IGP choucroute d’Alsace
Le Graal après 20 ans de combat
IGP choucroute d’Alsace
Publié le 14/09/2018
La filière choucroute s’est rassemblée mardi 11 septembre à la Maison de la Région pour recevoir son Indication géographique protégée. Ce label doit aider la profession à protéger et valoriser la choucroute d’Alsace.
Ils attendaient ce moment depuis vingt ans. Les professionnels de la choucroute alsacienne ont reçu leur Indication géographique protégée (IGP), mardi 11 septembre, des mains du commissaire européen à l’Agriculture Phil Hogan. Ce label décerné par l’Union européenne est censé valoriser et protéger la choucroute d’Alsace. La filière espère d’abord des retombées économiques. « On veut créer un produit premium », confirme Sébastien Muller, président de l’Association pour la valorisation de la choucroute d’Alsace (AVCA), à l’origine de la demande d’IGP. Car la choucroute labellisée répondra à un cahier des charges pointu. Conçues avec des choux 100 % alsaciens, les lanières devront mesurer au minimum 15 cm. Les légumes seront plantés dans des terres de haute qualité : profondes, limono-argileuses et non inondables. Les productions qui ne cochent pas toutes les cases ne pourront prétendre à l’appellation IGP. « À terme, on aura de la choucroute et de la choucroute d’Alsace IGP », précise le responsable de l’AVCA. Quelle plus-value agriculteurs et choucroutiers pourront-ils en tirer ? Pour l’instant, personne ne se hasarde à avancer de chiffre. Mais Sébastien Muller glisse un indice. « Entre la choucroute conventionnelle et la bio, on constate environ 30 % de différence de prix. » Reste à voir en fonction des récoltes, des coûts de production et des méthodes de fabrication… On en saura plus en janvier, date de la mise en rayon des premières choucroutes IGP. La filière s’attend aussi à un « effet IGP » à l’international. Car le certificat facilite la publicité autour d’un produit garanti français et de qualité. De plus, la choucroute dispose d’une grosse marge de manœuvre à l’export. Seule 5 à 10 % de la production actuelle serait vendue à l’étranger. « Champions d’Europe » Le label va aussi limiter la concurrence de pays européens comme l’Allemagne ou la Belgique. Demain, la choucroute IGP se distinguera plus facilement des répliques étrangères estampillées « à l’alsacienne ». Par ailleurs, elle intègre la caste des produits protégés lors des négociations de traités commerciaux entre l’UE et des pays tiers. Rappelez-vous du Ceta et du Mercosur. Des accords jugés laxistes en matière de défense de l’agriculture européenne. « Le respect des IGP constitue une vraie ligne rouge pour le Parlement », appuie Anne Sander, eurodéputée du Grand Est. Conséquence plus inattendue, la hausse des surfaces de culture. En effet, la choucroute IGP ne pourra plus être complétée avec des légumes étrangers en cas de mauvaise récolte. Désormais, ce sera du 100 % alsacien ou rien. Pour pallier le déficit de volumes, les paysans devront donc engager de plus grandes superficies. Une bonne nouvelle pour Laurent Heitz, président du Syndicat des producteurs de chou à choucroute. « Ce serait bien de récupérer les 100 ha de culture perdus en dix ans », explique cet infatigable défenseur du légume. La lutte pour l’obtention de l’IGP a démarré en 1998. Cette année-là, l’AVCA, qui regroupe 11 choucroutiers et 48 producteurs, demande la certification de la choucroute et de la choucroute garnie. « Une erreur », selon Sébastien Muller, car l’IGP ne prend pas en compte les plats. Résultat : la Commission européenne retoque le dossier en 2006. Un an plus tard, l’association appuyée par Alsace Qualité renouvelle sa demande pour le légume seul. Bingo. En 2012, les instances françaises valident la démarche. Le 3 juillet 2018, la Commission donne son feu vert. De quoi ravir les membres de l’AVCA et son président. « On était champions d’Europe, douze jours avant que l’équipe de France de foot ne devienne championne du monde. »












