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Publié le 02/12/2020

À Bossendorf, Sylvie, François et Jérémy Reinhart sont spécialisés dans le naissage de porcelets. Ils viennent d’investir dans une fabrique d’aliment à la ferme avec l’objectif de faire progresser leurs indicateurs techniques.

Avec une surface réduite, la famille Reinhart a toujours eu besoin d’une ou de plusieurs productions à valeur ajoutée. Du temps de Joseph Reinhart, père de François, ce fut du houblon, du tabac, de la betterave à sucre, du lait et un premier bâtiment d’engraissement pour les cochons. François persiste dans cette dernière voie en ajoutant des truies. En 1992, il passe de 50 à 110 mères naisseur-engraisseur. L’installation en 2011 de Jérémy incite à donner la prépondérance au naissage. « L’objectif était de dégager un troisième salaire. Le naissage nécessite plus de main-d’œuvre. De plus, le site offre difficilement la place suffisante pour développer la partie engraissement », explique-t-il. À l’époque, les éleveurs délaissent la conduite en sept bandes pour passer en cinq bandes sevrage 21 jours. Cette alternative leur économise des mètres carrés de maternité et leur facilite le réaménagement des bâtiments existants. Ils choisissent une nouvelle génétique maternelle en 2017. « L’élevage qui nous fournissait les cochettes a changé plusieurs fois. À un moment, trois origines cohabitaient sur notre site. Le statut sanitaire est vite devenu précaire. Il s’est rétabli progressivement une fois qu’une souche a représenté 60 % du troupeau. Depuis mai 2020, nous sommes revenus à un troupeau homogène. Cela devrait nous aider à retrouver les 13 porcelets sevrés en moyenne par truie et par portée », précisent François et Jérémy. Pareil épisode a encouragé les éleveurs à être on ne peut plus rigoureux sur l’hygiène. Chacun a sa douche et son placard pour un change complet à chaque fois qu’il rentre ou sort de l’atelier. « À l’avenir, la différence entre un bon et un moins bon élevage se fera sur le sanitaire », estime Jérémy. Les éleveurs logent leurs gestantes dans des cases à bat-flanc en groupes de sept, une solution avec laquelle « les bagarres sont limitées ». Ils se montrent très stricts sur les dates d’insémination afin que les mise-bas se terminent au plus tard le vendredi et que la lactation des truies dure au moins 21 jours. Une mère fait en moyenne six portées. En maternité, son épaisseur de lard mesurée au niveau de la dernière côte et à 7 cm de la colonne vertébrale est attendue à 18 mm à l’entrée, 12 mm à la sortie. L’atelier dispose de 1 000 places de post-sevrage. Toutes les quatre semaines, il dispose de 850 porcelets de 8 à 12 kg à commercialiser. 20 € de la tonne fabriquée La fertilité des mères et le poids des porcelets sont deux critères que les éleveurs ont à l’œil. Ils espèrent progresser sur ces points grâce à leur fabrique d’aliment à la ferme entrée en service en octobre dernier. Logée dans un hangar qui abrite aussi du matériel, cette installation pneumatique s’articule autour de cinq cellules d’une capacité de 560 t qui reçoivent maïs, blé, orge et triticale, et de six silos tourelles de 100 t, utilisés en tampon, qui stockent soja, avoine et son de blé. Jérémy est régulièrement à la manœuvre pour fabriquer par lots de 2 à 3 t. Il prépare des rations gestantes, allaitantes, premier et deuxième âge, nourrain et engraissement. « Nous sommes restés sur les mêmes niveaux de vitamines et de protéines que l’aliment que nous achetions jusque-là. La différence c’est que nous sommes certains de la qualité des matières premières et des proportions. Et nous pensons gagner sur le coût de la ration. La tonne fabriquée va nous revenir à 20 €/t », signale Jérémy. « C’est la technicité qui nous permet de dégager un revenu, pas le marché », rappelle François. Les éleveurs conservent quelques dizaines de porcelets qu’ils font engraisser à façon dans le bâtiment d’un partenaire. Ils cèdent l’essentiel de leur production par lots de 500, 140 et 130 têtes à trois engraisseurs bas-rhinois. Ils assurent eux-mêmes le transport des animaux. Le prix du porcelet est indexé sur le cours du porc. « 2018 a été une année catastrophique. C’était l’inverse en 2019. Une année a compensé l’autre. En 2020, le prix recule un peu. Nous misons sur le logo VPF (viande porcine française) « Le Porc Français ». Nous pensons que le consommateur français y est sensible », disent les éleveurs. Dans l’immédiat, ils comptent rester sur leur orientation. « Opter pour un troupeau de truies est un choix fait pour durer », note Jérémy. L’interdiction de castrer les porcelets sans anesthésie à partir de 2022 s’annonce comme un prochain chantier. « Soit les engraisseurs acceptent d’élever des mâles entiers. Soit nous nous équiperons et nous formerons pour anesthésier. Vacciner serait trop dangereux pour notre image. Comment l’expliquerions-nous au consommateur ? »

Publié le 01/12/2020

À Pfaffenheim, le domaine Rieflé réfléchit différemment la conduite de ses vignes conduites en bio. La technique de taille ménage la mise en réserve. Les couverts fertilisent le sol. Le thé de compost oxygéné (TCO) protège la végétation.

Jean-Claude, Annick, Paul et Thomas Rieflé mènent leur vignoble selon les principes bio depuis 2010. Ils sont certifiés depuis 2014. « Au début, c’est simple. On est plein de certitudes. On laboure un rang sur deux. Le sol est travaillé intensivement. On butte, on débute. Mais, au bout de trois ans, le taux de matière organique descend de 1 %, la vigueur et le rendement baissent », rappelait Thomas Rieflé, le 19 novembre, devant un auditoire de viticulteurs et de techniciens réunis dans une de ses parcelles à l’occasion d’une journée portes ouvertes de l’Opaba et de la Chambre d’agriculture. Aujourd’hui, les Rieflé ont une autre vision de la bio. Elle s’applique dès la taille. Le domaine a adopté la méthode Poussard, en 2011, pour constater qu’elle aboutit à une alternance de cycles de vigueur, correspondant imparfaitement aux beaux coursons réguliers recherchés sur la durée. Depuis 2014, Thomas taille toujours en respectant les flux de sève, mais prend également en compte les couches de réserves*. « Un pied fait sa croissance de l’année sur la couche extérieure et stocke ses réserves dans les bois fonctionnels de deux, trois, quatre et cinq ans », explique Thomas. « En taillant profond, on peut facilement amputer un pied de plusieurs pourcents de ses réserves car la vigne laisse les vaisseaux touchés se dessécher. C’est pourquoi nous taillons uniquement le bois d’un an en laissant une couronne vivante par-dessus. La règle est de couper à la base de l’œil et vers le haut. Le pied économise ainsi une énergie qui sera disponible quand il devra se défendre ». Un pied possédant de bonnes réserves constitue ici un préalable indispensable au choix de faire pousser des couverts végétaux qui fertilisent le sol en étant successivement décomposés par les vers de terre, les champignons et les bactéries. En septembre, Thomas prépare un lit de semences en passant la herse rotative dont les dents sont légèrement inclinées de façon à décoller un peu l’herbe. Il y sème directement chaque année en alternance un rang sur deux** 140 kg/ha en plein d’un mélange maison composé de sainfoin, pois fourrager, radis, lentille, seigle, avoine, féverole moutarde et vesce. Il mène cette année un essai avec des graines enrobées des nutriments favorisant leur implantation, ce qui permettrait en théorie de baisser la pleine dose à 100 kg/ha. À épiaison, Thomas roule la végétation au rolofaca dans les deux sens pour éviter qu’elle ne se redresse. Le cavaillon est toujours travaillé avec des disques crénelés d’abord, des rasettes ensuite. Des plantes rampantes et couvrantes comme le trèfle nain font l’objet d’un essai sous le pied en 2020. Tout travail du sol qui revient à détruire l’habitat des différentes espèces de vers de terre, des champignons et des bactéries est proscrit.       Nous étions ravis de faire découvrir nos techniques et notre vision de la viticulture bio à 60 collègues... Publiée par Domaine Rieflé - Landmann sur Jeudi 19 novembre 2020     Occuper l’espace diminue la pression mildiou Le domaine fertilise ses vignes et stimule leurs défenses naturelles en pulvérisant tous les huit à dix jours de l’eau chargée en principes actifs d’ortie, de luzerne, de fougère et de prêle. Thomas les extrait au moyen d’un nettoyeur dont la haute pression fait éclater les cellules des végétaux plongés dans l’eau d’un bac. « Ces extraits frais sont très puissants. Ils aident la vigne tant qu’elle n’est pas capable de faire sa photosynthèse », commente Thomas. Du thé de compost oxygéné (voir encadré) complète leur action. « Il multiplie les micro-organismes du sol et l’en enrichit. Il aide à décomposer les pailles. J’en pulvérise aussi sur le feuillage. Le TCO réintroduit des concurrents aux organismes pathogènes. Ils occupent l’espace et diminuent de fait la pression du mildiou, au sol d’abord, sur les feuilles ensuite. C’est la stratégie du plein au lieu de celle du vide ! En 2020, je n’ai effectué aucun traitement cuivre-soufre jusqu’à mi-fleur, seulement trois ensuite. La consommation de cuivre métal sur l’année n’a pas dépassé les 800 g/ha. » « C’est une stratégie globale. Un pied avec de bonnes réserves, nourri avec des extraits frais, protégé par du TCO conserve plus d’énergie pour gérer la maladie », résume Thomas. « Nous avons maintenu le rendement autorisé de l’appellation. Nous nous en sortons avec un nombre de passages inférieur au conventionnel***. La consommation de gazole se limite à 100 l/ha/an. » L’erreur serait de vouloir passer brutalement à ce système sans prévoir une transition. Un apport d’azote, dont la dose est à réduire progressivement jusqu’à zéro, est nécessaire jusqu’à obtention d’un équilibre entre les couverts et la vigne.       Après une période froide et humide ?, la vigne a besoin d'énergie. Rien de mieux qu'un smoothie - extrait à froid - de fougères, orties et alfalfa? Publiée par Domaine Rieflé - Landmann sur Jeudi 18 juin 2020  

Choucroute d’Alsace

Les stocks s’accumulent

Publié le 30/11/2020

La fermeture des restaurants ne fait pas l’affaire des fabricants de choucroute, qui peinent à écouler leur production. Pour éviter que la récolte des choux ne s’enlise, ils lancent un appel à consommer de la choucroute d’Alsace.

« On déplore une accumulation de stocks de choucroute dans les cuves qui sont quasi pleines chez de nombreux choucroutiers, rapportent l’interprofession des fruits et légumes d’Alsace (Ifla) et les trois organisations de la filière choucroute d’Alsace. La récolte des choux à choucroute, qui a débuté en août, ne pourra pas se terminer si les ventes n’augmentent pas très rapidement. Les conséquences seront catastrophiques pour les producteurs. Si la météo le permet (ni gel, ni pluie), nous estimons qu’il reste entre trois et quatre semaines pour pouvoir effectuer la récolte. » Passé ce délai, les professionnels considèrent que plusieurs milliers de tonnes de choux risquent d’être broyés aux champs, faute de débouché. Le syndicat des choucroutiers d’Alsace, celui des producteurs de choux à choucroute d’Alsace et l’association pour la valorisation de la choucroute d’Alsace estiment que la commercialisation est actuellement réduite de moitié en raison de la fermeture des restaurants, du ralentissement de la restauration collective, et de l’absence de festivités. Face à cette situation, les trois organisations et l’Ifla lancent un appel à consommer de la choucroute d’Alsace. Elles espèrent ainsi apporter une bouffée d’oxygène aux producteurs de la région.   Publiée par La Choucroute d'Alsace IGP sur Mardi 17 novembre 2020   Des charges supplémentaires pour les fabricants Gérant de la choucrouterie Meyer-Wagner à Krautergersheim, Jean-Luc Meyer tempère : « Les entreprises les plus impactées sont celles qui fournissent la restauration commerciale car celle-ci est à l’arrêt à cause du Covid-19. Mais il y a d’autres secteurs de la restauration qui continuent de tourner : les établissements médico-sociaux, les maisons de retraite… Les cantines scolaires et les restaurants d’entreprises sont moins fréquentés, à cause de la distanciation sociale, mais ils ne sont pas totalement à l’arrêt. » Quant aux grandes et moyennes surfaces (GMS), aux fabricants de plats cuisinés et aux conserveurs, ils poursuivent leur activité, selon Jean-Luc Meyer. La fermeture des restaurants en cette période de reconfinement a tout de même tendance à dérégler une mécanique bien huilée, qui commence au champ, dès la récolte des choux. « Les choucroutiers remplissent les cuves, ils font fermenter le chou, ils vident les cuves et c’est reparti pour un cycle », résume Jean-Luc Meyer, qui réalise deux à trois cycles de production dans une saison afin de transformer 8 000 t de choux à choucroute. Ceux-ci lui sont livrés par une quinzaine d’agriculteurs avec qui il est lié par contrat. « Lorsque les ventes ralentissent, on se retrouve avec des stocks et c’est là que ça coince. On est obligé de décaler des approvisionnements et ça rallonge la campagne », décrit le professionnel, qui s’approvisionne dans un rayon de 15 kilomètres autour de Krautergersheim. Ce rallongement de la campagne va entraîner des charges supplémentaires pour les fabricants, dont les équipes vont devoir rester en place plus longtemps. Des charges dont les professionnels se passeraient volontiers, alors que la choucroute est un produit « très mal valorisé » en dépit des efforts réalisés pour répondre aux attentes sociétales.   ??‍♂️C’est mon péché mignon absolu !!! Difficile de lui résister ! ??? Il y a toujours une bonne raison pour manger une... Publiée par Choucrouterie Meyer-Wagner sur Jeudi 19 novembre 2020   Tant qu’il n’y a pas de gelée « D’habitude, on finit la récolte aux alentours du 20 novembre. Là, ça traîne en longueur », témoigne pour sa part Mathieu Schenkbecher, vice-président du syndicat des producteurs de choux à choucroute d’Alsace. Pour rentrer la totalité de ses 10 ha, il lui faudra sans doute un mois de plus. « Tant qu’il n’y a pas de gelée, ça va, mais s’il y a deux ou trois jours de gel, on l’aura dans l’os car on n’a pas de moyen de stockage. » Le jeune agriculteur de Meistratzheim, qui travaille avec trois choucrouteries différentes, regrette que la crise sanitaire vienne enrayer la dynamique engagée par la filière. Celle-ci a débouché sur l’obtention d’une IGP (indication géographique protégée) choucroute d’Alsace voici deux ans. Les producteurs de choux à choucroute espèrent bien que l’appel à consommer de la choucroute d’Alsace sera entendu, afin de remettre les ventes - et les prix - sur la bonne pente. Un plan de communication est d’ores et déjà lancé pour dynamiser les achats de choucroute d’Alsace en GMS, dans les boucheries-charcuteries, les sociétés de restauration, dans les magasins de vente à la ferme. Ce plan, concocté par l’Ifla et ses partenaires, comprend notamment des publications dans les quotidiens régionaux et la mise en place d’affiches dans les points de vente.

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