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À Herrlisheim-près-Colmar

Paysan en chantant

Publié le 11/12/2018

Les Jardins En-Chantants, c’est un hectare de maraîchage polyculturel. Musicien, Gabriel Willem souhaite faire de cet espace un lieu d’échange entre culture et agriculture. La production de légumes y côtoie la découverte artistique. Rencontre.

Gabriel Willem est musicien - maraîcher. Né d’une mère prof de français et d’un père prof de philo, rien ne le prédestinait à travailler la terre. Il avoue même volontiers : « Petit, je n’aimais pas jardiner, je préférais aller au Mc Do ». La fibre artistique, par contre, l’habite depuis sa plus tendre enfance. Il pratique d’abord la musique. Puis après avoir usé ses jeans sur les bancs d’Herrlisheim-près-Colmar, dont il est originaire, il « monte à Paris ». Il veut être comédien. Il suit le Cours Simon. Et perce. Il obtient des rôles sur les planches, derrière les caméras… Et vit de son art. Lors d’une résidence de création internationale au Burkina Faso, « je prends une grosse claque : je chichitais sur mon costume alors qu’un comédien africain montait sur scène en pleine crise de paludisme. Je me suis rendu compte que je faisais du théâtre le pour quitter, mais que je ne savais pas ce que j’allais trouver. Je me suis donc fait la promesse intérieure de ne pas remonter sur scène tant que je n’avais pas trouvé le feu intérieur dont j’avais besoin ». S’ensuit un retour aux sources : l’Alsace, et la musique. Il a 28 ans, une fille, et un duo, Audriel. C’est sa fille qui impulse sa réflexion sur la nourriture. Il profite de son retour en Alsace pour se mettre au jardinage. S’intéresse à la permaculture, à l’agroécologie, se documente. Il lit notamment Jean-Martin Fortier, « la star des néopaysans », dont l’ouvrage best-seller, « Le jardinier-maraîcher », l’inspire fortement. Mais il précise : « Je n’ai fonctionné qu’à l’instinct, je n’avais pas de business plan. » Il passe une annonce pour trouver un terrain. Une agricultrice de Logelheim lui répond et lui propose à la location les 10 ares de l’ancien jardin familial. C’est là que Gabriel Willem met vraiment la main à la terre. Plus tard, c’est lui qui voit une annonce dans le bulletin municipal, pour une location de terres communales. Pour obtenir le terrain, il se bat, mais la fleur au fusil : « Je n’ai pas fait d’étude d’agriculture, je n’ai pas suivi le parcours à l’installation, je ne suis pas entré dans ce cadre-là. » Et une chose est sûre : il veut rester musicien. C’est ce qu’il plaide devant le conseil municipal : sa volonté de créer un lieu d’échange, de spectacle vivant, mêlant culture et agriculture. Il convainc. Et emporte la parcelle. « Humilité et ambition » Le credo de Gabriel, c’est « humilité et ambition » : « Je porte un message d’ouverture, pas d’opposition, mais aussi une envie de construction, de changement. » Mais avant de changer quoi que ce soit, « j’ai d’abord dû apprendre à bien faire pousser des légumes », sourit-il. Il commence plutôt bien : par une analyse de terre. Qui révèle une faible teneur en matière organique. « J’ai donc semé un engrais vert. J’avais envie de mettre un peu de tout alors j’ai mis un peu de tout. J’ai invité des gens à un chantier participatif de semis à la volée, avec des chevaux. Mais le couvert n’a pas levé, parce qu’il n’a pas plu derrière », rigole Gabriel Willem. C’était il y a cinq ans. Gabriel Willem en est désormais à sa troisième année de production maraîchère, labellisée bio depuis un an. Il a essuyé quelques plâtres, et gagné en assurance. « Au début, j’ai copié collé le modèle des planches de Jean-Michel Fortin. Parce qu’il est assez facile d’accès, et que sa vision économique de valorisation du travail me plaisait. À l’époque où je débutais, j’ai rencontré pas mal de gens qui font ce métier. J’ai été frappé de constater que de nombreux maraîchers sont cassés, usés, et ont tendance à brader leur travail. J’estime nécessaire d’être rémunéré à la hauteur du travail qui a été fourni. C’est pourquoi mes légumes sont souvent plus chers que les autres. Ça a demandé un gros travail de pédagogie : faire goûter, faire visiter… » Lors de ces visites, il explique pourquoi il n’utilise que des variétés non hybrides, souvent anciennes : « Dans la nature rien n’est droit, rien ne se ressemble, pourquoi faudrait-il que les légumes soient calibrés ? » Pourquoi il ne travaille que très peu le sol. Pourquoi il n’utilise quasiment que du compost… Et tout ce que cela implique en termes de charge de travail. Avec sa compagne, Léa Pallagès, costumière de spectacle, ils se sont peu à peu spécialisés dans des produits originaux, comme des salades fleuries : du mesclun avec des fleurs de coriandre, de cressonnette… Une idée qui a germé pour valoriser de la cressonnette montée à graine. Et une expérience qui illustre bien les passerelles qui existent entre culture et agriculture : « Quand j’improvise en tant que pianiste, je dois réagir face à une situation qui n’était pas voulue. En maraîchage ça arrive souvent aussi. » Et puis travailler la terre lui a permis de « gagner en structure de main ». Découvrez le premier clip de Gabriel Willem :  

Publié le 10/12/2018

Lors de l’assemblée générale de l’Apco, Étienne de Saint Laumer, du service marketing de Horsch, a présenté les dernières innovations techniques du constructeur allemand, capables d’améliorer le semis de maïs et, in fine, les rendements.

Avant de penser au rendement, il faut (bien) penser au semis. Il y a la variété choisie bien sûr, la période à laquelle on le fait, mais il y a aussi la pression qu’exerce le semoir à prendre en compte. C’est en tout cas cette conviction qui a poussé le constructeur allemand Horsch à développer le système AutoForce pour ses semoirs. Grâce à un capteur au niveau des deux roues de jauge d’un élément, ce dispositif régule la pression sur l’élément semeur en fonction des conditions de sol. « Cette innovation est née suite à plusieurs essais que nous avons effectués sur différents types de sols », explique Étienne de Saint Laumer, responsable des essais maïs France au sein du service marketing de Horsch. Concrètement, lorsque les disques de semis pénètrent facilement le sol, la pression sur les roues de jauge augmente. L’AutoForce réduit alors la pression sur l’élément. Et inversement, quand les disques ont plus de mal à pénétrer (sols durs ou caillouteux), la pression sur les roues de jauge diminue et le dispositif augmente la pression sur l’élément. L’ajustement de la pression s’effectue par un vérin monté sur le parallélogramme de chaque élément. Le réglage de l’automatisme s’effectue depuis le terminal en indiquant une valeur cible pour la pression sur les roues de jauge. Chaque mètre, la pression est ajustée automatiquement par le système. Tous les grains à la même profondeur Chiffres à l’appui, Étienne de Saint Laumer a détaillé les observations faites sur le terrain avec ce système AutoForce lors de l’assemblée générale de l’Apco. Dans le premier cas, en mettant 350 kg de pression sur un sol caillouteux, on obtient 10 % de pieds en plus et 1,5 tonne de rendement supplémentaire. Sur un sol argileux en revanche, c’est le contraire : la forte pression donne les moins bons résultats. « Avec 150 kg de pression, on constate que toutes les petites racines sont mieux développées qu’à 350 kg, indique Étienne de Saint Laumer. Le rendement est également meilleur, le sol est moins stressé et il y a plus de rangs. » Aussi, lorsque la pression est « optimale » et que le tassement est évité, les racines descendent-elles tout droit et vont-elles plus vite chercher les nutriments. « On le remarque encore davantage dans les années très sèches où le maïs est un peu limite. Ça permet d’être plus performant pour aller chercher les ressources du sol. » Lors de ses essais, Horsch a aussi pu mesurer l’importance d’avoir tous les grains semés à la même profondeur. « On a constaté qu’on avait 1,5 t de rendement en plus, juste parce que tous les grains sont à la bonne profondeur. Donc, l’objectif numéro deux, après la régulation de pression, est de placer tous les grains à la même profondeur de manière à ce qu’il y ait une levée homogène. Si ce n’est pas le cas, un pied sera sous l’ombre de son voisin et recevra moins d’énergie du soleil. Il y aura donc un retard de développement. » À partir de cette observation, les techniciens de Horsch se sont demandé s’il fallait forcément que tous les pieds de maïs soient espacés de la même distance, ou s’il fallait plutôt qu’ils soient en priorité à la même profondeur. « Et clairement, même si la régularité de la distance des semis est importante, la profondeur régulière l’est encore plus », poursuit-il. Casser la compaction du sol avec des roulettes « spéciales » Étienne de Saint Laumer et ses collègues ont ensuite creusé le sillon sur environ 2 kilomètres pour voir comment les graines avaient été semées. Ils y ont découvert des tunnels sous le lit de semences, des sillons non refermés et des racines qui suivaient le sillon au lieu de pénétrer le sol. « On s’est demandé pourquoi ? Du coup, on a décidé de tester différentes roulettes de fermeture pour évaluer leur impact sur le semis. » Lors d’un essai effectué chez un maïsiculteur dans le secteur d’Angoulême, il est vite apparu que les rangs ayant tendance à jaunir avaient été semés avec des roulettes standards, tandis que les rangs les plus verts avaient systématiquement été semés avec au moins deux roulettes à pics ou à doigts. « En fait, l’explication est simple : les doigts de la roulette cassent la compaction du sol, la racine a plus de libertés pour sortir du sillon. » Ces résultats visuels ont été confirmés par les chiffres au moment de la récolte : 13,5 t pour le rang semé uniquement avec des roulettes standards, environ 14 t avec deux roulettes à doigts, et plus de 15 t avec une roulette à doigts associée à une roulette standard. « Le problème avec deux roulettes à doigts à l’arrière est que vous n’avez aucun moyen de contrôler à quelle profondeur le semis est effectué. C’est pour ça qu’il faut toujours conserver une roulette en plastique à côté d’une roulette à doigts de manière à toujours bien déplacer le sol », note Étienne de Saint Laumer. Horsch a effectué le même type d’essais dans d’autres régions productrices de maïs comme la Beauce ou l’Ukraine. À chaque fois, les résultats observés en Charente se confirment dans les sols argileux, moins dans les sols limoneux. Au final, ces essais effectués sur plusieurs années ont permis à Horsch de développer deux types de roulettes « spéciales » : l’une à doigts incurvés, plus agressive, pour les sols argileux ; l’autre à piques, moins agressive, pour les sols limoneux. Le dernier facteur à prendre en compte au moment du semis, et capable d’influencer positivement le rendement final, c’est l’écartement entre les rangs. Réduire l’écartement Horsch s’est ainsi demandé pourquoi le maïs est la seule culture semée avec un écartement de 75 ou 80 cm. « Du coup, on a essayé avec des écartements plus réduits pour voir si cela avait un effet ou non. » Pour tester ce cas de figure, les ingénieurs de Horsch ont construit un semoir adapté. Là encore, des résultats tangibles n’ont pas tardé à apparaître. Sur trois essais effectués dans le sud-ouest de la France, avec des écartements allant de 80 à 45 cm, la moyenne des rendements obtenue était en hausse de 6 %. En revanche, plus ces essais étaient effectués dans le nord du pays avec des variétés à indices courts, et moins le gain de rendement se faisait sentir. Ce qui reste tout de même positif aux yeux d’Étienne de Saint Laumer, qui constate qu’aucune perte de rendement n’a été observée et ce, quelle que soit la situation. Alors, réduire l’écartement de ses rangs de maïs, c’est bien. Mais jusqu’où peut-on aller sans que cela devienne contraignant ? « Il faut rester pragmatique. Il faut encore pouvoir passer les roues et les équipements », souligne-t-il. Mais réduire l’écartement de son semis a aussi des conséquences sur son parc matériel. Outre le semoir à changer, il y a les roues du tracteur, la bineuse pour celui qui bine, ainsi que le matériel de récolte. « C’est vrai, c’est un saut important. Mais il faut avoir à l’esprit qu’un tel semoir peut être utilisé aussi bien pour le maïs, que pour le colza, la betterave, le soja ou le sorgho. Du coup, on peut utiliser le semoir sur des périodes plus longues et ainsi mieux le rentabiliser. »

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La colère envahit le Bas-Rhin

Publié le 05/12/2018

Lundi 3 décembre, 500 tracteurs ont manifesté dans le département. Retrouvez le récit des principaux événements de la journée sur notre carte interactive. Cliquez sur les logos pour visionner nos vidéos et lire nos articles.

 

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