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Publié le 03/06/2020

Face à la crise sanitaire sans précédent qui touche durement le Grand Est et particulièrement le secteur économique, l’État et la Région se mobilisent pour lancer un plan de reprise inédit : le « Business act post-Covid ». Afin de voir quelles solutions pourraient être mises en œuvre dans ce « monde d’après », des experts ont été sollicités pour faire connaître leurs avis sur la question. Le 14 mai, les thématiques liées à l’environnement et l’agriculture ont notamment été abordées.

Pendant le confinement lié à l’épidémie de Covid-19, plusieurs voix, médiatisées ou non, se sont fait entendre pour parler du « monde d’après », voire le réclamer urgemment. Un monde empreint de nouvelles valeurs humaines, sociales, économiques et écologiques, où le « bon sens » commun deviendrait une vertu immuable, en contradiction avec la mondialisation « effrénée » de ces cinquante dernières années. Illusoire ? Utopiste ? Ou crédible ? Mais alors, comment et sous quelle (s) forme (s) ? Pour y voir plus clair et mesurer ce qui est envisageable de mettre en œuvre à moyen et long terme, la Région Grand Est se mobilise aux côtés de l’État pour lancer un plan de reprise inédit. Ce « Business act post-Covid » sera soumis au vote de l’Assemblée régionale le 18 juin prochain. 482 innovations technologiques « rentables » Cet « act » (comprendre « loi » en français) se développe autour de trois grands axes : la performance et la transformation industrielle, la transition écologique et énergétique, et la transformation numérique. À cela s’ajoutent plusieurs objectifs transverses : restaurer la confiance des salariés, des producteurs, des consommateurs et des touristes ; faire découvrir les potentialités industrielles (sourcing), culturelles, touristiques, etc. de la région ; et adapter l’ingénierie financière à l’ambition, en s’assurant de la disponibilité des fonds nécessaires. « Il faut que nous ayons un coup d’avance sur ce monde qui ne cesse de changer. Pour cela, nous devons travailler en concertation avec ceux qui font l’économie, l’agriculture, le tourisme et la culture de notre région », explique le président du conseil régional, Jean Rottner. D’où l’idée de la collectivité de créer vingt groupes de travail pour autant de thématiques différentes (lire encadré), chargés chacun de proposer une feuille de route post-Covid. Pour les aider dans leurs réflexions, la Région a organisé récemment quatre masterclass en visioconférence sur « la révolution numérique et son utilisation demain », « la révolution industrielle 4.0 en post-Covid », « la macro-économie », et sur « la nouvelle donne verte ». Ce dernier est un terme un peu fourre-tout dans lequel se mêlent les questions liées à l’environnement, à l’énergie et l’agriculture. Trois thématiques qui vont probablement être plus liées les unes aux autres dans les décennies à venir, estime l’explorateur et fondateur de Solar Impulse, Bertrand Piccard. « Clairement, la protection de l’environnement sera le plus gros marché du siècle. Pour l’instant, nous utilisons encore des technologies archaïques polluantes. Pourtant, des solutions existent. Et elles sont désormais totalement rentables. En dix ans, il y a eu des progrès technologiques absolument faramineux. Ils sont aujourd’hui accessibles à tous. » Sa fondation, Solar Impulse, qui est à l’origine du premier avion solaire capable de voler nuit et jour, en recense 482 à l’heure actuelle. Il prend comme exemple un module à brancher sur un moteur thermique capable de diminuer les particules émises de 80 % et la consommation de carburant de 20 %. Son coût : 500 euros. « Sur un taxi, c’est rentabilisé en six mois », souligne-t-il.   Le soleil se lève à l’Est, c’est pour cela que nous avons toujours un coup d’avance. En lançant notre #GrandEstBusinessAct nous prenons les devants sur la relance de notre territoire Découvrez comment nous envisageons de construire le jour d’après avec @bertrandpiccard pic.twitter.com/BoxdNY3HS2 — Jean ROTTNER (@JeanROTTNER) May 12, 2020   Pour une « troisième voie » agricole Pour être démocratisées, ces innovations technologiques doivent être soutenues et encouragées par le monde politique. Selon Bertrand Piccard, élus, membres de gouvernements et responsables de collectivités doivent « agir » pour supprimer la « distorsion de concurrence » qui subsiste à ses yeux entre « ceux qui jouent le jeu de la protection environnementale » et « ceux qui ne le font pas. » Il considère ainsi que le Grand Est a tous les arguments pour devenir une région « pilote » en matières de nouvelles « solutions » environnementales. « Sur ces 482 solutions, certaines pourraient s’appliquer à une échelle nationale, d’autres à une échelle plus locale. Il faut juste le désir politique d’agir. » À condition, évidemment, de ne pas stigmatiser ceux qui ne feraient pas « correctement » ce qu’on leur demande de faire. Ainsi, en matière agricole, Bertrand Piccard estime que l’étiquetage des produits vendus en grande surface devrait évoluer significativement. « Il y a aujourd’hui un déséquilibre inacceptable qui ne permet plus aux agriculteurs de vivre. D’un autre côté, il est vrai que de nombreux consommateurs ont du mal à finir le mois et ont besoin de produits bon marché. De ce fait, à côté des produits bon marché, il faut donner aux consommateurs une autre vision de ce qu’ils achètent. Aujourd’hui, c’est naturel qu’un produit soit étiqueté bio alors que c’est l’inverse qui devrait être fait : indiquer qu’une culture est chimique sur ce qui n’est pas bio. Alors, peut-être que les gens achèteront moins, mais ils achèteront plus cher. » Le bio, solution miracle à tous les maux de l’agriculture ? Une vision allègrement partagée par les médias grand public, mais bien moins unanime et contrastée parmi les professionnels du secteur. Ce que ne manque pas de rappeler Cyril Besnard, directeur commercial des volailles Siebert : « Il faut faire très attention de ne pas stigmatiser une agriculture française qui est aujourd’hui la plus qualitative au monde. Tout le monde ne pourra pas aller vers le bio. Il faut plutôt imaginer une troisième voie intermédiaire. » Bertrand Piccard précise ses propos : « Il ne s’agit pas d’opposer la culture intensive française au bio. Ce qu’il faut éviter, c’est de voir arriver dans notre pays et plus largement en Europe des produits qui ne correspondent pas à nos principes de protection de l’environnement. Par exemple, si la France ne déforeste pas, elle doit interdire sur son territoire les produits de pays qui déforestent. » Retrouver le « bon sens » perdu Dans un premier temps, le pays devrait déjà reconnaître les énormes progrès réalisés par les agriculteurs en matière de protection de l’environnement, indique Laurent Martel, directeur général d’InVivo. « Aujourd’hui, l’environnement est au cœur de nos dispositifs qu’on soit en bio ou non. Par exemple, nous utilisions des innovations qui permettent de réduire de 10 à 40 % l’apport d’engrais sur une parcelle. Le non-labour, cela fait trente ans qu’on en fait en France. Mais soyons prudents dans les messages qui sont véhiculés. Qu’on le veuille ou non, nous devrons être capables de produire plus dans les décennies à venir pour la simple et bonne raison que la population va continuer à augmenter. Et qu’on le veuille ou non, l’agriculture, ce sont des entreprises qui doivent être rentables économiquement. Et quand on investit pour améliorer les choses, le retour sur investissement peut être long. Notre agriculture, bio ou pas, doit d’abord être une agriculture de résultat qui soit compréhensible pour le consommateur. Cela doit être écrit sur le packaging. Le message doit être le même pour tous. » Bref, consommer local et français et quand c’est possible, consommer des produits d’ailleurs quand on ne les trouve pas ici. Un mélange de circuits courts et circuits longs capables de satisfaire les besoins du plus grand nombre, tout en préservant l’environnement. « Au final, nous devons retrouver le bon sens que nous avons perdu », conclut Bertrand Piccard. La principale innovation du « monde d’après » ne se passera-t-elle pas dans nos têtes avant d’être technologique ?

Publié le 02/06/2020

La start-up Baguette Box a mis ses camionnettes et ses livreurs à disposition pour assurer la livraison d’asperges durant le confinement. Plus de trois tonnes de turions ont ainsi été livrées à domicile.

L’idée est partie de Théo et Camille, du club de basket de Furdenheim. Interpellés par la situation des producteurs d’asperges d’Alsace, privés d’une partie de leurs débouchés pendant la crise sanitaire, ils se sont rapprochés de Baguette Box, une start-up spécialisée dans la livraison de pain et viennoiseries à domicile. L’entreprise, qui compte 5 000 clients au bout de seulement un an d’existence, dispose d’une flotte d’une centaine de véhicules, de livreurs et de moyens de paiement en ligne. L’idée et les moyens étant réunis, il restait à assurer la mise en relation de Baguette Box et des producteurs d’asperges d’Alsace : c’est Groupama Alsace qui s’en est chargé, donnant naissance à l’opération « Asperges solidaires. »     En période habituelle, les clients commandent leurs baguettes et leurs viennoiseries sur le site de Baguette Box et se font livrer leur commande à domicile au petit matin, avant 6 h 30. Les produits leur sont déposés tout frais dans une boîte à pain en résine alimentaire, au prix du boulanger. Ils ont le choix de la boulangerie de leur secteur et peuvent bénéficier du service de livraison sans minimum de commande, moyennant un abonnement mensuel. Le système étant rôdé, fallait-il encore l’adapter aux asperges. S’agissant d’une opération solidaire, Maurice Heitz, le créateur de Baguette Box, a choisi de l’ouvrir à tous, abonnés ou non de Baguette Box. Il suffisait alors de se rendre sur le site, de passer sa commande - de 1 kg à 5 kg d’asperges - et de payer en ligne, la livraison intervenant le lendemain entre 8 h et 12 h devant la porte du client. Cinq producteurs d’asperges ont participé à l’opération, les fermes Halter de Wasselonne, Nonnenmacher de Wœllenheim, Lux de Pfettisheim, Jost de Bilwisheim et les Asperges du Rhin de Sessenheim. Le principe de la vente au prix du producteur a été conservé, soit 10 € la botte, avec une participation aux frais de livraison de 1,50 €.     Un sacré coup de pouce En 18 jours, plus de trois tonnes d’asperges d’Alsace ont été écoulées par Baguette Box. Avec la levée du confinement, les commandes se sont essoufflées d’elles-mêmes, les consommateurs retrouvant naturellement le chemin des fermes. L’opération aura en tout cas donné un sacré coup de pouce aux producteurs au moment où la saison s’annonçait catastrophique, souligne Jean-Charles Jost, président de l’association pour la promotion de l’asperge d’Alsace. En remerciement, les cinq producteurs concernés ont offert 300 kg d’asperges au service de réanimation du Nouvel hôpital civil de Strasbourg et 70 kg à un Ephad de la région strasbourgeoise.     Pour Maurice Heitz, qui ouvre chaque semaine de nouveaux secteurs de livraison dans le Bas-Rhin et depuis peu, dans le Haut-Rhin, cette action de solidarité constitue « une expérience » intéressante. Il a commencé à livrer, le troisième week-end de mai, des pots de pâte à tartiner Nut'Alsace à ses abonnés et songe à y ajouter des pots de miel et de confiture. Il a aussi été sollicité par des maraîchers, mais « on ne peut pas tout faire rentrer dans la boîte à pain », regrette-t-il, préférant se concentrer sur les produits autour du petit-déjeuner.  

Situation en amont et aval de la filière des vins d’Alsace

Vignes en forme et marché en berne

Publié le 01/06/2020

La situation phytosanitaire du vignoble alsacien est excellente et les inflorescences laissent augurer un bon potentiel. En aval de la filière, le marché des vins d’Alsace accuse une chute drastique, qui n’a pas impacté tous les opérateurs de la même manière.

La saison végétative a démarré par une « pousse importante, la sécheresse n’ayant pas freiné la croissance de la vigne », observe Hélène Bossan, conseillère à l’Adar du vignoble. Il a d’ores et déjà atteint le stade phénologique de la mi-floraison, pour les secteurs les plus précoces, ce qui nous achemine vraisemblablement vers un ban des vendanges en août. La parcelle de référence à Bergheim indique une mi-véraison probablement atteinte le 15 août. Ce qui place 2020 parmi les cinq années les plus précoces. « Normalement étalée sur deux semaines, la floraison semble remarquablement concentrée. » Sauf aléas climatiques, les vendanges débuteront en août. Un millésime fécond à ce stade Du côté du nombre d’inflorescences, qui donne un premier indicateur des potentiels de rendement du millésime, même si la route est encore très longue d’ici les vendanges, l’ensemble des vignerons constatent une année très généreuse. D’ici les vendanges, le millésime peut encore réserver de la coulure, de la sécheresse, de la grêle, des ravageurs. Mais en l’état, la vigne en Alsace s’annonce très féconde. « Les inflorescences sont importantes et belles, le printemps a été favorable, mais il faut attendre la fin de la floraison pour se prononcer », confirme Hélène Bossan. Côté sanitaire, « globalement la situation est bonne, la météo est clémente jusqu’à présent ». S’agissant du mildiou, les deux pluies potentiellement contaminatrices le 11 mai et samedi dernier, n’ont engendré que très peu de taches, selon les observations à ce stade. Ce qui confirme une pression très faible. Attention à l’oïdium « C’est plutôt l’oïdium qui dicte la cadence cette année, précise Hélène Bossan. La situation est disparate avec des symptômes dans le Bas-Rhin. Et une intensité d’attaque parfois très forte sur l’un ou l’autre des pieds qui peuvent présenter des symptômes sur plusieurs étages des rameaux et sur inflorescences. » À la différence du mildiou sur inflorescence qui se traduit par des crosses, l’oïdium se caractérise par une couverture grisâtre. L’inflorescence sèche ensuite… Concernant les autres ravageurs, le vol de la première génération d’eudémis est accompli, très peu de glomérules sont observés. Rien à signaler non plus pour les ravageurs secondaires. Cependant à cause des gelées, quelques parcelles ont eu à subir des dégâts : « Très localement, nous observons des gelées à 100 %, sur des parcelles à Balbronn, Traenheim et aussi dans le Haut-Rhin. » Même si le chemin est encore long, tous les voyants de potentiel de volumes sont au vert dans le vignoble alsacien en amont de la filière. Le « club des 5 000 » deux fois moins impacté par la baisse des ventes en avril En aval, le Civa vient de publier les résultats de ventes du mois d’avril. Avec 36 000 hl en chiffre rond de volumes vendus sur ce mois, la chute des ventes est de 45,9 % comparé à avril 2019. Sur douze mois mobiles, la capacité de mise en marché passe fatalement sous la barre des 900 Mhl (milliers d’hl) à 885 Mhl. Les entreprises de moins de 5 000 hl sont particulièrement touchées avec -7 à -8 % de ventes sur douze mois. Les 22 opérateurs en vins d’Alsace qui commercialisent plus de 5 000 hl ne sont pratiquement pas affectés par la baisse à ce stade avec -0,39 % de baisse seulement, sur douze mois mobiles. Et sur le seul mois d’avril, les pertes cumulées de ventes sont pratiquement deux fois plus élevées chez les entreprises de moins de 5 000 hl que celles de plus de 5 000 hl. Une raison principale explique cette situation : pendant deux mois, les grandes surfaces avaient pratiquement le monopole des ventes, tous les autres réseaux de distribution du vin ont été freinés ou carrément interdits de vente (restauration, cavistes, ventes au caveau…). De surcroît, les opérateurs de la grande distribution ont simplifié et « recentré leur offre sur le corps business », confirmait un opérateur dans nos colonnes la semaine dernière. Une note publiée le 15 avril par la Banque de France faisait ainsi état d’une hausse des ventes en supermarchés de +7,4 % et en hypermarchés de +1,7 %, au mois de mars 2020 par rapport à février 2020, tandis que les ventes du petit commerce de l’alimentaire étaient en forte baisse de -9,6 %. -76 % pour les grands crus en avril Globalement, si les ventes d’avril en métropole passent de 48 000 hl en 2019 à 21 000 hl en 2020, l’export semble avoir paradoxalement moins perdu en proportion : 18,7 Mhl en 2019 et 15 Mhl en 2020. Par catégorie, sur le seul mois d’avril, les alsaces tranquilles et les crémants accusent 55 % de baisse, comparé à avril 2019. Les grands crus sont plus impactés avec 76 % de baisse des ventes. Pour parer à cette passe délicate, l’interprofession alsacienne fonde ses espoirs sur un plan de rebond, évalué à un million d’euros, selon des chiffres communiqués dans la presse spécialisée, et sur la reprise de la dynamique des ventes telle qu’elle avait été impulsée les mois précédents la crise, envers et contre une conjoncture globale défavorable à l’économie de la filière viticole orientée sur -3 %. Le vignoble doit donc adapter des mesures, principalement une distillation de crise et les rendements pour le millésime 2020 : un débat particulièrement explosif.

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