commercialisation

Lait de chèvre bio

De belles opportunités à saisir

Publié le 28/11/2017

Dans le cadre du mois de la bio, l’Opaba, qui a vocation à structurer les filières bios sur le territoire, a organisé une rencontre dédiée à l’élevage caprin qui a rassemblé la fromagerie Monte Ziego de Teningen, en Allemagne, la laiterie du Climont de Saales, et la société Biodéal qui valorise deux sites de production en Franche-Comté. Leur point commun ? La quête de lait de chèvre bio !

« Chaque litre de lait de chèvre fermenté que nous produisons est un litre de lait de chèvre vendu », affirme Christian Haessig, de la laiterie du Climont à Saales. À quelques kilomètres de là, sur l’autre rive du Rhin, la laiterie Monte Ziego, travaille 1 Ml de lait de chèvre. « Mon objectif, c’est de passer à 10 Ml d’ici cinq ans », avance Martin Buhl. Idéalement avec du lait collecté localement. Et ce volume, qui peut sembler colossal, il ne craint pas de ne pouvoir l’obtenir. « Simplement, si ce n’est pas localement, j’irai le chercher ailleurs ». C’est aussi ce que fait, à contrecœur, la société Biodéal qui élabore des produits au lait de chèvre et de brebis en Haute-Saône, mais avec du lait qui provient majoritairement d’Aveyron. Une situation qui ne satisfait pas Adnan Jaoui, fondateur de la société. Les trois entrepreneurs, tous embarqués dans la même quête de lait de chèvre bio, avaient donc pris leur bâton de pèlerin pour prêcher tout l’intérêt de produire localement un produit destiné à être transformé par des industriels à taille - plus ou moins - humaine. Qui plus est, ils sont tous prêts à rétribuer équitablement les producteurs afin d’assurer leur approvisionnement régulier en un produit de qualité. Ils se sont retrouvés face à une assemblée constituée de… trois producteurs et le double de représentants d’organismes professionnels agricoles. Pour eux, alors que la filière laitière s’empêtre dans une crise du beurre révélatrice de ses dysfonctionnements, c’est une déception. Car même si convertir un atelier bovin en atelier caprin - ne serait-ce qu’en partie - ne se fait pas d’un coup de baguette magique, bénéficier d’un juste prix constitue l’opportunité d’envisager l’avenir plus sereinement. De l’Aveyron à la Haute-Saône À tour de rôle, ils ont présenté leur entreprise. Adnan Jaoui, ingénieur AgroParisTech, a créé une première laiterie en 2000, puis il a repris la fromagerie Roussey, à Selles, en Haute-Saône, en 2011, et a redémarré la fruitière de Lavigney en 2013. Un développement qui permet à l’entité Biodéal d’élaborer une gamme de 25 produits frais au lait de chèvre et de brebis collecté en Aveyron. En 2015, il initie une filière de lait de chèvre et de brebis bio en Franche-Comté avec le soutien de l’État et des collectivités locales. « Nous poursuivons la construction de cette filière équitable de lait bio de chèvre et de brebis. » Aujourd’hui, Biodéal travaille avec cinq producteurs locaux, plus une installation en cours et quelques porteurs de projet dans les cartons. Ces cinq producteurs échangent avec Biodéal sur la qualité du lait, les moyens de production, le prix… Mais cette phase embryonnaire engendre un certain nombre de difficultés : « Comme nous n’avons pas assez de producteurs, les volumes ne sont pas suffisants, notamment en début et en fin de lactation. » Et, toujours par manque de volume, ce sont les éleveurs qui prennent en charge la collecte. « Ils sont équipés et dédommagés pour cela », précise Adnan Jaoui. Enfin, le suivi technique nécessaire à l’amélioration de la qualité du lait fait défaut. Les livraisons actuelles ne couvrent en tout cas pas le volume transformé par Biodéal, qui s’approvisionne donc toujours en lait de chèvre dans d’autres bassins de production. Jusqu’où ira Biodéal pour localiser son approvisionnement ? Tout dépend du volume à collecter, répond Adnan Jaoui. Mais la rentabilité de la collecte a été évaluée à 90 km autour des deux laiteries. Un produit santé qui plaît Avant d’être transformateur, Christian Haessig, dirigeant de la laiterie du Climont, a mené de front les activités d’agriculteur et de transformateur, et en a vu « les atouts et les inconvénients. » Avec son épouse, ils ont choisi de se consacrer à la laiterie, qui transforme environ 600 000 l de lait, dont un tiers est valorisé en bio, même si quasiment toute la collecte est bio. Un choix assumé par Christian Haessig, qui préfère voir ses produits bien en vue au rayon traditionnel. La gamme de produits élaborés à la laiterie du Climont comprend le K-philus, un produit « santé » élaboré avec du lait fermenté, que ce soit de vache, de brebis, ou de chèvre. « C’est un marché qui se développe », constate Christian Haessig, qui est donc à l’affût de relations locales pour asseoir l’approvisionnement en lait de chèvre. D’autant que des travaux sont en cours à la laiterie : ils vont se traduire par un doublement de la surface de l’usine. Un investissement qui reflète la confiance de l’entrepreneur quant à la possibilité de « construire une filière locale, équitable, fondée sur un partenariat équilibré entre des producteurs et une unité de transformation à taille humaine ». Il ne lui reste « plus qu’à » rencontrer des producteurs prêts à nouer de telles relations commerciales… C’est le cas d’Alban Wehrle, qui est en train de monter un atelier caprin à Mackenheim. Dans 500 m2, il accueillera 120 chèvres de race alpine, dont le lait sera intégralement livré à la laiterie du Climont. Pour l’instant, la laiterie transforme 2 000 l de lait de brebis et environ 500 l de lait de chèvre par semaine, en provenance d’un unique producteur vosgien. Et ce sont encore les producteurs qui assurent la collecte et la livraison. « Mais nous sommes en train de nous équiper pour collecter à la fois du lait de vache, de brebis, et de chèvre », indique Christian Haessig. Un marché et un outil propres à générer une filière Avec la laiterie Monte Ziego, on reste dans la même division, par rapport aux géants de l’industrie laitière, mais on change tout de même de catégorie : « Nous travaillons avec quinze fournisseurs de lait de chèvre, et nous transformons 1 Ml de lait chèvre par an. Mais dans cinq ans, nous voulons passer à 10 Ml de lait », avance Martin Buhl, dirigeant de la laiterie. Qui plus est, du lait certifié Demeter. Un objectif qui peut sembler utopique, voire carrément irréalisable. Mais Martin Buhl est on ne peut plus sérieux : « Notre activité principale est la laiterie. Mais nous y avons adossé une unité de déshydratation de lait qui permet de fabriquer du lait de chèvre en poudre. » Un investissement de 20 M€ qui permet d’écrêter les pics de production estivaux. En effet, la production de lait de chèvre est fluctuante. Or la fromagerie écoule surtout sa production via la grande distribution, qui a une demande plus forte vers Noël et Pâques. Donc, pour avoir assez de lait à ces périodes, la laiterie a besoin de s’assurer un certain volume d’approvisionnement qui engendre une surproduction en été. Il fallait trouver un moyen de valoriser le surplus estival. À cela s’ajoute un contexte réglementaire favorable. Depuis 2015, les fabricants d’aliments infantiles sont autorisés à intégrer de la poudre de lait de chèvre dans leur recette. Un ingrédient qui intéresse au plus haut point le fabricant Holle, une référence en matière d’alimentation infantile bio. Il y a donc un nouveau marché à saisir. Pour amortir l’unité de déshydratation, Monte Ziego cherche de nouveaux producteurs, prioritairement en Alsace, en Forêt-Noire et dans les Vosges, afin de maîtriser le coût de la collecte. Tous les producteurs actuels sont certifiés Demeter, les nouveaux devront l’être aussi. La laiterie propose un suivi technique poussé à ses fournisseurs. Pour Martin Buhl, le modèle économique qu’il défend représente une opportunité de dynamiser la production laitière en moyenne et haute montagne. Car, pour lui, l’avenir de l’agriculture rhénane ne se construira pas au niveau mondial, mais local, avec une agriculture à haute valeur ajoutée. « Cet outil, c’est un instrument de développement d’une filière locale qu’il faut savoir bien utiliser, estime Martin Buhl. Tous les collecteurs de lait de chèvre sont confrontés à la surproduction estivale. Nnotre projet peut intéresser des collègues. » Un appel du pied visiblement entendu : « Il doit être possible de trouver des synergies entre des opérateurs qui ne sont pas des concurrents mais des partenaires », estime Adnan Jaoui.

Publié le 20/11/2017

Le magasin de producteurs la Nouvelle Douane fête ses trois ans. Après quelques années de rodage, le point de vente strasbourgeois veut étendre ses activités. Le nouveau directeur couve de nombreux plans pour 2018.

Finie la période de décollage. Après trois ans d’activité, la Nouvelle Douane a stabilisé ses comptes et se lance dans de nouveaux chantiers… Commerciaux cette fois. Pour orchestrer ces nouveautés, un directeur fraîchement débarqué. Johan Legroux, ex-responsable de la restauration au magasin Ikea de Strasbourg, a pris ses fonctions courant octobre. Avec une feuille de route bien précise. Philippe Boehmler, éleveur et président de la société gérante du négoce, souhaite ainsi renforcer le service de livraison et nouer des partenariats avec des entreprises touristiques. En 2016, le point de vente a ouvert un coin petite restauration. Désormais, l’entreprise veut apporter les repas directement chez les consommateurs ou sur leurs lieux de travail. « On espère lancer la livraison de plateaux-repas au printemps 2018 », déclare Johan Legroux. Se mettre au web Même délai pour la mise en place de l’achat en ligne. Un élément qui freine le développement de l’entreprise. Certes, on peut déjà se faire livrer ses courses, mais le système reste beaucoup plus compliqué que chez les enseignes de grande distribution. Ici, on doit faire ses achats en magasin avant 14 h, puis signaler une heure de livraison et enfin régler un montant de 10 € à l’entreprise de coursiers à vélo. Demain, l’équipe de la Nouvelle Douane veut un site web sur lequel le client fait ses achats, paie et renseigne son adresse et ses disponibilités pour recevoir son caddie. Enfin, le supermarché souhaite acter des partenariats avec des entreprises du tourisme. Hôtels, restaurants, appart’hôtels, le nouveau directeur a multiplié les contacts depuis son arrivée. « On voudrait proposer des kits de bienvenue et des offres, pour inciter les visiteurs à pousser nos portes », explique le responsable. S’il se refuse de donner trop de détails, secret des affaires oblige, il assure être sur le point de signer un accord avec une chaîne d’appartements locatifs. Un nouveau cuistot Une initiative encensée par Paul Meyer, adjoint au maire de Strasbourg en charge du commerce. Cet élu engagé pour les commerces de proximité - il s’est notamment opposé à l’extension de la zone commerciale de Vendenheim - a souligné l’importance d’apporter des produits locaux partout, centre-ville compris. Après une saillie sur le tourisme de masse qui n’apporterait selon lui pas beaucoup de richesses, il a appelé à consommer autrement et à se recentrer sur le patrimoine (culinaire) alsacien. Si l’affaire se permet de monter des projets si ambitieux, c’est qu’elle connaît un franc succès depuis trois ans. « 95 % de nos clients sont porteurs de la carte fidélité et 30 % ont moins de 35 ans », se réjouit le directeur. Si bien que toutes les semaines, l’équipe reçoit plusieurs candidatures de fermiers souhaitant rejoindre l’aventure. Un succès qui a poussé la direction à embaucher un cuisinier le mois dernier. Son rôle ? Proposer de nouveaux plats en petite restauration et préparer le passage aux plateaux-repas. Les producteurs-actionnaires veulent aussi accroître leur rayonnement. Pour ça, ils prévoient de participer à des événements culinaires dans la capitale régionale.

Débat à la confrérie Saint-Étienne

Grands crus d’Alsace : diagnostic et solutions

Publié le 17/11/2017

Les grands crus d’Alsace, le nec plus ultra de l’offre en vins d’Alsace, souffrent globalement d’un déficit d’image. Le diagnostic a été posé et des solutions ont été proposées lors d’une conférence-débat à la confrérie Saint-Étienne, dont nous rapportons les propos en deux articles.

Alors qu’ils devraient se situer dans le haut de gamme de l’offre en vins d’Alsace, les grands crus d’Alsace - 7 % de la surface du vignoble, 3 % des volumes revendiqués et probablement beaucoup moins encore mis en marché - peinent souvent de surcroît à s’afficher dans les linéaires de supermarché avec des prix à la hauteur : parfois autour de 6 €/col. Mais la situation évolue avec des exigences de production plus qualitatives. Et des prix du raisin qui sont désormais appliqués forfaitairement à l’hectare : 25 000 €/ha. Une mesure qui devrait faire remonter de façon coercitive le prix des bouteilles. Christophe Ehrhart, Caroline Furstoss et Jean-Robert Pitte Dans le cadre d’un cycle de quatre conférences-débats, la confrérie Saint-Étienne a invité la sommelière Caroline Furstoss, l’académicien et géographe Jean-Robert Pitte, et le consultant et vigneron Christophe Ehrhart, à venir exposer leur vision des problématiques de notoriété qui affectent les grands crus d’Alsace malgré les efforts substantiels qui viennent d’être consacrés par la profession. Un débat modéré par Christian Pion, amateur et vendeur de vins d’Alsace, et introduit par Christian Beyer pour « créer un avenir, dont les grands crus constituent une belle opportunité de valorisation des vins d’Alsace ». La gueule du terroir et les tripes du vigneron Dans le rôle du haut fonctionnaire parisien qui analyse froidement la situation, Jean-Robert Pitte rappelle les recettes qui conduisent à des vins iconiques : ils doivent au préalable avoir « la gueule du terroir et les tripes du vigneron ». Mais cela ne suffit pas. Les grands terroirs tels que les climats de Bourgogne ont bénéficié d’une histoire qui leur a été très favorable avec des « amateurs éclairés » tels que les Rois de France. Et il faut de grands investisseurs : « Vous n’avez pas de Bernard Arnault ou de François Pinault en Alsace. » Et ses grands terroirs « ont été mis sous le boisseau. Ça vous a plombé durablement. Les alsaces ont longtemps été cantonnés au vin de choucroute des brasseries autour de la gare de l’Est ! » Il faut de surcroît avoir « un grand marché d’exportation captif. Et l’Alsace n’en a pas ! » L’Alsace a énormément de mal à exister sur les cartes à New York, confirme Christophe Ehrhart. Être convaincu de la grandeur des terroirs Les solutions ? Pour l’académicien, « le problème c’est d’être convaincu » de la grandeur des grands crus. Et il faut investir : « S’entendre sur des prix, c’est interdit ! Mais se fédérer pour défendre l’image, c’est possible. Pourquoi ne pas organiser de grands repas avec des chefs emblématiques dans des ambassades, avec des prescripteurs influents ? » Le problème, selon Christophe Ehrhart, c’est qu’il suffit de 300 bouteilles à bas prix pour « flinguer l’image » d’un vin qu’on ne devrait pas trouver en dessous de 15 €. Jean-Robert Pitte objecte : « Les champagnes à 10 € ne gênent en rien la maison Krug ou Bollinger. » Pour lui, ce n’est pas en décrétant un prix qu’on construit une notoriété. Le prix n’est que la conséquence de la demande. « Le problème est de créer du désir. » Caroline Furstoss tempère entre les deux propos : « Si j’ai des grands crus d’Alsace à 8 €, ça fait bizarre comparé aux autres régions. En plus, en tant que revendeur, si j’applique un coefficient, je ne serai pas incité à vendre ce vin. La cohérence des prix est nécessaire. » Verres, carte des vins, vieux millésimes : de la pédagogie Comment avoir une politique de prix cohérente à l’échelle de l’appellation ? « Les grands crus ce n’est que 3 %, on devrait arriver à s’approprier une vision commune, tous ensemble. Nos terroirs, c’est notre seul bien commun à défendre collectivement. Ça commence ici, en Alsace, où l’on trouve des verres d’un autre temps, du pinot noir congelé, des cartes où le nom du producteur et le millésime ne figurent pas pour les vins d’Alsace. Il y a un grand travail pédagogique », estime Christophe Ehrhart. « Vu la diversité qui ne fait que croître, il y a aujourd’hui nécessité de cibler les ventes : le bon vin au bon endroit, au bon moment. À vous de déceler ce qui convient le mieux au client, mais ne le perdez pas dans une gamme pléthorique », préconise Caroline Furstoss, ce qui devrait permettre « de valoriser les grands crus au plus juste ». Elle ajoute : « Les vins d’une dizaine d’années sont toujours de la valeur ajoutée à la carte du restaurant ». Nous reviendrons la semaine prochaine sur les nombreux propos tenus lors de cette soirée. Mais la confrérie Saint-Étienne donne d’ores et déjà rendez-vous le 7 décembre prochain pour une autre conférence-débat sur thème suivant : « L’Alsace en quête de notoriété mondiale », avec le témoignage de grands vignerons du Rheingau.

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