Rachat de Socobeval par la CAC
Apporter de la « valeur » aux éleveurs
Rachat de Socobeval par la CAC
Publié le 15/06/2020
Le 10 mars, le groupe CAC rachetait la société Socobeval. Trois mois plus tard, le président de la CAC, Jean-Michel Habig, celui de Socobeval, Rémi Hatstatt, et la nouvelle directrice de Socobeval, Aurélie Aubry, font le point sur les motivations, le fonctionnement et les perspectives de cette entreprise spécialisée dans le négoce de bétail.
La CAC s’était lancée dans la collecte d’animaux en 2016, au sein de l’union de coopératives Cloé. Avec le rachat de Socobeval, vous poursuivez votre implication dans cette filière, mais seul. Pourquoi cette évolution ? Jean-Michel Habig (JMH) : « C’est vrai, nous avions répondu présents lors de la fermeture de Copvial. À ce moment, nous avons su apporter une réponse à nos associés coopérateurs. Avec Cloé, c’était entre 800 et 1 000 animaux. Nous ne perdions pas d’argent, mais ce n’était pas une réponse satisfaisante pour nos associés coopérateurs. Et puis nous avons été sollicités par Léon Harfenist qui souhaitait vendre Socobeval pour la faire perdurer. C’était pour nous l’occasion d’être pleinement présents dans cette filière avec la perspective de créer de la valeur pour la redistribuer à nos coopérateurs. » Rémi Hatstatt (RH) : « Avec Cloé, on stagnait, on ne progressait pas assez. On ne pouvait pas évoluer sans un achat externe. Avec 40 000 animaux par an répartis entre les sites de Manspach et Schwindratzheim, nous avons aujourd’hui une vraie opportunité pour nous développer. Et puis, c’est une vraie réponse environnementale. Beaucoup de gens veulent aujourd’hui plus d’herbe dans les paysages. L’élevage, laitier ou allaitant, permet de la valoriser. » Aurélie Aubry (AA) : « Une chose est sûre : si nous ne réagissons pas, nous aurons de moins en moins d’engraisseurs au fil des années. Nous avons aujourd’hui le niveau de vaches allaitantes le plus faible depuis vingt ans en France. Il y a encore des choses à faire. » Comment Cloé a accueilli le départ de la CAC ? JMH : « Nous l’avons quittée en tout bien, tout honneur. Tout a été fait en totale transparence. Dès le début des transactions, j’ai averti mes homologues. Aujourd’hui, j’ai toujours de très bons contacts avec les présidents du Comptoir Agricole, de Lorca et de la CAL. » Des rumeurs évoquent un prix de rachat de huit millions d’euros. Qu’en est-il réellement ? JMH : « Le montant est confidentiel, notamment par respect pour le vendeur. Mais ce que je peux dire, c’est qu’on est bien loin des sommes annoncées, sinon nous ne nous serions pas engagés comme nous le faisons. » Avec 40 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel, Socobeval fait partie des acteurs qui comptent dans le négoce de bétail dans le Grand Est. Comment comptez-vous maintenir cette bonne dynamique ? JMH : « Déjà, il faut savoir que la transition se fait en douceur. Depuis la vente, Léon Harenfist et Daniel Dreyfuss nous accompagnent et nous conseillent en tant que consultants extérieurs. Et puis, avec Aurélie Aubry, nous disposons désormais de la compétence qui nous manquait en interne pour nous investir davantage dans l’élevage. Nous avons aujourd’hui pleinement confiance en elle pour développer la structure. » RH : « Pour y arriver, nous devons trouver des filières rémunératrices qui permettent aux éleveurs de vivre décemment. Le potentiel est là. À nous de le chercher. » Madame Aubry, vous étiez auparavant directrice de Cloé. Pourquoi avoir accepté le nouveau challenge proposé par Socobeval ? AA : « Après avoir démissionné, je souhaitais rester dans le milieu de la viande. Ensuite, j’ai été très intéressée à l’idée de travailler au sein d’une entreprise connue, qui a pignon sur rue, tout en ayant un modèle coopératif à sa tête. L’intérêt des agriculteurs et des coopérateurs a toujours été une priorité à mes yeux. » Le monde de l’élevage, en particulier celui de la viande, est malmené depuis quelques années par certains mouvements sociétaux, notamment par des militants vegans. N’est-ce pas un frein au développement que vous espérez ? AA : « Déjà, il faut savoir que nous partons sur de bonnes bases. L’entreprise est saine et gagne de l’argent. Aujourd’hui, les débouchés sont là. Socobeval est en effet un gros apporteur de Bigard, Charal et Socopa. Localement, je pense que nous avons des marges de manœuvre intéressantes entre les cheptels laitiers du Haut-Rhin et du Territoire de Belfort, et les engraisseurs du Bas-Rhin et de Lorraine. Maintenant, les mouvements des « anti », j’ai déjà connu ça dans le lait. Au bout de quatre ans, on n’en parlait plus. Je pense surtout que nous devons montrer à quel point l’élevage français est le plus performant au monde. Je défends personnellement le bien-être animal. Nous faisons tout pour que les animaux aient de bonnes conditions de transport. Notre personnel est aussi mobilisé sur ce point. Je vais d’ailleurs mettre en place un programme de formation avec la Chambre d'agriculture pour améliorer les compétences sur ce point. » JMH : « Je pense aussi que suite à la crise du Covid-19, les consommateurs sont davantage tournés vers la production locale. » RH : « Que ce soit chez le boucher ou sur les étals de supermarché, il y a une demande pour la viande de qualité, pour le terroir, pour l’Alsace. Il y a du potentiel à creuser. » Concrètement, comment allez-vous procéder pour y arriver ? AA : « Tout d’abord, je tiens à rappeler que nous avons conservé toute l’équipe de salariés déjà en place, soit une vingtaine de personnes. Les compétences sont là. Ensuite, nous allons recruter du nouveau personnel, notamment des nouveaux chauffeurs pour renforcer notre capacité à pouvoir récupérer les animaux chez les éleveurs le plus rapidement possible. C’est d’ailleurs l’une de nos grandes forces : la souplesse de ramassage dans la collecte. Par exemple, l’une des nouveautés est que les veaux de huit jours sont désormais ramassés toutes les semaines, les lundis. » Faut-il désormais être coopérateur à la CAC pour travailler avec Socobeval ? JMH : « Pas du tout. Il faut bien comprendre que la SAS Socobeval est un négoce à part entière. Tous les éleveurs sont bienvenus. Il n’y a pour l’instant aucun avantage à être aussi adhérent à la CAC. » RH : « En effet, nous invitons tous les éleveurs motivés à nous rejoindre. Nos abatteurs veulent être approvisionnés régulièrement. C’est pour cela que des contrats vont se mettre en place leur garantissant des livraisons de qualité toute l’année et, pour les éleveurs, c’est une bonne manière de sécuriser les revenus. » AA : « Et je précise que nous sommes en mesure de chercher des animaux partout où il y en a, en Alsace, en Haute-Saône, dans le Territoire de Belfort ou en Lorraine. Si un éleveur est intéressé, il peut m’appeler directement. Et, en fonction de la typologie de ses animaux, nous verrons quels débouchés sont possibles. » Coopération franco-allemande avec Ecu, mise en place de points de collecte, maintenant négoce de bétail. Depuis quelque temps, la CAC multiplie les initiatives pour se développer. Doit-on s’attendre à de nouveaux projets dans les mois ou années à venir ? JMH : « Il y a toujours des projets. D’autres choses viendront probablement avec le temps. Mais, avant de se lancer dans quoi que ce soit, il faut analyser, planifier et, surtout, que l’ensemble du conseil d’administration donne son aval. Nous voulons que les choses avancent mais pas n’importe comment. Il faut que ce soit avant tout créateur de valeur pour nos producteurs, avec toujours le même esprit de rigueur et de sérieux qui caractérise notre coopérative. »












