A la une

Publié le 28/10/2020

La quatrième journée des fruits et légumes bio d’Alsace s’est déroulée le 7 octobre à Helfrantzkirch (Sundgau). Producteurs, distributeurs, grossistes ont souligné la « belle dynamique » des produits bio et locaux. Reste à résoudre le problème du manque de main-d’œuvre, principal « frein » au développement des filières légumières et fruitières dans nos deux départements.

Les fruits et légumes bios gagnent du terrain en Alsace. En 2019, la surface totale consacrée à ces productions a augmenté d’un peu plus de 10 %, passant de 1 000 ha en 2018 à 1 119 ha. Une dynamique encourageante qui s’est poursuivie en 2020, malgré l’épidémie de Covid-19. Au contraire même. Pendant le confinement, les demandes pour les fruits et légumes bios estampillés « Alsace » ont « explosé ». Résultat : les chambres froides pleines suite à la « belle récolte » de 2019 ont « fondu comme neige soleil ». « Au cours de cette période, beaucoup de consommateurs se sont tournés vers la vente directe avec une augmentation de clients de près de 200 % », se remémore Dany Schmidt, représentant l’association Bio en Grand Est et l’Opaba, l’organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace. Malheureusement, ce fort engouement pour les produits locaux en vente directe, qu’ils soient bios ou non d’ailleurs, a décliné au fil des mois, depuis le début du déconfinement. « Si on a encore 10 % de nouveaux clients aujourd’hui, c’est vraiment beaucoup », déplore-t-il. La main-d’œuvre manque à l’appel Malgré cette petite « douche froide », l’engouement pour les fruits et légumes bios est toujours aussi fort en Alsace, bien aidé il est vrai, par l’important travail réalisé par l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace (Ifla). Grâce à des échanges constants avec les distributeurs et les grossistes, et des campagnes de communication d’envergure, les fruits et légumes alsaciens, bio ou non, grappillent chaque année des parts de marché de plus en plus importantes. « À tel point que l’Alsace est le seul endroit de France où les surfaces de légumes et de fruits cultivés augmentent », se félicite le président de l’interprofession, Pierre Lammert. Seul bémol, et pas des moindres, le manque de main-d’œuvre de plus en plus criant. « Aujourd’hui, tout le monde veut des produits de proximité, issus du terroir local. Un développement de ces filières est possible, à condition de trouver des gens pour y travailler. C’est vrai, ce sont souvent des emplois pénibles, où il faut se baisser, être dehors. Si on veut des produits locaux, il faut accepter de se mettre au travail. Et la main-d’œuvre étrangère ne suffit plus à répondre aux besoins », explique Pierre Lammert. Dany Schmidt relève les mêmes difficultés, avec une pointe d’agacement en plus : « Pendant le confinement, il y a eu 300 000 candidatures pour aller donner un coup de main dans les fermes. Au final, il n’y a eu que 13 000 contrats signés. Chaque jour, il y avait cinquante candidats potentiels. Au bout d’une demi-heure, il n’y avait plus personne. Cela a été une grosse débandade. » Des accords « gagnant-gagnant » avec les distributeurs et grossistes Si la main-d’œuvre a tendance à manquer, les ventes de fruits et légumes bios alsaciens continuent d’augmenter. Grâce au logo vert créé par l’Ifla, ces produits sont immédiatement reconnaissables en magasin, comme leurs cousins « conventionnels » et leur logo rouge. « Les distributeurs sont là, se félicite Dany Schmidt. Tout comme les grossistes qui jouent un rôle essentiel dans la commercialisation de nos produits. À titre personnel, 95 % de ma production est écoulée par eux. Sans ce maillon, je n’existerais pas. C’est pour cela qu’on a besoin de tous les leviers - vente directe, grande distribution, grossistes - pour vendre nos fruits et nos légumes. On a besoin de tout le monde, mais toujours dans un cadre gagnant-gagnant. » C’est grâce à ce modèle que l’exploitation de Joëlle et Régis Rueher, producteurs de fruits bio au Verger de Mathilde, à Helfrantzkirch, réussissent à vendre la quasi-totalité de leur production chaque année. Ils ont signé un contrat triennal avec Biocoop avec un prix plancher garanti à l’avance et un volume défini. Les produits sont ensuite écoulés principalement dans le Grand Est. Il leur arrive aussi de vendre leurs fraises dans le sud de la France, quand la saison bat son plein en Alsace et qu’elle ralentit dans l’arrière-pays provençal. « Et dans leurs cageots verts identifiés bio d’Alsace », glisse avec fierté Régis Rueher. Le reste de la production est vendu localement, directement à la ferme ou via des partenariats avec d’autres producteurs du coin. Une « bonne année » malgré les gels printaniers Mais, quand on s’engage sur des volumes définis en grande quantité, il faut pouvoir assurer en amont. Joëlle et Régis Rueher n’ont ainsi pas lésiné sur les investissements pour sécuriser au maximum leurs récoltes composées de fraises, de framboises, de pommes, de poires et de cerises. Le tout sur une surface de 14 ha dans un secteur où la ressource en eau reste faible dans le sol (environ 5 m3/heure). Un immense filet protège les cerisiers, pommier et poiriers, et les framboises et fraises sont bien à l’abri dans de longs tunnels de 300 mètres. Des « assurances qualité » qui ont un coût : 75 000 à l’hectare pour les filets. Une « belle somme » reconnaît l’agriculteur, mais un investissement indispensable pour être capable de produire dans de bonnes conditions. « Avec ce filet, je protège mes cerises des drosophiles, des oiseaux et de la grêle. On peut même récolter quand il pleut. » Pour les fraises et framboises, il faut avant tout se protéger de la pluie et du gel avec ces tunnels. « Il n’y a aucune intervention phyto sur les fraises, on laisse faire les choses naturellement. Si on est protégé de la pluie, c’est tout bon. Le principe est simple : protéger la récolte au moment de la floraison, c’est là où le risque sanitaire est le plus important. En se protégeant de la pluie, on empêche le développement des champignons et on assure un bon rendement de récolte », poursuit Régis Rueher. Contre le gel, il est également paré grâce aux toiles tissées qu’il utilise pour protéger ses fraises et framboises. « On a eu plusieurs nuits à -7 °C au début du printemps et aucun dégât sur ces productions. » Seule la production de pomme a été impactée par ces épisodes de grand froid avec « seulement » une demi-récolte à l’arrivée. « Mais honnêtement, le bilan de l’année est plutôt bon au final », se satisfait-il. Un constat que dresse aussi Thomas Burger, arboriculteur à Steinseltz, et référent de la filière « fruits » à l’Opaba. « Certains producteurs de fruits, dans le secteur de Traenheim notamment, ont enregistré plus de 50 % de dégâts à cause du gel. D’autres secteurs ont heureusement été plus épargnés. Globalement, les exploitations bios ont été bien plus touchées que les conventionnelles. Néanmoins, la récolte reste belle avec des fruits de qualité, bien calibrés et avec une qualité gustative exceptionnelle ! »      

Concours des Crémants d’Alsace

« Le concours conserve son aura »

Publié le 27/10/2020

Le Covid-19 n’a pas atteint la dynamique du concours national des crémants avec plus de 600 échantillons au plan national. Ce concours se déroulait de manière décentralisée cette année, pour d’évidentes raisons sanitaires. Côté économie, les dégâts causés par les injonctions sanitaires sont limités.

En attendant mai 2021 qui rassemblera en Bourgogne (peut-on l’espérer) à nouveau les producteurs de crémants de France et du Luxembourg, le syndicat des producteurs et élaborateurs de crémants d’Alsace organisait son concours mercredi 13 octobre à Kientzheim, dans les locaux de la Confrérie Saint-Étienne. À l’instar d’ailleurs de toutes les autres régions productrices de crémants. 160 crémants d’Alsace étaient en lice pour cette édition 2020. Des crémants soumis à l’appréciation de jurés, selon un dispositif sanitaire particulier, répartis en neuf tables de six dégustateurs bien distanciés. Olivier Sohler, directeur du syndicat des producteurs de crémant d’Alsace et de la fédération nationale, a expliqué le déroulement du concours, où un tiers des échantillons peut prétendre à la médaille. Ils sont répartis selon cinq catégories : blancs bruts, blancs bruts millésimés, blancs de noir, soit du rosé, soit les cuvées spéciales vieillies 36 mois sur lattes minimum, extra bruts et élevés en fûts de chêne. En espérant renouer rapidement avec le record fin 2019 « On devrait se situer aux alentours de 260 000 hl », avec un rendement de 70 hl/ha, indique Olivier Sohler, directeur de la fédération nationale des producteurs et élaborateurs de crémant. « Finalement, le rendement agronomique se situe probablement à des niveaux très proches du rendement autorisé. Ce qui a permis de mieux l’accepter. » À la fin 2019, on était au niveau record de ventes de 35 MCols (millions de cols) en crémants d’Alsace et 100 Mcols, tout crémants confondus, à l’échelle nationale, et « on a produit 110 Mcols ». Les premiers mois de 2020 enregistraient encore des hausses de ventes. Avec le Covid-19, « nous étions à fin juin à -15 % de ventes ». Les mois de juillet et d’août « excellents » ont partiellement comblé le retard, pour ne plus accuser que 8 % de méventes. « Les mois festifs à venir seront déterminants. » À l’export, la fédération nationale des crémants est en train de déployer un plan de communication (papier, presse, prescripteurs, formations, dégustations) au Royaume-Uni, sur un marché jugé très porteur, premier importateur mondial de champagne, et où le crémant n’est qu’en dixième position des effervescents importés. « Notre programme se monte à 800 000 € sur trois ans. Nous espérons que notre action rejaillira également sur les pays du Commonwealth. » Pour l’heure, quatre agences de communication sont en lice pour mener à bien la campagne publicitaire.

Visite de la préfète du Grand Est

La montagne veut se faire entendre

Publié le 26/10/2020

Mercredi 14 octobre, Josiane Chevalier, préfète du Bas-Rhin et de la région Grand Est s’est rendue à la ferme Barb à Wasserbourg. Une après-midi de découverte de l’agriculture de montagne pour la représentante de l’État qui a pris ses fonctions il y a huit mois.

L’invitation n’est pas totalement désintéressée. Avant l’arrivée de la préfète, Thomas Barb, éleveur, le reconnaît : « J’espère la sensibiliser à l’agriculture de montagne. » Et surtout la rendre attentive à ce que tous appellent les MAE : les mesures agro-environnementales et climatiques (MAEC). « C’est une aide facultative souscrite dans un souci de maintien des espaces ouverts, de la biodiversité des sols, pour ne pas intensifier les prairies, explique Tom Schott du Gaec des Trois Fours à Muhlbach-sur-Munster et vice-président des JA du canton de Munster. Elle permet d’acheter du fourrage, de préserver la diversité florale et de rester dans un système extensif et non-intensif. » Elles remplacent les MAET (mesures agro-environnementales territorialisées) en cours entre 2007-2013. Les MAEC mises en place en 2014 arrivent à échéance cette année. Pour le moment, leur renouvellement est prévu pour un an. « Nous n’avons aucune visibilité, souffle Tom Schott. Nous sommes dans le flou. » « Qu’est-ce qu’une vosgienne ? » À l’arrivée de Josiane Chevalier, Thomas Barb présente son exploitation : « C’est une ferme de transhumance. Nous sommes ici dans le site hivernal à Wasserbourg du 1er octobre au 15 mai. La période estivale, je la vis à 1 100 mètres d’altitude à la ferme-auberge du Strohberg tenue par ma mère, ma sœur et quatre saisonniers. Je transforme 80 000 l/an, soit environ huit tonnes de fromages : munster, barkass et cœur de massif. L’atelier lait est composé de vingt vaches laitières et dix allaitantes. L’atelier viande représente douze veaux par an et une dizaine de génisses valorisées à l’auberge. Toutes en vosgienne. » La préfète écoute attentivement et demande : « Qu’est-ce qu’une vosgienne ? ». L’éleveur déroule alors l’historique et les qualités de la race, avant de proposer une visite de la fromagerie : 90 m2 d’atelier de production pour 185 000 euros d’investissements réalisés en 2009 dont 40 % d’aides. En 2018, son projet d’installation était la création d’un troupeau de vaches allaitantes et le développement de la partie fromagerie. L’échange entre le jeune agriculteur et la représentante de l’État se poursuit. Elle voit les cœurs de massif dans la cave d’affinage et s’exclame : « Étonnante cette forme de fromage ! -Les éleveurs de montagne sont carrés, enchérit l’éleveur. -Arrivez-vous à satisfaire la demande ? -60 % de la production est vendue durant les six mois d’ouverture de la ferme-auberge. Pour le reste, il est vendu majoritairement dans le magasin de producteurs Cœur Paysan à Colmar. Une part plus marginale des ventes est faite au magasin attenant à la fromagerie Le comptoir fermier. -La Covid a favorisé les circuits courts, souligne Josiane Chevalier, et on espère que cela va rester. C’est en tout cas ce qu’il faut développer ».   Nos Vosgiennes ont retrouvés leur quartier d'hiver.?? Publiée par Ferme BARB sur Mercredi 7 octobre 2020   80 % des surfaces de montagne contractualisées MAEC À l’issue de la visite, Pascal Wittmann, président de la FDSEA du Haut-Rhin, prend la parole : « L’éleveur de montagne n’est pas seulement un homme attentif à ses bêtes. C’est aussi un fermier aubergiste qui fabrique, vend et sert sa production. En plus de cela, il est le paysagiste du massif des Vosges. Il maintient le paysage ouvert, empêche que la forêt ne prenne le dessus et ferme la vallée. C’est un service que l’agriculteur rend à la collectivité, pour un revenu moyen entre 10 000 et 12 000 euros/an. La MAE, c’est autour de 5 000 euros. 80 % des surfaces de montagne sont contractualisées par ce biais. Il faut pérenniser ce travail pour poursuivre le développement du tourisme dans les Vosges. » « Le gouvernement dit vouloir garantir la souveraineté alimentaire du pays, pour cela, il faut une reconnaissance de cette aide pour les cinq ans à venir. Ce n’est pas un luxe mais une nécessité », complète Denis Nass, premier vice-président de la Chambre d'agriculture Alsace. Josiane Chevalier avoue découvrir l’existence des fermes-auberges. Serge Sifferlen, président de l’association des fermes-auberges du Haut-Rhin va lui en donner un aperçu : « Vous êtes dans la Mecque des fermes-auberges. Elles représentent au moins 150 ans de tradition, date de création du Club vosgien, partenaire heureux des fermes-auberges, soit 43 établissements et de 180 à 200 salariés saisonniers. » Il souligne également deux problématiques récurrentes : la régulation du gibier et les sécheresses successives. « À pullulation exceptionnelle, mesure exceptionnelle, ose Pascal Wittmann. Le risque est que les agriculteurs s’occupent eux-mêmes du problème. » « Le premier acteur de l’environnement, c’est le paysan » Josiane Chevalier remercie de l’avoir fait rencontrer ce « jeune agriculteur qui donne de l’espoir. C’est un exemple d’une réussite atteinte au prix d’efforts, je l’ai compris. Je suis convaincue du rôle majeur des agriculteurs, même si parfois vous ne communiquez pas assez sur vos manières de faire. J’en suis persuadée, le premier acteur de l’environnement, c’est le paysan ». Elle répond aux différentes questions soulevées : « La ressource en eau est une priorité. Il ne faut écarter aucune solution et diversifier les réponses. Pour ce qui est des dégâts de gibier, il est urgent dans les deux départements que l’on se mette autour de la table avec les maires et l’État. S’agissant des MAE, j’en ai entendu parler dès mon arrivée. Vous êtes persévérants. Je n’ai pas de doute sur la pérennité de cette aide. » Une rencontre entre les élus et le ministère de l’Agriculture laisse entendre un maintien pour les trois ans à venir. Pour répondre à Denis Nass au sujet des énergies renouvelables et du plan de relance. Elle affirme : « Notre rôle est de vous accompagner. Il faut un projet prêt, mature et il faudra être dynamique. Le Premier ministre l’a dit, si l’argent n’est pas reversé dans un territoire, il ira dans un autre. Pas d’état d’âme. » Impossible d’éluder le débat actuel sur la politique agricole commune (Pac). À ce propos, elle dit : « Je viens de Corse (elle y était préfète depuis 2018, N.D.L.R.), je connais bien la Pac, aussi ses mauvaises pratiques. Les discussions sont en cours, elles sont difficiles. Le Président [de la République] fait tout ce qu’il peut pour que le montant alloué à la France ne baisse pas, tout en intégrant un rééquilibrage entre l’élevage et les grandes cultures. » Et de conclure : « Beaucoup de voyants sont au vert. Je vois que vous êtes engagés, persévérants. Nous ne sommes pas toujours d’accord, mais nous sommes à vos côtés. »

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