl de plus et vider les caves ». Le vignoble raconte que les uns mettent en location une surface pour laquelle ils n’ont plus de débouché, que d’autres renoncent à des baux, que ceux qui sont coincés en stockage « ne vendangeront pas tout ». Certains vendraient aussi « à vil prix ». Et il y aurait enfin tous ceux, nombreux semble-t-il, qui songent à la cessation d’activité. « Le paysage change complètement et à vitesse grand V » constate notre courtier. « C’est hallucinant ».

Publié le 28/05/2019

Wolfberger développe son troisième métier, les liqueurs et spiritueux, après les vins tranquilles et les crémants. Petite revue des derniers projets et investissements du groupe.

Authentique réussite Wolfberger, l’amer bière se réinvente dans une déclinaison d’amers aux arômes naturels de fruits, pour accompagner le renouveau des bières artisanales. À base de fleur de bière, une base d’alcools supérieurs extraits de fleur de bière, d’infusion d’écorce de quinquina et de caramel, l’amer bière est proposé en quatre versions : gingembre, cerise, mandarine et framboise, qui s’ajoutent à l’amer authentique. Cette nouvelle gamme d’amers bière était présentée ce lundi lors d’une « amer party » sur le site de la Fecht à Colmar, à l’ensemble des clients Wolfberger, les restaurateurs et prescripteurs du Grand Est. Dans une ambiance décontractée, signature de la marque, le groupe a présenté également sa gamme de crémants et de vins. Sans donner de chiffre, Bertrand Dufour, le directeur du groupe Wolfberger, observe une croissance de l’activité liqueurs et spiritueux, portée par l’innovation, tournée sur des produits tendance et des arômes naturels à base de fruits. « Contrairement aux AOP, c’est un monde qui ne nous limite pas dans la créativité. Nous sommes en train de construire deux salles blanches, l’une pour la distillation, l’autre pour la liquoristerie. Et le conditionnement sera refait l’année prochaine », indique le directeur. D’autres travaux s’annoncent imminents dans la partie vins et crémants : une cuverie de 30 000 hl supplémentaires toujours sur le site de la Fecht, et dès septembre la construction d’un nouveau vendangeoir à Dambach-la-Ville. « Notre monde évolue très vite, comme en politique, le consommateur lui aussi est bousculé depuis 2-3 ans », analyse Bertrand Dufour. Conséquence, il y a urgence à répondre à ses exigences parfois contradictoires : « Il veut plus de respect du développement durable, et en même temps il veut tout, tout de suite, des produits hyperqualitatifs et en permanence des produits différents. » Pour s’adapter à ces évolutions consuméristes, la transformation de l’entreprise depuis la vigne jusqu’à la mise en marché représente un vrai défi. « On travaille sur de nouveaux cépages, plus économes en eau, tout en conservant la typicité alsacienne, mais en tenant compte du changement climatique. » Un conservatoire des cépages sera installé dès cette année devant la boutique colmarienne sur les conseils de Guillaume Arnold. Il devrait conserver une sélection de vieilles souches de vignes massales des vignerons du groupe pour constituer une banque génétique. À la vigne, Wolfberger encourage les pratiques agroécologiques : 300 ha actuellement sont en semis directs pour stimuler la vie des sols, « nous devons aller plus loin ». Quant à l’entretien du cavaillon, Bertrand Dufour attend beaucoup de la robotique, avec plusieurs essais de robots en cours. Enfin, l’entreprise Wolfberger digitalise sa production : « Il y a beaucoup de choses à faire », note Bertrand Dufour. L’idée est « de limiter les risques psychosociaux et faire en sorte que les salariés se sentent bien dans l’entreprise. » La digitalisation devrait également répondre au défi logistique complexe chez Wolfberger avec plus de 2 500 produits référencés : « C’est un vrai sujet et ça devient le facteur limitant du développement aux États Unis ». Parallèlement, Wolfberger annonce une augmentation de son budget marketing « plus que jamais en 2019 et 2020 sur de la communication à 360°», c’est-à-dire sur l’ensemble des médias.

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