A la une

Société Comin - Roll’n’Sem

L’Orbis arrive sur le marché

Publié le 17/07/2020

L’Orbis, première alternative au rolofaca, arrive sur le marché. Démonstration en Champagne…

Les rolofacas se développent en viticulture avec un certain succès. L’idée qui prévaut consiste à rouler l’herbe plutôt que de la faucher. Car la fauche stimule la pousse. Et dans un contexte de couvert avec cultures, l’effet du couvert stimulé par la fauche engendre un effet inverse de celui escompté : le couvert devient concurrentiel de la culture. Le rolofaca présente donc l’intérêt de freiner le couvert, mais le paillis qui en résulte suite aux pincements puis dessiccation des tiges forme un « chapeau en paille » protecteur des sols en été. Jusqu’à 20 degrés de différence de température sont observés entre un sol nu exposé au soleil et un sol sous paillis. Par sa simplicité de conception, le rolofaca est en outre un outil que l’on combine avec tous les travaux de printemps en vert. Depuis vingt ans qu’elle est utilisée, la technique de roulage s’affine. L’idée qui ressort est qu’il s’agit de rouler les couverts une fois leur floraison accomplie et les tiges lignifiées. Ceci afin de former un support d’autofertilité puisque la lignine devient le siège du développement des micro-organismes fixateurs libres d’azote. Toutefois, dans certaines situations, le rolofaca ne s’avère pas suffisamment efficace en raison de graminées coriaces ou de biomasse trop importante. Denis Vicentini, agriculteur tarnais, et fondateur de la société Roll’n’Sem qui construit du matériel agricole, montre que le rolofaca utilisé en interrang de maïs sélectionne les graminées, et laisse le ray-grass en place. L’année suivante, la parcelle de maïs est envahie de ray-grass. Il a donc développé de nouvelles techniques de roulage où le principe du pincement est préservé mais où le roulage est plus agressif : le Roll’s et l’Orbis. Dans le Roll’s, le principe du « faca », c’est-à-dire des couteaux est conservé mais les rouleaux sont indépendants comme pour un konskilde, de manière à mieux épouser la surface d’un sol imparfaitement plan. Un matériel adapté aux irrégularités de surface Cependant, quand la biomasse devient plus conséquente, plus coriace au roulage et quand elle est susceptible de rester active malgré le roulage, Roll’n’sem propose l’Orbis. Le principe serait celui d’un cover crop avec deux rangées successives de disques d’inclinaison opposée, tel qu’on retrouve cette disposition dans un cover crop classique. Mais les disques ne sont pas tranchants. Le tranchant est remplacé par un faux plat légèrement crénelé. Les disques sont montés sur coutres indépendants pour bien épouser les irrégularités de surface et de planéité. Par conséquent, l’écrasement de l’herbe s’effectue sur toute la longueur de la tige et correspond à un léger défibrage plutôt qu’ à un pincement. L’Orbis était en démonstration en Champagne chez Jules et Michel Beauchamp, viticulteurs à Janvry. Et c’est Jérôme Courgey de l’association Arbre et paysage en Champagne qui a présenté l’outil monté sur enjambeur… puisqu’on est en Champagne à 10 000 pieds/ha de densité. L’outil a donc fait étalage de ses possibilités pour devenir une alternative au rolofaca.      

Publié le 16/07/2020

Pari réussi pour les équipes d’Aymé Dumas chez Armbruster Vignes. Ils réussissent le tour de force de fédérer 450 viticulteurs de quatre communes viticoles pour la confusion sexuelle. Étant donné le parcellaire très morcelé, l’exploit d’avoir couvert 1 200 ha avec 600 000 capsules est d’autant plus méritant.

Parmi les solutions de biocontrôle, la confusion sexuelle qui remplace les insecticides est réputée efficace si elle couvre des surfaces minimales de 5 ha et s’il n’y a pas de mitage, c’est-à-dire pas de parcelles non confusées parmi la zone confusée. Il faut donc fédérer les vignerons de sorte que tous sans exception adhèrent et acceptent de débourser un peu plus de 150 €/ha pour remplacer les insecticides. On était habitué à voir dans le vignoble des îlots de parcelles de quelques dizaines à quelques centaines d’hectares confusés. Mais là, Aymé Dumas et ses équipes chez Armbruster ont réussi l’exploit d’emporter l’adhésion des communes de Beblenheim, Ribeauvillé, Zellenberg, Riquewihr, soit 1 200 ha de vignes. Ce qui a supposé au préalable « de faire de la pédagogie pour convaincre », puis l’organisation de la pose pendant le Covid-19. Et plus en amont, « un travail phénoménal, puisqu’il a fallu informatiser le parcellaire, identifier les parcelles arrachées, en plantation, les changements d’exploitation, cartographier, tenir compte des lisières, des bosquets, etc. », explique Aymé Dumas. À raison de 500 capsules/ha, cela fait 600 000 capsules posées. Les acteurs ont mis en place un système de drive, organisé la pose, envoyé les cartographies aux équipes de pose… le tout pendant le Covid-19.     « La confusion sexuelle c’est un projet de territoire, global, collectif, c’est donc difficile à mettre en œuvre. Mais avec la nouvelle génération, c’est possible », indique Daniel Klack, vigneron et maire de Riquewihr. « Nous avons envie d’aller de l’avant. Nous sommes les premiers concernés par les produits phytosanitaires. Les premiers qui ont envie de changer, c’est nous ! Ce qu’on déteste le plus c’est de traiter », rappelle le vigneron à qui veut bien l’entendre… Un préalable pour diversifier le paysage viticole Cet exploit est d’autant plus « louable », qu’il y a un effort financier à fournir et que la viticulture alsacienne vit des temps difficiles. « Mais ça ouvre le champ des possibles car s’il n’y a pas d’insecticide on peut envisager des jachères apicoles et mellifères, on peut reboiser… c’est un prérequis pour l’agroécologie », explique Daniel Klack qui appelle à poursuivre et étendre la zone confusée aux communes voisines. Johanna Villenave-Chasset, entomologiste du laboratoire Flor’Insectes, spécialiste des auxiliaires et qui travaille sur les agroécosystèmes, confirme que l’intérêt de la confusion sexuelle ne se limite pas à la seule lutte contre les tordeuses de la grappe. L’absence d’insecticide permet d’envisager une diversification du paysage propice aux abeilles. Elle explique : « Le paysage influence beaucoup la diversité des insectes. Insectes auxiliaires, larves de chrysopes, prédatrices généralistes des psylles, des pucerons, ou de la tordeuse, ont besoin de pollen. De même, les insectes parasitoïdes de chenilles se nourrissent de nectar. Il leur faut donc des fleurs et du paysage. »     La confusion sexuelle est l’une des solutions de biocontrôle qui actuellement donne le plus de gages de réussite. « Le biocontrôle représente 8 % du marché de la protection des cultures chez nous, indique Pascal Lacroix, responsable pôle agroécologie chez BASF. Ça demande du temps, de l’appropriation et un suivi beaucoup plus fin pour développer des solutions. Nous pensons que les biocontroles sont des produits complémentaires au conventionnel. Avec nos efforts en R&D, ils devraient représenter 15 % en 2025. »

Publié le 15/07/2020

Dans un premier dossier paru dans notre édition du 5 mai 2020, le député de Meurthe-et-Moselle Dominique Potier, qui milite pour une plus grande régulation du foncier agricole en France, pointe des risques de dérive d’accaparement du foncier agricole à cause de failles réglementaires dans les outils législatifs. Nous revenons aujourd’hui sur le second volet de son intervention à la Chambre d'agriculture Alsace, où il développe des propositions de réforme.

« Il faut recréer du droit plutôt que de laisser faire. Ce n’est pas l’intérêt qui va nous guider mais la question morale », déclare Dominique Potier, rapporteur à l’Assemblée nationale sur la question foncière. Nos choix ont des conséquences mondiales La question foncière est éminemment internationale et touche à des sujets transversaux tels que le climat, la biodiversité… « Je prétends que nos choix sur le foncier ici en France ont des conséquences, par exemple, sur la culture du mil en Afrique subsaharienne. Or une baisse de 10 % de production de mil, ce sont 50 millions de migrants potentiels. De même, les choix politiques faits en Australie ont des conséquences ici en France, par exemple sur nos dates de récolte du raisin ou de la mirabelle. Le Giec nous dit que le sol et l’agriculture représentent 15 à 25 % de la solution au dérèglement climatique. Une bonne agriculture, c’est une agriculture qui stocke du carbone. » Le partage des terres : une question de survie Benoît Grimomprez, docteur en droit, développe l’idée qu’il n’y a pas de bonne santé chez l’homme s’il n’y a pas de santé chez l’animal, et que la santé des animaux est dépendante de celle des plantes. Et au bout, que la santé des plantes dépend de celle des sols. « Ceux qui combattent les épidémies, savent qu’il faut travailler sur l’ensemble des écosystèmes », expose-t-il. « C’est un message humaniste, observe Dominique Potier. C’est-à-dire qu’il faut remettre l’humain au centre et nous souvenir cependant que la santé de l’homme dépend de celle du sol. » Or, poursuit Dominique Potier, nos choix socioéconomiques de partage des terres ont des conséquences directes sur la qualité des sols, sur la biodiversité, leur teneur en matière organique, sur leur capacité de résilience, leur capacité à jouer un rôle sur la production alimentaire. « Plus on partage les terres, plus il y a d’hommes pour cultiver la terre et plus elle est saine, soutient-il. Les hommes sont le premier facteur de prospérité écologique des sols. Les modèles à taille humaine sont objectivement au service de la planète, aujourd’hui, si on considère la question climatique et la santé. On peut penser que celui qui agrandit sa ferme va être plus riche. Mais ramené à l’échelle d’un territoire, dans un monde fini, avec des ressources limitées, l’extension - par les modes de changement de pratiques agronomiques qui en découlent - provoque un appauvrissement écologique des sols et un appauvrissement social qui ont des conséquences sur l’ensemble de la capacité de la génération suivante à survivre. » Il y a, selon Dominique Potier, un devoir de partage pour laisser les jeunes entreprendre. « C’est une question non seulement de morale, mais aussi de survie. Partout où il y a partage des terres - la première ressource économique - il y a des sociétés démocratiques et prospères. Et partout où il y a accaparement de terres, il y a des sociétés fracturées, duales et avec de la pauvreté. » Redéfinir le métier de paysan, rétablir l’égalité de droit « La pierre angulaire de toute politique foncière, c’est la définition de l’actif agricole. » Juridiquement, « le paysan est celui qui vit, décide, travaille et possède une partie de son exploitation ». Toute autre définition ouvre la voie à une dérégulation complète du métier. Ce sujet est difficile à cerner reconnaît Dominique Potier, mais philosophiquement, c’est la ligne qu’il faut retenir. Un tiers des exploitants partira en retraite d’ici cinq ans ; l’idée, c’est d’être au rendez-vous de cette relève générationnelle, de redéfinir ce qu’est le paysan et instaurer une régulation. Deuxième proposition : il s’agit de rétablir l’égalité de droit, pour le contrôle des cessions de parts sociales. Tandis que le capitalisme coopératif est sanctionné à travers les droits de mutation, le capitalisme des parts sociales lui, échappe à ces mêmes droits de mutation. « Je privilégierais la voie constitutionnelle pour une remise à niveau radicale. » Selon le député, la Safer et la profession agricole, pour leur part, opteraient plutôt pour un contrôle des prises de participations sociétaires par des personnes au sein des sociétés détenant du foncier. Ce qui éviterait une réforme constitutionnelle. La question des instruments de régulation Benoit Grimonprez, l’école de Poitiers (dont l’université est spécialisée en droit rural) et d’autres estiment qu’il faut créer une autorité foncière, non pas à la manière du fonctionnement d’une agence, mais d’une autorité indépendante ; soit l’équivalent juridique de l’autorité de la concurrence, ou d’une autorité sanitaire. C’est-à-dire qu’il s’agirait de doter cette autorité des moyens pour résister aux pressions qui visent in fine à s’approprier le foncier. « L’idée-force, c’est de moderniser les instruments de régulation foncière et de renforcer la puissance publique. L’autorité de régulation doit donc être autonome et dotée de moyens financiers. » La question de sa gouvernance par l’État, avec ou sans la profession, fait débat et Dominique Potier ne se prononce pas dessus. La quatrième proposition porte sur la création d’un livret vert qui financerait la transition agroécologique et la relève générationnelle. « L’idée, c’est de donner la possibilité à chaque actif qui s’installe d’être en capacité d’acheter le foncier à un prix maîtrisé, soit a minima 50 % de son exploitation, ceci pour favoriser un capitalisme familial », qui est, selon le député, « la meilleure résistance au capitalisme spéculatif ». En dix ans, la ferme moyenne française est passée de 52 à 62 ha, et il n’y a pas 50 % des surfaces actuelles en faire valoir direct. Il s’agirait donc de redonner à chaque actif la capacité à redevenir propriétaire. Des outils pour résister aux spéculations Globalement, les propositions visent à favoriser les solutions foncières qui résistent aux spéculations : par exemple, l’association citoyenne Terre de lien, qui permet à des collectifs citoyens de favoriser l’accession au foncier pour des paysans. Dominique Potier cite également des fonds d’investissement transitoires qui aident au portage pour des jeunes agriculteurs. Le statut du fermage en danger Autre proposition : redonner ses lettres de noblesse au statut du fermage. Il crée un rapport d’égalité entre le preneur et le bailleur. « Le statut du fermage a donc une vertu écologique, observe Dominique Potier, car il projette la gestion des terres sur le long terme. Or cet instrument de régulation qu’est le statut du fermage est aujourd’hui en danger. Une mission parlementaire vise à le remettre en cause. Elle agit sous la pression de lobbies très actifs car énormément de gens rêvent de se faire de l’argent sur le dos du foncier. Des mouvements spéculatifs très puissants sont prêts à déstabiliser la loi. » NDLR : le 22 janvier 2020, une commission des lois de l’Assemblée nationale a créé une mission d’information sur le régime juridique des baux ruraux, conduite par Jean Terlier, député LREM du Tarn, et Antoine Savignat (LR, Val d’Oise) désignés co-rapporteurs. Le statut du fermage limite la disponibilité de l’actif foncier. Ils préconisent plutôt d’ouvrir cette disponibilité. À l’échelle des intercommunalités Autre proposition : protéger la terre. « 55 000 hectares de terres arables sont artificialisés chaque année. » Chaque communauté de communes connaît ses surfaces commerciales à l’hectare près, elle ne connaît pas ses hectares agricoles. « Il faudrait que dans les bilans des intercommunalités apparaissent les surfaces de terres agricoles comme un capital naturel de long terme. » Ceci afin que chacun puisse se représenter son bien commun agricole, et puisse aller vers une neutralité en termes de dégradation des terres artificialisées. Pour le député, il s’agit donc de reconsidérer les terres agricoles « comme un capital agricole naturel de long terme, un patrimoine de la nation », au même titre que l’eau, les littoraux ou d’autres biens naturels… L’idée à l’échelle d’une intercommunalité serait de créer, sur le principe des PLU, « des zones agricoles protégées en droit de façon définitive ». Cette mesure ne demande que du courage politique tout comme celle qui consisterait à taxer la spéculation fondée sur les changements d’affectation de valeur des terres lorsqu’elles deviennent constructibles : « Il y aurait moins d’intérêts à ce qu’elles soient urbanisées, ou urbanisables. En fait, on a les instruments, il suffit de les activer. » Mais l’idée la plus « novatrice », selon Dominique Potier, consisterait à mettre « le territoire au centre des décisions s’agissant des orientations agricoles et de la destination des terres agricoles. Cela suppose que les élus locaux deviennent codécideurs des orientations de l’agriculture à l’échelle d’un territoire de Scot (Schéma de cohérence territoriale) », poursuit-il. Une solution face à la problématique « de mondes qui ne se comprennent plus aujourd’hui. » Ce qui aurait pour vertu de responsabiliser les élus locaux quand ils décident d’artificialiser des terres.  

Pages

Les vidéos