A la une

Arboriculture fruitière d’Alsace

Une journée entre pros

Publié le 12/07/2017

Mercredi 5 juillet, les arboriculteurs de toute l’Alsace se sont retrouvés au verger expérimental d’Obernai pour une journée consacrée à la pulvérisation. Une journée qui a permis de resserrer les liens entre professionnels malmenés par les aléas climatiques de ce début de campagne.

« Le constat a été dressé il y a trois ans : une certaine distance s’était instaurée entre le verger expérimental et les arboriculteurs, explique Pierre Barth, président de Verexal. Nous organisons des portes ouvertes une fois par an, mais c’est plutôt une journée tournée vers le grand public, même si les producteurs sont cordialement invités à y participer. Nous avons donc décidé d’organiser une journée technique à intervalle régulier. » Cette année, elle est consacrée à la réduction de l’utilisation des produits phytosanitaires. De nombreux thèmes ont été abordés tout au long de la matinée. Denis Litt, préventeur de la Caisse d’assurance accidents agricole du Bas-Rhin, a rappelé que des subventions sont accordées par la Caisse pour l’achat des équipements de protection individuelle. Il a également effectué une démonstration pour mettre en avant l’utilité des gants lors du changement de buses de pulvérisation. « Le Comptoir agricole est intervenu sur l’impact du plan Ecophyto 2 sur la coopérative et les producteurs, en insistant sur les contraintes de résultat », explique Pierre Barth. Enfin, l’assemblée a évoqué la démarche d’homologation des pulvérisateurs à turbine. Désormais, certains pulvérisateurs arboricoles sont officiellement reconnus comme permettant de réduire la dérive des produits phytosanitaires. Optimiser l’eau de traitement Dans la foulée, les différentes méthodes permettant de réduire le nombre d’applications et les doses de produits phytosanitaires ont été passées en revue. Benoît Pintat, gérant de la société Atiben, a par exemple présenté Aquatiben 3 P, un système de préparation et d’optimisation de l’eau de traitement qui permet une réduction significative des doses de produits phytosanitaires. « Il a proposé de mettre en place un essai dans le verger cet automne pour démontrer l’efficacité de ce procédé », indique Pierre Barth. « Nous avons aussi approfondi les alternatives au tout-chimique, comme le désherbage mécanique et le désherbage thermique. Ce dernier est déjà pratiqué dans la houblonnière, et le matériel pourrait aisément être adapté aux vergers. Mais nous nous heurtons à certaines limites : le désherbage mécanique est difficile à mettre en œuvre dans les vergers existants, car le système racinaire est superficiel et les arbres risqueraient d’être endommagés. De plus, il est exigeant en main-d’œuvre, ce qui le rend difficilement rentable. » Lors de l’assemblée générale de Verexal, le président avait insisté sur le fait que l’arboriculture est dépendante des produits phytosanitaires. « Même si les produits sont plus respectueux de l’environnement, plus sélectifs, c’est très compliqué de réduire les doses de 20 à 40 %, à l’instar des grandes cultures. Car on ne peut pas se permettre de perdre une récolte. Cette année, nous avons déjà subi d’importants dégâts de gel. Les fruits à pépins ont été particulièrement touchés : à Verexal, le potentiel de récolte a été entamé de 80 %. » Pour les fruits à noyau, le bilan est plus mitigé. En cerises, la saison s’achève sur une demi-récolte, pour Verexal. Une variété alsacienne de pomme résistante à la tavelure « Les arboriculteurs sont constamment tiraillés entre la contrainte de rentabilité et la pression du prix d’un côté, et la pression environnementale de l’autre. En pommes, cela fait trois ans que la situation est tendue, ça ne motive pas les arboriculteurs à investir dans de nouveaux matériels ou à tester de nouvelles techniques. » En partenariat avec la station expérimentale lorraine, l’Arefe, Verexal veut lancer un nouveau projet visant à réduire l’utilisation de produits phytosanitaires. « Nous avons soumis le dossier à la Région Grand Est, explique Pierre Barth. Nos deux stations se complètent bien : nous sommes plutôt orientés vers les fruits à pépins, les Lorrains vers les fruits à noyau (prunes et mirabelles, notamment). » Pierre Barth fonde beaucoup d’espoir dans la nouvelle variété de pommes résistante à la tavelure, développée en Alsace. « Cela permettrait de supprimer un tiers, voire la moitié des traitements. Nous en avons planté deux rangs l’an dernier à Verexal, à titre d’essai. Cette année, nous effectuerons de nouvelles plantations. C’est la Cuma Alsa Pomme de Brumath qui porte le projet. »

Publié le 12/07/2017

Après un démarrage dans de bonnes conditions, le houblon commence à souffrir de la chaleur qui affecte le potentiel de végétation, et du mildiou qui a pu provoquer des pertes de rameaux latéraux et de têtes dans les parcelles les plus atteintes. Mais rien n’est encore joué !

Après un démarrage de la campagne plutôt positif, avec des travaux de préparation du sol, de taille et de mise au fil qui ont pu être effectués dans de bonnes conditions, les houblonnières ont subi les effets du coup de gel de fin avril : « La croissance des lianes a été bloquée, mais il n’y a pas eu de gros dégâts », rapporte Michèle Dauger, du service agronomie et environnement au Comptoir agricole. Autre difficulté rencontrée par les houblonniers, celle de trouver de la main-d’œuvre saisonnière pour effectuer les travaux de mise au fil. Un phénomène qui devient récurrent, mais qui a été particulièrement exacerbé cette année du fait de la précocité du démarrage de la saison d’autres cultures. Le déficit pluviométrique du mois de mai a ensuite compliqué les travaux de buttage, qui ont conduit à la formation de grosses mottes. Puis le temps chaud et sec qui a caractérisé le début de l’été s’est traduit à différents niveaux dans les houblonnières. La floraison démarre actuellement, avec 2 à 3 semaines d’avance, et devrait durer environ un mois, selon les variétés, les conditions pédoclimatiques… Le rythme de croissance des lianes est ralenti, ce qui se traduit par un potentiel de végétation plus faible par rapport à une année moyenne, « mais cela peut se rattraper s’il y a des précipitations », souligne Bernadette Laugel, du service agronomie et environnement au Comptoir agricole, qui rappelle que « ce sont les mois de juillet et d’août qui font le houblon ». Une pression en mildiou importante Comme les trois dernières années, cette campagne houblonnière se caractérise par une pression en mildiou élevée. La maladie s’est déclarée assez précocement au printemps, et a rapidement causé quelques soucis dans les parcelles les plus atteintes, si bien que la profession a demandé une dérogation pour pouvoir utiliser un autre produit contre le mildiou dans les houblonnières. Dérogation qui a été accordée, mais « un peu tard », regrette Bernadette Laugel. Le temps chaud et sec n’est pas propice au développement du champignon. Mais, avec le retour des précipitations, « il faut se méfier ». Du mildiou comme de l’oïdium d’ailleurs ! Des conditions estivales déterminantes Parmi les autres ravageurs des houblonnières, les deux conseillères signalent quelques attaques de pucerons qui ont nécessité des traitements, mais de manière très limitée et localisée, de même que pour les charançons. Les araignées sont présentes et à surveiller. À l’heure actuelle, ce qui entame le plus le potentiel de rendement, c’est la chaleur, à laquelle il faut ajouter les effets du mildiou, qui a pu engendrer des pertes de rameaux latéraux et de têtes dans les parcelles les plus atteintes. De là à miser sur petite récolte, Bernadette Laugel et Michèle Dauger ne franchissent pas le pas : « Tout dépendra des conditions estivales. Si l’été est frais et humide, ça ira. S’il est chaud et sec, ce sera plus compliqué. » Les premiers cônes sont attendus pour le 15 août. Rendez-vous pour le verdict en septembre !

1er congrès de la viticulture française

Au nom des vignerons français

Publié le 12/07/2017

Le symbole était fort : Bordeaux, capitale mondiale du vin accueillait le 6 juillet dernier le premier congrès unitaire de la viticulture française.

Ils étaient tous là : représentants des Coopératives (CCVF), des Vignerons indépendants (VIF), des AOC (Cnaoc) et des IGP (Vin IGP). Et le moment était choisi alors que le cycle électoral se termine en France et que l’Union Européenne aborde une période de négociation importante avec le Brexit et la réforme de la Pac. Stéphane Héraud, président de l’Association générale de la production viticole (AGPV) a porté un message unitaire, « au nom des vignerons français ». En présence du commissaire Phil Hogan, les préoccupations se sont concentrées sur les enjeux européens. La filière viticole tient à conserver une OCM Vin, avec un système de régulation des plantations alors que le dispositif d’autorisation a été arraché de haute lutte lors de la dernière réforme. En Italie, sans la limitation à 1 %, le pays aurait vu son potentiel viticole augmenter de 10 % l’an passé, de quoi déstabiliser sérieusement le marché. La filière souhaite également conserver des aides aux investissements structurantes pour la filière et ne veut pas entendre parler d’aides à l’hectare. L’Europe doit néanmoins assurer un cadre juridique stable pour les opérateurs et simplifier la mise en œuvre de ces aides, jugée trop contraignante, pour être plus efficientes, estime Jérôme Despey, président du conseil spécialisé Vin de FranceAgriMer. Phil Hogan s’est dit favorable à un dispositif qui a fait ses preuves. Depuis 2008, les exportations européennes progressent de 10 milliards d’euros par an. La viticulture apporte un excédent commercial à l’Union et assure 3 millions d’emplois directs « dans des zones rurales où les emplois de qualité sont rares ». Sur le montant du budget global, le Commissaire ne s’est pas engagé à la place des États : « si nous voulons garder la même enveloppe budgétaire, soit le Brexit n’aura pas lieu, soit les États membres devront contribuer plus… » Les producteurs français revendiquent également le maintien de la réglementation spécifique des IGP vins qui garantit l’origine à 100 % des raisins alors que la réglementation horizontale des IGP permet d’intégrer une part de matière première venant de l’extérieur de la zone. La réglementation étiquetage doit être maintenue pour « garantir l’origine des produits au consommateur », estime Michel Servage, président de Vin IGP. Toutefois, l’inquiétude est palpable sur la fin de l’exemption possible de la liste d’ingrédients à faire figurer sur l’étiquette. Cette nouvelle obligation laisse présager des analyses coûteuses et des contraintes d’étiquetage importantes pour les producteurs qui ne font que « noyer le consommateur dans un flot de surinformation dont il n’a que faire », estime Thomas Montagne, Président des Vif. L’assurance, une voie de progrès pour les agriculteurs européens Avec la multiplication des aléas climatiques, la profession met la priorité sur l’amélioration de l’outil assurantiel, dans le cadre du prochain règlement omnibus. Elle propose une baisse de la franchise de 30 à 20 % et le remplacement du principe de moyenne olympique par une référence de rendement maximal. Le commissaire s’y est déclaré favorable mais l’analyse financière est en cours pour en estimer la faisabilité. Michel Dantin, député européen, estime que pour y parvenir, il faut convaincre les autres états européens que l’assurance est « une voie de progrès pour les agriculteurs européens ». Afin de mieux anticiper les aléas et assurer une meilleure adéquation entre l’offre et la demande, la filière préconise la mise en place d’un observatoire du marché européen. « On ne peut plus continuer à naviguer à vue », constate Thierry Coste, président du groupe vin du Copa-Cogeca. La viticulture est prête à répondre aux attentes sociétales notamment en matière de réduction des intrants. Pour Bernard Farges, président de la CNAOC, « la mutualisation des moyens permettra de nous adapter le plus vite possible. Nous avons besoin d’innovations sur le matériel viticole mais aussi sur le matériel végétal ». L’intégration de cépages résistants dans les cahiers des charges doit être facilitée et la reconnaissance de la certification française Haute Valeur Environnementale par l’Union Européenne serait un plus. Enfin, un grand plan européen, comparable au plan de lutte français contre le dépérissement de la vigne serait également une avancée. Boris Calmette, président de la CCVF, estime qu’il serait judicieux de pouvoir mobiliser les moyens du fond de mutualisation sanitaire et environnemental sur la prospection préventive dans le vignoble car, notamment en matière de flavescence dorée, c’est encore la prévention qui reste le moyen de lutte le plus efficace.

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