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Finale nationale de labour

Romain Friess, champion de France

Publié le 14/09/2018

L’Alsace est une terre fertile en laboureurs émérites. Et les candidats qui représentaient la région dimanche dernier à la finale nationale de labour, à Javené en Ille-et-Vilaine, l’ont une fois de plus prouvé.

Le Bas-Rhinois Romain Friess, qui représentait la région Grand Est, s’est brillamment imposé en labour à plat, avec 237,37 points, et 9 points d’avance sur le suivant, décrochant ainsi le titre de champion de France, lors de la finale nationale. En planche, c’est Jean-Marie Richard de la région Bretagne remporte l’épreuve. Loïc Fischer se classe à une très honorable 6e place dans cette catégorie. Dimanche à Javené, Romain Friess a remporté sa première victoire au niveau national pour sa deuxième participation à cette épreuve. Un beau parcours pour le jeune homme qui a commencé le labour de compétition il y a quatre ans seulement. Et qui avait déjà à son palmarès, deux titres de champion régional, en 2017 et 2018. « Sur le coup, à l’annonce du palmarès, on n’y croit pas, on se demande si c’est bien soi. Puis, c’est le soulagement. Et seulement après, on réalise qu’on a gagné. » La rectitude a fait la différence « C’est une des meilleures parcelles que j’ai pu faire », estime-t-il. « Les conditions de labour étaient idéales. Une terre ni trop humide, ni trop sèche. Une parcelle plate. Une belle météo, avec du soleil et des températures autour de 25 °C, donc pas trop chaudes », énumère le champion. Mais à ce niveau de compétition, « les concurrents qui roulent en tête ont tous le même niveau. Les charrues sont des outils de pointe, identiques. C’est le chauffeur qui fait la différence. » Le stress n’a pas quitté Romain Friess de toute l’épreuve. « On ne sait pas à qui on a affaire. On ne connaît pas le niveau des autres candidats. » Sur les cinq concurrents qui se démarquaient, Romain Friess était le seul à avoir déjà participé à une finale nationale. Ce qui lui a donné un avantage. « J’avais plus d’expérience, je savais à quoi m’attendre, je connaissais ces petits détails qui font la différence le jour J. Je m’étais préparé en conséquence et j'avais vraiment tout fait pour être au top. » Le sol breton, un peu plus limoneux que les terres alsaciennes, imposait une grande précision. « Dans les sols légers, il faut être très scrupuleux sur les détails, car le moindre défaut apparaît, travailler propre et bien droit », poursuit-il. La rectitude. Un point que Romain Friess a énormément travaillé et qui, dimanche dernier, lui a permis de marquer la différence avec les autres candidats. « J’ai gagné beaucoup de points sur ce critère. » Il a aussi réalisé la meilleure ouverture et la meilleure dérayure. Enfin, Romain Friess a pu compter sur son fan-club, sa famille, ses parents, ses grands-parents, son frère, sa marraine, son amie, des amis JA, qui avaient fait le déplacement pour le soutenir. « Voir qu’ils sont là, de l’autre côté du ruban, c’est un petit plus qui pousse à faire encore mieux. » Maintenant qu’il a décroché ce titre de champion de France, Romain Friess va faire une pause, de deux ou trois ans. « Mon frère va rouler avec ma charrue. Et je vais le coacher. » Le nouveau champion de France envisage ensuite de s’entraîner pour concourir dans l’autre catégorie, en planche.

Finale mondiale de labour

Bertrand Rott qualifié pour la prochaine

Publié le 14/09/2018

En même temps que la finale nationale de labour se déroulaient les sélections françaises pour la prochaine finale mondiale de labour. Bertrand Rott a décroché son ticket pour le Minnesota. Ce sera sa cinquième tentative de décrocher un titre mondial.

Le week-end dernier se sont déroulées les sélections françaises pour la prochaine finale mondiale de labour à Javené, en Ille-et-Vilaine, près de Fougères, sur le même site que la finale nationale de labour. Deux Alsaciens, Philippe Grathwohl et Bertrand Rott, y participaient. Ils avaient même fait camion commun pour réduire les frais d’expédition et de rapatriement de leur matériel. Vendredi 7 septembre, Bertrand Rott a remporté la finale de labour en planche sur chaume avec 209,5 points, soit 30 points de plus que le second, qui n’était autre que Philippe Grathwohl (176 points). Et samedi 8 septembre, il a également gagné la finale sur prairie avec 218 points, soit avec 30 points d’avance sur le suivant. Au final, Bertrand Rott se hisse à la première place de la catégorie labour en planche avec 427,5 points, suivi par Thierry Bosserelle, des Ardennes, avec 348 points, et Philippe Grathwohl, avec 323,5 points. « Je suis très content de ma performance », commente Bertrand Rott. Avec cette victoire, il s’est qualifié pour les prochains championnats du monde qui auront lieu au États-Unis, dans le Minnesota, le 30 août et le 1er septembre 2019. Bertrand Rott tient à remercier sa compagne, Agnès, pour son soutien, ses parents, ses amis qui se sont occupés de la ferme en son absence, ainsi que son fan-club, qui l’a rejoint en avion vendredi matin pour passer avec lui le week-end en terres bretonnes. La prochaine finale mondiale sera sa cinquième tentative pour décrocher une place sur l’une des marches du podium mondial (lire en encadré). Et peut-être sa dernière. Car le labour de compétition est un sport  exigeant en entraînement et dispendieux. Cette fois encore il va lui falloir traverser un océan, donc trouver des sponsors : « C’est de plus en plus difficile, même si jusqu’à présent j’ai toujours été très bien suivi et que je n’ai pas eu beaucoup à avancer de ma poche », constate le laboureur. « Je vais tout faire pour décrocher une médaille » L’an passé, c’était son compatriote Thomas Debes qui avait remporté la sélection française et qui a donc - brillamment - défendu les couleurs de la France puisqu’il a été sacré vice-champion du monde de labour le 2 septembre à Stuttgart (lire en page 3 de notre édition du 7 septembre 2018). Depuis, Bertrand Rott n’a pas chômé et a assidûment entretenu sa technique de labour à coups d’entraînements réguliers tout au long de l’année, dès que les conditions le permettaient. Et il va continuer de plus belle : « Je vais essayer de me faire prêter un tracteur d’occasion, pour pouvoir laisser ma charrue de compétition attelée au même tracteur, car si les entraînements mobilisent un tracteur qui doit travailler sur la ferme, c’est plus compliqué. » Bertrand Rott ne perd pas espoir : « Techniquement, je me classe au même niveau que Thomas Debes, donc je peux obtenir un classement similaire. Tout dépend du niveau des concurrents envoyés par les autres pays ! Jusqu’à présent, j’ai toujours été confronté à de très bons concurrents, c’est pourquoi j’oscille entre la 13e et la 7e place », analyse Bertrand Rott, qui assure : « Je vais tout faire pour décrocher une médaille ». À peine revenu en Alsace, il commence déjà à préparer cette prochaine échéance : ressortir le dossier de subvention, réserver les billets d’avion en avance, préparer le transfert du matériel par container… À vue de nez, il mise sur six semaines de voyage pour son matériel, qu’il devra donc expédier fin juin. « Je ne vais peut-être plus pouvoir m’entraîner sur chaume. Ça dépendra de la moisson des orges. Je vais donc mettre en place un couvert pour pouvoir m’entraîner cet hiver. »

Témoignage de Michel Schaub à Breuschwickersheim

Maïs : des situations très hétérogènes

Publié le 14/09/2018

Agriculteur à Breuschwickersheim, Michel Schaub décrit une campagne caractérisée par des situations très hétérogènes, qui s’expliquent essentiellement par des précipitations extrêmement localisées, plus ou moins bien valorisées en fonction des types de sol.

Michel Schaub cultive une cinquantaine d’hectares de SAU, dont 10 ha de blé, 9 ha de betteraves sucrières, 27 ha de maïs et 4 ha de prairies et autres SIE, notamment des bandes enherbées, mises en place sur les chemins préférentiels de l’eau depuis que les coulées d’eau boueuse sont devenues un phénomène récurrent. « Avec d’autres agriculteurs de Breuschwickersheim et des villages alentour, nous pratiquons aussi des assolements concertés. Tout le monde est gagnant car cela permet de limiter le phénomène », précise-t-il. Jusqu’en 2006, Michel Schaub était également éleveur. Mais pour poursuivre cette activité « il aurait fallu investir, ou m’associer ». Il a préféré arrêter. Pour compenser l’absence de déjections animales, il pratique des échanges paille/fumier. Mais, au bout de 12 ans à ce régime, il constate tout de même que ces sols sont « moins aérés, moins riches ». Michel Schaub ne sème jamais ses maïs avant le 7-8 avril, afin de ne pas exposer les semis au risque de gel. Cette année, il a semé ses maïs du 14 au 19 avril, soit dans une fenêtre de tir assez serrée, pour profiter de bonnes conditions. Sa politique en matière de choix variétal consiste à panacher des variétés cornées - « leur potentiel de rendement est moins bon que celui de variétés plus tardives, mais il est compensé par des primes » - et des variétés tardives, plus intéressantes en termes de rendement : « Je vais jusqu’à des indices de 360 voire 400 exceptionnellement, mais pas au-delà car je poursuis aussi l’objectif de pouvoir moissonner dans de bonnes conditions. » Le début de la campagne était prometteur : les levées se sont bien passées et « les maïs étaient jolis au départ. » Mais la hausse du mercure les a fait monter très vite, avec des insertions d’épis hautes, ce qui a eu tendance à les fragiliser, « en plus d’une pression pyrale importante ». Pour lui, le point crucial de la campagne a été les précipitations à la floraison. En ce qui le concerne, la plupart de ses parcelles ont eu assez d’eau pour que la fécondation se fasse, mais pas assez pour qu’elle soit optimale : « Les épis sont assez grands, mais ils ne sont pas remplis jusqu’au bout. » Et le manque d’eau risque aussi d’avoir affecté le Poids de mille grains (PMG). Ce qui caractérise le plus cette campagne, c’est l’hétérogénéité des situations : « Avec les pluies d’orage, avec la même variété et des densités de semis identiques on constate des différences visuelles de maturité et de potentiel de rendement en fonction des secteurs. » En effet, les précipitations ont été extrêmement localisées : « On a eu un épisode avec 40 mm à Entzheim, 15 mm à Breuschwickersheim et 0 à Hurtigheim. Ici, on a eu sporadiquement 10 à 25 mm, mais avec nos sols, cela a suffi à sécuriser le rendement ». Du 140-150 q/ha comme du 70-80 q/ha En effet, l’hétérogénéité des situations s’explique à la fois par les quantités d’eau reçues, mais aussi par les types de sol : « En sol profond, une précipitation est mieux restituée qu’en sol superficiel. » Ces différentiels s’observent parfois au sein d’une même parcelle, « par exemple entre des maïs situés en haut et en bas de pente nous avons pu constater jusqu’à six points d’humidité d’écart », rapporte Michel Schaub. Ce qui lui fait dire que les rendements seront extrêmement hétérogènes : « Certains récolteront peut-être des parcelles à 140-150 q/ha, mais il y en aura aussi à 70-80 q/ha. » Pour sa part, Michel Schaub a déclenché l’opération moisson exceptionnellement tôt : le 22-23 août, par une parcelle de maïs denté, à 30 % d’humidité, mais qui avait versé. Puis il a continué avec les variétés cornées, à des taux d’humidité compris entre 24 et 27 %. « J’aurais pu attendre encore un peu, mais je ne voulais pas risquer l’égrainage », indique-t-il. Sur la parcelle versée, il a obtenu un rendement de 72 q/ha, et ne pense pas dépasser un rendement moyen de 110 q/ha : « Je reste sceptique. Ça a l’air pas trop mal, mais ça dépend des secteurs, et puis il y a aussi eu quelques dégâts de sangliers. » Pour faire face aux périodes de sécheresse prolongée Michel Schaub va en priorité revoir ses critères de choix variétal, pour des variétés plus rustiques. Et puis il y a l’irrigation : « On en parle de plus en plus. Ça s’est déjà fait dans le secteur, en puisant dans de petits cours d’eau. Mais pour moi ce n’est pas une bonne solution. Si on investit pour s’équiper en matériel d’irrigation, il faut que ça fonctionne. Or, en puisant dans les cours d’eau on s’expose au risque de restriction d’irrigation. L’autre solution serait d’investir en commun dans des puits d’irrigation car il y a des sources, mais y accéder représente un coût. » De tels investissements ne figurent pas dans les intentions à court terme de Michel Schaub, qui envisage plutôt de travailler sur des techniques culturales, comme la couverture des sols : « J’essaye déjà de laisser mes Cipan en place le plus longtemps possible. » Mais il se dit freiné par la perspective de devoir investir dans du matériel : « J’ai un tracteur de 1964 qui roule encore. Mais si j’investis, ce sera dans le sens de nouvelles techniques culturales. » Quant à modifier son assolement, Michel Schaub est sceptique : « Avec la chrysomèle, j’avais fait plus de blé et moins de maïs. Mais le maïs reste une culture qui donne de bons résultats car elle est bien adaptée à la région. »

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