A la une

Publié le 17/06/2019

À Schelingen dans le Kaiserstuhl, Thomas Schätzle recourt à l’irrigation pour sécuriser davantage la qualité que le rendement de quatre hectares de vignes. Le coût de la technique n’est pas donné.

Même s’il n’en a officiellement pas le nom, le Kirchberg de Schelingen, c’est un peu le grand cru local. Les vignes en terrasse de deux à vingt rangs s’y étagent entre 300 et 400 m d’altitude. Dans les zones les plus sèches, des gaines noires de 30 à 40 mm de section, équipées d’une vanne et d’un limiteur de pression, sortent de terre au début des rangs. Des tuyaux souples de 16 mm percés d’un trou tous les cinquante centimètres les prolongent à hauteur de genou, sur un fil de fer spécifique. Thomas Schätzle a tout installé il y a dix ans. « Le climat se réchauffe, constate Thomas. En 2003, un quart de la récolte a flétri sur pied. La pire année que j’ai connue. En 2008-2009, un remembrement a ouvert la possibilité d’installer du goutte-à-goutte. » Sur ce, il s'associe avec des collègues pour monter un projet collectif. « Le fait d’être classé en Natura 2000 avec la perspective de toucher 80 % de subvention pour le matériel nous a convaincus », précise le vigneron et président de l'association qui regroupe la trentaine d'utilisateur de ce réseau. Six mois plus tard, dix des quatorze hectares identifiés pour leur faible réserve hydrique sont équipés. Le périmètre est divisé en seize secteurs. Deux préposés ont accès aux armoires de commande implantées au bord d’un chemin viticole. Ils y programment les tours d’eau à venir en fonction des besoins annoncés par les viticulteurs.     Thomas décide du déclenchement de la campagne d’irrigation après mesure, au moyen d’une chambre à pression, du stress d’un échantillon du feuillage prélevé juste avant l’aube. « Les cépages blancs demandent de l’eau dès que l’appareil indique 2 bars. Pour les rouges, c’est plutôt 3 bars. Les relevés exacts des pratiques depuis dix ans et ma propre expérience font que j’appréhende bien le moment où il faut se tenir prêt. Le tout est de ne pas commencer trop tard et ensuite d’adopter la bonne cadence d’ouverture/fermeture des vannes en fonction de la météo. En 2018, la campagne a débuté le 26 juin et s’est achevée le 21 août. Selon les secteurs, de quatre à sept tours d’eau ont été effectués », précise-t-il. Au niveau de chaque trou dans le tuyau, une membrane garantit une pression égale sur toute la ligne jusqu’à une différence de dénivelé de vingt mètres. Chaque orifice laisse s’écouler 0,6 l d’eau à l’heure. « À raison de huit heures d’irrigation, chaque pied reçoit environ 10 l d’eau. Soit une consommation de 50 m3 pour une parcelle plantée à 5 000 pieds », calcule Thomas.  Bénéfice qualitatif Les textes autorisent un rendement jusqu’à 90 hl/ha. Le domaine Schätzle vise plutôt entre 60 et 70 hl/ha, voire moins avec des vignes intégralement enherbées, aux rangs espacés de 1,80 m et des pieds plantés tous les 90 m sur la ligne. « Un peu d’eau stabilise le volume récolté. Si on voulait produire plus, il faudrait amener des quantités d’eau phénoménales, affirme Thomas. Le principal bénéfice de l’irrigation est qualitatif. Elle assure la récolte de raisins aromatiques qui arrivent sans problème à une maturité optimale. Leur acidité est stable. J’estime que mes vins sont meilleurs parce qu’ils échappent au stress hydrique. Ils sont plus harmonieux, plus équilibrés. » Cette rolls de l’irrigation représente un investissement de 16 000 €/ha, soit entre 4 000 et 4 500 €/ha subventions déduites. L’eau provient du réseau public alimenté par la nappe phréatique de la Forêt-Noire. Elle est facturée 1,71 €/m3 taxes foncières incluses. « Les viticulteurs doivent se coordonner pour que leurs prélèvements ne dépassent pas les 70 à 80 m3 par tranche de vingt-quatre heures », souligne Thomas. En plus de la ressource, il faut prévoir le coût de l’électricité pour le pompage et l’entretien des 42 000 mètres de tuyaux en place. « Il y en a toujours qui sont abîmés par le passage des machines. Des pièces cassent. Chaque irrigant révise ses circuits et effectue lui-même les réparations. Si une baisse de pression indique une fuite, le secteur est coupé », rappelle Thomas. À raison d’un coût de fonctionnement annuel qui tourne régulièrement autour des 1 000 €/ha, « l’irrigation ne se justifie que dans les très bons terroirs, ceux dont les vins se vendent à un bon prix. »  

Publié le 13/06/2019

Du 3 au 7 juin, les collèges du Bas-Rhin engagés dans l’opération « Ici on mange bio et local » ont mis des produits locaux sur leurs menus. Parmi eux, le collège du Ried à Bischheim sensibilise les collégiens à une alimentation durable et à la réduction du gaspillage alimentaire.

Chef de cuisine au collège du Ried, à Bischheim, depuis 14 ans, Hugo Heinrich prépare les repas des quelque 300 élèves inscrits à la cantine. « Cela fait longtemps que je travaille avec certains producteurs locaux, notamment les producteurs de légumes, mais je le fais de plus en plus pour la viande et les produits laitiers », explique-t-il. Vendredi 7 juin, pour la clôture de la semaine « Ici on mange bio et local », les rayons du libre-service ont été garnis d’étiquettes indiquant la provenance des produits. Les collégiens savent ce qu’ils mangent. Le pâté de campagne provient d’un porc élevé en Alsace ; la salade verte, les concombres et les radis sont bios ; le bœuf bourguignon est issu d’un élevage bio d’Alsace ; les fraises et la rhubarbe viennent de la région. Même le fromage est étiqueté. Ce jour-là, les enfants ont le choix entre la tomme Près du Ried de la ferme Durr et le munster de la fromagerie Siffert-Fresch de Rosheim. Bios tous les deux. Au collège du Ried, on n’a pas attendu la mise en œuvre de la loi EGAlim* pour favoriser les produits locaux. En particulier ceux issus de l’agriculture biologique. Hugo Heinrich regrette juste que l’approvisionnement de certains produits reste difficile. « La production bio locale est encore faible et les agriculteurs ne sont pas toujours prêts à nous livrer. Pour eux, c’est une contrainte en plus par rapport à la vente directe », explique le chef de cuisine. Il est néanmoins en relation directe avec des producteurs de pommes, de fraises et de pommes de terre. Pour les autres produits, il fait appel à des grossistes. À charge pour ceux-ci de fournir des produits locaux. Quand la saison le permet tout au moins. « Mangeons sain… et jetons moins » La semaine « Ici on mange bio et local » est une initiative du Conseil départemental du Bas-Rhin. Il gère 90 collèges dont 70 ont un restaurant scolaire. L’opération vise à mettre en avant les fruits et légumes de saison, le savoir-faire des chefs de restauration des collèges et leur engagement tout au long de l’année pour une alimentation durable de qualité. « Le Conseil départemental déploie cette politique en partenariat avec la Chambre d’agriculture d’Alsace », précise Daniel Sautron, chef du service vie quotidienne des collégiens au Conseil départemental du Bas-Rhin. En parallèle, il soutient et finance le dispositif « Mangeons sain, bio et local, et jetons moins ». Ce programme lancé en 2012 vise à éduquer à une alimentation responsable, durable et locale. Il est animé et coordonné par l’Ariena et son réseau d’associations d’éducation à la nature et à l’environnement. Au collège du Ried, ce sont les animateurs du Centre d’initiation à la nature et à l’environnement (Cine) de Bussierre qui sensibilisent les élèves et l’équipe de restauration au gaspillage alimentaire. Les pesées réalisées montrent que sur ce critère aussi, le collège du Ried est sur la bonne voie. Preuve que la pédagogie, ça porte aussi ses fruits…

Publié le 12/06/2019

La reine des vins d’Alsace et ses dauphines sont sur le pont toute l'année pour défendre la cause des vins de la région. Dimanche 8 juin, Colmar et Dambach-la-Ville étaient inscrits à leur programme.

Règle numéro un : être en avance. Dix minutes, c’est bien. Quinze, c’est mieux. Ce matin, le défi est relevé sans problème. Margaux Jung, reine des vins d’Alsace 2018-2019, n’habite qu’à cinq minutes de la place de l’ancienne douane à Colmar. Pauline Husson, sa dauphine, l’a rejointe peu avant. Le temps de sortir de leur sac leur écharpe piquée d’une petite coiffe alsacienne en résine et de se parer de leur couronne, et les voilà en piste, prêtes à assister à l’inauguration de l’opération sourire des JA. « Le Civa nous fournit les thèmes de base de nos discours »  Les personnalités se tiennent en demi-cercle devant le restaurant Koifhus. Quentin Blanck, président du canton viticole, distribue la parole. C’est au tour de Margaux. Si elle relève les soucis notés dans les discours précédents, elle souligne les vertus de la solidarité qui aide à les résoudre. Elle évoque encore le rôle de Colmar dans le vignoble et les vins d’Alsace, synonymes de fierté régionale. L’intervention est courte. Pauline, la numéro deux, n’y participe pas. « D’habitude, nous nous relayons, explique-t-elle. Margaux ne parle pas forcément la première. Nous improvisons en essayant d’apporter des notes positives, dynamiques. La nouvelle campagne de communication du Civa fournit les thèmes de base de nos discours : l’Alsace est un vignoble de grands vins, à taille humaine et avec une grande diversité de terroirs. » Il est temps de trinquer. Margaux et Pauline trempent leurs lèvres dans un crémant, puis un muscat. Le député du vignoble insiste pour que tout le monde prenne la pose pour une photo de groupe. Les photographes de presse immortalisent l’instant. Le maire de Colmar prend congé en gratifiant Margaux d’un joli « ma grande ». « Ici, c’est moins protocolaire qu’ailleurs. Cela ne nous dérange pas. Ça change », sourit le duo royal qui n’en a pas complètement fini sur place. Margaux passe en mode reporter. Elle photographie Thierry avec une tarte flambée toute chaude sortie du four. Elle prend une vue globale et deux selfies avec Pauline. Un sérieux, l’autre plus déluré. L’objectif est de publier une actualité sur leur page Facebook. « 1 987 abonnés nous suivent. Ce serait bien de dépasser les 2 000 », remarque Margaux. Cette proximité voulue doit être renforcée par le trio 2019-2020. Le comité des reines des vins d’Alsace a déjà prévu qu’un lauréat puisse accompagner la reine des vins lors d’une journée de déplacements officiels. Donner un « coup de pouce » À quelques semaines du terme de son règne, le trio est rodé. L’hiver a été calme. Mais depuis avril, il n’y a plus de week-end sans au moins une sortie officielle. Reine et dauphines font le tour des foires aux vins, des journées portes ouvertes aux domaines et des chapitres des confréries. Parfois même les cérémonies de vœux d'un maire d'une commune viticole alsacienne, voire allemande. On ne s'ennuie pas à la longue ? « Chaque événement est différent, commence Margaux. Comme les attentes des personnes qui nous convient. Si le calendrier le permet, nous y allons ensemble. Toute seule, ce n’est pas drôle, encore moins quand personne ne s’occupe de vous. Cela m’est arrivé la fois où on m’a laissée comme une quiche. À part ça, cela s’est toujours bien passé. »  Les reines reprennent du service à 15 h 29. Elles se rendent au domaine Louis Hauller à Dambach-la-Ville qui organise ses portes ouvertes depuis samedi soir. « Le courant est bien passé entre nous lors de précédentes occasions, témoignent à l'unissons Pauline et Margaux. Nous ne faisons pas de chichis, dans nos fonctions comme dans la vie. » Leur volonté est de donner un « coup de pouce » à l’initiative du vigneron. Ludovic les accueille avec deux verres de dégustation. Margaux et Pauline identifient un pinot gris sec élevé en barrique, puis un riesling grand cru Frankstein. Elles se dirigent ensuite vers les comptoirs des vignerons du Beaujolais et des Côtes-Du-Rhône installés dans la cave attenante au caveau de dégustation. « Nous aimons bien découvrir les vins des autres vignobles. Nous sommes allées ensemble au salon des vignerons indépendants à Strasbourg. Nous y avons acheté quelques cartons », disent-elles. Quelques Chénas et Moulin à vent plus tard, les reines s’éclipsent entre les grandes cuves inox de la cave… Elles quitteront le domaine à 21 h pour un repos bien mérité. Leur écharpe et leur couronne seront de nouveau sollicitées le week-end prochain.   Christophe Reibel  

Pages

Les vidéos