A la une

Publié le 25/01/2019

Élaboré comme la choucroute, le navet salé est le premier produit « fraîcheur » de l’année. Il arrive à point nommé après les agapes de fin d’année. Bien que méconnue, cette racine râpée puis lacto-fermentée comme la choucroute présente des vertus nutritives exceptionnelles.

C’est une production confidentielle. Mais à chaque fois que des vendangeurs la découvrent lors des repas, ils en deviennent des inconditionnels, fait observer Jean-Michel Adès, choucroutier à Krautergersheim. Gorgé de fibres et de vitamines, le navet salé aurait des fonctions détoxifiantes. Si les quelques producteurs de navets adhérents à l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace (Ifla) et les trois élaborateurs de navets salés (Adès à Krautergersheim, Speisser à Geispolsheim et Claude à Chavannes-sur-l’Étang) se gardent de mettre en avant ces allégations santé, ils soulignent l’intérêt gustatif et gastronomique de cette spécialité locale. Elle est aussi appelée râpe salée en Franche-Comté, compote de rave en Suisse et navet confit aussi en Alsace. Une dizaine de producteurs alsaciens se partagent la production de navets sur une surface moyenne d’une quarantaine d’hectares. Trois choucrouteries transforment 900 tonnes de navets en 350 t de navet salé. La racine de navet subit le même processus de transformation lacto-fermentée que la choucroute : une fermentation réductrice vivifiante. Après avoir été râpée, salée à 2 %, elle est entreposée en cuve à l’abri de l’air pour engager ses fermentations, libérer des jus et donc concentrer la matière sèche d’un facteur trois. D’où le concentré de vitalité qui en résulte ! Une niche qui gagne à être connue et mieux valorisée Mercredi 9 janvier, c’était le lancement de la saison. Les représentants des trois choucrouteries étaient présents chez Jean-Michel Adès, qui accueillait aussi des représentants d’Auchan Illkirch, de la Sodexo, la Draaf, d’Alsace Qualité et de la Fédération des artisans bouchers-charcutiers du Bas-Rhin. Cette dernière, qui distribue une part des navets salés alsaciens dans ses magasins, entend bien que sa consommation s’accompagne de viandes et donc ne pas se laisser damer le pion sur le plan communication par des mouvements végans, a fait observer son président Jean-Luc Hoffmann. Pour Jean-Michel Adès, le navet salé est une niche alsacienne qui gagne à être connue et mieux valorisée. D’où son appel aux acteurs de la distribution pour qu’ils pratiquent des prix « plus valorisants pour le métier ». Plus globalement, la filière fruits et légumes d’Alsace peut se targuer d’être la seule région française, dont les volumes et les surfaces ont augmenté en 2018 : un point d’honneur que le président de l’Ifla, Pierre Lammert, a souligné.

Assemblée générale de la FDSEA du Bas-Rhin.

Que de défis à relever !

Publié le 24/01/2019

Lors de l'assemblée générale de la FDSEA du Bas-Rhin.Une table ronde a permis de dresser la liste des défis que les agriculteurs ont à relever. Et les moyens qu’ils envisagent de mettre en œuvre pour y parvenir.

Le premier défi, c’est d’être agriculteur. C’est-à-dire à la fois un technicien, un administratif, un commercial, un chef d’entreprise, parfois un employeur… Bref, le fameux mouton à cinq pattes que cherchent les chasseurs de têtes. Tout en sachant qu’il n’existe pas : « Les agriculteurs ne peuvent pas tout faire, constate Franck Sander. Ils doivent donc être entourés de techniciens compétents, dont le recrutement doit émaner des compétences nécessaires aux agriculteurs. Et ces techniciens doivent être proches du terrain, d’où l’intérêt de maintenir les Adar. » Le deuxième défi, c’est de rester agriculteur, ce qui passe par la préservation de l’outil de travail des agriculteurs. Or dans une région densément peuplée comme l’Alsace, il est menacé de toutes parts. C’est pourquoi il est crucial de défendre les intérêts agricoles dans la construction des PLUI. « La Chambre d'agriculture est en capacité de donner son avis, de demander une étude d’impact, un diagnostic agricole afin que les PLUI permettent le développement des exploitations. Il s’agit aussi de trouver des solutions pour concilier agriculture et environnement dans le cadre des compensations des infrastructures », décrit Denis Ramspacher, vice-président de la Chambre d'agriculture d’Alsace. Pour que les agriculteurs le restent, ils doivent aussi vivre de leur travail. « Dégager de la valeur ajoutée, c’est indispensable, pose Joseph Behr, directeur de la FDSEA, mais comment fait-on ? » Élément de réponse avec Didier Pettermann, président du Civa, qui décrit : « Le vignoble alsacien est bio à 20 %, nous sommes leader européen en matière de vins biodynamiques. Nous produisons des vins qui sont complémentaires sur différents types de marché, ce qui nous permet d’être présents aussi bien en GMS que sur les tables étoilées. Pour réussir cette stratégie, il faut connaître à la fois les entreprises et les marchés, c’est pourquoi le service économie de la Chambre d'agriculture est un outil important. » Renouveler les générations Et pour qu’il y ait encore des agriculteurs pour les siècles à venir, il faut que de jeunes agriculteurs remplacent ceux qui partent à la retraite. Or actuellement, la balance est dangereusement déficitaire. Julien Koegler, président des JA du Bas-Rhin, donne des chiffres : « Pour 200 départs à la retraite, on recense 40 installations aidées et 30 non aidées. » Les Jeunes Agriculteurs ont mené un travail de revalorisation de la DJA en Grand Est, afin de rendre le parcours à l’installation plus attractif. Le défi du renouvellement des générations est aussi humain : « Nous aidons les futurs installés dans le parcours administratif, et nous les accompagnons vers la formation continue », poursuit Julien Koegler. Le métier d’agriculteur aujourd’hui n’a plus rien à voir avec celui d’hier. Et de nombreuses évolutions s’annoncent. Le climat change. Les agriculteurs sont aux premières lignes des accidents climatiques qui se succèdent. Ils s’organisent pour améliorer la résilience de leurs systèmes de production. « Face aux excès d’eau, nous élaborons avec la Chambre d'agriculture des assolements concertés afin de limiter l’ampleur des coulées d’eau boueuse », illustre Denis Ramspacher. Il faudrait encore pouvoir mieux stocker l’eau lorsqu’elle tombe en excès. Et, lorsqu’elle vient à manquer, la réponse sera d’abord agronomique, « avec de nouvelles variétés, des techniques d’irrigation innovantes, un aménagement foncier adapté, une meilleure autonomie fourragère… », détaille Denis Ramspacher. Face au changement climatique, l’agriculture a d’ailleurs des solutions à faire valoir. C’est pourquoi la Chambre d'agriculture s’est emparée des dpssiers énergétiques. « Cela a permis un fort développement des installations photovoltaïques », souligne Franck Sander. Il en va de même pour la méthanisation : « Les agriculteurs doivent garder le pouvoir sur l’approvisionnement des outils et la valorisation des digestats car cela constitue une source de diversification des revenus », indique Franck Sander. Les agriculteurs ont aussi des solutions à mettre en avant pour capter du carbone : « Il existe un marché du carbone et si le monde agricole peut accéder à ce marché, il saura le faire. » Soutenir plutôt qu’interdire L’agriculture est donc une solution au principal défi que l’humanité aura à relever à moyen terme ! Ce n’est pas l’impression que donnent les contraintes qui sont imposées aux agriculteurs, toujours plus nombreuses. Donc, plutôt que d’interdire, la FNSEA prône le « contrat de solutions » pour aller vers moins de produits phytosanitaires. Franck Sander décrit : « Il s’agit d’une charte qui a été signée par 40 acteurs pour mettre en avant les solutions alternatives aux produits phytosanitaires. Car il en existe déjà, mais elles ne sont pas assez mises en avant. Ce contrat dit que s’il y a des solutions il faut les appliquer, mais que s’il n’y en a pas, il faut se laisser le temps d’en trouver, et injecter davantage de moyens. » Le dernier défi à relever évoqué au cours de cette table ronde, et non des moindres, est celui de l’agribashing, qui plombe le moral des agriculteurs : « Il faut prendre ce défi à bras-le-corps, en valorisant ce que nous faisons, en prenant en main les outils de communication. Mais nous devons rester mesurés. Il s’agit d’apporter des réponses chiffrées et scientifiques. Et de le faire collectivement. Nous allons donc créer un réseau d’agriculteurs qui fera de la veille sur les réseaux sociaux. Et c’est la Chambre d'agriculture qui coordonnera la communication. »

Mesures agri-environnementales et climatiques (MAEC)

Le paiement d’abord

Publié le 24/01/2019

Pour protester contre les retards de paiement des compensations agri-environnementales, une délégation de la FDSEA et des Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin a bloqué les agents qui devaient procéder à un contrôle dans un élevage de Witternheim.

En 2016, 857 dossiers ont été déclarés éligibles au titre des mesures agri-environnementales et climatiques (MAEC), des conversions et du maintien à l’agriculture biologique dans le Bas-Rhin. 77 % d’entre eux ont été réglés, mais près d’un quart des exploitants concernés n’ont reçu que des acomptes. Pour 2017, c’est pire : sur 852 dossiers éligibles, seulement 187 dossiers ont été payés en totalité, soit 21 %. Ces retards, dénoncés depuis des mois par les syndicats agricoles, au niveau départemental comme national, ont fini par empoisonner les relations avec l’administration. Au point qu’une trentaine d’agriculteurs de la FDSEA et des Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin ont bloqué, mardi 22 janvier, les deux agents de l’Agence de services et de paiement (ASP), venus procéder à un contrôle au Gaec du Waldmeister à Witternheim. « Venir contrôler deux ans en arrière alors qu’on attend toujours le solde de 2016 et 2017, c’est prendre les gens pour des c…, martèle Gérard Lorber, secrétaire général de la FDSEA du Bas-Rhin. Nous ne sommes pas contre les contrôles : mais il faut d’abord faire les virements. » « Vous avez trois ans de retard, il faut payer maintenant, renchérit Julien Koegler, président des JA du Bas-Rhin. Les agriculteurs en ont marre d’être pris pour des larbins. » « On était habitué à des décalages, mais trois ans… Aucune autre profession n’accepterait ça. L’État est entièrement dans ses torts ! » « Si on ne paie pas nos impôts fonciers, on a tout de suite des pénalités », s’indigne un autre agriculteur pour qui « c’est trop facile de retarder les paiements ». En face, Agnès Hardy, l’adjointe à la chef de service de l’Agriculture à la Direction départementale des territoires (DDT), qui accompagne les deux contrôleurs sur le terrain, tente de calmer le jeu et d’expliquer. Que les retards de paiement sont dus au rythme d’instruction et de contrôle des dossiers et pas à un manque de moyens de l’État. Qu’avec la Pac 2015, les procédures sont devenues complexes et qu’il a fallu développer un logiciel spécifique. Qu’il y a une procédure à respecter : l’instruction et le contrôle d’abord, le paiement ensuite. « On essaie de faire le maximum pour faire avancer l’instruction des dossiers, ajoute Agnès Hardy. Des intérimaires ont été embauchés à la DDT comme à l’ASP pour accélérer le traitement des dossiers mais, reconnaît-elle, on ne va pas résorber trois ans de retard en quelques semaines. » Le ministre de l'Agriculture ayant pris des engagements dans ce sens, Agnès Hardy table sur un paiement des dossiers 2016, 2017 et 2018 au courant de l’année 2019. À la longue, les retards de paiement pourraient bien décourager les agriculteurs de souscrire de nouvelles MAEC. Les associés du Gaec du Waldmeister, eux, ont signé leurs premiers contrats il y a une vingtaine d’années : à ce jour, ils ont souscrit volontairement à cinq mesures qui s’appliquent sur vingt parcelles. Sur certaines, ils n’appliquent aucune fertilisation, sur d’autres, ils pratiquent la fauche tardive, sur d’autres encore, ils laissent une zone refuge pour favoriser la biodiversité. C’est pour compenser le manque à gagner résultant de ces pratiques que les trois associés, Claire et Benoît Dutter et leur mère, perçoivent les aides MAEC. Pour eux, comme pour les autres exploitants concernés, les retards de paiement s’ajoutent à une année agricole déjà difficile et marquée par la sécheresse.

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