A la une

Publié le 17/03/2022

S’il est distribué rapidement après la naissance et dans des conditions d’hygiène rigoureuses, le colostrum permet de protéger le veau et de réduire la mortalité durant les deux premiers mois de vie.

Véritable concentré d’anticorps, le colostrum (lait de la première traite) permet au veau de se défendre contre les agents pathogènes présents dans son environnement. Le distribuer aussi tôt que possible permet de protéger les jeunes le temps qu’ils acquièrent un système immunitaire efficace, soit environ 14 jours après la naissance. La mortalité des veaux est en effet élevée dans les élevages laitiers. Elle est de 6,1 % en moyenne en Alsace pour la période de 3 à 120 jours, signale Julien Wittmann, conseiller élevage à la Chambre d'agriculture Alsace (CAA). Près d’un éleveur sur 5 dépasse les 10 % de mortalité chez les veaux. Le colostrum est plus riche en matière grasse que le lait des traites suivantes, plus riche en protéines et notamment en protéines IGG (les fameux anticorps ou immunoglobulines). Il contient également des oligo-éléments, des facteurs de croissance (10 à 100 fois plus que le lait) ainsi que différents éléments nécessaires à la santé du veau. La qualité du colostrum distribué peut varier. L’utilisation d’un réfractomètre, sur lequel on dépose une goutte de colostrum, permet de déterminer la concentration en IGG à partir de la mesure des degrés Brix. Plus le pourcentage de Brix est élevé, meilleur est le taux d’IGG dans le colostrum : au-dessus de 25 %, on considère que le colostrum est bon. En dessous de 22 %, il est « pauvre ». Il est important de distribuer le colostrum rapidement après la naissance, au mieux tout de suite après et jusqu’à 6 heures après la naissance. L’idéal est de traire 4 ou 5 l de colostrum et d’enlever le bidon pour éviter la dilution, indique le conseiller. « Vous pouvez donner tranquillement 4 l. » Même si avec un colostrum de très bonne qualité, 2,5 l permettent d’atteindre les 200 g d’anticorps qui vont protéger le veau. Au pis et au biberon Faut-il laisser le veau boire au pis de la vache ou lui administrer le colostrum au biberon, au seau ou à la sonde ? Chaque méthode a ses avantages et ses inconvénients. Au pis, il est à la bonne température mais on peut difficilement contrôler les quantités ingérées et la qualité. Au biberon ou au seau, l’éleveur a une meilleure appréciation de la quantité bue et peut surveiller le veau, voire l’entraîner à téter s’il a des difficultés. L’administration à la sonde offre les mêmes avantages, avec la rapidité en plus, ce qui est un critère souvent prépondérant dans les grands élevages. Néanmoins, la technique doit être maîtrisée pour éviter de blesser le veau. Une chose est sûre : « si les outils ne sont pas propres, le transfert d’immunité ne se fait pas » car les germes vont se développer de manière exponentielle, prévient Julien Wittmann. « Il devrait y avoir un bidon et un couvercle qui ne servent qu’à ça. » Combiner la tétée du veau à sa mère et l’administration par l’éleveur offre les meilleurs résultats en termes de protection du veau, d’après une étude datant de 2019. Pour faciliter l’organisation du travail, il peut être intéressant de congeler du colostrum de bonne qualité, de préférence dans des poches en plastique, plus rapides à décongeler que des bouteilles. Sachant que la qualité est meilleure quand le rang de lactation est élevé (à partir de la 4e lactation), un éleveur peut faire des réserves de colostrum issu de vaches plus âgées et le distribuer aux veaux dont la mère a un colostrum de qualité moindre. Il veillera tout de même à donner au veau « au moins 2 l de colostrum de sa mère », précise le conseiller. Parmi les leviers disponibles pour favoriser la qualité du colostrum, Julien Wittmann mentionne le type de fourrage distribué pendant la préparation au vêlage (préférence à l’ensilage d’herbe ou de maïs), la durée de cette préparation (au moins 15 jours) et l’âge au vêlage des primipares. Chez les femelles vêlant à moins de 30 mois, 55 % ont un colostrum à plus de 24 % de Brix.

Stratégie

Le goût du partage

Publié le 14/03/2022

À Wolxheim, Christèle et Mathieu Zoeller conduisent leurs 11 ha de vigne avec le souci de toujours regarder ce qui se fait ailleurs. Que ce soit au sein de leur Cuma ou au contact des clients rencontrés sur les salons, ils valorisent l’échange d’expérience.

Avec 11 ha presque entièrement situés sur le ban de Wolxheim, Christèle et Mathieu Zoeller ont la sensation d’avoir atteint « la bonne taille ». Celle où ils ont la main sur l’ensemble du processus d’élaboration de leurs vins. Le couple œuvre sur le domaine avec l’aide d’un salarié qui travaille dans les vignes. Le père de Mathieu et leur fils Hector, en seconde pro au lycée de Rouffach, viennent en renfort. Les vignes sont conduites en agriculture biologique depuis 12 ans. Le passage en biodynamie, à compter du millésime 2020, prolonge cette orientation. « Nous avons un parcellaire concentré, la parcelle la plus éloignée est à 1 km-1,5 km. C’est un avantage et un inconvénient, expose Mathieu. On ne perd pas de temps pour travailler, mais on est davantage exposé en cas d’accident climatique. » « Les vignes sont moins fatiguées » Les vignes de la famille Zoeller sont situées sur un terroir assez homogène, à dominante marno-calcaire. Le rendement oscille entre 60 et 65 hl/ha depuis quelques années. « J’ai tendance à laisser la vigne plus libre qu’avant », concède Mathieu. Pour le travail sur le rang, il intervient avec un porte-outil enjambeur Boisselet qui s’adapte aux différents écartements des rangées. « Je garde le cavaillon à peu près propre, mais j’accepte un peu de concurrence sur le pied », explique le vigneron qui réalise au minimum quatre passages, dont un buttage, mais peut monter jusqu’à sept en cas de forte pousse, pour peu qu’il en trouve le temps. Sur l’interrang, il alterne enherbement naturel et semis de légumineuses. Il laisse la végétation monter, la roule une fois à deux fois dans la saison puis la fauche, généralement avant les vendanges. L’humidité du sol ayant été préservée, il constate que « les vignes sont moins fatiguées au moment des vendanges ». Autre avantage, il voit « une autre flore se mettre en place, plus variée. » La protection de la vigne repose sur l’utilisation de soufre et de cuivre. Mathieu cherche toutefois à en réduire les doses en actionnant d’autres leviers. « Depuis 4-5 ans, on fait des décoctions en achetant des plantes séchées ou des extraits qu’on dynamise nous-mêmes. » Ainsi de la décoction de prêle, appliquée avant la pleine lune de Pâques pour prévenir le mildiou, voire une deuxième fois en cours de saison en cas de forte pression. Les saisons froides, Mathieu utilise la valériane pour endurcir la vigne. Et lorsque la grêle frappe, il recourt à la consoude aux pouvoirs cicatrisants. L’utilisation de ces différents leviers lui permet de restreindre la dose de cuivre métal à 1,2-1,3 kg/ha en année normale. L’an dernier, avec 2,9 kg/ha, il a réussi à limiter les dégâts. « Je pense qu’avec 20 ans de Tyflo et 12 ans de bio dernière nous, et maintenant la biodynamie, nos vignes ont acquis une certaine résistance », commente le vigneron qui reconnaît avoir « été aidé par la météo sur la fin ». Mathieu gère les chantiers de pulvérisation en commun avec un collègue de la Cuma de la Mossig, également en biodynamie. « À deux, on est plus efficace. Il gère le stock, on définit le programme et on le réalise ensemble. » Aux vendanges, les raisins récoltés en bottiches de 100 kg sont pressurés entiers dans l’un des deux pressoirs pneumatiques. La durée de pressurage varie entre 3 h pour des cépages comme le pinot blanc ou le sylvaner à 7 h pour certaines cuvées. À la sortie du pressoir, les jus reçoivent 2 g/hl de SO2 et sont refroidis à 10 °C. Après débourbage statique, Mathieu les remet en cuve inox ou dans le bois. À l’exception du crémant vendu en vrac qui est ensemencé, le reste de la vendange part en fermentation spontanée pour trois semaines à un mois minimum. Le vigneron ne recule pas devant les fermentations longues - jusqu’à un an sur les rieslings grand cru - et n’intervient pas quand la fermentation malolactique se déclenche, ce qui arrive « sur une bonne partie des vins depuis 10 ans ». Après un léger sulfitage au soutirage, les vins sont élevés sur lies fines, filtrés et mis en bouteilles durant l’été. La carte de la maison Zoeller comprend une quinzaine de cuvées différentes, dont la plupart sont réparties entre vins de fruits - vendus à tarif inférieur à 10 €, Mathieu y tient - et vins de terroirs, auxquels s’ajoutent deux vins nature (un gewurztraminer de macération et un pinot noir), des crémants, des VT et SGN, produits « seulement quand l’année s’y prête ». Les particuliers représentent la clientèle principale du domaine, le reste étant constitué de restaurants et de cavistes et d’un peu d’export. Christèle et Mathieu, qui participent aux salons des vignerons indépendants depuis 20 ans, s’y sont fait une clientèle fidèle, y compris à Strasbourg. Ils participent également à des salons professionnels, comme Millésime bio à Montpellier, où ils commencent à se faire une place. Ils s’y déplacent en couple, ce qui permet toujours à l’un ou à l’autre d’aller goûter les vins d’autres régions, voire d’autres pays. Histoire de garder un œil sur ce qui se fait ailleurs et de continuer à évoluer.

Publié le 10/03/2022

Les entreprises du paysage du Grand Est et d’Alsace manquent de main-d’œuvre, à tel point qu’elles refusent des chantiers. René Wolff et fils, à Hoerdt, dirigée par Jacky Wolff, le vice-président de l’Union nationale des entreprises du paysage (Unep) Grand Est, n’échappe pas à la règle. Sa société est représentative : elle est confrontée aux mêmes défis que la plupart des autres dans la région.

Le chiffre d’affaires de la pépinière et entreprise du paysage René Wolff et fils, à Hoerdt, évolue à la hausse de 2 à 3 % en moyenne par an, depuis sa création dans les années 1960. Mais les trois dernières années, il a bondi de + 5 à + 15 % annuellement. « C’est dû aux clients particuliers. Nous rénovons beaucoup de jardins, depuis trois ans. Le Covid a accentué cette demande. Les gens étaient chez eux. Le jardin est devenu une pièce de la maison, un lieu de détente, planté de verdure. Surtout en Alsace, où on a la fibre verte, comme les Allemands et les Suisses. Les particuliers veulent aménager leurs extérieurs », explique Jacky Wolff, le président de l’entreprise, qui mise avant tout sur « le vert », pour des jardins qui changent au fil des saisons. Cette dynamique est générale. « On observe une forte hausse de la demande de la part des particuliers, dans tout le Grand Est et en France, depuis le premier confinement et déjà avant », atteste Adeline Visine, déléguée générale Grand Est pour l’Unep. Le chiffre d’affaires des entreprises du paysage dans le Grand Est (de 420 millions d’euros en 2020) a augmenté de 8 % entre 2018 et 2020. En France, il a crû de 6 % sur la même période, pour atteindre 6,25 milliards, fin 2020. La particularité du Grand Est est que jusqu’à 64 % du chiffre d’affaires résulte de la création de jardins et d’espaces verts, contre 55 % au national. René Wolff et fils a d’ailleurs son propre bureau d’études, propose ses dessins. « On a plus de marchés publics dans le Grand Est qu’ailleurs pour des créations de nouveaux espaces, que les collectivités entretiennent elles-mêmes par la suite », spécifie Adeline Visine. Ceci explique aussi que les 1 580 entreprises du paysage du Grand Est (soit seulement 5 % des 30 050 entreprises françaises) sont de plus grande taille, généralement, qu’ailleurs en France. Elles comptent en moyenne 3,7 actifs, contre 2,7 en France. Jacky Wolff emploie, lui, une trentaine de personnes. Et il recrute encore ! La société cherche deux personnes qualifiées, pour l’aménagement paysager, depuis deux ans. Priorité au recrutement « On manque de main-d’œuvre partout », constate Jacky Wolff. La tendance est en effet générale. En France, six entreprises du paysage sur dix ont du mal à recruter. Dans le Grand Est, qui comptait 7 150 actifs fin 2020, si 1 100 emplois ont été créés en deux ans, plus de 1 000 CDI restent encore à pourvoir, tant le secteur est dynamique. Sur ce millier de postes disponibles dans la région, environ 500 sont à doter en Alsace, puisque près de la moitié des entreprises du paysage du Grand Est sont basées en Alsace. Densité démographique et pouvoir d’achat supérieur aux autres départements sont en cause. Le Bas-Rhin et le Haut-Rhin totalisent 622 entreprises du paysage. « On refuse des chantiers depuis deux ans parce qu’on ne trouve pas de jardiniers, et parfois des chantiers importants, confie Jacky Wolff. C’est le cas de la plupart des entreprises alsaciennes. » « Les problèmes de qualification, le manque de motivation des candidats et surtout l’absence de candidatures sont les trois principaux freins », observe l’Unep. « Beaucoup de chefs d’entreprise sont débordés aussi. Ils ne publient pas d’offres d’emploi et les candidats potentiels ne savent donc pas qui recrute, où aller », détaille Adeline Visine. Jacky Wolff acquiesce : « Il faut réussir à motiver les apprentis, puis à fidéliser les jeunes. » Le dirigeant soigne donc sa politique salariale et les conditions de travail. « Les salariés sont la source du succès. On doit leur faire confiance. Ils mettent en œuvre et adaptent les idées », sait Jacky Wolff. 80 % des employés le sont en CDI et 10 % sont des apprentis. Il y a très peu de CDD dans les professions du paysage. C’est également le cas chez René Wolff et fils, qui compte trois apprentis. « Nous, on aime les MacGyver. Ils trouvent des solutions sur le terrain, avec le matériel qu’ils ont », résume Jacky Wolff, qui est aussi président du CFA d’Obernai depuis onze ans. Qui dit recrutement dit formation. Actuellement, 270 apprentis en aménagement paysager sont formés au lycée agricole d’Obernai, du CAP au bac pro. À la rentrée prochaine, un BTS Aménagement paysager va s’ouvrir, avec trois pôles de spécialité : génie végétal (environnement), pour les particuliers, pour les collectivités. « Ces diplômés-là seront assistants de la direction. Ils seront formés à la gestion et au dessin », précise Jacky Wolff. À Rouffach, du CAP au BTS, 260 apprentis sont dans les classes et dans les entreprises. Quant au lycée du Pflixbourg, à Wintzenheim, il accueille une centaine d’élèves en formation initiale. Au total, plus de 600 jeunes seront diplômés en Alsace prochainement. L’apprentissage, comme ailleurs en France, est la voie royale. Dans le Grand Est, en 2020 par exemple, 1 600 personnes étaient en formation, dont 1 100 apprentis, 350 en formation initiale et 150 en formation continue. Les entreprises du paysage recrutent à tous niveaux mais avoir le permis B est souvent une condition sine qua non. Les dirigeants sont ouverts aux personnes en reconversion professionnelle. Et pour cause, l’Unep recense quinze métiers du paysage différents, dont élagueur et installateur de piscine. Les maçons sont les bienvenus. « On en forme du monde ! Entre + 10 à + 20 %, chaque année », assure Adeline Visine. Une enquête exclusive, avec le Conseil régional, montre que 63 % des jeunes diplômés sont en CDI dans les deux ans qui suivent la fin de leurs études. Hausse des prix des matières premières Si les besoins en main-d’œuvre plombent la progression des entreprises du paysage, l’augmentation des prix des matières premières est un nouveau problème. « Les graines coûtent de 10 à 25 % plus cher », lâche Jacky Wolff. La raréfaction des végétaux serait à l’origine de ce bond. « Nous sommes très mécanisés. L’augmentation du gasoil nous touche aussi. Nous consommons entre 37 000 et 40 000 litres de gasoil par an. La hausse des prix nous impacte forcément », enchaîne-t-il. Depuis trois ans, René Wolff et fils investit dans des véhicules électriques, moins polluants, pour continuer à travailler dans l’Eurométropole de Strasbourg : entre 200 000 et 300 000 euros chaque année. Malheureusement, la pause de bornes pour (re) charger les batteries traîne… Les transformateurs à proximité de l’entreprise ne seraient pas assez puissants actuellement pour ce faire. « Aujourd’hui, soit on chauffe les bâtiments, soit on charge », synthétise Jacky Wolff, sans rire. Il a participé à la commission technique pour la mise en place de la zone à faibles émissions (ZFE). « Nous voulons tous polluer moins mais il faut y aller à petits pas, ne pas mettre la charrue avant les bœufs », conseille-t-il, satisfait que certains de ses outils, tels les camions-bennes, camions-grues et toupies-béton, bénéficient d’une dérogation de trois ans. Quant aux produits phytosanitaires, son entreprise n’utilise que le biocontrôle. « Des produits qui coûtent dix à vingt fois plus que l’intrant type Round up, souligne Jacky Wolff. Malgré cela, en bons gestionnaires, nous sommes en progression. »    

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