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Publié le 16/04/2022

Avec La Robertsau, Village-Neuf et Colmar, Sélestat est la quatrième ville historique du maraîchage en Alsace. Marcel Bauer, son maire, est un digne « Zewwelatreppler », « piétineur » d’oignons, comme on surnomme les Sélestadiens. Les plantes à bulbe étaient la spécialité du coin jusqu’au milieu du XXe siècle, rappelle l’édile, fils et descendant de maraîchers.

Hormis son corso fleuri et sa bibliothèque humaniste, Sélestat est connue pour ses fruits et légumes. La Ville compte encore aujourd’hui une douzaine de maraîchers, dont Dominique Bauer (le neveu du maire), Frédéric Geny, Jean-Luc Geny, Denis Digel, André Sengler, les Kobloth, Patrice Schenck, Jean-Philippe Muhr, Gérard Baur, Georges Rebhuhn et son fils. Ils sont installés à l’est de la commune, majoritairement. « En tant que fils de maraîcher, c’est important pour moi de préserver les terres agricoles », dit d’emblée Marcel Bauer, le premier magistrat de la commune. Toutes les sorties d’exploitation ont eu lieu dans les années 1970, à Sélestat. Quatre céréaliers et éleveurs, dont la jeune Virginie Ebner, présidente du syndicat ovin du Bas-Rhin, occupent encore les alentours de la ville, souvent inondables. Ce sont bien les maraîchers qui, ici, tiennent le haut du pavé. « L’âme de Sélestat, c’est le maraîchage, depuis l’après-guerre au moins », sait Marcel Bauer. La confrérie des « Zewwelatreppler », les « piétineurs » d’oignons, en alsacien, existe toujours (même si elle ne rassemble plus forcément les maraîchers) en mémoire du temps, pas si ancien, où les oignons de Sélestat jouissaient d’un label d’excellence. Trois années de travail étaient nécessaires pour que les bulbilles arrivent à maturité. Plus « professionnelle », la corporation des jardiniers et maraîchers est une des dernières encore en activité à Sélestat. Elle célèbre chaque année son patron, saint Roch. La tradition est vieille de plusieurs siècles. Au Moyen-Âge, déjà, la cité du Centre-Alsace rayonnait grâce à ses productions. Défense du monde agricole « On sent un processus d’urbanisation. La ville entre dans la campagne. Tout autour des maraîchers qui sont à la périphérie, ça construit, déplore presque Marcel Bauer. Mais Sélestat a classé des terres « zone agricole » à ses limites. » C’est inscrit dans le PLU. « Il ne faut pas céder à la tentation de revendre ses terrains pour la construction », ajoute l’édile, à l’attention notamment, des agriculteurs propriétaires qui partent à la retraite. Le maire peut agir mais toujours en accord avec la profession, confie-t-il. Ainsi, certaines rues de Sélestat ont été réaménagées pour laisser passer tracteurs et remorques. Lorsque des riverains d’exploitations râlent auprès de la municipalité, à cause du bruit et/ou de l’odeur, voire de l’irrigation, Marcel Bauer, pédagogue, explique les impératifs agricoles. Il ose même se fendre d’un : « vous savez où vous avez construit ! » « Je les remets gentiment à leur place, au risque de perdre des électeurs, assure-t-il. Je tranche toujours, ou presque, en faveur des agriculteurs. » Si Marcel Bauer n’est pas lui-même maraîcher, c’est que la place manquait sur la ferme familiale. Il a dû trouver une autre voie mais il sait cultiver. « J’aidais », s’exclame-t-il. Avec le syndicat des maraîchers de Sélestat qui compte une dizaine de membres, et Planète Légumes, la Ville a été la première à organiser Saveurs et soleil d’automne, au début des années 2000. Elle a accueilli plusieurs éditions. Aujourd’hui, l’interprofession des fruits et légumes d’Alsace a pris le relais du syndicat. « J’ai la fibre maraîchère en moi. J’ai toujours défendu le milieu agricole et je continuerai à le défendre », insiste Marcel Bauer. Composer avec le milieu naturel Qu’en est-il alors de l’entretien des cours d’eau ? « J’ai représenté le Conseil général à la Chambre d’agriculture Alsace de 2014 à 2020, cadre le maire de Sélestat. J’ai donc défendu la position de L’État et des collectivités. On a trouvé, vers 2008-2010, un arrangement concernant un espace tampon, pour que les cultures ne soient pas inondées, à l’est de la ville. Les agriculteurs étaient montés au créneau et à juste titre. Les services de l’État sont souvent trop rigides. » Aujourd’hui, c’est le syndicat des eaux et de l’assainissement Alsace-Moselle (SDEA) qui gère les cours d’eaux, pour le compte de la commune et de la communauté de communes de Sélestat. « Mais il n’a pas non plus tous les pouvoirs, ni tous les éléments pour intervenir. » Pour excaver le lit du Giessen, par exemple. « C’est un dossier lourd, compliqué. Les services de l’État s’appuient sur la loi sur l’eau. Les problèmes sont réels. Si la neige fond et qu’il pleut, au printemps le Giessen est plein comme un évier et déborde. En mars et en avril, la plaine est inondée », enchaîne Marcel Bauer. Quant aux dégâts de corbeaux, le maire de Sélestat observe que ça s’est « un peu » calmé. La destruction de nids, en ville, avec l’appui de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) semble porter ses fruits, contrairement à l’épervier effaroucheur, qui n’effrayait plus guère les corvidés. Mais, plus les parcelles sont proches des forêts, plus les dégâts sont importants, remarque Marcel Bauer. Concernant les sangliers et chevreuils, il n’y a pas eu de demande de chasse administrative depuis au moins deux ans. Les quatre lots de chasse autour de Sélestat sont loués : cette présence semble suffire à réguler. 300 chevreuils et daims circulent en moyenne dans l’Illwald, forêt communale. « Quand les agriculteurs ont un problème, ils savent où nous trouver. Un conseiller municipal, Denis Barthel, est dédié aux questions environnementales. Et nous savons aussi trouver les exploitants », conclut le maire de Sélestat. Ainsi, les moutons de Virginie Ebner luttent contre l’envahissante renouée du Japon, aux abords du Giessen, en zone Natura 2 000. Ils seront de retour aux parcs ce printemps.    

Publié le 13/04/2022

Depuis fin 2021, Fabrice Michel sillonne le nord de Strasbourg, autour de Brumath, Bischwiller, Gambsheim, Haguenau et Hoerdt, pour récupérer, en vrac, les produits d’agriculteurs du coin et les livrer aux particuliers qui lui passent commande, via son site d’e-commerce La cagette locale.

Vingt-cinq agriculteurs, un fromager et un boucher du nord de Strasbourg font confiance à Fabrice Michel pour commercialiser une partie de leurs produits via La cagette locale, un site d’e-commerce créé en septembre 2021. La plateforme, née après une année de réflexion, offre un service de livraison, dans un rayon de 20 km autour de Weitbruch, de produits fermiers essentiellement frais et locaux. « C’est le marché comme si vous y étiez ! », glisse, avec enthousiasme, le jeune quadra. Il s’occupe de tout : la prise des commandes sur le site, le tour des producteurs pour récupérer les fruits et légumes en vrac et l’ensemble de l’épicerie, et enfin la livraison chez les clients. À produits égaux, il n’est pas plus cher que les supermarchés. Le bonus pour les agriculteurs ? Il leur offre une vitrine, de la visibilité (sur son site, les exploitants et artisans sont présentés, on sait d’où vient chaque produit) et le confort… « Les producteurs restent focalisés sur leur cœur de métier et je m’occupe de la logistique », résume-t-il simplement. Tranquilles « Les agriculteurs qui travaillent avec nous, voient La cagette locale comme une aubaine, un canal de vente supplémentaire, et davantage de tranquillité qu’un marché classique. C’est plus facile et ils gagnent en notoriété. Certains ont les yeux qui brillent quand je leur propose nos services. On ne négocie jamais. Le producteur fixe ses prix. Soit il me donne la marge qui a été prévue dans mon business plan, pour que je m’en sorte, soit on ne conclut pas l’affaire. Il faut que tout le monde s’y retrouve », poursuit l’entrepreneur avec pragmatisme. Il ne se paie pas encore, confie-t-il, mais est sûr de proposer aux agriculteurs de meilleurs prix que les GMS. Il cherche toujours de nouveaux produits mais, par souci de rationaliser sa tournée, qui dure déjà près de trois heures pour 100 km, quasiment chaque matin, il s’en tient à des aliments ou de l’artisanat qu’il ne propose pas encore. Aussi, les producteurs choisis doivent être capables de fournir une assez grande quantité.     Fraîcheur et livraison à domicile Plus de 840 produits sont référencés, sur le site d’e-commerce La cagette locale. Celui-ci a été développé par des professionnels, alors même que Fabrice aurait pu « bricoler », puisqu’il était ingénieur d’affaires auparavant, chez Isagri notamment, qui vend des logiciels de gestion pour le monde agricole. « On n’a pas de pas-de-porte. Cette interface, c’est notre seule image. Il fallait que ce soit réussi », justifie-t-il. Les paniers vont généralement de 7 à 220 euros, puisqu’il n’y a pas de minimum de commande. Mais La cagette locale applique des frais de livraison, en dessous de 60 euros d’achat. Fabrice a réalisé une étude de marché avant de créer ce concept unique au nord de Strasbourg. Lui-même, avec sa compagne et ses enfants ont quelques poules, chez eux, à Gambsheim, un petit potager, et se fournissent de longue date auprès des fermes environnantes pour leurs repas quotidiens. C’est comme ça que Fabrice a eu l’idée d’en faire profiter un grand nombre. Sa conjointe est, d’ailleurs, aujourd’hui, sa meilleure cliente ! Elle passe par le site, pour tous ses achats. La famille insiste sur la souplesse qu’offre La cagette locale aux clients, quant aux choix des produits, leur diversité et leur qualité… mais aussi la fraîcheur (90 % des ventes, environ), en plus du service de livraison, en après-midi ou en soirée, la semaine, le matin et en début d’après-midi, le samedi. « C’est tout ce qui plaît, aujourd’hui, selon les premiers retours des clients », conclut-il.    

Publié le 11/04/2022

À Gueberschwihr, Sophie et Xavier Schneider, qui avaient entamé leur conversion en bio en 2012, sont revenus à une conduite conventionnelle, préférant rester dans un rapport qualité-prix acceptable par leur clientèle.

Xavier Schneider et son épouse Sophie cultivent 10,40 ha de vignes situés sur les bans de Gueberschwihr, Hattstatt et Pfaffenheim. « Pour rationaliser le travail », quelques parcelles situées à Rouffach ont été cédées en fermage car trop éloignées du siège de l’exploitation. Les vignes sont implantées sur deux grands types de sol : argilo-calcaires et limono-argilo-sableux. « Nous avons toujours privilégié les terrains de qualité », précise Xavier, dont le père exploitait déjà 3,5 ha dans le grand cru Goldert. Son installation en 1998 s’est faite à la faveur du rachat de 2 ha, dans un secteur où les vignes à vendre sont rares et convoitées. Le domaine est certifié HVE 3 (haute valeur environnementale) depuis 2020. « Nous avons fait une incursion dans la viticulture bio. Peut-être avions-nous commencé trop tôt. À l’époque, la clientèle n’était pas aussi demandeuse qu’aujourd’hui. Depuis, nous sommes revenus en arrière », expose le vigneron. Plusieurs facteurs expliquent ce revirement, opéré alors que la labellisation était à portée de main. Le vigneron met en avant la charge de travail supplémentaire qu’induit ce mode de production et le surcoût qu’il aurait fallu répercuter sur le prix des bouteilles : deux euros de plus selon ses estimations. « Ma clientèle n’est pas forcément prête pour cela : ne serait-ce qu’un euro de plus par bouteille, cela représente déjà un peu d’argent pour certains foyers. Ce qui est difficile, c’est de trouver le bon rapport qualité-prix. » En pratiquant une viticulture raisonnée, il pense l’avoir atteint aujourd’hui. Dans ses vignes, Xavier laboure un rang sur deux, tandis que l’autre est enherbé naturellement. Outillé pour travailler le cavaillon mécaniquement, il a dû se résoudre, au décès de son père il y a deux ans, à faire un passage d’herbicide dans la saison, en se limitant à 2 l/ha. Le reste du temps, il se débarrasse des mauvaises herbes sur le rang au moyen d’interceps. Le vigneron pratique régulièrement des analyses de sol et ajuste la fertilisation en fonction des besoins. « Après une année à forte production, j’ai tendance à mettre de l’engrais organique partout. Sinon, dans les terres en bas du village, les coteaux et les grands crus, il y en a généralement moins besoin. » Côté traitements, il utilise des produits systémiques en complément du soufre et du cuivre. Une année à pression moyenne de mildiou et d’oïdium, « sur six à sept traitements, je commence par trois traitements en conventionnel et le reste à base de cuivre. » Une option qui lui permet de limiter l’accumulation du cuivre dans ses sols, dont il pense que l’excès a pu nuire à la vie microbienne dans certaines de ses parcelles. D’une manière générale, Xavier privilégie le travail à la main dans les vignes pour « être proche du végétal » et pouvoir réagir rapidement en cas de maladie : c’est le cas pour le palissage, réalisé en deux passages, l’épamprage et l’ébourgeonnage, ainsi que pour l’effeuillage, qui n’est pas systématique et peut être réalisé par un prestataire lorsque le temps manque. Le passage régulier dans les parcelles lui permet aussi de contrôler la charge, notamment dans les jeunes vignes, où il n’hésite pas à couper en vert les premières années pour permettre un bon développement ultérieur de la plante. La convivialité et la rigueur Pour les vendanges, qui sont manuelles, Xavier et Sophie s’entourent d’une équipe d’une quinzaine de vendangeurs, dont une bonne partie sont fidèles au domaine de longue date. « Le bouche-à-oreille fonctionne très bien. Nous avons dû refuser des vendangeurs l’an dernier. » Repas et casse-croûte pris en commun participent à la convivialité de la récolte. La bonne ambiance n’empêche pas la rigueur dans le travail : « S’il faut trier, on trie dès le départ. » Cette exigence s’est imposée tout particulièrement l’an dernier, en raison des conditions climatiques et des dégâts provoqués par les maladies. Rentrer une vendange saine permet au vigneron de limiter les intrants par la suite, en particulier le soufre : en sortie de pressoir, il peut descendre jusqu’à 2 g/hl. Xavier ensemence systématiquement les jus avec des levures sélectionnées. Une fois la fermentation achevée, il réalise un premier soutirage et attend que la clarification se fasse naturellement. « En janvier, mes vins sont encore troubles. Je ne suis pas pressé de mettre en bouteilles. Je privilégie une sédimentation naturelle ce qui me permet de faire une filtration moins poussée. » Les vinifications sont faites de plus en plus en cuve inox, plus faciles à nettoyer que les cuves en bois. Équipé d’une laveuse et d’une chaîne d’embouteillage et d’étiquetage, le vigneron embouteille au fur et à mesure de ses besoins. « S’équiper a un coût, mais ça permet davantage de réactivité par rapport aux clients », estime le vigneron, qui y voit aussi un avantage en termes d’organisation du travail. Le domaine revendique 4 000 clients, à 85 % des particuliers, « dont 2 000 clients réguliers qu’on voit au moins une fois par an. Ce sont eux qui donnent la tendance. Dans les années 1990-2000, notre clientèle était davantage axée sur le sucre, aujourd’hui elle recherche des vins plus secs, mais toujours parfumés. » Le domaine Schneider s’est adapté à la demande, en cherchant à satisfaire tous les goûts. Ses vins, dont l’habillage a été revu, s’organisent désormais en trois catégories - tradition, réserve et grands crus. La gamme, qui comptait 25 références il y a quelques années, a été resserrée pour une question de lisibilité. Garder des prix accessibles reste une priorité pour la famille Schneider, qui, outre la vente au caveau, réalise chaque année 15 à 20 salons « à taille humaine » dans toute la France. Sans prospection particulière, elle vend également 10 % de ses volumes à l’export.

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