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Publié le 03/12/2018

En sept ans, Élitest a perdu plus de 20 % de ses adhérents sur l’ensemble de sa zone de couverture. Mais l’activité d’insémination a augmenté, notamment en Alsace, où la coopérative tenait récemment ses assemblées de section.

Un nombre d’adhérents en baisse, mais une activité qui ne faiblit pas et qui s’enrichit de nouveaux services : tel est le bilan de l’activité de la coopérative Élitest, dressé par Philippe Sibille, son directeur, et Luc Voidey, directeur technique, lors des trois assemblées de section qui se sont déroulées en Alsace les 21 et 22 novembre. Celles-ci précèdent l’assemblée générale, qui aura lieu le 11 décembre dans la Meuse. Plus de 52 000 IAP bovines ont été réalisées dans les deux départements alsaciens durant la campagne 2017-2018, soit une hausse de 2,41 %. Ici, comme dans les autres zones couvertes par la coopérative (Meuse, Moselle, Vosges, Haute-Marne), la coopérative commercialise des doses d’un large éventail de races, en laitier comme en allaitant. Il s’agit d’être en phase avec la demande, y compris sur des races confidentielles dans la région (jersiaise, brune) et avec les démarches de filière dans lesquelles certains éleveurs sont engagés. L’activité porcine, en baisse, est passée sous la barre des 45 000 doses sur l’ensemble de la zone Élitest. En bovins, l’activité d’Élitest est marquée par la montée en puissance de la génomique, du sexage et le développement du croisement industriel. La génomique est l’une des innovations les plus importantes dans le domaine de la génétique de ces 50 dernières années. En renforçant la précision des index, elle permet de trier les femelles et de gérer les accouplements de manière plus efficace, explique Philippe Sibille. Les éleveurs utilisant la génomique peuvent placer des doses sexées sur leurs meilleures femelles et faire du croisement sur les moins intéressantes. « Un tiers de doses sexées, un tiers de doses conventionnelles, un tiers de croisement : on va vers ce modèle », indique le directeur d’Élitest. Le génotypage se développe Désormais disponible en routine dans les élevages, le génotypage des femelles se développe : plus de 4 500 génisses prim’holstein en ont bénéficié dans la zone Élitest en 2017-2018, contre 3 200 durant la campagne précédente, soit une augmentation de 50 %. En montbéliarde, l’augmentation est de 30 % d’une campagne sur l’autre. Alors que cette prestation commence à être proposée en charolais, la vosgienne est la seule race où toute la population femelle est génotypée, précise Philippe Sibille. Cette évolution est liée à la baisse du coût du génotypage, passé en quelques années de 115 à 40 €. La coopérative propose un tarif unique quelle que soit la race, avec une dégressivité en fonction du nombre d’animaux génotypés. Depuis quelques mois, grâce à l’outil Génocellule développé par le Contrôle laitier, le génotypage est aussi utilisé pour maîtriser les cellules, ce qui permet « d’amortir d’autant mieux son coût ». En charolais, la technique peut être utilisée sur les mâles, ce qui permet de gérer la monte naturelle et d’éviter les tares génétiques. Le cap des 30 000 doses sexées L’utilisation des semences sexées se développe, elle aussi, depuis dix ans : elle a augmenté de 12 % lors de la dernière campagne. « On pense passer le cap des 30 000 doses sexées posées l’an prochain », prévoit le directeur d’Élitest, qui se réjouit que même les petites races y aient accès. Le taux de fécondance des doses sexées est en voie d’amélioration, même s’il est moins bon qu’en doses conventionnelles. Le croisement industriel, qui consiste à accoupler les femelles laitières avec des taureaux de race à viande, progresse. Il a doublé depuis la campagne 2012-2013 et représente désormais 5,5 % des IAP laitières. La moitié des inséminations de croisement sont réalisées avec du blanc bleu belge. Élitest propose aussi de la semence de taureaux angus, stabiliser et vosgienne, trois races acceptées dans le cahier des charges Herbopack développé par EMC2 pour Charal. En plus de la vente des semences, la coopérative a élargi son activité aux services liés à la reproduction. Les inséminateurs d’Élitest ont ainsi réalisé plus de 115 000 échographies et 34 000 palpers. Près de la moitié d’entre eux sont formés au suivi de reproduction, une prestation qui concernait 235 élevages et près de 25 000 femelles durant le dernier exercice. Dans le cadre du plan sanitaire d’élevage, la coopérative propose la synchronisation des chaleurs. L’aide aux femelles allaitantes synchronisées sera reconduite en 2018-2019, signale à ce sujet Philippe Sibille. Transplantation : un noyau dur en Alsace Dans le domaine de la transplantation embryonnaire, 199 collectes ont été réalisées en élevage, dont 77 en Alsace, où réside « un noyau dur d’éleveurs » intéressés. Les résultats sont en amélioration avec un peu plus de cinq embryons viables par collecte. La coopérative prélève également des embryons sur des génisses stratégiques rentrées en station pour servir de mères à taureaux. « On va essayer d’atteindre 40 à 45 embryons par génisse contre une trentaine aujourd’hui », indique Philippe Sibille, précisant que pour ces génisses, la moyenne est de 7,6 embryons par collecte. Depuis un an, Élitest dispose des équipements et d’une technicienne capable de réaliser des biopsies et du génotypage d’embryons, ce qui permet de ne poser que les embryons à plus de 180 d’Isu. L’objectif est d’« économiser » 15 à 20 % de femelles receveuses. La coopérative continue à entretenir le noyau femelles sur la zone Élitest : elle a réalisé 1 300 accouplements à cette fin sur des femelles génotypées à plus de 150 d’Isu. 350 femelles sont nées des accouplements de l’année dernière à 166 points d’Isu en moyenne, précise Luc Voidey. De plus, dans le cadre du schéma de sélection prim’holstein, 211 mâles ont été génotypés. Neuf d’entre eux ont été achetés et sont entrés en taurellerie à Brumath et cinq mâles ont été diffusés sur l’exercice suivant. À noter que depuis 2015, 14 taureaux prim’holstein nés sur la zone Élitest ont été diffusés. En montbéliarde, le schéma Umotest fonctionne sur le même modèle. Le règlement zootechnique européen est en train d’évoluer. Philippe Sibille a donné les grandes lignes du nouveau règlement, qui confie aux organismes de sélection des missions nouvelles : en plus de l’orientation de la race, ils doivent se charger de la tenue du livre généalogique, du contrôle de performances sur les nouveaux caractères et de l’évaluation génétique. Jusqu’alors, c’était l’Inra qui était en charge de l’évaluation génétique. Le coût était supporté par l’État. « Depuis le 1er novembre, la profession doit prendre le relais », indique Philippe Sibille. D’où la création de GenEval, un organisme financé par les éleveurs et chargé de calculer les index, « sans rupture par rapport à ce qui se faisait précédemment ». Autre dossier intéressant les éleveurs, le projet régional de partage des données d’élevage Harmony. Il s’agit de constituer une base de données régionale où chaque organisme fait remonter ses données et peut récupérer celles des autres. Ce partage des données n’est possible qu’avec le consentement des éleveurs, précise le directeur d’Élitest. Il vise à mieux les conseiller en croisant les informations venues d’horizons divers.

Publié le 03/12/2018

Cet automne, l’association Haies vives d’Alsace et la Fédération des apiculteurs du Bas-Rhin partent en tournée dans tout le département. Ils encouragent producteurs de miel et arboriculteurs à planter des haies afin d’augmenter les ressources alimentaires des insectes pollinisateurs.

Les pollinisateurs meurent. Réchauffement climatique et destruction de leurs écosystèmes obligent. La mortalité hivernale des ruches atteint 25 % en France, contre un taux normal de 10 %, selon une étude de l’Inra. L’Alsace serait même la région la plus touchée du pays, avec en moyenne 35 % de pertes par an entre 2008 et 2011. Face à cette hécatombe, l’association Haies vives d’Alsace propose de planter des haies champêtres. Elles amélioreraient l’assiette des abeilles, papillons et bourdons. Philippe Ludwig, conseiller agroforesterie auprès de l’association, donne six conférences sur le sujet en novembre et décembre. « On cherche à nourrir les abeilles avec des essences d’arbres locales », résume l’expert. Son organisme milite pour des haies made in Grand Est. De nombreux apiculteurs assistent à ses conférences. Comme mardi 27 novembre, à Reichstett. Une dizaine de producteurs ont participé à la matinée théorique, avant de planter une haie l’après-midi. « Ces journées d’information ne leur sont pas réservées, mais ce sont eux les plus touchés par le changement climatique », théorise Philippe Ludwig. Il recommande donc des essences riches en nectar dont les insectes se nourrissent. Les apiculteurs ont l’embarras du choix. Troène, aubépine, fusain, érable champêtre, églantier font le bonheur des pollinisateurs. Mais là encore le dérèglement climatique rebat les cartes. Certaines espèces endémiques souffrent des nouvelles conditions météorologiques. Comme la viorne obier. « Elle supporte mal les grosses chaleurs et les étés secs », relate le conseiller. Elle rejoint la liste des arbustes à écarter, à moins de la planter dans un espace en semi-ombre. « Elles se contentent de survivre » Ces conseils sont primordiaux pour les producteurs de miel. « On ne connaît pas suffisamment les plantes pour prendre les bonnes décisions seul », reconnaît Jean-Georges Wurtz, apiculteur amateur à Weyersheim. Et pourtant le choix des plantes à proximité des ruches est essentiel. Car sans plantes riches en nectar, « c’est comme si vous offriez le gîte mais pas le couvert », illustre Philippe Ludwig. « On ne subit pas encore de pertes économiques, mais ça pourrait venir d’ici quelques années », explique Sébastien Berger, président de l’Association des apiculteurs de Reichstett. Les caprices du climat bouleversent ses pratiques. Les saisons se raccourcissent et deviennent imprévisibles. « À partir de mi-juillet on n’avait plus rien en plaine cette année, rappelle le producteur. Mais le sapin a bien marché, alors que 2017 a été catastrophique pour ce cru. » Conséquence, il doit déplacer ses ruches plus souvent. Et cela coûte cher. Cet amoureux des abeilles n’a pas encore constaté de hausse significative de la mortalité dans ses ruches. Mais « je vois bien qu’elles ne vivent plus, elles se contentent de survivre ».

Publié le 30/11/2018

La brasserie Heineken a organisé une table ronde sur l’innovation dans l’agroalimentaire, vendredi 23 novembre à Schiltigheim. Un secteur dans lequel l’industrie alsacienne excelle.

Quinze bouteilles Desperados montent la garde sur un meuble bas de la salle de réception de la brasserie Heineken. Comme un symbole de cette matinée dédiée à l’innovation. La bière aromatisée à la tequila fête ses 23 ans. « Cette bière a été inventée ici, route de Bischwiller, et aujourd’hui on la trouve partout dans le monde », vante Pascal Sabrié, président d’Heineken France, propriétaire de la « Despé ». À ses côtés, quatre entrepreneurs. Tous ont chamboulé le paysage agroalimentaire alsacien avec leurs recherches. Marianne Fritz a inventé et commercialisé le Ketch’Oh ! légumes, une sorte de ketchup à base de carottes, potirons ou céleris. Manou Massenez a créé des eaux-de-vie en spray, étudiées pour la cuisine. Avec la promesse de relever ses plats à coups de liqueur de concombre, thym ou romarin. Anthony Thirion a fondé la start-up Pousse-légume. Il vend un potager d’intérieur de la taille d’un lave-vaisselle. Andreas Redl, dernier intervenant, a développé un sauté végétal pour l’entreprise Tereos. Son steak à base de protéines de blé et de farine de pois chiche présente les mêmes propriétés qu’une pièce de viande. Une pluie de récompenses La plupart de ces inventions ont raflé des prix de prestige. Idhéa, société productrice de la sauce Ketch’Oh, a remporté le trophée Alsace innovation en 2015. Les sprays Massenez lui ont succédé l’année suivante. Le sauté végétal de Tereos cumule les prix « protéines du futur » de Business France et « ambition » du concours mondial de l’innovation en 2015. Une coupe reçue des mains du président de la République d’alors, François Hollande. S’il vous plaît ! L’an dernier enfin, Pousse-légume a décroché l’oscar régional Créativ’est. Ces médailles entraînent de vraies retombées économiques. « Un grand groupe suisse s’est intéressé à notre produit après le trophée Alsace innovation, illustre Marianne Fritz. Grâce à ça, on a pu vendre Idhéa. » Pour Andreas Redl, père du sauté végétal, les bénéfices sont apparus en interne. La direction de Tereos a pris son invention très au sérieux. « Dans un premier temps, nous allons produire huit millions de portions de 100g par an », caracole le chercheur. Pas mal pour un début. « Ceux qui n’évoluent pas auront disparu dans dix ans »   Beaucoup ont reçu une aide directe ou indirecte de la Région pour décrocher les étoiles. Prix régionaux, subventions, créations de pépinières d’entreprises… la collectivité a déboursé 67 M€ en 2018 dans la « recherche et développement », tous domaines confondus. Preuve de l’engagement des politiques, Lilla Merabet, vice-présidente de la Région en charge de la compétitivité et de l’innovation, a assuré le service après-vente de son programme lors de la table ronde. « L’argent public doit dérisquer (sic) les investissements », soutient-elle. En clair, les subventions et services publics doivent servir de parachute de sécurité aux entrepreneurs. Car tout le monde ne dispose pas des millions d’Heineken, Tereos ou Mars. La majorité des Géo Trouvetout de l’alimentaire partent de zéro. Pour cela, l’Association régionale des industries agroalimentaires (Aria) épaule les petites entreprises. En 2015, l’Aria a ainsi lancé son Food Studio. « Cette boîte à outils aide les PME sans département « recherche et développement » à innover », détaille Manou Massenez, présidente d’honneur de l’organisme. Toujours en 2015, elle a inauguré le programme Noviaa, un cycle de conseils stratégiques sur-mesure. L’innovation est aussi devenue une question de vie ou de mort. « Beaucoup de PME obéissent à de grands donneurs d’ordres qui sont déjà passés à l’industrie 4.0, explique Lilla Merabet. Si on n’accompagne pas nos PME, elles ne pourront même plus répondre aux appels d’offres. » Le constat s’étend au-delà de l’industrie. L’agriculture a déjà amorcé son passage à la ferme connectée. Et l’élue d’ajouter : « Ceux qui n’évoluent pas auront disparu dans dix ans ».

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