A la une

Publié le 08/03/2022

À Steinbach, près de Cernay, Thierry Misslen produit des greffons certifiés pour le compte du Civa. Récoltés durant l’hiver, ceux-ci sont envoyés aux pépiniéristes qui les utilisent pour produire les plants nécessaires au renouvellement des vignes.

Depuis 1978, date de création du service Prospection et multiplication de matériel clonal (SPMC), le Civa est en charge de la sélection clonale et de la multiplication de greffons certifiés en Alsace. Une mission qu’il accomplit en partenariat avec un réseau de vignerons répartis de Thann au sud, à Kienheim au nord. « L’objectif est d’alimenter les pépiniéristes de la région en greffons certifiés sur tous les cépages », explique Maxence Klingenstein, chargé des vignes mères de greffons, de porte-greffes et du matériel végétal certifié au Civa. Le parc de vignes mères de greffons comprend à ce jour 260 parcelles, soit une surface de 33 ha. Pour le renouveler, le Civa est toujours à la recherche de nouveaux partenaires*. Ceux-ci doivent respecter certaines conditions pour bénéficier de l’agrément de FranceAgriMer. « La parcelle peut être classée en AOC ou hors AOC, mais elle ne doit pas avoir été plantée en vigne depuis 10 ans », indique Maxence Klingenstein, ce qui restreint le choix à des surfaces en friche ou à des vergers. La surface minimale requise est de 10 ares, avec la possibilité de créer des zones d’isolement des côtés. Vigneron à Steinbach, Thierry Misslen a dédié l’une de ses parcelles de muscat à la production de greffons. Située sur la cote 425, théâtre de sanglants combats durant la Première Guerre mondiale, elle est l’une des deux seules vignes mères de greffons consacrée à ce cépage. « Elle donne tous les ans, assure le vigneron. Il n’y a jamais de coulure à la floraison. Elle est bien exposée, plein sud, et elle est protégée du vent. » La plantation doit être réalisée avec du matériel de catégorie base, fourni par le Civa. Cette condition vaut aussi pour le remplacement des manquants. « En plus de la fourniture des plants, nous nous occupons de la gestion administrative sur la partie vigne et la partie plants », précise Maxence Klingenstein. Ce qui inclut l’inscription et le suivi auprès de la filière Bois et plants. S’agissant de la dernière étape avant la multiplication en pépinière, il est important que les greffons soient exempts de maladies. « À l’automne et au printemps, nous réalisons une tournée de prospection de tout le parc de vignes mères pour déceler d’éventuels symptômes d’enroulement, de court-noué ou de maladie du bois. Nous marquons les pieds touchés pour les écarter de la récolte. » Cette tournée de prospection, qui dure une bonne semaine, est réalisée avec l’aide de la Chambre d’agriculture et de l’IFV. « C’est une garantie de qualité sanitaire des greffons », souligne Maxence Klingenstein. La Fredon pose également des pièges photochromatiques pour détecter la présence du vecteur de la flavescence dorée, ce qui évite de traiter contre cette maladie incurable qui épargne jusqu’ici le vignoble alsacien. À ces contrôles annuels s’ajoutent des tests en laboratoire, pratiqués tous les 10 ans. Une conduite identique à celle des vignes ordinaires La conduite des vignes mères de greffons ne diffère pas de celle des vignes ordinaires. Jusqu’aux vendanges, les interventions sont les mêmes. C’est au moment de la taille que les vignerons prélèvent les baguettes, à raison d’une dizaine de bourgeons par baguette. Comme ses collègues producteurs de greffons, Thierry Misslen rassemble les baguettes par fagots de 1 000 yeux, sur lesquels il appose l’étiquette servant de passeport phytosanitaire européen. Le Civa, qui centralise les commandes des pépiniéristes en décembre, lui communique les besoins, ce qui lui évite de récolter pour rien. Cette année, la commande s’élevait à 6 000 baguettes. Moyennant 20 €/fagot, la production de greffons lui rapportera 1 200 €, qui s’ajoutent à la rémunération du raisin livré à la coopérative Bestheim. Depuis quelques années, le Civa collecte directement les fagots chez les viticulteurs et les livre chez les pépiniéristes ou les stocke au Biopôle de Colmar. L’objectif est d’assurer la traçabilité et de maintenir la fraîcheur des bois. En effet, même si ce n’est pas l’unique critère, « plus le greffon est frais, plus le taux de réussite de la greffe est élevé », mentionne Maxence Klingenstein. En l’occurrence, les pépiniéristes visent un taux de réussite minimum de 50 à 55 %. Une vigne mère de greffons produit pendant 20 à 25 ans, souvent moins. « Dès que les tests sanitaires révèlent la présence du virus de l’enroulement ou du court-noué, on exclut la vigne du parc existant, ce qui nous oblige à trouver de nouvelles surfaces éligibles et de nouveaux vignerons partenaires. » Car il faut pouvoir fournir les greffons demandés pour tous les cépages et tous les clones de chaque cépage en tenant compte de l’évolution des plantations. En 2021, 2 ha de vignes mères nouvelles ont ainsi été plantés. Pas suffisant pour compenser les 3 à 4 ha radiés en raison des maladies virales de la vigne, qui ont provoqué des tensions sur l’approvisionnement en greffons en auxerrois et en pinots.

Publié le 04/03/2022

À Appenwihr, Nicolas Bolchert mise sur le soja pour maintenir l’équilibre de son exploitation de polyculture élevage. Une culture qu’il juge agronomiquement et économiquement intéressante, au point qu’elle occupe plus de 40 % de son assolement.

Pendant 18 ans, Nicolas Bolchert travaille dans la maintenance agricole jusqu’à devenir chef d’atelier chez Schaechtelin. Il tente un temps de concilier son travail avec celui de la ferme familiale sur laquelle son père, bien qu’en retraite, est toujours actif. Devenu jeune papa, il se décide à « trancher dans le vif » dans la foulée du premier confinement. Depuis un an, le voilà agriculteur à plein temps sur une ferme de 52 ha, dont la conversion à l’agriculture biologique remonte à la fin des années 1970. Dans ce secteur du sud-est de Colmar, son père en a été, avec quelques autres, un des pionniers. Commencer dès le départ avec « un système qui fonctionne, complètement autonome en termes de fourrage et de travail, à part l’ensilage réalisé par un prestataire » est un des principaux avantages dont bénéficie Nicolas. Dès lors, son objectif est de s’inscrire dans la continuité de son père en maintenant l’harmonie entre les cultures et l’élevage, qui se compose de 30 laitières simmental et leur suite. Le trentenaire dispose d’une quarantaine d’hectares autour de la ferme, grâce à des regroupements avec des collègues. Les 10 ha les plus proches de l’étable sont réservés au pâturage tournant. Les cultures occupent le reste des surfaces. Avec 22 ha, le soja représente plus de 40 % de l’assolement total. Il est la seule culture de vente de l’EARL, toutes les autres étant destinées à l’alimentation du troupeau. La rentabilité qu’il procure permet à la ferme du Kastenwald d’être viable, en dépit de sa surface modeste. Mais ce n’est pas là son seul atout : « agronomiquement, c’est une culture intéressante », explique Nicolas, qui l’intègre dans ses rotations en prenant soin de ne jamais dépasser deux sojas de suite. « Je n’ai pas de rotation fixe, je raisonne en fonction de l’éloignement de la parcelle, du salissement… Avec 52 ha, je n’ai de toute façon pas une grosse marge de manœuvre. » En fonction des situations, il peut enchaîner soja, maïs, orge, puis semer une luzerne qui reste en place pendant trois ans afin de reposer le sol ou semer du soja deux ans de suite et réimplanter une prairie derrière pour se débarrasser des mauvaises herbes. La moitié en dérobé La moitié du soja est cultivée en dérobé. Derrière orge, maïs, féverole et une partie du soja, Nicolas sème un mélange de landsberg (trèfle, vesce et graminées), qu’il enrubanne fin avril-début mai, avant de travailler le sol et de semer le soja, en un passage combiné de herse rotative et de semoir. Le semis se fait sur sol réchauffé pour favoriser une levée rapide. « L’avantage de la culture en dérobé, c’est qu’elle offre un couvert végétal de la parcelle en hiver et qu’elle permet de récolter du fourrage. » Nicolas y voit également un atout par rapport à la maîtrise du salissement, mais il n’en fait pas une surface plus importante pour limiter la charge de travail au printemps. Sur l’autre moitié des surfaces, il sème aux alentours du 15 mai, après un labour réalisé « à l’entrée de l’hiver quand les conditions météo sont bonnes ». Il privilégie une densité de semis assez élevée de 680 000 grains/ha, compte tenu d’un taux de non-levée de 5 % et de 10 à 12 % de pertes au binage. Il arrose parfois au semis pour obtenir « la levée la plus régulière possible », ce qui constitue selon lui l’un des points clés de la culture. Selon la météo et la portance du sol, il effectue un désherbage à l’aveugle à la herse étrille 3 à 4 jours après semis. Équipé d’une bineuse 6 rangs avec caméra depuis 2020, il réalise au minimum trois binages, parfois couplés avec un passage de herse étrille deux jours plus tard. Cette stratégie lui permet de se débarrasser des chénopodes et des amarantes, principales mauvaises herbes rencontrées. En revanche, ni la morelle noire ni le datura, qui sont proscrits par son acheteur, ne lui posent de problème. S’il n’utilise aucune protection phytosanitaire, Nicolas ne se prive pas d’irriguer son soja, à raison de 30 mm apportés tous les 7 à 8 jours. Équipé d’enrouleurs, il réalise généralement 7 à 8 tours d’eau par saison. « Il faudrait arriver à ramener moins d’eau, mais plus régulièrement, tous les 3 à 4 jours car ici, les terres ne retiennent pas l’eau », dit-il, persuadé qu’il va falloir économiser l’eau et l’énergie dans les prochaines années. Lui qui irrigue toutes ses cultures, y compris les pâtures (entre 13 et 15 passages par saison), réfléchit à d’autres systèmes d’irrigation, mais ni la rampe, ni le pivot ne sont adaptés à la configuration de ses parcelles. Une meilleure gestion de l’eau lui permettrait aussi de gagner en rendement, pense-t-il. Pour l’instant, et depuis quelques années, il dépasse son objectif de rendement, qui est de 25 q/ha, et atteint sans difficulté 44 % de taux de protéines. En dehors de 2,5 t, qu’il trie et utilise comme semence ou en mélange avec de la féverole pour ses laitières, il livre l’intégralité de sa récolte à Taifun, qui le transforme en tofu dans son usine de Fribourg, en Allemagne. La ferme du Kastenwald est en contrat avec l’entreprise depuis 2000. « C’est hyper agréable de travailler de cette façon. Aujourd’hui, je connais déjà le prix de base auquel je vais être payé en octobre. » La rémunération tient compte du taux de protéines, de la date de livraison, mais aussi de la propreté de la récolte et du séchage. « Les choses sont claires, tout est résumé dans un fascicule d’une trentaine de pages », apprécie Nicolas. « Nous avons des exigences de qualité supérieures à d’autres acheteurs mais nous rémunérons la qualité de façon à être toujours intéressants pour les producteurs qui veulent des prix fixés à l’avance et des relations à long terme », précise Nicolas Carton, qui encadre les fournisseurs de soja alsaciens de Taifun sur le plan technique. L’entreprise ne recherche pas de nouveaux producteurs pour cette saison ni la prochaine. À l’avenir, tout dépendra de l’évolution de ses capacités de production. soja@taifun-tofu.de

Publié le 01/03/2022

Avec le retrait du Phosmet, les producteurs alsaciens de moutarde se voient privés d’un moyen de lutte contre les méligèthes. Les producteurs de colza ne sont pas impactés, pour l’instant.

La décision est tombée en décembre : le Phosmet, substance active utilisée en colza contre les coléoptères d’automne n’a pas été réapprouvé. Publié fin janvier, le règlement d’exécution qui officialise cette décision fixe au 1er mai au plus tard le retrait de l’Autorisation de mise sur le marché (AMM). Pour pouvoir commercialiser et utiliser les stocks restants, un délai est accordé jusqu’au 1er novembre 2022. Cette décision, bien qu’attendue depuis plusieurs mois, a fait réagir Terres Inovia, l’institut des huiles et des protéines végétales. « Dans le contexte récent d’implantations irrégulières ou tardives (sécheresse) auxquelles se rajoute une forte pression de coléoptères d’automne (grosse altise et charançon du bourgeon terminal) pouvant présenter un fort niveau de résistance aux pyréthrinoïdes, le Phosmet est devenu une substance pivot. Si dans une grande partie du territoire, les pyréthrinoïdes constituent encore un moyen de protection, la situation est beaucoup plus délicate dans les zones à forte résistance », indique Terres Inovia dans un communiqué. Qu’en est-il en Alsace, où le colza est une culture plutôt récente et assez peu développée ? « D’après les analyses de Terres Inovia, nous n’avons pas ou pas encore de résistance. C’est une chance », indique Fabienne Boizet-Noël, conseillère grandes cultures à la Chambre d’agriculture Alsace (CAA). De ce fait, le Phosmet n’est pas utilisé dans cette culture. En cas de besoin, précise la conseillère, les producteurs de colza ont recours aux pyréthrinoïdes. Ils devraient donc pouvoir continuer à le faire tant qu’aucune résistance ne se manifeste. En revanche, c’est dans la culture de moutarde que ce retrait pose problème. Le Phosmet y est utilisé pour lutter contre les méligèthes avant la floraison, indique Pierre Geist, conseiller spécialisé à la CAA. « Il est utilisé en cas de grosse pression de méligèthes, mais pas exclusivement. Les producteurs disposent d’autres produits mais certains arrivent aussi dans leur dernière année d’utilisation. On pensait se rabattre sur le Phosmet. Ce retrait va donc engendrer des difficultés », prévoit Pierre Geist. Les seuls insecticides restants sont Decis ou Karaté Zéon. Or, Karaté Zéon est déjà utilisé sur les moutardes semées au printemps contre la tenthrède de la rave, un insecte ravageur qui fait des dégâts dans la moutarde. L’utiliser aussi contre méligèthe risque de favoriser des résistances. Quant aux solutions alternatives, « on les cherche encore », assure le conseiller. En collaboration avec Planète Légumes, un essai a bien été tenté avec des produits utilisables contre l’altise sur choux, mais « il n’en est pas ressorti grand-chose ». « On n’a pas la solution », reconnaît Pierre Geist. Un risque d’abandon Les stratégies d’évitement pour lutter contre les méligèthes en colza ne seraient pas applicables en moutarde. « Ces stratégies, sur lesquelles travaille Terre Inovia, consistent à semer 5 % de variétés très précoces parmi des variétés classiques. Ces 5 % fleurissent plus tôt et attirent les méligèthes si bien qu’une fois que les autres variétés arrivent à floraison, il n’y a plus de risque pour la culture. En colza, cela marche relativement bien quand la pression est moyenne à faible. Mais en moutarde, l’écart entre niveaux de précocité est de trois jours, ce qui n’est pas suffisant pour ce type de stratégie », indique le conseiller. Vu le peu de solutions restantes, Pierre Geist craint d’ « arriver à une situation où on ne contrôlera plus rien car on ne change pas de mode d’action ». Ce qui pourrait faire renoncer certains producteurs de moutarde à cette culture, pourtant recherchée par la société Alélor. En plus de la moutarde blanche, implantée au printemps, quelques producteurs se sont lancés dans la moutarde brune, qui donne un condiment plus piquant que la moutarde douce d’Alsace commercialisée par le fabricant. La moutarde brune est semée fin septembre, un peu plus tard que le colza. Depuis l’an dernier, un agriculteur la cultive en bio. Les attaques d’altise et de charançon auxquelles il est confronté montrent à quel point il est difficile de se passer d’insecticide. « Les plantes étaient tellement affaiblies qu’elles ont eu beaucoup de mal à fleurir », rapporte Pierre Geist.

Pages

Les vidéos