A la une

Publié le 18/09/2018

Apparue à la fin des années 1990 en France, la chrysomèle des racines du maïs a vu sa population progresser années après années. 2018 semble marquer un tournant puisque de 5 831 captures sur 144 pièges en 2017, le réseau de piégeage est passé à 21 196 captures sur 135 pièges en Alsace. Soit + 263 %. En Allemagne, la tendance est similaire.

Les partenaires réunis au sein du projet transfrontalier Innov. AR ont organisé une journée dédiée à la chrysomèle afin de prendre connaissance des dernières recommandations pour endiguer la progression des populations de ce ravageur, dont les captures ont explosé de chaque côté du Rhin durant la campagne maïsicole 2018. Dans le Bade-Wurtemberg, il n’y a désormais presque aucun piège sans infestation. Et la hausse des captures est généralisée à toute la bande rhénane. Raphaël Maurath, du Landkreis Breisgau Hochschwartzwald, illustre : dans l’arrondissement de l’Ortenau (N.D.L.R. : arrondissement du Bade-Wurtemberg situé dans le district de Fribourg-en-Brisgau), en 2018, 20 556 adultes ont été piégés par 150 pièges, soit en moyenne 134 adultes par piège. Certes « il n’y a pas encore de dégâts visibles ni sur les racines ni sur les feuilles, rapporte Raphaël Maurath. Mais la chrysomèle constitue une menace pour la production à l’avenir ». En Alsace, « au 29 août 2018, le nombre de captures était de 21 196 sur 135 pièges, dont 127 ont capturé, contre 5 831 captures l’an dernier sur 144 pièges », rapporte Jean-Louis Galais, conseiller à la Chambre d'agriculture d’Alsace. Au-delà de l’explosion du nombre de captures, il attire l’attention sur la proportion de pièges qui capturent. Elle est désormais de 94 %, « ce qui reflète la colonisation du territoire ». En outre, si la moyenne est de 157 captures par piège, la médiane est de 43 captures par piège, ce qui reflète des niveaux de capture importants sur quelques pièges. Les recommandations de lutte élaborées par Arvalis (voir tableau) dépendent de la densité de population de la chrysomèle, et de la sensibilité du maïs au stress hydrique. « Comme la chrysomèle dégrade le système racinaire, elle affecte la capacité de la plante à aller puiser de l’eau », explique, Jean Baptise Thibord, d’Arvalis. Si la tendance aux périodes de sécheresse estivales devait se prolonger, les seuils de nuisibilité de la chrysomèle pourraient donc être plus rapidement atteints que prévu. En matière de seuil de nuisibilité, Jean Baptise Thibord n’a pas de chiffre unique à avancer : « Les seuils de nuisibilité sont très différents en fonction des conditions locales, des itinéraires techniques, de l’exposition au stress hydrique. L’abondance des chrysomèles ne fait pas tout et nous sommes en train de conduire des essais qui visent à établir des seuils de nuisibilité dans différentes conditions. » Modéliser les populations La chrysomèle faisant désormais partie du pool entomologique du Rhin supérieur, l’enjeu consiste désormais à pouvoir prédire son développement afin d’optimiser la surveillance des adultes en simplifiant les protocoles, c’est-à-dire en faisant coïncider les périodes de captures avec les vols. Cela passe par un travail de modélisation du développement phénologique des populations de chrysomèle dans le Rhin supérieur, sur lequel s’est penchée Doriane Hamernig, d’Arvalis. Modéliser le cycle de la chrysomèle devrait en outre pouvoir permettre de formuler des recommandations en matière de dates de semis. Une technique de lutte envisageable étant soit d’avancer les semis, avec pour objectif d’avoir des systèmes racinaires plus développés, donc plus résistants, lors de l’émergence des larves ; soit de retarder les semis, afin d’affamer les premiers stades larvaires en l’absence de racines de maïs. « La modélisation du développement phénologique consiste à prévoir la proportion de la population qui atteint chaque stade pour une date donnée », précise Doriane Hamernig. Pour ce faire, elle a testé des modèles élaborés aux États-Unis, qui prédisent la date d’émergence de 50 % des adultes, ce qui correspond au pic de vol. Puis ces modèles ont été ajustés en fonction des données issues des captures réalisées en Alsace et dans le Bade-Wurtemberg entre 2014 et 2017 et de données météorologiques. « Car, illustre-t-elle, plus il fait chaud, plus la chrysomèle se développe. » De ces données, il ressort que la date d’émergence de 50 % des adultes se situe entre le 26 juillet et le 26 août, mais est très variable, ce qu’il s’agirait justement de préciser à l’aide d’un modèle, tout comme la variabilité des pics de vol d’une même année en fonction des zones. Doriane Hamernig a étudié trois modèles : « Le modèle davis1 prédit l’émergence des adultes en fonction d’un cumul de degrés jours à partir de la levée de la diapause. Le modèle davis2 est similaire et intègre en plus des données climatiques moyennes du lieu concerné. Le modèle Elliott est un modèle phénologique mécaniste considérant différents compartiments - les œufs, les stades larvaires et les pupes, et les adultes - et intégrant les températures du sol, calculées à partir de la température de l’air. » Résultats des investigations : « Le modèle davis1 atteint une précision de 10 jours. Mais les pics de vol de certaines années sont mal prédits comme 2016, 2011 ou 2013. Ce modèle a donc du mal à discriminer les années précoces et très tardives. Le modèle davis2 est légèrement plus précis et prend mieux en compte l’effet des années. Enfin, le modèle Elliott n’est ni précis, ni très performant. » Les différents modèles ont également tourné en 2018, qui s’est caractérisée par des températures excédentaires au mois d’avril, ce qui laissait présager des pics de vol plus précoces, ce que les modèles ont effectivement prévu, et de manière encore plus précoce que ce qui a été effectivement détecté sur le terrain. Didier Lasserre avance une explication à ce résultat : « Les pièges ont été posés le 10 juillet et les premières captures ont été observées le 15 juillet. Les pièges ont donc peut-être été posés trop tard. » Conclusion de Doriane Hamernig : « Les modèles actuels permettent de prédire la date d’émergence de 50 % des adultes avec une précision de 9-10 jours ce qui n’est pas suffisant. Et certaines années - notamment précoces - sont mal prédites. Pour améliorer ces modèles il faudrait ajouter d’autres facteurs climatiques, comme l’humidité à la pupaison, et les effets des températures extrêmes sur la population de chrysomèle. » Développer des techniques de lutte alternative Si la rotation reste la meilleure des méthodes de lutte, des leviers alternatifs existent : « Insecticides bios contre les adultes, levures, confusion sexuelle à l’aide de phéromones, favoriser la présence d’auxiliaires avec des bandes enherbées, des installations pour insectes, pour oiseaux, application de nématodes enthomopathogène… », liste Mareile Zunker, du LTZ Karlsruhe. Actuellement, la méthode la plus aboutie est celle utilisant un nématode parasitoïde (spécialité Dianem, lire en page suivante). Par contre, « les biostimulants du sol n’ont pas eu le succès escompté », constate Mareile Zunker, qui cite aussi des mesures prophylactiques comme la gestion des pailles de maïs, qui sont une source d’infection. Pour que la lutte par les nématodes soit efficace (l’efficacité moyenne est de 50 à 60 %, mais peut aller de 30 à 90 %), de bonnes conditions d’application sont nécessaires. En effet, l’application des nématodes s’effectue en parallèle du semis. Ils sont généralement incorporés vivants dans le sol lors du semis ou quelque 10 jours après, de 2 à 10 cm de profondeur, ce qui les expose à la chaleur et peut poser problème. Or ils doivent survivre dans le sol jusqu’à l’apparition des larves de chrysomèle. Des essais sont en cours sur d’autres souches de nématodes, qui pourraient apporter un gain d’efficacité. Quoi qu’il en soit, les nématodes sont en général plus efficaces que les standards chimiques. Enfin, le LTZ mène des essais sur des associations de cultures, type maïs ensilage/féverole, avec « des résultats prometteurs », rapporte Mareile Zunker, qui conclu : « Le panel de méthodes de lutte augmente, le potentiel est là. Il s’agit désormais d’encourager le recours aux solutions biologiques par la réglementation. » Car la meilleure méthode de lutte restera la rotation, combinée à l’utilisation de produits « à bas risque », ce qui requiert « une harmonisation de la réglementation européenne en la matière ».

Foire européenne de Strasbourg

Une première pour les éleveurs de porcs

Publié le 18/09/2018

Saucisse blanche, lard, échine sur le gril, salami et saucisson sur la table de dégustation. L’association des jeunes éleveurs de porcs a participé pour la première fois à la foire européenne de Strasbourg, samedi 15 septembre. Ses membres ont distribué environ 300 repas tout au long de la journée. Cette apparition présage une recrudescence des activités de la part des jeunes éleveurs. « On a repris l’association cette année, elle dépérissait », explique Guillaume Jung, éleveur et président JA du canton de Truchtersheim. Les membres se rencontraient toujours lors de réunions techniques, mais avaient délaissé les actions de communication auprès du grand public. Ce samedi a donc marqué un nouveau départ pour ce collectif.

Publié le 14/09/2018

« Entre l’agriculture et la foire européenne, c’est une longue histoire », a souligné Denis Ramspacher, 1er vice-président de la Chambre d'agriculture d’Alsace. Elle occupait autrefois un espace important, avec l’ensemble des productions animales et des matériels agricoles. « Depuis, les choses ont évolué, mais nous sommes toujours restés présents pour garder le lien avec le grand public. »

Qu’adviendra-t-il l’an prochain, lorsque la foire européenne migrera dans le nouveau PEX (Parc des expositions), situé derrière le lycée Kléber ? « Nous nous engagerons le moment venu », a indiqué Denis Ramspacher. Pour l’heure, les agriculteurs ont des préoccupations plus urgentes. Sécheresse et canicule ont fait chuter les rendements des céréales à paille, mis à mal la récolte de fourrage et impacté les autres cultures. « Les premiers maïs sont en train d’être récoltés et les résultats sont très hétérogènes : ils vont de 20 à 100 quintaux. Nous allons faire une demande d’aides à la Région pour le resemis de prairies et le stockage de l’eau en vue de faciliter l’irrigation. » Malgré ces difficultés, la profession agricole a tenu à maintenir une présence importante pour communiquer en direction des Strasbourgeois, comme elle le fait tout au long de l’année avec des opérations comme la Ferme en ville ou le Tour des fermes. « Et ça marche ! » Le discours inaugural de Nathalie Loiseau, ministre des Affaires européennes, vendredi dernier au palais des congrès de Strasbourg, a laissé les responsables agricoles sur leur faim. À quelques mois des élections européennes, on aurait pu s’attendre à ce que l’avenir de la Pac, pilier de la construction européenne, soit évoqué. Il n’en a rien été. Aussi Denis Ramspacher a-t-il profité de la venue de la ministre sur l’espace agricole pour aborder ce sujet. « Le budget de l’agriculture risque d’être amputé de 5 % après 2020. » Une situation inédite pour cette politique historique de l’Union européenne. Avec près de 9 milliards d’euros, la France est l’État membre qui perçoit le plus d’aides au titre de la Pac, et de loin. « Il est impossible de remplacer un tel montant. » Tous les agriculteurs appellent de leurs vœux des prix rémunérateurs mais, pour l’instant, on n’en prend guère le chemin, et « une politique d’aide conséquente est indispensable », estime le 1er vice-président de la Chambre d'agriculture d’Alsace. Denis Ramspacher a remercié l’ensemble des partenaires qui participent à l’animation de l’espace agricole, à commencer par les paysagistes qui ont aménagé les abords, mais aussi la filière bois, le tourisme rural, l’apiculture, l’aviculture, les produits du terroir à travers le réseau Bienvenue à la ferme, les fruits et légumes, les produits laitiers (Cniel) et l’interprofession bétail et viande (Interbev), rejointe par l’ensemble des filières élevage qui se relaient durant toute la foire pour créer l’ambiance. Sans oublier la choucroute d’Alsace qui profite de l’occasion pour célébrer sa toute nouvelle IGP. Le 1er vice-président a également salué l’implication des élèves des lycées agricole d’Erstein et d’Obernai qui prêtent main-forte aux professionnels pour assurer le bon déroulement de cette opération d’envergure. « Le Département est attaché à l’agriculture, même si la loi NOTRe ne nous permet plus de verser des aides directes au monde économique, a déclaré Marcel Bauer, président de la commission agricole du Conseil départemental du Bas-Rhin. La foire européenne sans l’agriculture, c’est quelque chose d’inimaginable ! Il est important de montrer le savoir-faire des agriculteurs à un moment où les images et les messages désastreux se multiplient dans les médias. » Un partenariat vieux de dix ans lie l’agglomération strasbourgeoise et ses agriculteurs, a rappelé Françoise Buffet, adjointe au maire. « Une agriculture qui évolue et va encore évoluer. » Autrefois, les maraîchers de la Robertsau alimentaient les Strasbourgeois en produits frais. « Avec la mondialisation, tout a changé, mais les préoccupations des consommateurs nous poussent à développer une agriculture de proximité. » Dans les cantines scolaires aussi, cette préoccupation est prépondérante : « 70 % des produits que nous servons sont issus de l’agriculture locale ». Sécheresse et irrigation Entourée d’une importante délégation de conseillers régionaux, Pascale Gaillot, vice-présidente de la Région, est revenue sur l’épisode de sécheresse qui a frappé les agriculteurs du Grand Est. « Tous les agriculteurs n’ayant pas été impactés de la même manière, la mise en place d’un dispositif de soutien s’avère complexe. » Quoi qu’il en soit, la Région veut élaborer un schéma régional d’irrigation. « Seule une irrigation performante nous permettra, demain, de produire ce que le consommateur nous demande. » La Région est en train de réfléchir à un schéma de soutien à la création d’unités de méthanisation, « l’assurance d’un revenu par la production d’énergie ». « Nous voulons une agriculture forte qui dégage de la valeur ajoutée, qui réponde à la demande des consommateurs et qui s’inscrive dans la durabilité avec des exploitations rentables et transmissibles », a ajouté Pascale Gaillot.

Pages

Les vidéos