A la une

Publié le 29/06/2019

Les associés du drive fermier de Schirmeck ont ouvert « Pré d’ici », leur magasin physique, à Wisches, samedi 22 juin. Les deux commerces doivent se compléter pour satisfaire la demande des consommateurs du secteur.

Les agriculteurs des vallées de la Bruche et de Villé naviguent à contre-courant. Alors que la plupart des drives fermiers se développent pour contourner les contraintes d’un magasin physique (horaires fixes, salariés, etc.), les associés du drive de Schirmeck font le chemin inverse. Trois ans après s’être lancés dans la vente de paniers via leur site web, ils ouvrent « Pré d’ici », une boutique en dur à Wisches. Ils ont étrenné leur local samedi dernier.     Pourquoi revenir à la bonne vieille épicerie quand on a opté pour une plateforme en ligne quelques années plus tôt ? Parce que tout le monde ne s’y retrouve pas avec le web. « Certains clients préfèrent les commerces physiques », explique Daniel Dettling, président de « Pré d’ici » et membre du conseil d’administration du drive fermier. Notamment les plus âgés, nombreux dans les villages autour de Schirmeck. Une génération plus familière des marchés et des supérettes que d’internet. Pour preuve, Jacqueline Huckert, présidente du drive, expliquait en début d’année avoir du mal à fidéliser les clients du troisième âge. Travailleurs et vacanciers La vente de paniers pose un autre souci. Elle exclut une bonne partie des travailleurs. Car le point de retrait n’ouvre que le jeudi après-midi. Jusqu’à 19 h. Trop tôt pour les personnes travaillant à Strasbourg ou Sélestat. « Beaucoup de gens nous disaient : "La semaine je ne suis pas disponible" », reconnaît Daniel Dettling. Le producteur de fruits de Westhoffen pointe aussi les clients de passage. « On a beaucoup de résidences secondaires dans la vallée. Des gens qui viennent seulement le week-end. » Une seule solution pour conquérir ces clients potentiels : l’enseigne physique. Alors à l’automne 2018, c’est voté. Les paysans du drive décident d’ouvrir leur propre échoppe. Reste à savoir où. « À ce moment-là, le magasin de volailles Siebert, à Wisches, s’est libéré », raconte le président. La mairie accepte de louer les 60 m2 à un prix défiant toute concurrence. Les dix associés rachètent une partie du matériel laissé sur place par l’ancien locataire et mettent un coup de peinture dans les locaux. C’est prêt ! « On a démarré un peu à l’arrache » La boutique ouvre le vendredi après-midi et le samedi matin. Deux créneaux plus compatibles avec l’emploi du temps des salariés et des vacanciers. Mais pas question d’arrêter le drive. « Les deux structures doivent être complémentaires », témoigne Daniel Dettling. À tel point que les gérants réfléchissent à embaucher une personne sur les deux négoces. Un poste partagé entre la communication autour du drive et la vente en magasin. Car pour l’instant « on s’y colle nous-mêmes », rigole l’agriculteur. Le retour à une épicerie engendre certaines contraintes. En l’absence d’employé, les paysans se répartissent les permanences derrière la caisse. L’approvisionnement et le stockage demandent aussi du travail. Sans compter les petits soucis quotidiens. « On a démarré un peu à l’arrache, c’était pas parfait, notamment des problèmes de codes-barres », admet Daniel Dettling. Avec le paiement en ligne du drive, c’était un souci en moins. Mais les associés ne semblent pas effrayés. Seul un pâtissier a refusé de se lancer dans l’aventure. « Il préfère produire sur demande (via les commandes en ligne). » Tous les autres sociétaires ont rejoint Daniel.

Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace (Civa)

L’interprofession des vins d’Alsace va amplifier sa mutation

Publié le 27/06/2019

Didier Pettermann est réélu président du Civa. Un projet de Cité internationale des vins d’Alsace est à l’étude. De même, qu’une refonte des statuts du Civa. Le projet d’accords interprofessionnels triennaux reste à approuver par les ministères. Bilan d’une mutation de l’interprofession alsacienne en 2019 qui reprend position sur l’amont de la filière.

La présidence du Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace (Civa), créé en 1963, est tournante, avec une alternance production-négoce. Toutefois Didier Pettermann a été reconduit dans ses fonctions de président, avec l’aval du négoce, lors de l’assemblée générale qui se tenait à la Maison des vins d’Alsace le 24 juin. C’est que la mutation en cours « pour faire du Civa une entreprise au service du vignoble et le sortir de son environnement institutionnel ». Un projet qui nécessite une gouvernance stable. Malgré la baisse des ventes de vins d’Alsace, le bilan fait apparaître en 2018 un résultat net de 427 000 €. Dû surtout à des économies drastiques sur les dépenses et une politique de « thésaurisation » pour concentrer les investissements sur la nouvelle campagne de communication lancée en 2019. Avec néanmoins 7,43 millions d’euros (M€), le marketing export occupe encore 39 % des dépenses en 2018, tandis que le marketing France ne représente que 10 %. Mais en volumes, la part exportée des vins d’Alsace avoisine 25 %. Le budget 2019 devrait réduire cette « disproportion ». Le marketing France passerait à 22 %. Les cotisations volontaires obligatoires (CVO) représentent 85 % des recettes et les subventions de l’OCM-Vins (européennes), 8 %. Dans son rapport moral, Didier Pettermann n’a pas fait mystère d’une situation économique où les vins d’Alsace « peinent à se vendre depuis quelques années ». Même si le bailleur de fonds de la promotion des vins d’Alsace « fait tout ce qu’il peut ». Cependant, la situation est très « disparate selon les modèles organisationnels et économiques ». « Piloter la filière avec responsabilité » C’est pourquoi, la nouvelle campagne de communication, à laquelle, globalement, la profession et le consommateur adhèrent, « n’est qu’une première phase ». Elle reçoit « un accueil remarquable ». C’est « une campagne enfin statutaire, qui traite l’Alsace avec modernité et puissance ». Mais, « la promotion n’est pas que l’affaire du seul Civa, poursuit Didier Pettermann. Cet élan doit être repris par les entreprises. » Il s’agit d’afficher les « facteurs de différenciation par rapport à nos concurrents, d’aller à la reconquête des marchés et des centres de consommation, les villes forteresses ». Et en aval, « les cibles prioritaires sont les distributeurs de vin, les cavistes et la grande distribution. Ils doivent être accompagnés dans la refonte de leur offre. Ils doivent bénéficier de notre aide pour focaliser l’attention sur nos produits fer de lance » : riesling, gewurztraminer, crémant et grands crus. Mais, « les fluctuations de production n’ont fait qu’empirer l’âpreté de la bataille sur les marchés », souligne le président du Civa. Et même si « d’autres vignobles sont encore plus mal lotis que nous », il appelle « à se remettre en cause, piloter la filière avec responsabilité et lancer un nouveau chantier sur l’amont de la filière ». Il propose de l’organiser en « deux visions de gestion. À court terme et moyen terme. » Il s’agit de « définir un intérêt commun et l’ambition à dix ans pour les vins d’Alsace » dont la filière est particulièrement « interdépendante ». Le comité directeur du Civa a déjà commencé à travailler « sur l’identification des premiers chantiers structurants pour l’avenir des vins d’Alsace ».

Chambre d'agriculture d’Alsace

« Nous avons du pain sur la planche »

Publié le 21/06/2019

La première session de la Chambre d'agriculture d’Alsace depuis son installation au mois de mars s’est déroulée lundi à Sainte-Croix-en-Plaine. L’occasion de dresser les différents et nombreux défis qui attendent les élus de la chambre consulaire pendant les six prochaines années.

Trois réunions de bureau, un séminaire des élus, une quinzaine de réunions de commissions et une feuille de route pour les six prochaines années. Depuis leur installation au mois de mars, les nouveaux élus de la Chambre d'agriculture Alsace (CAA) n’ont pas chômé. Trois mois « intenses » nécessaires pour définir les priorités stratégiques de la mandature. Regarder l’avenir avec « réalisme » et « confiance » Pour la CAA, les grands enjeux de demain s’articulent autour de trois axes stratégiques portés par ses trois commissions transversales : la performance des entreprises, des filières et le renouvellement des générations ; la transition énergétique, la préservation des ressources et l’accompagnement des territoires ; et la reconnaissance du rôle de l’agriculteur dans la société en lui redonnant la fierté du travail quotidien. Si tous les chantiers qui se profilent sont conséquents, celui lié à la communication sera peut-être encore plus dur à mener. Chaque jour, la profession agricole voit circuler avec un désarroi dans les médias généralistes des informations anxiogènes sur ce qu’elle produit, et comment elle le produit. OGM, mal-être animal, rapport fracassant sur les pesticides, perte de biodiversité, santé des consommateurs… « L’agribashing a la côte. Il fait le buzz sur les réseaux sociaux et génère de l’audience à la télé. Le bonheur n’est même plus dans le pré, puisque les vaches qui broutent de l’herbe et les poules bios qui picorent à l’extérieur produisent, paraît-il, du lait et de la viande contaminés aux polluants rejetés par nos usines et nos incinérateurs. Nous pouvons comprendre que certains ressentent de la nostalgie par rapport à l’image bucolique de l’agriculture d’antan. Mais n’oublions pas que nos grands-parents travaillaient beaucoup, étaient très fatigués le soir, ne prenaient pas de vacances et n’arrivaient pas tous à l’âge de la retraite, bien maigre par ailleurs. Alors, arrêtons les caricatures et trouvons de vraies solutions aux problèmes », appelle de ses vœux Denis Ramspacher. Rester attentif à l’évolution de la Pac L’avenir de l’agriculture alsacienne - et française - reste conditionné à l’évolution de la Politique agricole commune (Pac). Après des élections européennes marquées par la montée des votes nationalistes et écologistes, la profession agricole tâche dès maintenant de se positionner. « L’urgence climatique qui sous-tend le vote écologiste constitue indéniablement la priorité, notamment parmi les jeunes générations. Dans nos métiers, nous pouvons constater année après année les effets de ces dérèglements et excès climatiques. Nous devons y faire face en gérant mieux l’eau, en adaptant nos systèmes de production et nos mécanismes assurantiels. Nous avons aussi une belle carte à jouer dans la production d’énergies renouvelables et le stockage du carbone dans le sol », poursuit le président de la CAA avant de mettre en garde contre « certaines dérives idéologiques » et des « recettes simplistes » qui pourraient déboucher du verdissement probable de la future Pac. Plus que jamais, Denis Ramspacher est persuadé que l’agriculture française a besoin de « plus d’Europe » et de « mieux d’Europe ». Dans les faits, cela voudrait dire moins de normes et de complexité, davantage de convergence fiscale, sociale, environnementale, dans un marché unique mieux régulé et protégé de la mondialisation ultralibérale. Soutenir toutes les filières Reste le bio et les circuits courts, présentés ici et là comme la solution « universelle » pour améliorer le revenu des agriculteurs. Séduisantes sur le papier, ces solutions doivent être développées par un certain « pragmatisme », avance Denis Ramspacher. « Produire trop de bio va détruire le marché du bio et appauvrir les producteurs. N’imaginons pas un seul instant que les consommateurs vont tous accepter de consacrer 20 à 30 % de plus à leur budget alimentaire, ou tous devenir vegan. Oui, nous devons développer le bio, mais en fonction des marchés et de la demande. Nous sommes à 10 % aujourd’hui. Passons à 15, peut-être à 20 % dans cinq ans. Mais gardons la valeur ajoutée de nos filières d’excellence pour les agriculteurs et ne tombons pas dans l’idéologie. Idem pour la vente en circuits courts qui est une excellente solution à la condition que tout le monde ne s’y mette pas en même temps, au risque de générer une concurrence terrible entre les producteurs. Nous aurons donc besoin, comme hier, de toutes nos filières, longues et courtes. » Être acteur de la transition écologique Si la compétitivité de la ferme France ne semble pas faire partie des priorités du gouvernement, ce n’est pas le cas de la transition écologique. Un sujet dans lequel est « pleinement engagée » la profession agricole alsacienne depuis des années, comme tient à le faire remarquer le président de la CAA : « Nous travaillons de façon déterminée pour préserver nos ressources, notamment l’eau, pour améliorer nos pratiques, pour répondre aux attentes sociétales, et pour produire des énergies renouvelables. Et nous sommes prêts à accélérer et amplifier nos actions. » Preuve en est, la signature lundi après-midi de la convention « Ermes » qui engage l’ensemble du monde agricole à améliorer la qualité de l’eau dans 19 captages dégradés. Mais aussi le dynamisme qui entoure la filière des énergies renouvelables avec pas moins de 25 projets de méthanisation en cours et un intérêt manifeste des agriculteurs pour le solaire photovoltaïque.

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