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Petits fruits

Jusqu’ici tout va bien

Publié le 05/07/2020

« On était tranquille », résume Marie-Laure Schnell, conseillère en arboriculture et en petits fruits à la Chambre d’agriculture Alsace. Jusqu’à présent, hormis les épisodes de gel de mars et d’avril, rien à signaler de préoccupant dans les cultures de myrtilles, framboises, groseilles ou mûres.

Comme en arboriculture, le début de la saison pour les petits fruits a été délicat. Le gel, fin mars et début avril, a brûlé des fleurs. Les variétés précoces de framboises et de myrtilles n’ont rien donné ou presque, les grappes de groseilles précoces n’étaient pas complètes. La suite a été de mieux en mieux : « Les volumes sont corrects, dans la norme, la qualité est top », souligne Marie-Laure Schnell. En myrtilles et en groseilles, on se situe autour de 6 à 8 t/ha en conventionnel et de 4 à 5 t/ha en bio. En framboises et en mûres, de 6 à 7 t/ha en conventionnel et de 3 à 5 t/ha en bio, pour des arbres arrivés à leur pleine capacité de production, toujours. À Seebach, Jean-Luc Rott estime, toutes variétés confondues, être à 10 t/ha en moyenne de framboises sous tunnel. « Globalement, le rendement est correct. On est dans la norme », juge-t-il. L’agriculteur, en Gaec avec son frère, cultive 170 ares de petits fruits, principalement des framboises, et autour de 25 ares de myrtilles et de 25 ares de mûres. « Alors qu’en variété précoce en framboises, 30 à 40 % des fleurs ont gelé. On s’est bien rattrapé, souligne-t-il. La saison tire en longueur, comme en cerises, d’ailleurs. Au lieu des six à sept semaines de récolte habituelles, on sera à dix semaines de récolte a priori cette année. La météo a favorisé la repousse », explique-t-il. Le temps chaud et sec a aussi été propice aux petits fruits car il est défavorable à la drosophile suzukii. Le moucheron d’origine asiatique qui a causé des pertes conséquentes en fruits en 2014, est pour l’instant absent des cultures. Les pluies de ces derniers jours doivent tout de même alerter : l’insecte aime le chaud et l’humide. Si le vent ne sèche pas vite les arbustes, il pourrait venir pondre dans les fruits mûrs et les asticots feraient bombance. « Il n’y a pas de solutions miracle contre la drosophile suzukii. Les produits sont efficaces à 60 % seulement », rappelle Marie-Laure Schnell. Puisqu’il peut y avoir de sept à huit générations de drosophiles suzukii par an et qu’elles sont si difficiles à arrêter, mieux vaut les identifier tôt ! La chambre d’agriculture d’Alsace informe ses adhérents grâce à son réseau de piégeage de la présence ou non du ravageur. Elle travaille en collaboration avec la Fredon sur cette thématique. Marie-Laure Schnell partage la recette du piège à drosophile suzukii : dans une bouteille d’eau entaillée dans sa partie basse, de trous d’1 à 2 mm maximum, il faut mélanger un tiers de vin rouge, un tiers de vinaigre de cidre et un tiers d’eau avec quelques gouttes de produit vaisselle pour remplir le fond du contenant de 3 à 4 cm. Le mélange attractif permet de capturer le petit moucheron, le liquide vaisselle d’éviter un agglomérat d’insectes qu’on ne pourrait plus distinguer.   Les #fruits de l'#été, c'est maintenant ! L'#Alsace vous en offre une grande diversité, c'est le moment de s'en régaler ! #CeuxQuiFontLesFruits@EAVPHR #lAgricultureElleAssure pic.twitter.com/3QjGrJpiHW — Germain Schmitt (@germain_schmitt) July 3, 2020 Des prix comparables aux années passées Jusqu’ici tout va bien ! Si la météo a avantagé les pucerons verts, rien d’inhabituel, ni de surprenant n’est à constater. La filière n’a pas été submergée. La floraison et la pollinisation des fleurs se sont bien passées. La moniliose n’a touché que quelques variétés de petits fruits, surprises par les pluies des deux derniers mois… quand le cultivateur n’avait pas protégé les plantes. La récolte - qui s’est achevée en mai pour les petits fruits sous serre et qui est en cours pour tous ceux en pleine terre - se déroule aisément. « Les fruits sont relativement sains, précise Marie-Laure Schnell. C’est une année assez facile, pour l’instant. » Elle espère que les oiseaux ne feront pas de dégâts : les producteurs de petits fruits ont été assez épargnés, pour le moment. Les prix de vente en direct se situent généralement entre 8 et 10 €/kg en myrtille et entre 8 et 14 €/kg en framboises, selon la concurrence. Pour la libre cueillette, ils tournent autour de 4 ou 5 €/kg en myrtille et de 5 à 7 €/kg en framboises. Les groseilles se vendent en direct entre 6 et 8 €/kg. En gros, les prix varient selon le conditionnement. L’idéal serait de vendre ses myrtilles entre 6 et 8 €/kg et ses framboises entre 7 et 10 €/kg. Le prix moyen à Rungis au 25 juin d’une barquette de 125 g était de 16 € HT/kg ; à Strasbourg, il s’élevait à 16,53 € HT/kg. Jean-Luc Rott vend ses framboises et ses myrtilles au même prix en direct à la ferme : entre 10 et 12 €/kg. La coopérative allemande Oberkirch lui achète en gros au même tarif que les années précédentes, voire à un tarif un peu plus élevé, sauf quand il y a surproduction. Les clients de la coopérative sont livrés au marché-gare de Strasbourg. La grande inconnue reste le comportement des consommateurs : seront-ils toujours aussi friands de produits locaux maintenant que la vague de solidarité (et de peur) liée au Covid-19 est passée ?  

Publié le 04/07/2020

Le 25 juin, la Région Grand Est a présenté son dispositif de soutien financier pour la viticulture alsacienne, fortement fragilisée par l’épidémie de Covid-19. Jusqu’à 7,7 millions d'euros d’aides directes, dont une partie investie par le Civa, pourraient être débloqués pour soutenir les actions qui seront décidées et mises en œuvre par la profession.

Après la crise, le rebond. Durement impactée par la crise du Covid-19, la viticulture alsacienne se cherche un second souffle. Alors que le début d’année 2020 laissait augurer une reprise encourageante des ventes, cette dynamique fragile s’est écroulée comme un château de cartes. L’heure est maintenant à la reconstruction pour une filière indispensable au dynamisme économique et à l’attractivité de l’Alsace. Consciente de ces enjeux, la Région Grand Est se mobilise pour apporter un soutien financier « direct » à la viticulture alsacienne. Le 23 juin, son président, Jean Rottner, sa vice-présidente, Pascale Gaillot, ainsi que deux conseillers alsaciens de la collectivité, Patrick Bastian et Laurent Wendlinger, ont répondu à l’invitation de la profession au domaine Jacques Bauer et Fils, à Herrlisheim-près-Colmar. Négociants, coopérateurs, producteurs, indépendants, interprofession, la « famille » viticole alsacienne au grand complet était présente par l’intermédiaire de ses présidents respectifs. « Nous souhaitions dire à l’ensemble de la profession que la Région est là, à leurs côtés, avec des aides financières directes », explique Jean Rottner.     Préparer la « mutation viticole » des prochaines décennies Ce plan de soutien d’une ampleur « inédite » pourrait atteindre les 7,7 millions d’euros (M€), en intégrant l’engagement financier du Civa dans ce plan de rebond « massif ». Dans un premier temps, la Région s’engage à verser 1 M€ pour soutenir les actions commerciales (aides à l’export, promotion, salons professionnels, etc.). Un montant qui viendra s’additionner au 1,50 M€ injecté par le Civa dans le cadre de son plan Rebond post-Covid. Viendra ensuite une aide potentielle d’1 M€ pour accompagner les entreprises viticoles sur la formation initiale et continue, sur l’export par exemple, ou sur l’installation. « Nous portons un regard bienveillant, mais aussi exigeant, sur les exploitations viticoles. Pour nous, il est essentiel d’être bien formé si on veut faire ce métier d’une part, mais aussi si on veut se développer commercialement. On ne peut pas développer ses marchés exports n’importe comment, il faut un minimum de pré-requis », estime Jean Rottner. Viennent ensuite 4 M€ d’aides supplémentaires, dont 2 M€ provenant de fonds européens, qui seront destinés à l’accompagnement de l’œnotourisme (200 000 €) et au soutien des investissements qui devront « accélérer la transition environnementale et numérique » de la viticulture. « Nous devons préparer la mutation de la profession viticole sur les prochaines décennies. Nous devons voir les choses sur le long terme », justifie le président de la Région Grand Est.     « Le vignoble alsacien est à un tournant » Ce soutien financier est évidemment salué par la profession viticole alsacienne. Pour le président de l’Association des viticulteurs d’Alsace (Ava), Jérôme Bauer, les propositions faites par la Région répondent à un « réel besoin ». « La réponse est à la hauteur de nos attentes. » Pour le président du Civa, Didier Pettermann, ces aides « très ciblées » vont obliger la profession à « se retrousser les manches ». « Nous n’avons de toute façon pas le choix. Nous avons devant nous un vrai projet d’envergure, celui de se relever de cette crise, de gagner, et de reconquérir les marchés que nous avons perdus. C’est un pari sur l’avenir. À nous de nous retrousser les manches. » Jean Rottner complète : « Politiquement, le vignoble alsacien est à un tournant. Cette crise peut favoriser une accélération positive de ce mouvement. Peut-être que la profession a attendu un peu trop longtemps pour être capable de se dire les choses. Désormais, les gens se parlent et c’est très bien. Avec des solutions, ça sera encore mieux. Et ça, c’est la responsabilité des professionnels, cela ne m’appartient pas. »  

Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace

Communiquer pour répondre à la crise

Publié le 03/07/2020

La crise sanitaire a amplifié la crise économique dans le vignoble. Les ventes de vins d’Alsace se sont effondrées. Le Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace (Civa) présente « son plan de rebond » alors qu’un débat sur les rendements du millésime à venir divise les producteurs.

L’assemblée générale du Civa, qui s’est tenue vendredi 26 juin au caveau du domaine Rolly-Gassmann à Rorschwihr, s’est déroulée dans une ambiance tendue, et au lendemain d’une manifestation où se sont retrouvées plusieurs centaines de professionnels devant la maison des vins d’Alsace à Colmar. Une action commentée « en off » de longues minutes avant l’entame de la partie statutaire. Quand le micro s’est ouvert, le président du Civa, Didier Pettermann, n’a pas éludé le sujet. « La crise Covid-19 a laissé place à une crise économique majeure avec un impact considérable pour notre vignoble et nos entreprises. Certaines d’entre elles ont une activité proche de zéro depuis début mars. Notamment, celles qui vivent du tourisme et de la restauration. Des décisions importantes s’imposent. C’est d’autant plus frustrant qu’au début de cette année 2020, la croissance revenait. Elle avait été impulsée par la dynamique politique lancée par le Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace », explique en préambule Didier Pettermann. Une politique de relance et de communication qui avait suscité l’intérêt des consommateurs. « Après une tendance à la baisse amorcée il y a dix ans et une diminution majeure depuis quatre ans, les ventes de nos vins d’Alsace avaient recommencé à redresser la pente en 2019 (932 005 hl contre 909 067 hl en 2018, soit une hausse de 2,5 %). Mais, cette crise sanitaire a coupé net notre action. On finira 2020 loin de nos ambitions même si toute l’équipe du Civa lutte contre l’impact du Covid-19. Pendant tout le confinement, et aujourd’hui encore, nous travaillons pour valoriser les spécificités de la viticulture alsacienne. Nous nous intéressons à différents sujets conjoncturels et structurels », ajoute Didier Pettermann. Néanmoins, la réalité économique est là. Il y a désormais 32 à 34 mois de vins dans les caves. La crise sanitaire et le confinement ont accéléré la baisse brutale des ventes : -22 % de commercialisation en mars, -47 % en avril et -33 % en mai. « Sur ces cinq premiers mois de l’année 2020, cette baisse est de 21 %. Si l’AOC Alsace (-21,1 %) et le crémant (-20,9 %) sont touchés de la même façon, les grands crus ont plongé de 36 %. Cette baisse globale est plus significative en France (-24,6 %) qu'à l’export (-12,4 %) », explique le directeur du Civa, Gilles Neusch.       « Une réaction collective s’impose » Il y a cependant d’énormes disparités. 178 entreprises situées entre 400 et 5 000 hl de ventes par an sont davantage impactées (-11,2 %) que les 544 entreprises qui vendent moins de 400 hl (-9,7 %). Quant à celles qui vendent plus de 5 000 hl, soit 22 opérateurs, elles observent une baisse de -3,7 %. Certaines étaient encore en croissance à l’issue de cette période : soit respectivement 40 entreprises, 154 et 4. « Ces chiffres et cette réalité ne peuvent pas nous laisser indifférents. Individuellement, chacun voit midi à sa porte. Mais aucune entreprise ne peut rester les bras croisés. Une réaction collective s’impose. Il y a un problème. Nous devons travailler tous ensemble pour rétablir la situation économique de toutes nos entreprises », estime Didier Pettermann. Il a ensuite rendu un hommage appuyé au président de l’Association des viticulteurs d’Alsace (Ava), Jérôme Bauer. « Il doit composer avec 3 800 visions personnelles. Dans ces conditions difficiles, il assume ses fonctions », lance le président du Civa dans un silence assourdissant. Cette réaction collective, le Civa compte l’initier à travers un « un plan de rebond » qui n’est pas un plan de relance aux dires de Philippe Bouvet, directeur marketing, pour qui le vignoble alsacien est le premier de l’hexagone à réagir aussi massivement. Il est axé sur plusieurs principes fondamentaux. « Le premier est de ne pas chercher à dévier de notre stratégie sur l’aval mais l’adapter, voire la renforcer, en poussant davantage certains leviers. Le second est de chercher à déployer des actions optimales, adaptées, d’ampleur et efficaces, plutôt que de simples petites initiatives qui cherchent à rassurer. Le troisième est d’être en veille permanente sur ce qui se fait ailleurs en France comme à l’international, dans les vins comme dans les bières, les cosmétiques ou la restauration. Il faut un vrai plan global. Enfin, le quatrième axe consiste à faire de notre union un avantage compétitif. « Nous devons entretenir les liens entre et avec les entreprises, maintenir la dynamique collective », insiste Philippe Bouvet. Parmi ces pistes d’actions, il faut retenir le soutien à la restauration, la stimulation des ventes dans les caveaux, un plan à l’export pour accompagner les clients, communiquer encore davantage et mieux sur les vins d’Alsace. Il nous faut un véritable désir de vin d’Alsace », conclut Philippe Bouvet. Le Civa soutient ainsi l’opération « J’aime mon bistrot » et compte engager dès ce mois de juillet une action promotionnelle où tout consommateur de vins d’Alsace sera incité à prendre la photo d’un verre ou d’une bouteille et à la poster avec le hashtag #alsacerocks, à travers un jeu concours doté de prix incitatifs qui doit compléter la campagne de communication actuelle montrant les portraits de vignerons qui s’affichent sur les bus, stations de métros et gares parisiennes.    

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