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Siegwald à Logelbach devient Viti’Wald

Des concepteurs de « moutons à cinq pattes »

Publié le 27/06/2020

Les établissements Siegwald à Logelbach sont rebaptisés Viti’Wald. Une manière de s’adapter à la demande forte en viticulture pour concevoir et fabriquer des outils toujours plus spécifiques. Et notamment pour répondre aux attentes en matière d’entretien mécanique des sols viticoles.

Jacky Siegwald avait à l’origine développé son atelier de mécanique à Logelbach, près de Colmar, pour les exploitants forestiers. La viticulture qui demande énormément de réalisations spécifiques pour le travail des vignes a pris une importance croissante. D’où l’enseigne rebaptisée dans une tonalité plus vigneronne… Et aujourd’hui, les ateliers Viti’Wald sont particulièrement sollicités : « On nous demande souvent le mouton à cinq pattes », confirme Bruno Marchal qui a repris la gérance en 2017, après 20 ans d’ancienneté, Jacky Siegwald faisant valoir ses droits à la retraite. L’entreprise compte douze collaborateurs et, parmi eux, quatre soudeurs et trois mécaniciens, mais tous concepteurs. Bref, des spécialistes des métiers de l’acier. De l’atelier de Logelbach, il sort par exemple des outils spécifiques commandés par Ero, le constructeur allemand, comme les effeuilleuses pneumatiques, dont Jacky Siegwald avait été un développeur. Mais on y fabrique également un chenillard enjambeur qui connaît un certain succès en Champagne. On y réalise également des cadres porte-outils, tant pour vignes larges qu’étroites, des enfonce-pieux, des mâts pour palisseuse et prétailleuse. La société Viti’Wald est également concessionnaire pour les tracteurs Ferrari, le chenillard Camisa, les poudreuses et pulvérisateurs Hervé, la palisseuse DMP, Ero, et Stihl, Echo, Husqvarna pour les espaces verts. Ils proposent également de quoi protéger le travailleur avec la marque d’habillement Pfanner.     Mais le dernier outil actuellement en démonstration proposé par Nicolas Stephan, le commercial de la maison, c’est un portique enjambeur du constructeur autrichien Sattler-mb, permettant l’entretien sous le rang face par face. En matière de travail du rang face par face, plusieurs modèles existent sur le marché. Ils sont généralement traînés et mettent en œuvre une hydraulique assez poussée. Là, le concepteur autrichien Sattler nous propose un portique à installer à l’avant du tracteur. Il est semi-porté pour un terrage précis des outils. Le cadre peut admettre de part et d’autre des bineuses. L’hydraulique ne sert qu’au centrage de la machine et à son adaptation au dévers. La rigidité de l’ensemble est obtenue grâce à un astucieux système de soulagement des contraintes par effacement hydraulique d’un des montants. Le portique Sattler est actuellement en démonstration et semble séduire de nombreux viticulteurs par sa simplicité et son efficacité de précision de travail. « J’apprécie de travailler avec un outil devant le tracteur. J’arrive à travailler 3 ha/jour », indique le chauffeur Jean-Marie Cattin, vigneron à Vœgtlinshoffen.  

Conseil départemental du Bas-Rhin

Faciliter le rebond de l’économie alsacienne

Publié le 26/06/2020

Le conseil départemental du Bas-Rhin a adopté, lundi 22 juin, un plan de relance de 200 millions d’euros (M€) pour faciliter « le rebond » de l’économie alsacienne après la crise sanitaire.

Impulser « un choc de confiance » : tel est l’objectif du plan de relance adopté à l’unanimité par les élus du conseil départemental du Bas-Rhin réunis lundi 22 juin, en séance plénière. En présentant les grandes lignes à la presse quelques jours auparavant, Frédéric Bierry, son président, a insisté sur la volonté de la collectivité d’apporter son soutien aux acteurs de l’économie afin de sauvegarder l’emploi et d’agir contre la précarité. Il s’agit, en somme, de faire en sorte que la crise sanitaire ne débouche pas sur une crise économique et sociale majeure, ce que beaucoup craignent aujourd’hui. Signe de la confiance placée dans l’économie locale, la présence autour de lui ce jour-là des présidents des trois Chambres consulaires - Denis Ramspacher (Chambre d’agriculture Alsace), Jean-Luc Hoffmann (Chambre de métiers d’Alsace) et Jean-Luc Heimburger (Chambre de commerce et d'industrie Alsace Eurométropole). Les 200 M€ prévus, essentiellement financés par l’emprunt, devraient permettre de créer un effet de levier dont profitera l’ensemble du territoire, espère le président du Département. Le conseil départemental a voulu un dispositif « simple et qui ait du sens ». Les entreprises, associations et particuliers souhaitant émarger aux différentes mesures auront donc un simple formulaire en ligne à remplir. Les demandes seront examinées « territoire par territoire pour tenir compte des réalités locales », ajoute le président du conseil départemental du Bas-Rhin.     Renforcer la commande publique Pour pallier la baisse de la commande privée, le Département du Bas-Rhin va ainsi renforcer la commande publique. Il compte doubler son budget d’investissement dans les travaux publics avec 31 M€. Cette enveloppe servira par exemple à accélérer la construction du transport en site propre ouest (TSPO) dans le Kronthal. Un peu plus de 10 M€ seront consacrés au secteur du bâtiment (collèges et bâtiments départementaux), avec un accent mis sur les travaux liés au développement durable et à la transition énergétique. 5,40 M€ sont quant à eux prévus pour les installations photovoltaïques sur le patrimoine immobilier de la collectivité. 21 sites, dont 19 collèges, ont déjà fait l’objet d’une étude de faisabilité qui leur permettra de bénéficier d’une énergie renouvelable produite localement avant 2021. Une aide directe sera par ailleurs accordée aux entreprises pour les aider à faire face aux surcoûts d’équipement sanitaire qu’elles engagent pour protéger leurs salariés ou leurs clients contre la Covid-19. Les entreprises qui ont dû payer un loyer sans encaisser de recettes lors de l’épidémie, en bénéficieront également, précise Frédéric Bierry.     Une légumerie à l’étude Le conseil départemental souhaite favoriser les circuits courts partout où c’est possible : dans le domaine de la santé, de l’énergie, mais aussi dans l’alimentation. Dans cet esprit, il accordera une bonification aux bénéficiaires de bons alimentaires qui achètent des produits auprès des agriculteurs locaux à partir de la rentrée 2020. Pour lever les freins à l’utilisation de produits locaux dans la restauration collective, il étudie aussi la possibilité de créer une légumerie départementale. Cette structure serait alimentée par les agriculteurs alsaciens qui fourniraient les fruits et légumes nécessaires. L’épluchage, le lavage et le conditionnement seraient assurés par des personnes en situation de précarité. Dans le cadre de ce plan de relance, plus de 29 M€ sont prévus pour soutenir les actions de proximité. Le conseil départemental distribuera par exemple des chèques vacances aux familles modestes. Ces chèques, d’un montant total de 100 €, seront utilisables dans les restaurants, les campings ou pour toute une série d’activités de loisirs. S’ils sont consommés localement, un deuxième chèque s’ajoutera au premier. 65 000 familles en bénéficieront, prévoit le conseil départemental du Bas-Rhin. Un fonds d’urgence de 7 M€ sera débloqué au bénéfice des acteurs du tourisme et des filières locales, parmi lesquelles les exploitations agricoles. Le conseil départemental du Bas-Rhin envisage également d’engager une communication forte avec la marque Alsace. Via les contrats départementaux de développement territorial et humain, 40 M€ seront accordés aux acteurs locaux (EPCI, communes, associations, entreprises). Ils viendront compléter l’enveloppe de 60 M€ qui leur est déjà acquise, le but étant, là encore, que les projets soutenus bénéficient aux entreprises du territoire. Il s’agit bien de favoriser la souveraineté économique, de soutenir « l’économie de la vie courante, de l’essentiel ». Cette économie dont l’épidémie de Covid-19 a fait apparaître les fragilités. Une enveloppe spécifique de 5 M€ est prévue pour les associations, dont les activités ont à la fois un impact sur l’économie locale et sur la cohésion du territoire. Un dernier volet de ce plan de relance concerne les personnes : la fourniture de près de 4 millions de masques réutilisables aux Bas-Rhinois représente un budget de 7,80 M€, auxquels s’ajoute 1,60 M€ consacré à l’équipement en masques FFP1 des agents du Département, personnels des Ehpad et assistants familiaux. Le conseil départemental a également souhaité apporter une gratification aux personnels des établissements et services sociaux et médico-sociaux mobilisés durant la crise sanitaire. 9,50 M€ y seront consacrés.     « Compter sur tout le monde » Si elle a révélé les faiblesses et l’impréparation de l’économie française au risque sanitaire, cette crise a aussi mis en lumière l’importance des entreprises, qui sont « un élément essentiel du fonctionnement du pays. Il ne faudrait plus qu’on l’oublie », souligne Jean-Luc Heimburger. Dans ces circonstances exceptionnelles, « il est important qu’on puisse compter sur tout le monde », ajoute-t-il, évoquant aussi bien le Département que la Région. Un travail collaboratif interconsulaire a déjà été entrepris sur les circuits courts, avec la mise en ligne de sources d’approvisionnement locales, signale le président de la CCI Alsace Eurométropole. Les circuits courts, c’est aussi un cheval de bataille pour la Chambre d’agriculture Alsace, rappelle Denis Ramspacher. « Si on veut une production locale, il faut des outils pour mettre en relation producteurs et consommateurs, il faut arriver à produire des volumes importants pour pouvoir intégrer la restauration hors domicile. » Il faut aussi des prix suffisamment rémunérateurs et que le réflexe de la consommation locale soit durable. À l’unisson de ses collègues, Jean-Luc Hoffmann se réjouit du soutien apporté par la collectivité pour passer ce cap éprouvant. La CMA travaille sur un label « artisan d’Alsace », destiné aux entreprises qui font l’effort de s’approvisionner localement et de travailler en circuit court. Ce qui permettra au consommateur d’identifier les tenants de ce modèle « beaucoup plus local » dans lequel « nos achats sont nos emplois ».  

Publié le 25/06/2020

Vincent Zerr, de l’EARL des Boarmies à Dangolsheim, fait partie de la poignée d’irréductibles à cultiver du blé rouge d’Alsace, avec lequel son fils Jean-Baptiste confectionne du pain à la ferme. Cette variété ancienne*, rustique, est très économe en intrants. Vincent la cultive en bio.

« Le blé rouge d’Alsace est une variété ancienne de blé, ce qu’on appelle un blé de pays ou blé de population. Il était cultivé traditionnellement ici, et donc adapté aux conditions locales. Il est conservé à l’Inra de Clermont-Ferrand qui a donné, en 2010, des semences à l’association Kerna ùn Sohma**, dont je faisais partie. J’en sème depuis. Je cultive aussi du blé des Vosges et j’essaie du blé blanc de Lorraine, parce que ce sont des variétés de la région, et du blé Poulard d’Auvergne. Mais, aujourd’hui, plus de deux tiers de mes cultures de blé sont du blé rouge d’Alsace. C’est comme un éleveur avec une race : une affinité se crée pour une variété, une relation », explique Vincent Zerr, de l’EARL des Boarmies, à Dangolsheim. L’agriculteur est aussi viticulteur, collectionneur de raisins de table et de jardin, arboriculteur, connu pour ses abricots, et maraîcher. Il travaille en famille, avec son épouse Dominique, et son fils Jean-Baptiste, boulanger, qui transforme la farine de blé rouge d’Alsace, moulue à la ferme, en différents pains, vendus sur place tous les matins, sauf le dimanche. Vincent a commencé la culture du blé en 2010, dans l’idée d’installer son fils, à l’époque en CAP, sur la ferme. C’est aussi l’année où l’exploitation est sortie du village. « On a échangé des vignes contre des terres agricoles. C’était assez facile », se souvient l’agriculteur. Par goût de la diversité (il entretient 600 variétés de raisins de table du monde entier, sur 1 ha), pour maintenir vivant le patrimoine végétal cultivé alsacien et par nécessité économique, Vincent Zerr a fini par choisir le blé rouge d’Alsace. « Il faut se démarquer et placer la barre haut pour qu’une activité soit rentable. Il faut faire ce que le voisin ne fait pas, être original et se distinguer par la qualité de ses produits. Aucun intérêt de faire concurrence au boulanger du coin ! On y perdrait tous », s’exclame Vincent, qui ne demande aucune aide Pac, ni subvention. Jean-Baptiste a dû tout réapprendre, ou presque : le blé rouge d’Alsace ne donne pas les mêmes glutens que les variétés récentes. « La structure du pain est différente. Il ressemble plus à une brioche ou à du biscuit », pointe Vincent Zerr. Ce pain serait plus compact, donc, qu’un pain à la farine blanche raffinée. Il est aussi plus digeste, assure l’agriculteur. Labour et moisson à l’ancienne Vincent cultive entre 3 et 4 ha de blé rouge d’Alsace, en rotation avec de la luzerne. Les épis de blé rouge d’Alsace culminent à 1,10, 1,20 m au-dessus du sol. Au bout des longues tiges se balancent des grains deux fois plus gros que ceux d’une variété de blé récente - ce qui peut poser problème au triage. Le diamètre de la paille aussi est plus important. Sous terre, les racines du blé rouge d’Alsace descendent jusqu’à 50 cm de la surface. « La structure de la terre s’améliore nettement, après un blé rouge d’Alsace. Elle est plus aérienne, moins pâteuse. Cela permet de récupérer des sols matraqués. Autour des radicelles du blé, la terre est fine ! J’utilise moins de force de traction pour labourer », soulève Vincent Zerr. Qui dit variété ancienne, dit labour à l’ancienne ! Vincent laboure de 10 à 20 cm de profondeur, comme dans les années 1980. « Le blé rouge d’Alsace n’aime pas être trop nourri », a constaté Vincent Zerr. Après deux ans de luzerne, le cultivateur sème un mélange de blé rouge d’Alsace et de blé des Vosges, son « frère », un blé quasi-identique qui ne verse pas sur terre fertile, contrairement au rouge d’Alsace, et qui va donc lui servir de tuteur. La seconde année, voire la troisième année, Vincent sème du blé rouge d’Alsace pur. Puis, il repart sur de la luzerne. « Si on débute après un maïs, le blé rouge d’Alsace va se coucher. Ce sera comme une moquette. Mais les pointes vont se relever », témoigne Vincent, qui sait comment le récolter. Sur le site Internet du Jardin de Marmotte, qui promeut les produits de la ferme et le point de vente, une photo de l’agriculteur au volant d’une moissonneuse-batteuse Massey Ferguson type MF31, de 2 m de large, est publiée. Il est stipulé qu’elle et son conducteur sont « tous deux Modèle 1965 ». Avantages génétiques Debout ou versé, sous un blé rouge d’Alsace, « tout est à l’ombre », dixit Vincent. Le pouvoir couvrant des feuilles fait que la terre reste humide. La variété ancienne résiste ainsi bien à la sécheresse. Et la paille, derrière, peut être utilisée comme un mulch. Autre avantage de cette couverture : « elle empêche les adventices de lever », assure Vincent Zerr. Le blé rouge d’Alsace supporte bien la concurrence. « Il accepte bien la présence de rejets de luzerne. Il pourrait donc supporter une culture associée : de la vesce ou du pois », pense le quinquagénaire. Pour lui, le blé rouge d’Alsace est idéal. « Il se cultive facilement, sans engrais, sans herbicide. Il a moins de besoins en eau. Les semences ne coûtent rien puisqu’on les reprélève ; ce sont des semences de ferme », conclut Vincent. Pourtant ses voisins étaient dubitatifs et/ou moqueurs, au début. Les rendements sont bien plus faibles en blé rouge d’Alsace. Des 80 q/ha habituels, en année normale, à Dangolsheim, en blé de variété récente, on passe à 30 q/ha en blé rouge d’Alsace. « Ce sont les rendements de l’époque », rappelle Vincent. D’où la valorisation opérée par le paysan-boulanger : la transformation en farine (entre 5 et 10 kg/jour) puis en pain, vendu en direct. « Le seul débouché pour ce blé ancien, c’est la filière bio. Il se vend trié à 0,7 ou 0,8 €/kg quand le blé bio de variété récente se vend à 0,45 €/kg. Trois ou quatre boulangeries alsaciennes sont aussi intéressées par les farines anciennes et, de plus en plus de moulins ou fermes qui meulent, comme à Erstein, à Hoffen avec Rémi Jung, à Berrwiller avec la famille Krust, à Illhaeusern : à charge pour chaque producteur de trouver ses débouchés. Neuf fois sur dix, le blé rouge d’Alsace est transformé à la ferme, à ma connaissance », confie Vincent Zerr.

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