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Concours général brunes des Alpes au SIA 2022

« Participer, c’est déjà gagner ! »

Publié le 01/03/2022

Odessa de l’EARL de la Marguerite, à Stotzheim, est une génisse de 3 ans. Elle a été sélectionnée pour le concours général brunes des Alpes, vaches en première lactation, qui aura lieu le 4 mars 2022, au Salon international de l’agriculture (SIA). Sébastien Baur et Jean-Charles Wurry, associés sur l’exploitation, sont ravis. « On emmène notre vache à Paris », se réjouit Sébastien.

Ils ont les yeux qui pétillent. La fête et l’entraide entre éleveurs, la rencontre avec les politiques, l’effervescence du salon, la performance d’Odessa et surtout, leur connivence : les associés de l’EARL de la Marguerite, à Stotzheim, Sébastien Baur et Jean-Charles Wurry, savourent d’avance leur aventure parisienne, début mars. « Participer, c’est déjà gagner ! », s’exclame Sébastien, heureux de ce saut dans l’inconnu, qu’il peut aisément fantasmer grâce à tous les reportages qui abreuvent les Français, chaque année. « Je ne cherche ni à ce qu’Odessa devienne la grande championne de Paris, ni un gain financier. Des embryons ont déjà été collectés ici. Le but du concours n’est pas de faire notre renommée mais de vivre un moment complice avec la génisse », affirme Sébastien Baur. Caprice de star Fin janvier, Jean-Charles et lui ont reçu la confirmation qu’Odessa, 3 ans, est retenue pour le concours général agricole (CGA) brunes des Alpes, vaches en première lactation, qui aura lieu le vendredi 4 mars 2022 au Salon international de l’agriculture (SIA). Sa suppléante s’appelle Pétula. Depuis, Sébastien qui est responsable du troupeau laitier, entraîne les animaux à marcher à la longe. « Surtout Odessa », admet-il. La belle n'était sortie à peine six fois mi-février (musique à fond dans les oreilles, pour l’habituer) qu’elle fait déjà sa star. Ce lundi, elle n’est pas d’humeur. Sébastien la cherche dans le troupeau et l’amène dans le box assez rapidement, grâce à Jean-Charles qui joue le rabatteur. Il lui passe le licol. Facile. « Une fois qu’elles ont compris, ça va », glisse Sébastien. Mais dehors, Odessa piétine. La génisse vient de manger. Les granulés ne suffisent pas à la faire marcher.  « Tourne-lui la queue », lance Sébastien à Jean-Charles, pour la faire avancer. L’astuce fonctionne. La vache cherche le contact avec ses éleveurs. Elle est amicale mais capricieuse ce 14 février, alors que deux jours avant, elle allait sans peine. Le fort vent froid du lundi matin n’aide peut-être pas au tour de piste ; qui dure une demi-heure maximum à chaque fois, pour que la balade reste agréable.     « Feeling » « Il faut trouver le juste milieu entre douceur et fermeté, explique Sébastien. C’est elle la plus forte mais, heureusement, elle ne le sait pas. Pour éviter qu’elle me tracte, je la mets en inconfort : je lui tourne la tête. Je lui dis : allez, on danse la valse ! On fait un tour sur nous-mêmes. Puis je la remets en confort. À un moment, il faut y aller. C’est moi qui la promène et non l’inverse. C’est toujours nous qui avons le dernier mot, jamais elle. Et tout ça, sans jamais la brusquer ! Un animal n’oublie pas. Si on fait une erreur, cela peut se corriger mais il va falloir remettre la bête en confiance. » Odessa pèse entre 600 et 650 kg. « J’ai créé de la complicité, un lien avec elle. C’est du feeling. Les animaux sentent nos émotions avant même qu’on ne les exprime. Pour qu’elle avance, a priori, je lui tape juste sur les fesses. Au SIA, son seul repère ce sera nous. Elle sera dans un environnement qu’elle ne connaît pas. Elle va forcément nous suivre », prédit le passionné de brunes. Si les granulés attirent peu l’attention d’Odessa, le carré d’herbe devant la ferme semble l’intéresser. Elle est gourmande. « C’est de famille », plaisante Sébastien Baur. Les clients du magasin de vente directe de Jean-Charles, qui cultive des plants, fruits et légumes, profitent de l’animation. Une vitrine pour la race Odessa et Pétula n’ont pas de traitement de faveur, à part ça. Elles vivent avec le troupeau, comme les autres vaches. Une seule partira : a priori, Odessa. Elle sera tondue avant le départ et passera entre les mains de l’ostéopathe, avant de monter dans le van de Sébastien et Jean-Charles, mardi 1er mars. Le soir, au SIA, ce sera douche, traite et contrôle sanitaire obligatoire à partir de 20 h, après la fermeture du salon aux visiteurs. Le 9 février, Odessa a déjà eu droit à des prises de sang. Elle fait partie des seize brunes sélectionnées à travers toute la France, pour le CGA 2022. En Alsace, c’est l’EARL de la Marguerite qui compte le plus de brunes : une cinquantaine, dont vingt laitières et la suite. Odessa participe au CGA sous l’impulsion du syndicat de la race, BGS, et de son technicien Thomas Gerouville. « Elle est arrivée en mars dernier dans l’exploitation, pleine, raconte Sébastien. Elle a été acheminée par camion, de Côte-d’Or, là où il y a le plus de brunes en France. » Mais Thomas ne l’a découverte que fin octobre 2021. « On a une mère à taureau brune que Thomas voulait voir. Il est venu cet automne. C’est là qu’il a repéré Odessa et Pétula, issues de pères français. Odessa lui a tapé dans l’œil. On a inscrit les deux génisses au concours, en décembre. » Elles correspondent au standard de la race. « Odessa a une note générale de 84 points, attribuée par Pierre Gigant, le technicien pointeur d’Elitest et BGS », ajoute Sébastien. Pour le syndicat, le concours à Paris est une vitrine. Les éleveurs rentreront du SIA le 6 mars. Sébastien et Jean-Charles remercient d’ores et déjà la dizaine de sponsors qui leur permettra de voir « l’envers du décor » du Salon de l’agriculture 2022, à Paris.    

Soigner les arbres par les plantes

Une école de l’observation et de la tolérance

Publié le 28/02/2022

Dans le cadre du Mois de la bio, Corinne Diemunsch, exploitante agricole et viticultrice, à Balbronn, a ouvert les portes de son séchoir à plantes aromatiques et de son verger, mi-novembre 2021. Elle a expliqué pourquoi et comment elle soigne ses arbres fruitiers avec des plantes sauvages ou qu’elle cultive.

Sur 20 ha de SAU, à Balbronn, Corinne Diemunsch cultive environ 12 ha de céréales, 5 ha de vignes (pour la cave du Roi Dagobert, dont des raisins de table), 3 ha de verger et 20 à 30 ares de plantes aromatiques. Ces dernières lui servent à soigner ou plus exactement à « stimuler les défenses naturelles » de ses cultures, bio depuis 2011. Elle vend le surplus, sec, à une poignée d’agriculteurs et d’amateurs. 90 % des traitements qu’elle applique à ses productions sont à base de plantes. Les 10 % restants sont constitués de cuivre et de soufre. Habituée des rendez-vous du Mois de la bio, en 2021, Corinne Diemunsch a orienté sa présentation sur le soin apporté aux arbres fruitiers. Chez elle, on trouve essentiellement des mirabelliers, des pommiers (pommes à jus), des poiriers et des quetsches, dans des sols argilo-calcaires. Il y a aussi des  noyers, des figuiers, des néfliers, des lauriers, un olivier, des baies de Goji et même… des poivriers. Cet hiver, s’établissent noisetiers, amandiers et châtaigniers. Passionnée de plantes aromatiques, depuis l’enfance, Corinne Diemunsch s’est installée sur la ferme familiale, en 2001. Elle insiste : si elle a passé le cap du soin par les plantes, pour les plantes, dans les années 2010, cela demande : « beaucoup d’observation au départ, du temps, de l’organisation et, plus on essaie de comprendre et d’avancer, plus c’est complexe. » « Il faut être organisé… Au minimum, la veille du traitement. La clé, c’est l’observation, sur le terrain. Car il faut guider la plante, qui compartimente ; élimine souvent d’elle-même ses parties fragiles, malades. Et il ne faut pas attendre un résultat parfait », résume l’arboricultrice. Elle compte aussi sur ses variétés résistantes, rustiques, et la préservation de la biodiversité, pour protéger ses cultures. Des nichoirs et des hôtels à insectes parsèment son verger. Entre deux rangées d’arbres fruitiers productifs, seront semés des légumineuses et crucifères, qui fixeront l’azote dans le sol, pour limiter les apports d’engrais et décompacter les sols. Ses formateurs ou inspirateurs sont le permaculteur Stéfan Sobkowiak, l’arboriculteur Eric Petiot, l’agronome Claude Bourguignon et le biodynamiste Pierre Masson. Corinne recommande les ouvrages des éditions Artémis, Terran et Terre vivante. Sauvages et cultivées Grâce à ses connaissances, l’agricultrice s’est lancée dans la culture (sur paillage de chanvre ou toile de jute), le séchage et la préparation d’absinthe, d’achillée millefeuille, de lavande, de mélisse, d’origan, de rue officinale, de santoline petit-cyprès, de saponaire et de sauge, principalement. Elle cueille, avec l’autorisation des communes ou des particuliers, les plantes sauvages : consoudes, tanaisies, orties (qu’elle fauche surtout chez elle), prêles et reines des prés (de plus en plus difficiles à trouver et à remplacer, et, auxquelles elle substitue des feuilles et bois de saule, en attendant de trouver la bonne stratégie). « Je veux connaître l’emplacement des plantes, en partie parce que je bénéficie du label Ecocert sur l’ensemble de ma production », précise Corinne Diemunsch. La cueillette se fait au ciseau. Elle laisse toujours, au champ, quelques fleurs, pour le réensemencement naturel des plantes cultivées et surtout des plantes sauvages, mais aussi pour assurer la survie des insectes. Pour lutter contre les maladies, rien de tel que l’achillée millefeuille, l’origan, l’ortie, la prêle ou le saule, la reine des prés, la tanaisie. A priori, le bouleau serait efficace contre la tavelure mais Corinne ne l’a pas encore expérimenté. Le jus de consoude, macéré à froid, est idéal pour cicatriser les plaies de taille. Les plantes à effet répulsif, « insectifuges », sont l’ail (que Corinne utilise peu, tant une macération d’ail à base d’huile peut brûler la peau et la plante, surtout par journée ensoleillée), l’absinthe, la camomille romaine, la fougère aigle, le raifort, la rue et la tanaisie. « J’utilise ces plantes en alternance, selon l’objectif que je souhaite atteindre », dit Corinne, sans trop s’étendre. Il ne s’agit pas de tuer les insectes mais de les disperser et de les éloigner. L’application des préparations répulsives à la tombée du jour est donc souhaitable, « pour que les animaux cherchent refuge ailleurs », souligne l’agricultrice. Extraits, décoctions et tisanes Corinne Diemunsch utilise diverses préparations, qu’elle garde parfois d’une année sur l’autre, comme celles à l’ortie, puisqu’elle en a besoin, dès le début du printemps, quand la plante est encore trop jeune pour être riche en oligo-éléments et autres nutriments. Corinne crée des extraits de plantes (macérations à froid, entre trois et huit jours), des décoctions (macérations à froid, 24 heures, puis portées à ébullition) et des infusions (les plantes sont plongées dans de l’eau chaude de 60 à 80°C, en maintenant la température entre vingt et trente minutes). Il est important de couvrir les récipients pour que les parties volatiles des principes actifs retombent dans l’eau. « Même l'extrait d’orties est couvert, jusqu’à la fin de la préparation », conseille Corinne Diemunsch. Pour les préparations, elle se sert surtout des plantes séchées (dans sa grange), très rarement du frais. « Les plantes fraîches, par temps humide, sont contre-indiquées », partage-t-elle. Les plantes séchées se gardent deux à trois ans, maximum. Corinne les stocke dans de grandes caisses en bois, aérées. Les végétaux, une fois séchés, sont broyés grossièrement, afin de faciliter le stockage l’utilisation et l’efficacité, avant utilisation. Pour préparer 1 kg de plantes fraîches, il faudra 10 l d’eau, puis diluer plus ou moins, avant pulvérisation. Le PH d’une plante étant de 6, les tisanes et toutes autres préparations sont mieux assimilées si le PH est identique. Après les transformations et avant le stockage des liquides, il faut bien sûr, bien filtrer. Corinne a recours à des pulvérisateurs classiques pour administrer ses préparations. Petit à petit, elle se diversifie. Un laboratoire et une pharmacie la sollicitent pour s’approvisionner en plantes aromatiques. Régulièrement, elle accueille les élèves du lycée de Rouffach ou un petit groupe de seniors, pour partager ses connaissances.

Publié le 25/02/2022

Dernière nouveauté, chez Armbruster : une solution composée d’une bactérie symbiotique de la plante, Methylobacterium symbioticum, brevetée par Symborg, permet de réduire les apports d’engrais azoté au sol. Pulvérisée sur les feuilles, le soluté BlueN, qui s’appellera bientôt UtrishaN, aide la plante à capter l’azote de l’air pour se développer. Elle séduit les producteurs de maïs et de céréales à paille alsaciens, qui en ont déjà acheté pour 1 800 ha, cette année.

Le Raid, pour Recherche, agronomie, innovation et développement, est le service technique d’Armbruster. Il teste, depuis trois ans, le BlueN, qui s’appellera bientôt UtrishaN : une solution à base d’une bactérie se fixant sur les cuticules des feuilles des plantes pour attraper l’azote atmosphérique et le restituer à la plante. Ce soluté permet au maïs et aux céréales à paille de fonctionner comme une légumineuse. L’intérêt est de réduire la fertilisation du sol tout en obtenant le même rendement et la même qualité de production. « On est allé jusqu’à moins 90 unités d’azote, dans nos tests. Mais, actuellement, pour plus de sûreté, puisque chaque sol et climat sont différents, les agriculteurs qui choisissent la solution BlueN enlèvent de 30 à 70 unités d’azote apportées au sol », révèle Aymé Dumas, le responsable du service technique d’Armbruster. En maïs et en céréales à paille, le procédé est validé. En soja, les tests n’ont pas encore abouti car le soja capte déjà naturellement l’azote de l’air. Le Raid cherche à savoir si le BlueN ou UtrishaN boosterait le soja, avant qu’Armbruster ne le commercialise pour cette plante. Économique et écologique « La solution permet de réduire les apports d’azote et donc les coûts… puisqu’il y a moins d’achat d’engrais, de logistique, de main-d’œuvre, pour le même rendement et la même qualité », résume Aymé Dumas. Le BlueN ou UtrishaN est aussi écologique, puisque l’azote est fixé dans la plante. « Sur des zones de captages prioritaires, c’est une aberration de s’en passer », pense le responsable du Raid. En 2021, 1 500 ha de cultures alsaciennes avaient été arrosés avec le soluté à base de Methylobacterium symbioticum. Les premiers clients semblent satisfaits, puisqu’en 2022, du BlueN a déjà été vendu pour 1 800 ha. Xavier Gebhard, de l’EARL des Krautlander, à Artzenheim, témoigne : « en 2020, j’avais testé le BlueN, avec Armbruster, en réduisant la dose d’azote de 70 unités. Le rendement était équivalent à ce que je faisais sans la solution, avec la dose d’azote habituelle. On avait essayé sur du maïs grain. » En 2022, il a décidé d’acheter le BlueN pour ses 44 ha de maïs grain. « Quand on voit le prix de l’urée », s’exclame-t-il. Le BlueN coûte actuellement 33 €/ha, soit 17 € de moins que l’an passé. En pleine croissance Les meilleures conditions pour appliquer le produit sont à un stade poussant, avec une bonne hydrométrie et une température de l’air comprise entre 10 et 23 °C. Pour le maïs, le stade idéal est plus ou moins six feuilles. Pour le blé, il vaut mieux attendre que le climat soit tempéré. S’il pleut trois heures après l’application du produit, il sera efficace. Par contre, toutes les solutions à base de cuivre ou de chlore sont à proscrire, ainsi que tous les antifongiques : ils nuisent à la stabilité de la bactérie, voire la détruisent. Un kilo de solution est nécessaire pour pulvériser trois hectares de culture.

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