Les surfaces de tabac sont en baisse sur le périmètre de la CT2F. Une baisse significative (-20 %), mais qui s’avère plus structurelle que conjoncturelle. L’épidémie de coronavirus elle, impacte à la fois la consommation de tabac à chicha, et la mise en production du tabac en Europe.
La plantation de tabac est achevée sur le territoire de la Coopérative tabac feuilles de France (CT2F). Globalement, elle a été effectuée dans de bonnes conditions (lire en encadré) et, surtout, le plan de production tel que prévu sur la base des intentions de plantation des tabaculteurs, a été respecté. Un bon point pour la France, puisque dans les autres pays producteurs de tabac européens, la situation est différente. En Allemagne, en Pologne ou en Italie, les surfaces implantées s’avèrent inférieures aux intentions émises en hiver. En cause : l’épidémie de coronavirus, qui a menacé l’accès à la main-d’œuvre étrangère dont ces pays sont tributaires pour la production de tabac. « Pour la plantation, cette main-d’œuvre était non seulement moins disponible, mais aussi moins bien acceptée par la population locale, notamment en Allemagne, par crainte qu’elle ne représente un vecteur de diffusion du virus. Et puis un certain nombre de planteurs ont aussi eu peur de planter du tabac et de ne pas pouvoir le récolter si les restrictions de mouvement des populations devaient perdurer. Ils ont donc préféré être prudents en réduisant leur surface, voire en faisant une année blanche », indique Rémy Losser, tabaculteur à Mussig et président de la CT2F. Le bilan global de cette tendance à la réduction des surfaces en Europe n’a pas encore été dressé, mais Rémy Losser avance très prudemment quelques chiffres : « -10 % en Italie, - 20 % en Allemagne… » En Pologne, à la pénurie de main-d’œuvre s’ajoute une sécheresse marquée, aggravée par le manque d’infrastructures dédiées à l’irrigation. Si la France, confrontée aux mêmes problématiques d’accès à la main-d’œuvre, parvient à remplir les objectifs de son plan de production, c’est essentiellement parce que la culture du tabac, et notamment sa récolte, y est significativement plus mécanisée : « C’est clairement un atout, commente Rémy Losser, car cela relativise le besoin en main-d’œuvre étrangère. »
La consommation de tabac à chicha impactée par le coronavirus
Parallèlement à cette réduction de la mise en production de tabac en Europe, ce début d’année 2020 est marqué par une baisse de l’activité commerciale sur le marché du tabac à chicha. Une baisse qui est d’une part liée au ralentissement global du trafic maritime suite à l’épidémie de coronavirus : « Pendant six à huit semaines, tout a été suspendu, les ports étaient bloqués, il y a eu une pénurie de conteneurs… le commerce était donc ralenti mais il y avait du stock », décrit Rémy Losser. Et puis, contrairement à la consommation de cigarettes, qui a peu été impactée par l’épidémie, « il y a eu une baisse significative de la consommation de tabac à chicha, de - 30 à - 40 %, durant plusieurs semaines, notamment dans les pays du Moyen-Orient », indique Rémy Losser. En effet, contrairement à la consommation de cigarette, individuelle, le tabac à chicha se consomme généralement de manière conviviale, en groupe, dans des bars à chicha qui ont pour la plupart fermé leurs portes au plus fort de l’épidémie. « À ce jour, l’ambiance est plutôt rassurante et, si la tendance reste à une reprise de la consommation de tabac à chicha, l’épidémie de coronavirus devrait se traduire par une baisse de la consommation de 10 % sur l’année », estime Rémy Losser.
Baisse historique des surfaces en France
Bien que le plan de production de la CT2F soit rempli, la surface de tabac qui relève de la coopérative affiche une baisse de 20 %. « L’année 2019 a été celle de la restabilisation de la filière française, tant au niveau des capacités d’écoulement que des prix, des volumes et de la qualité des tabacs », indique Olivier Riedinger, directeur de la CT2F. Malgré cela, cette baisse de surface, « la plus importante depuis l’arrêt des soutiens européens à la production de tabac en 2014 », était attendue. Olivier Riedinger et Rémy Losser y voient plusieurs raisons. Pour le directeur, les années 2017 et 2018, compliquées, ont laissé des traces. En outre, « certains producteurs n’ont pas su transformer le virage vers la mécanisation de la production, ou ne l’ont carrément pas pris. Ils se sont alors retrouvés confrontés à des coûts de main-d’œuvre trop importants. » L’arrêt définitif de la production de Burley a aussi joué. Olivier Riedinger estime qu’en Alsace, cette mesure a poussé une quinzaine de producteurs avec leurs 50 ha de tabac vers la porte de sortie en deux ans.
Pour Rémy Losser, la baisse de la surface tabacole n’est pas tant liée à des questions de manque de rentabilité ou de perspective, qu’à la restructuration de certaines exploitations. Il illustre : « Dans des départements comme la Vienne ou les Charentes, quand une exploitation en reprend une autre, il n’est pas rare qu’elle double sa surface. Or, quand on passe de 150 ha de SAU dont 15 ha de tabac à 300 ha de grandes cultures à gérer, cela remet en question la pertinence d’un atelier de production de tabac. » Et puis il y a aussi - et c’est le cas en Alsace - des agriculteurs qui préparent leur départ à la retraite sans perspective de succession. Pour continuer à assurer la rentabilité de l’atelier de production de tabac, il leur faudrait investir mais, à quelques années de la retraite, ils préfèrent arrêter. À raison de 15-20 ha perdus par-ci par-là, les raisons de cette baisse de surface de 20 % sont rapidement élucidées.
Avec cette baisse des surfaces, le volume de tabac produit en France devrait lui aussi significativement reculer. Pour commercialiser le tabac de ses adhérents, la CT2F va contractualiser au courant du mois de juin avec ses quatre metteurs en marchés (NDLR : Alliance One, CNT, Mella et German Tobaco) : « Nous allons repartir sur les mêmes bases qu’en 2019, avec quelques ajustements de curseur entre les différents opérateurs », avance Rémy Losser.