A la une

Publié le 18/06/2020

Comme prévu, la moisson du blé tendre en Alsace s’annonce précoce, et avec des rendements impactés par la sécheresse printanière.

Mi-mai, les blés se présentaient particulièrement en avance en Alsace, en lien avec les températures estivales du printemps. Cette avance s’est maintenue, mais elle a un peu été freinée ces dix derniers jours par le retour de températures plus fraîches. « De deux semaines d’avance, nous sommes passés à une semaine d’avance », résume Didier Lasserre, ingénieur à Arvalis-Institut du végétal. Les orges, qui auraient pu être récoltées dès cette semaine, le seront sans doute à partir de la prochaine. La récolte du blé devrait débuter au cours de la première semaine de juillet. En outre, le manque de précipitations laissait présager des rendements en berne, du fait d’une moins bonne alimentation en éléments nutritifs, notamment en azote. Effectivement, « le nombre d’épis est faible, confirme Didier Lasserre. Par contre, la fertilité a été correcte, donc il y a pas mal de grains ». La dernière composante de rendement, le remplissage, qui dicte le Poids de mille grains (PMG), pouvait donc encore permettre de rattraper la situation. Et c’est ce qui s’est partiellement passé : « Nous avons bénéficié d’un climat britannique durant la phase de remplissage, avec des températures fraîches, des précipitations assez régulières, et ça va peut-être permettre de sauver les meubles ». En outre, certaines situations devraient mieux s’en sortir que d’autres, comme les semis tardifs, ou les situations irriguées, où les rendements devraient même être « très bons », mais cela ne concerne que 10 % de la sole de blé en Alsace. Globalement, la collecte de blé 2020 ne sera donc ni catastrophique, ni pléthorique, mais tout juste moyenne, estime Didier Lasserre.   La #pluie ? arrive ... ça se précise, mais en quantité suffisante ? @EAVPHR #lAgricultureElleAssure pic.twitter.com/Op1SX5pXWq — Germain Schmitt (@germain_schmitt) June 4, 2020   La situation sanitaire des blés est restée bonne jusqu’au bout, ce qui s’explique aussi par les conditions climatiques printanières particulières, peu propices au développement des maladies cryptogamiques : « La septoriose n’est pas montée dans les étages foliaires. Il y a un peu de rouille, par ci, par là, mais cela reste très ponctuel. Et on n’observe pas de symptômes de fusariose dans les champs. S’il a plu, ce n’est jamais très longtemps, et ce n’est pas ça qui est favorable au développement des maladies cryptogamiques, ce sont les longues périodes d’humidité permanente », précise Didier Lasserre.

Houblon & co

Dans l’expectative

Publié le 16/06/2020

Alors que les lianes de houblon s’élancent dans les houblonnières, ceux dont l’activité dépend de leurs cônes odorants sont dans l’expectative. L’épidémie de coronavirus a fortement déstabilisé le marché de la bière, boisson conviviale par excellence. Inévitablement, le marché du houblon sera impacté. Mais l’ampleur de la vague reste difficile à estimer.

Avec 487 ha de houblonnières en Alsace, la surface dédiée à la production de houblon est stable. Sur ces 487 ha, 455 sont en production, la trentaine d’hectares restant étant en repos temporaire pour être replantée à l’automne avec de nouvelles variétés, précise Christian Lux, responsable agronomie et environnement au Comptoir agricole. En effet, la phase de reconversion variétale, amorcée afin de répondre aux attentes du marché avec de nouvelles variétés aromatiques, se poursuit. De même, pour répondre à l’importante demande en houblon bio, trois planteurs sont en cours de conversion à l’agriculture biologique, soit 42 ha de houblonnières. La surface de houblon bio en Alsace devrait donc passer de 33 ha actuellement à 75 ha en 2022. L’Alsace compte actuellement quarante producteurs de houblon, un chiffre assez stable mais le Comptoir agricole en voudrait davantage : « Nous continuons à chercher des jeunes prêts à se lancer dans la culture de houblon », souligne Christian Lux. La pénurie de main-d’œuvre évitée Le confinement engendré par la Covid-19 a été source d’inquiétude pour les producteurs : « Il coïncidait avec le démarrage d’opérations qui requièrent de la main-d’œuvre, comme la taille, l’ébroussage, et c’est aussi à ce moment qu’on termine normalement la campagne de recrutement pour la mise au fil… », rapporte Sébastien Holtzmann, producteur à Wingersheim. Traditionnellement, ce sont souvent des Roumains ou des Polonais qui sont embauchés à cette fin. Sauf que les faire venir en France s’annonçait compliqué. Finalement, suite aux appels au renfort de la main-d’œuvre locale lancés par la profession, et à l’autorisation d’embaucher des personnes au chômage partiel, la pénurie de main-d’œuvre ne s’est pas concrétisée. Certes, « il y a eu pas mal d’apprentissage à faire, et le rendement horaire s’en ressent mais, globalement, on s’en sort bien », constate Sébastien Holtzmann. Du vent dans les lianes La compaction du sol, engendrée par un hiver pluvieux et sans gel a été source de quelques difficultés, notamment pour la taille, qui s’est faite « moins facilement », rapporte Christian Lux. La sécheresse printanière n’a pas spécialement affecté les plants, sauf les plus jeunes, qu’il a fallu arroser, « alors que tous les producteurs ne sont pas forcément encore équipés », pointe Sébastien Holtzmann. Le vent du nord et la faible hygrométrie ont pour corollaire une situation sanitaire très saine pour le moment. Mais, suite au retour des précipitations, « il va falloir être vigilant et notamment surveiller la progression du mildiou », prévient Christian Lux. Et, s’il chasse les champignons, le vent a aussi tendance à empêcher les lianes de s’enrouler correctement au fil. Résultat, les houblonniers passent actuellement beaucoup de temps à remettre les lianes aux fils. Si on ajoute à cela les effets du confinement, la note en termes d’heures de travail s’annonce assez salée cette année : « Au moins les houblonnières sont belles, espérons que ça dure », souhaite Sébastien Holtzmann. Moins de bière consommée, moins de houblon utilisé D’un point de vue conjoncturel, le marché du houblon est bien évidemment marqué par l’épidémie de coronavirus, qui a entraîné dans son sillage la fermeture des bars, restaurants, ainsi que l’annulation des festivals et autres rencontres sportives estivales… autant d’occasions de consommer de la bière qui se sont évaporées : « Ces mesures ont eu un impact très négatif sur la consommation de bière, impact qui s’est répercuté sur le marché de ses matières premières, dont le houblon », indique Antoine Wuchner, responsable de l’activité houblon au Comptoir agricole. Moins de bière consommée, c’est moins de bière fabriquée, donc moins de houblon utilisé. Les brasseurs se retrouvent donc avec des stocks de houblon sur les bras. Aussi, Antoine Wuchner s’attend à des reports sur les contrats passés avec certains clients : « L’ampleur de ces reports va dépendre de la dynamique de réouverture des bars et restaurants », estime-t-il. Mais, quoi qu’il en soit, le marché sera pénalisé. Ne serait-ce que parce que les festivals estivaux, eux, sont bien morts et enterrés. Le comble serait une récolte de houblon abondante : « Comme les brasseurs ont du stock de houblon qui s’accumule, la nouvelle récolte arrivera sur un marché spot, c’est-à-dire hors contrat, caractérisé par des prix bas. » Bref, la situation n’est pas rose. Mais Antoine Wuchner pointe quelques éléments positifs. Le premier, c’est que ce phénomène est mondial, donc que tous les pays producteurs de houblon sont embarqués dans la même galère. En outre, « l’Alsace est mieux armée que lors de la dernière crise houblonnière qu’elle a eue à traverser, parce qu’elle a étoffé sa gamme de variétés, parce que la production de houblon bio se développe, et que le schéma de commercialisation a été diversifié et travaillé. » Enfin, la demande en houblon bio reste soutenue, et la production française, même si elle augmente, ne couvre pas encore les besoins. Des fûts sur les bras Lorsque le confinement a été instauré en France, le 17 mars, les brasseurs qui privilégient les cafés, hôtels, restaurants (CHR), festivals et autres festivités estivales pour écouler leur production se sont retrouvés avec leur stock de fûts prêts pour la saison sur les bras, « dans des proportions assez diverses selon la part réservée aux CHR, aux grandes et moyennes surfaces (GMS…)», précise Éric Trossat, président du syndicat des brasseurs d’Alsace. Or, dans les CHR, la majeure partie des volumes de bière est écoulée au cours des deuxième et troisième trimestres, la consommation étant notamment boostée par l’ouverture des terrasses. Cette année, elles sont restées vides jusque très récemment. « Ce volume de bière qui n’a pas été vendu est définitivement perdu », constate Éric Trossat. Tout comme celui qui aurait été absorbé par les manifestations sportives et culturelles qui n’auront pas lieu cet été. Pour le reste, « la vente de bouteilles a plutôt bien fonctionné », tempère le président du syndicat des brasseurs d’Alsace. Avec, même, un engouement pour les produits locaux, que les GMS ont accompagné. En outre, certaines microbrasseries, peu ou pas référencées en GMS, ont fait preuve d’imagination pour écouler leur marchandise, mettant en place des drives, de la livraison à domicile… Gérer l’écoulement des stocks pour limiter les pertes Reste que, durant tout le confinement, et face à leur stock, rares sont les brasseurs à avoir produit des fûts. Depuis, certains ont recommencé à brasser, d’autres attendent encore, comme à la brasserie Uberach où Éric Trossat, son dirigeant, « attend de voir » comment l’activité des CHR reprend. « De toute manière, ils vont commencer par écouler les fûts qu’ils ont en cave », constate-t-il. L’objectif, pour les brasseurs, est donc désormais de gérer l’écoulement de leur stock pour subir le moins de perte possible. Car la bière est un produit sensible, dont les qualités organoleptiques s’altèrent avec le temps. Par exemple, l’amertume des bières IPA, obtenue grâce à une teneur en houblon importante, s’estompe avec le temps. L’impact de l’épidémie de coronavirus sur la filière brassicole est donc désormais suspendu à la dynamique de la reprise de l’activité des CHR : « Tout n’est pas foutu mais il faut que ça reparte », résume Éric Trossat. Hop, tous en terrasse - dans le respect des gestes barrières.  

Publié le 15/06/2020

Samedi 13 juin, quinze volontaires ont aidé un viticulteur coopérateur de la cave des vignerons de Pfaffenheim à redresser ses vignes. Dans la nuit du 6 au 7 juin, 19 de ses piquets métalliques, porteurs du rang, ont été volés. Autant de rangées de vignes ont été retrouvées couchées. Des pieds ont été saccagés. L’émotion est vive.

Dans la soirée du 6 juin, une parcelle de dix ans, située entre Rouffach et Pfaffenheim, a été l’objet d’un acte de vandalisme. Au matin du 7 juin, un vigneron du village avertit le propriétaire de la parcelle : 19 rangées de vignes sont couchées. Tous les fils porteurs, les fils palisseurs, les fils d amarres sont sectionnés. Les 19 piquets métalliques de tête, porteurs du rang, ont disparu. Avec une végétation déjà haute de presque 2 mètres, une densité et un poids du feuillage importants, le travail de remise en état s’annonçait difficile. Ainsi, une équipe de quinze volontaires s’est organisée au sein de la cave des vignerons de Pfaffenheim. Samedi 13 juin, elle a aidé l’exploitant à redresser la vigne. Le palissage peut être terminé. Les viticulteurs coopérateurs émus dénoncent « une action de vandalisme révoltante, inadmissible et à l’image du peu de considération de certaines personnes vis-à-vis du milieu agricole et viticole ». « Dans un contexte économique, social, environnemental déjà tendu, les frais supplémentaires de travail et fournitures ne font qu’aggraver la situation, sans parler de la désolation du spectacle et l’impact moral, déplorent-ils. Les actions de soutien au milieu agricole durant la crise sanitaire, par l’acte d’achat de proximité, en circuit court, sont, une nouvelle fois, gâchées par des actes de vandalisme, par le manque de solidarité et d’humanisme d’une partie de la population. Nous appelons à tirer les leçons de ces situations complexes de crise pour recréer de nouvelles façons de vivre, de se côtoyer et de consommer. »

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