Deux dépôts de carburant bloqués à Strasbourg et Reichstett, un autre dans la Marne
Trois jours et trois nuits de blocage
Deux dépôts de carburant bloqués à Strasbourg et Reichstett, un autre dans la Marne
Publié le 14/06/2018
De dimanche soir à mercredi en fin d’après-midi, les FDSEA et les JA du Grand Est ont bloqué deux dépôts de carburant à Strasbourg et Reichstett, et un autre à Vatry dans la Marne. Ces blocages font partie d’un mouvement d’ampleur nationale déclenché pour protester contre les engagements non-tenus du gouvernement. La plupart des blocages ont été levés dans le courant de la journée de mercredi.
« Exaspération », « incompréhension », « trahison » : les agriculteurs des FDSEA et des JA d’Alsace et de Lorraine n’ont pas de mots assez forts pour traduire leur ras-le-bol face à la politique gouvernementale. De dimanche soir à mercredi en fin de journée, ils se sont relayés pour bloquer l’accès au dépôt de carburant Rubis Terminal situé au port du Rhin à Strasbourg. Des chapiteaux ont été montés sur le rond-point, où des tracteurs placés en quinconce filtrent les camions-citernes : les manifestants sont décidés à rester là autant de temps qu’il le faudra. Julien Koegler, président des Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin, l’assure : « On a tout ce qu’il faut pour tenir : le ravitaillement, les tentes pour dormir et même les toilettes ! » « Les Mosellans ont très bien dormi ! le rassure Jean-Marc Breme, président de la FDSEA de Moselle, à la tête de la première délégation extérieure à occuper le site. Et de mercredi à jeudi, on sera de nouveau là s’il le faut ! » Les Meusiens, arrivés lundi peu avant midi au port du Rhin, ont pris le relais de leurs voisins mosellans. Pour pouvoir tenir dans le temps, un roulement a été prévu entre les manifestants alsaciens, lorrains et francs-comtois de la FDSEA et des JA. Dès lundi matin, comprenant que les camions-citernes sont détournés vers Reichstett, ils se sont scindés en deux groupes : un groupe rejoint le dépôt pétrolier situé au nord de Strasbourg, où les attend un comité d’accueil de la gendarmerie, les autres restant dans la zone portuaire de la capitale européenne. L’intendance est aussitôt doublée. L’huile de palme comme déclencheur Le blocage des deux dépôts de carburant bas-rhinois, comme d’une douzaine d’autres dépôts ailleurs en France, a été décidé pour protester contre l’autorisation accordée au groupe Total d’importer de l’huile de palme pour alimenter sa raffinerie de La Mède, dans les Bouches-du-Rhône. Mais cette décision n’a été qu’un déclencheur de la colère paysanne : « Elle est un des exemples des engagements non-tenus par le gouvernement », accuse Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin, juché sur une remorque avec les principaux responsables syndicaux d’Alsace et de Lorraine, pour une conférence de presse tenue lundi 11 juin, au démarrage du mouvement. « Tout le modèle agricole français est remis en cause », renchérit Julien Koegler en dénonçant « des décisions incompréhensibles ». Les manifestants dénoncent en premier lieu les importations de produits agricoles et agroalimentaires qui ne répondent pas aux mêmes contraintes que les productions françaises. « N’importons pas l’agriculture dont nous ne voulons pas », résume la banderole placée devant les grilles du dépôt de Reichstett. Qu’il s’agisse des cerises turques traitées au diméthoate, de la viande bovine sud-américaine nourrie au soja OGM ou de l’huile de palme produite en Asie au prix d’une déforestation incontrôlée, l’effet est le même : « On ne peut pas accepter ces distorsions de concurrence ». Les accords commerciaux passés avec le Canada (Ceta) et les pays du Mercosur sont dans le collimateur des manifestants. « Avec le Ceta et le Mercosur, 165 000 tonnes de viande bovine, 95 000 t de viande porcine, 100 000 t de volaille, 750 000 t de maïs, 600 000 t d’éthanol ou encore 100 000 t de sucre produits avec des réglementations différentes risquent d’arriver sur le marché communautaire », s’insurge Julien Koegler. « On ne peut pas laisser nos marchés se réduire comme peau de chagrin pour vendre des sous-marins », argumente Céline Maginot, présidente de la FDSEA de la Meuse. Dans le même temps, « le gouvernement français nous demande de monter en gamme, souligne Franck Sander. C’est d’accord si l’ensemble des produits importés respectent les mêmes règles. Et si on décide d’ouvrir les marchés, alors il faut nous donner les moyens d’être compétitifs en assouplissant les normes ou en jouant sur la fiscalité. » Sur la question des normes, qui génèrent des charges supplémentaires, la FNSEA et les JA réclament la consultation systématique du Corena (Comité de rénovation des normes en agriculture) pour étudier l’effet de toute nouvelle réglementation. Sur les charges, ils demandent un allégement du coût du travail pour permettre une véritable égalité avec leurs concurrents européens. La compensation effective de la suppression du CICE est attendue. EGA : « On se moque des paysans » « On a travaillé un an sur les États généraux de l’alimentation et au bout d’un an, on n’a résolu que 20 % des problèmes. Sur les 80 % qui restent, l’agriculture française ne s’y retrouve pas », dénonce encore le président de la FDSEA du Bas-Rhin. « On se moque des paysans », enchaîne Denis Naas, son homologue haut-rhinois, rappelant que « les 35 000 heures de discussions des EGA ont accouché d’une souris. Derrière, il n’y a que des contraintes et des charges en plus. Alors qu’il fallait redonner de la compétitivité aux exploitations. » « Notre profession a toujours su s’adapter. Le consommateur veut une agriculture plus verte, mais il faut comprendre que cela a un prix », ajoute Laurent Wendlinger, président de la Chambre d'agriculture d’Alsace, regrettant lui aussi que la question de la valorisation des produits n’ait pas abouti aux résultats escomptés. Dans ce contexte, Étienne Losser, président des Jeunes Agriculteurs du Grand Est, fait part de son inquiétude : « Le Grand Est compte 50 000 exploitations, qui génèrent 110 000 emplois. 6 600 exploitants ont 60 ans et plus : c’est un vrai challenge pour le renouvellement des générations. Pour le relever, il faut des filières soutenues. » Or, le grand plan d’investissement de 5 milliards d’euros annoncé par Emmanuel Macron suite aux EGA semble davantage ciblé sur les fonds de garantie que sur l’investissement productif. « Nous avons besoin d’un ciblage beaucoup plus clair », martèle Étienne Losser.












