A la une

Semis de printemps

Suspendus au coup de froid

Publié le 30/03/2022

Les semis de betteraves se terminent. Le défi a été de garder l’humidité du sol pour favoriser les levées. Les semis de maïs attendront de préférence la fin de l’épisode de descente d’air froid annoncé pour ce week-end.

Interrogé mardi 29 mars, Michel Butscha, technicien à la sucrerie d’Erstein, estimait que 90 % des 5 300 ha de betteraves destinées à alimenter cette année la sucrerie d’Erstein étaient déjà semés. « Les semis ont démarré le 18 mars et ont été très rapides », rapporte-t-il. À la faveur de la douceur des températures et de l’ensoleillement, les betteraves des semis les plus précoces ont même déjà levé, ce qui suscite quelques inquiétudes au regard de la chute des températures annoncée. Personne n’a oublié le scenario de l’an dernier, lorsque le gel avait eu raison de 200 ha de betteraves. Heureusement, la chute des températures devrait être moins vertigineuse cette année, et la betterave résiste à des températures jusqu’à - 4 °C.   ? Le #gel agricole revient dès le 01/04. Aujourd'hui, 2 scénarios se dessinent avec des pertes conséquentes (dans tous les cas) : - L'optimiste : basé sur ECMWF ?? avec un froid plus maritime. - Le pessimiste : basé sur GFS ?? avec un froid polaire plus sec.#FrAgTw #neige pic.twitter.com/WNOnxHVjK4 — Dr. Serge Zaka (Dr. Zarge) (@SergeZaka) March 28, 2022   Le principal défi des semis 2022 a été de garder ce qu’il y avait d’humidité dans le sol pour favoriser la levée. « L’hiver n’a pas été froid, ce qui n’a pas permis de restructurer les sols en profondeur. Il n’y a pas eu beaucoup de précipitation non plus, ni cet hiver, ni ce printemps », explique Michel Butscha. Les sols étaient donc déjà particulièrement ressuyés lorsque les semoirs sont entrés en action. « Mais une bonne proportion de planteurs a réussi à relever le défi, en étant très techniques dans les préparations et les semis. Il ne fallait pas trop ouvrir le sol, bien rappuyer les lignes de semis avec un roulage, afin de maintenir l’humidité dans le sol », détaille le technicien. Résultat, si une minorité de parcelles vont être pénalisées par ce démarrage dans le sec, la plupart des semis se sont déroulés dans de « bonnes conditions », estime Michel Butscha. Maïs : il est urgent d’attendre Quant au maïs, Clément Weinsando, technicien au Comptoir agricole, également interrogé le mardi 29 mars, prévient : « Les conditions peuvent sembler bonnes actuellement, avec des sols bien ressuyés, des températures douces, mais nous déconseillons d’engager les semis de maïs. En effet, un refroidissement très net des températures, accompagné du retour de la pluie, est annoncé, donc tout ce qui serait semé avant cet épisode serait bloqué dans le sol. » Le maïs a besoin d’une température de 8-10 °C pour évoluer, et ce n’est pas ce qui est annoncé. Des semis avant cette période se traduiraient par des levées longues, avec une exposition prolongée aux ravageurs, notamment les taupins, et à la clé, un risque non négligeable de pertes de pieds. Les seuls semis que Clément Weinsando, outre ceux de betterave, estime envisageables pour l’instant, sont ceux de tournesol. Et encore, seulement dans les sols argileux, qui risquent de ressuyer et se réchauffer moins vite après cet épisode de descente d’air froid. « Dans ce contexte, on peut attendre. On ne prend pas de risque en décalant les semis de quelques jours, on ne sera pas en retard. » Cela laisse quelques jours pour peaufiner les ultimes réglages des semoirs !   Les conditions de plus en plus hivernales se confirment même si dans les détails, des incertitudes subsistent. Les risques de neige avec tenue au sol sont importants vendredi/samedi à basse altitude, couche au sol très probable en montagne, pas totalement exclue en plaine. pic.twitter.com/cfeF0mUUKe — ATMO-RISK (@atmorisk) March 29, 2022  

Asperges d’Alsace

Sur les tables pascales

Publié le 30/03/2022

Après un petit faux départ à la faveur des températures clémentes du mois de mars, la production d’asperges va être freinée par la chute du mercure. Mais qu’on se rassure, les asperges d’Alsace seront à point pour trôner sur les tables familiales du week-end pascal. Et les suivantes !

Cette année, le lancement officiel de la saison des asperges d’Alsace a eu lieu à Haguenau, sur les terres sableuses de la famille Krieger. Originaires de Kienheim, ces agriculteurs ont repris des terres aux portes de Haguenau en 2005, essentiellement pour y cultiver des asperges et des fraises en libre cueillette, et profiter d’une clientèle locale, qui peut venir s’approvisionner dans le magasin de producteurs, ouvert en 2007. « Nous avions déjà des céréales, des arbres, des vignes. Nous sommes devenus maraîchers en nous installant ici », sourit Virginie Krieger, qui cultive 8 ha d’asperges. Elle se situe donc légèrement au-dessus de la moyenne des 48 membres de l’Association des producteurs d’asperges d’Alsace (APAA), qui se situe à 6 ha, avec des extrêmes de 1 ha à 35 ha. On est loin, donc, de certaines structures très spécialisées dans la production d’asperges, qui peuvent compter des centaines d’hectares d’aspergeraies, en Allemagne, dans les pays du nord de l’Europe. C’est une des particularités de la production d’asperges régionale : elle est familiale. Aussi les producteurs alsaciens ne voient pas forcément d’un très bon œil arriver la mécanisation de la récolte, avec des récolteuses d’asperges conçues pour ces grandes structures. « Notre parcellaire n’est pas adapté à ces outils. S’ils se développent dans les pays du Nord, nous ne serons plus dans le coup, d’autant plus que pour nous le coût de la main-d’œuvre augmente avec le Smic », explique Jean-Charles Jost, président de l’APAA. Philippe Sigrist, animateur de l’association, confirme : « Ce sera la mort de la production d’asperges familiale. Or c’est le type d’agriculture qui a toujours été défendu dans la région ».     Les terres propices aux asperges deviennent rares Mais nous n’en sommes pas là. Pour l’instant les producteurs d’asperges d’Alsace sont surtout confrontés à la raréfaction des terres propices à cette culture. Certes une aspergeraie reste en place 10 ans, mais passé ce temps, il faut la déplacer, au risque de voir se développer la fusariose, liée à un champignon de faiblesse. Or, le nombre de producteurs et les surfaces n’ont cessé d’augmenter, ce qui rend compliqué l’accès aux surfaces nécessaires à cette rotation. « Nous procédons à des échanges entre agriculteurs pour pouvoir replanter des aspergeraies, mais comme c’est pour 10 ans, c’est compliqué », pointe Jean-Charles Jost. Sans compter que l’artificialisation des sols détourne chaque année des terres de leur destination agricole et alimentaire. La surface en asperges qui est de 565 ha en 2022, augmente encore dans le Haut-Rhin (164 ha), mais tend à se stabiliser dans le Bas-Rhin (401 ha). L’accès à la main-d’œuvre reste une problématique. Mais échaudés par les errements des années précédentes, les producteurs ont cette année pris les devants pour s’organiser : « A priori, et même si la main-d’œuvre issue des pays de l’Est se fait de plus en plus rare, tout comme la main-d’œuvre locale, les producteurs se sont arrangés pour disposer des ressources humaines nécessaires », indique Jean-Charles Jost. Il annonce aussi que des producteurs se sont déclarés prêts à accueillir des réfugiés ukrainiens dans leurs structures d’hébergement à destination des saisonniers à l’issue de la campagne. Plus de diversité dans les aspergeraies Après une année 2021 catastrophique, les producteurs placent beaucoup d’espoirs dans 2022. Pour l’instant, les voyants sont au vert. L’été 2021 a été humide. Et, après un hiver froid, le soleil de début mars a bien réchauffé les buttes sous les films plastiques. Si bien que les 12 °C nécessaires à l’apparition des premiers turions ont été atteints dans les terres sableuses, comme à Haguenau ou à Hoerdt. Dans les secteurs plus limoneux, la production devrait démarrer la semaine prochaine. Certes le retour du froid va freiner la production. Mais après ce petit faux départ, « il y aura des asperges pour Pâques », assure Jean-Charles Jost. L’année est donc « assez précoce, sans être exceptionnelle », résume le président de l’APAA. Il rappelle que la précocité est recherchée par les producteurs, « pour étaler la production, ce qui permet d’éviter les pics de production », et de faire durer le plaisir des consommateurs. Et aussi pour entrer le plus tôt possible en concurrence avec les autres régions productrices, qui sinon, sont seules sur les marchés. « Or comme ce sont les premiers arrivés qui gagnent, nous devons être dans la course le plus tôt possible, en optimisant le choix des terres, des variétés, les méthodes de bâchage… » Actuellement, les buttes de la ferme Krieger sont d’ailleurs couvertes de thermasperge, un film plastique transparent qui attire encore plus le rayonnement lumineux que les bâches noires. Parés pour la récolte, les producteurs espèrent que les consommateurs seront sensibles aux charmes et à la fraîcheur de l’asperge blanche d’Alsace. Mais pas seulement ! En effet, de plus en plus de producteurs diversifient leur gamme avec des asperges vertes, voire pourpres. De quoi se lancer de belles aventures culinaires !

Filière bio Grand Hamster d’Alsace

De nuisible à égérie

Publié le 29/03/2022

Jeudi 17 mars, le moulin Kircher à Ebersheim a été le théâtre du lancement de la filière bio Grand hamster d’Alsace. Une initiative qui vise à valoriser les efforts consentis par les agriculteurs pour protéger le grand hamster d’Alsace et, par ricochet, la biodiversité en général. Et qui donne naissance à l’une des premières filières bio et biodiversité de France.

Traqué il y a quelques décennies pour les dégâts qu’il causait aux cultures, le grand hamster d’Alsace est devenu une espèce protégée. En effet, son habitat a progressivement diminué et s’est fragmenté du fait de l’évolution des assolements, des pratiques agricoles, et de l’artificialisation du territoire. Désormais, le grand hamster est même l’égérie d’une nouvelle filière, destinée à valoriser les pratiques agricoles que des agriculteurs mettent en œuvre pour protéger l’espèce. En effet, à partir du moment où l’espèce a acquis le statut d’espèce protégée en 1993, les mesures, plans et autres programmes de protection se sont enchaînés. Actuellement, l’espèce bénéficie d’un Plan national d’actions (PNA) sur 10 ans, ainsi que d’un cofinancement par l’Union européenne dans le cadre d’un projet Interreg Cricetus. 220 agriculteurs cultivent des terres dans les zones prioritaires d’interventions (celles où des terriers sont identifiés), et mettent en œuvre des mesures de protection du grand hamster dans le cadre d’une mesure agroenvironnementale et climatique (Maec) Hamster. Son cahier des charges vise essentiellement à protéger l’habitat du grand hamster, ce qui passe par un maillage de parcelles portant des cultures diversifiées et assurant une couverture du sol pendant la période d’activité du hamster. Il s’agit aussi de lui assurer une protection face à ses prédateurs naturels, ainsi qu’une ressource en nourriture suffisante et variée. La protection du grand hamster passant par une organisation collective, les agriculteurs concernés se sont regroupés au sein de l’association Agriculteurs faune sauvage d’Alsace (Afsal) dès 2013. Ne plus dépendre des financements type Maec Plus récemment, les acteurs de la protection du rongeur ont identifié la nécessité de construire des filières permettant de valoriser l’engagement des agriculteurs pour la biodiversité et de pérenniser cet engagement sur le long terme. En effet, les populations du grand hamster restent fragiles en Alsace, qui constitue la limite ouest de son aire de répartition. Pour atteindre l’objectif de 1 500 hamsters sur 600 ha d’habitat continu, nécessaire au maintien d’une population viable, il est primordial que les mesures de protection perdurent. Dans le cadre du PNA 2019-2028, Bio en Grand Est - Opaba a donc cherché à déterminer si la structuration de filières agricoles bio et biodiversité, identifiées comme favorables à la protection du grand hamster, pourrait se substituer aux Maec. « L’objectif est de ne plus être dépendant des financements étatiques qui, s’ils s’arrêtent, signent l’arrêt des mesures de protection de la biodiversité, pour passer à une filière qui valorise économiquement les efforts consentis par les agriculteurs », pose Laurent Fischer, président de l’Afsal. Francis Humann, président de l’Opaba et initiateur du projet, confirme : « Nous attendions l’État sur le paiement des services environnementaux (PSE) rendus par l’agriculture biologique. Finalement, nous avons construit cette filière, et l’État nous suit. » Dans un premier temps Bio en Grand Est et la Chambre d’agriculture Alsace se sont attachés à évaluer le potentiel existant pour le blé, l’orge et la luzerne, respectivement en bio et en conventionnel. Et il s’est avéré que c’est pour le blé meunier bio que le potentiel de structuration est le plus important. Un GIE, une marque, des projets En 2021, les discussions avec les premiers opérateurs identifiés, le Moulin Kircher à Ebersheim, le Moulin des moines à Krautwiller et Alsace Biscuit Tradition, émanation du Moulin des moines à Geudertheim, ont permis de mettre sur pied une première année de phase test. Pour l’instant, le blé bio provient de l’EARL Ferme Humann, située à Ernolsheim-sur-Bruche. Les 50 tonnes de farine sont réparties entre les deux moulins. Le Moulin Kircher la transforme et la conditionne en sacs de farine de 1, 5 ou 10 kg et en pain (cuit sur une feuille de chou). Le Moulin des moines la moue en farine T65, utilisée par Alsace Biscuits Tradition pour élaborer du granola et des biscuits type petit beurre, plus spécifiquement dédiés aux enfants. Les différents produits seront commercialisés via les réseaux de distributeurs des trois opérateurs. Après cette phase de test, qui permet notamment de vérifier que la filière parvient à rémunérer équitablement chacun des maillons, elle sera peut-être élargie à d’autres partenaires, cultures, produits. Afin que les consommateurs identifient bien les produits issus de cette nouvelle filière, une marque simple, propriété du GIE Grand hamster d’Alsace, a été déposée auprès de l’Institut national de la propriété industrielle (Inpi). Un cahier des charges propre aux cultures qui alimenteront la filière a été rédigé. Un packaging commun, à l’effigie du grand hamster, a été conçu. Afin de donner plus de lisibilité à la démarche, les acteurs adhèrent aux marques Savourez l’Alsace et Savourez l’Alsace produit du terroir, portées par Alsace Qualité, qui soutient donc la démarche. Le lancement officiel de la filière, qui s’est concrétisé par la création du GIE Grand hamster d’Alsace (lire en encadré), sera suivi d’une assemblée générale constitutive. Déjà, des projets émergent, comme un partenariat avec la Ville de Strasbourg pour distribuer les biscuits Grand hamster d’Alsace dans les cantines des écoles et des périscolaires de la collectivité, l’organisation d’animations auprès des scolaires dans le cadre de la journée internationale de la biodiversité, le 22 mai, etc.

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