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Chambre d'agriculture Alsace

L’actualité s’invite dans les débats

Publié le 05/12/2020

Contrôle des structures, gestion de l’eau, plan de relance et filières en difficulté étaient au menu des questions d’actualité, lors de la dernière session de la Chambre d'agriculture Alsace, le 27 novembre, à Obernai.

Le seuil de déclenchement pour le contrôle des structures, actuellement fixé à 144 ha pour l’Alsace, pourrait être abaissé à 61 ha. Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin, s’oppose à cette proposition et réclame le maintien du seuil actuel. Il n’est pas le seul : ces 144 ha, « on y tient mordicus », martèle Laurent Fischer, tandis que Pascal Wittmann, président de la FDSEA du Haut-Rhin, Didier Pettermann, président du Civa, et Julien Koegler, président des JA du Bas-Rhin, défendent une position similaire. Des discussions sont en cours pour réviser le classement en zone vulnérable aux nitrates. Une grande partie de l’Alsace Bossue, une partie du Sundgau et du Piémont pourraient y être intégrés, ce qui obligerait les éleveurs de ces zones à investir lourdement pour accroître leurs installations de stockage des effluents. Le président de la FDSEA du Bas-Rhin souhaite que la profession agricole soit associée plus étroitement aux prélèvements d’échantillons d’eau pour qu’en cas de dépassement des limites, le problème puisse être réglé individuellement plutôt que de soumettre l’ensemble du bassin à des contraintes renforcées. Si l’extension de la zone vulnérable venait à être actée, certains agriculteurs abandonneraient tout simplement l’élevage, prédisent Franck Sander et Gérard Lorber, secrétaire général de la FDSEA du Bas-Rhin. Remettre les canaux d’irrigation en état Dans les années 1950, suite à l’endiguement du Rhin, la nappe phréatique s’est affaissée de 5 à 7 m. L’État s’est engagé à mettre en place des canaux d’irrigation, ce qui a permis d’apporter de l’eau dans le grand Ried. Or, aujourd’hui, faute d’entretien, ces ouvrages ne sont plus en bon état de fonctionnement : le débit atteint péniblement les 18 m3/seconde contre 25 m3/seconde autorisés. Face à cette situation, Thomas Obrecht demande qu’EDF et l’État respectent leurs engagements en remettant en état les canaux d’irrigation et en les entretenant afin de pérenniser l’activité agricole. Une demande reprise dans la motion relative à la gestion de l’eau en plaine d’Alsace, adoptée par les élus durant la session. Toujours à propos d’eau, alors que Daniel Starck appelle à des solutions permettant à l’eau de rester dans le sol, Gérard Lorber plaide pour le stockage de l’eau dans les secteurs qui n’ont pas accès à la nappe. « Il faudra que l’administration facilite ces projets », dit-il. À la lueur des derniers comités sécheresse, Fabien Metz demande quant à lui la mise en place d’études économiques avant de décider de nouvelles mesures sur l’usage de l’eau. Jérémy Pflieger, coprésident des JA du Haut-Rhin, rappelle que l’irrigation est essentielle pour le renouvellement des générations, en plaine comme en montagne. Il s’inquiète de l’accentuation de la pression foncière dans le département. « Au rythme où ça va, je pense qu’on va perdre notre agriculture périurbaine », se désole-t-il. Or la perte de terres agricoles se traduira inévitablement par une perte de la valeur ajoutée.     Josiane Chevalier, @Prefet67 à la session de la Chambre d'agriculture d'Alsace "Je suis favorable au stockage de l'#eau !"@EAVPHR #lAgricultureElleAssure pic.twitter.com/t2RQ3JnQMM — Germain Schmitt (@germain_schmitt) November 27, 2020     La proximité comme critère Le local a le vent en poupe : Mario Troestler s’en réjouit puisque la production locale est favorable à l’emploi des salariés agricoles, qu’il représente à la CAA. Il demande que la proximité soit un critère davantage pris en compte dans les appels d’offres car « l’éloignement est de plus en plus perçu comme une aberration économique, écologique et sociale ». Paul Fritsch, président de la Coordination rurale du Bas-Rhin, se réjouit lui aussi de l’engouement pour la production locale mais aimerait qu’il se traduise par des prix rémunérateurs. Julien Koegler dénonce les retards dans le versement du solde de la DJA (dotation jeune agriculteur). Jean-Michel Schaeffer évoque la situation de la filière avicole, qui subit un double confinement : celui des volailles en raison de l’influenza aviaire et celui des consommateurs avec la Covid-19. La fermeture des restaurants va faire perdre plusieurs millions d’euros. Pour limiter les dégâts, une campagne de communication nationale est prévue pour les fêtes, afin d’encourager la consommation locale et de saison. Les stations d’expérimentation ont été oubliées du plan de relance gouvernemental. Pierre Lammert, président de l’interprofession des fruits et légumes d’Alsace, s’en est ému devant la préfète Josiane Chevalier. « Les stations d’expérimentation ne pourront accompagner les agriculteurs dans la voie de la transition écologique qu’avec des soutiens appropriés », déclare-t-il. Véronique Klein, quant à elle, appelle à intégrer la forêt dans le plan de relance. Elle s’inquiète du bradage du lait biologique et des distorsions de concurrence observées dans le secteur des fruits et légumes. « L’agriculture biologique est une réponse aux différents enjeux. Ensemble, il faut qu’on la défende », affirme la vice-présidente de la CAA. Des battues, et vite ! Les dégâts de gibier sont très importants dans les deux départements fait remarquer Laurent Fischer, qui parle d’une véritable catastrophe. Les battues administratives décidées avec l’administration n’ont toujours pas eu lieu. « Il les faut au plus vite. Nous ne pouvons plus accepter ce retard », déclare-t-il. Autre appel lancé à la préfète : celui de Didier Braun demandant que la centaine de dossiers recalés lors du dernier comité technique du PCAE (plan de compétitivité et d’adaptation des exploitations) soient honorés. 48 millions d’euros d’investissements sont prévus dans le cadre de ce plan. L’aide de 20 % attendue de l’État conditionne la réussite des projets, insiste-t-il. Jacky Wolff, au nom des métiers du paysage, se demande si les aides à l’apprentissage accordées par l’État suite à l’épidémie de Covid-19 seront reconduites. Claude Gretter fait part des problèmes rencontrés par les entrepreneurs de travaux agricoles dans la traversée des villages. Ange Loing évoque les blocages administratifs rencontrés dans les dossiers d’amélioration pastorale.       La réforme de la politique agricole et ses enjeux pour l’agriculture alsacienne au cœur de la session de la Chambre... Publiée par EAV PHR sur Vendredi 27 novembre 2020  

Chambre d'agriculture Alsace

S’adapter et se réinventer pour se relancer

Publié le 04/12/2020

Si la crise sanitaire permet de mettre en avant le rôle joué au quotidien par le monde agricole, ce dernier est confronté à une conjoncture économique difficile. Pour les professionnels de nombreuses productions, un revenu décent n’est toujours pas d’actualité. Réunis en session le 27 novembre à Obernai, les élus de la Chambre d'agriculture Alsace ont rappelé que cette dernière était engagée aux côtés des agriculteurs pour répondre à ces enjeux.

Dès l’entame de la session, le président de la Chambre d'agriculture Alsace Denis Ramspacher n’a pas caché les difficultés : « La crise sanitaire a bouleversé des pans entiers de notre économie depuis le mois de mars dernier. Et l’agriculture n’est pas en reste. L’horticulture, la viticulture, ou encore les circuits courts ont été particulièrement impactés par le confinement, la fermeture des marchés, des magasins et des restaurants. C’est l’ensemble des filières agricoles qui a dû s’adapter, réinventer ses circuits de commercialisation, d’approvisionnement et de transformation, avec un bouleversement des habitudes de consommation. Tout cela a dû être fait en un temps record. Et avec des contraintes sanitaires fortes pour se protéger et protéger les salariés. » Au même moment, la Chambre d'agriculture Alsace s’est également réorganisée. Elle a poursuivi ses missions et s’est adaptée au service des agriculteurs. Les visioconférences, le télétravail, l’utilisation d’outils à distance n’ont pas été de trop pour répondre aux enjeux et trouver des réponses adaptées aux besoins professionnels techniques, économiques, réglementaires et sanitaires. Le tout, en lien avec les collectivités et surtout avec l’État représenté par la préfecture de région. « L’agriculture et l’alimentation, à côté de la santé et d’autres secteurs stratégiques comme l’énergie font partie des besoins essentiels de nos populations. On avait parfois tendance à l’oublier à l’heure de la mondialisation et du tout numérique. Quand les frontières se ferment, quand la logistique se grippe, on se rend compte que le producteur d’à côté, que l’usine qui fabrique ici, constituent une véritable garantie d’approvisionnement au quotidien pour la population. Nous avions une mission, comme depuis toujours : faire manger les gens. Il fallait donc que nous puissions travailler. Les agriculteurs étaient au rendez-vous. Il faut juste maintenant qu’ils soient payés correctement », ajoute Denis Ramspacher.   Ouverture de session de la Chambre d'agriculture d'Alsace par le pdt Denis Ramspacher, avec un hommage chaleureux à André Wicker, décédé récemment @EAVPHR #lAgricultureElleAssure pic.twitter.com/NM9jwtdL0i — Germain Schmitt (@germain_schmitt) November 27, 2020   Des projets collectifs pour l’eau Car, si le Covid-19 est évidemment la plus grosse inquiétude de cette année 2020, les agriculteurs doivent également faire face à cette sécheresse persistante depuis maintenant trois années. Le manque de pluie, mais également l’apparition de maladies comme la jaunisse pour la betterave ont pour conséquence une baisse des rendements et des stocks fourragers. Et même si une demande de classement au titre des calamités agricoles est en cours auprès des Directions départementales des territoires (DDT) pour les prairies des secteurs concernés, une réalité s’impose : 2020 sera une année compliquée en termes de revenu pour de nombreux agriculteurs et de nombreuses productions. « En premier lieu pour la viticulture qui connaît une crise majeure liée à la baisse des ventes depuis quelques années, amplifiée par le Covid-19, la baisse de fréquentation touristique, la fermeture des restaurants et l’annulation de nombreux événements festifs », constate le président de la Chambre d'agriculture Alsace. En outre, la conjoncture reste compliquée au niveau des prix pour de nombreuses productions agricoles même si ces derniers mois, la tendance est à l’amélioration pour les céréales voire le sucre. Si le prix du lait est stable, la viande souffre, surtout la filière porcine et la forêt est fragilisée. À chaque fois, partout, l’agriculture est en première ligne. « Nous devons trouver des solutions conjoncturelles pour faire face avec des aides ponctuelles qui sont nécessaires pour passer ce cap. Nous avons aussi besoin de systèmes assurantiels performants. Nous devons trouver des réponses structurelles pour augmenter la résilience des systèmes de production », assure Denis Ramspacher. Parmi ces réponses, il y a l’irrigation. Il faut la sécuriser et la pérenniser là où elle existe, et la rendre possible là où elle n’existe pas encore. « Nous devons pouvoir stocker l’eau quand elle est abondante et organiser collectivement son accès et son acheminement », insiste le président. Les projets d’irrigation collective ou de retenues collinaires peuvent être des solutions. « Je formule le vœu que les services de l’État nous accompagnent positivement dans ces démarches compliquées au niveau administratif pour trouver les bonnes solutions aux plans réglementaire et environnemental. Je sais pouvoir compter sur nos collectivités, Région et Département, pour accompagner financièrement les porteurs de projet », poursuit-il.   Josiane Chevalier, @Prefet67 à la session de la Chambre d'agriculture d'Alsace "Je suis favorable au stockage de l'#eau !"@EAVPHR #lAgricultureElleAssure pic.twitter.com/t2RQ3JnQMM — Germain Schmitt (@germain_schmitt) November 27, 2020   Des projets ambitieux Le président de la CAA a également évoqué le plan de relance annoncé par Emmanuel Macron et qui comporte un volet agricole de 1,2 milliard d’euros. Les enjeux sont importants pour l’agriculture alsacienne tout comme les dispositifs d’accompagnement évoqués par la Région Grand Est et les Conseils départementaux. « Il est important que ces plans soient bien coordonnés et complémentaires afin qu’ils puissent efficacement accompagner les projets des agriculteurs de nos territoires et de nos filières », prévient Denis Ramspacher. Parmi les projets, 122 éleveurs ont déposé un dossier « plan bâtiment » et 250 un dossier « plan végétal environnement » (PVE). « Mais nous venons d’apprendre que plus du tiers de ces dossiers se retrouve orphelin de cofinancements nationaux et risque donc d’être bloqué alors que les permis de construire sont déjà accordés et que les crédits européens sont disponibles », s’agace le président de la CAA qui demande à l’État et à la Région de débloquer la situation pour trouver ces 4 millions d’euros encore nécessaires. Enfin, concernant la Politique agricole commune (Pac) évoquée plus largement par la députée européenne Anne Sander, là également, les enjeux sont importants pour l’agriculture alsacienne. Les défis pour cette dernière sont donc importants. « La Chambre d'agriculture est pleinement engagée aux côtés des professionnels pour répondre à ces enjeux multiples de notre profession et de notre territoire. Pour y parvenir, nous aurons besoin du soutien étroit et d’un partenariat renouvelé avec les collectivités territoriales, la Région, les Conseils départementaux et demain la Collectivité européenne d’Alsace », a conclu Denis Ramspacher qui a remercié la préfète de Région Josiane Chevalier, pour sa présence régulière sur le terrain aux côtés des agriculteurs. Étaient également présents à la réunion : le président de la commission agricole à la Région Grand Est Patrick Bastian et le vice-président du Conseil départemental du Bas-Rhin et maire de Sélestat Marcel Bauer.   Tout savoir sur la #PAC et ses mécanismes avec @ASanderMEP , invitée à la session de la Chambre d'#agriculture d'Alsace@EAVPHR #lAgricultureElleAssure pic.twitter.com/fy6vuaEBoJ — Germain Schmitt (@germain_schmitt) November 27, 2020  

Publié le 03/12/2020

Ça fait quoi de se convertir à l’agriculture biologique quand on est producteur de céréales ? Est-ce accessible techniquement et viable financièrement ? Les exploitants de la ferme Pflieger, à Spechbach-le-Bas, certifiée bio depuis 2011, ont répondu positivement à ces questions le 20 novembre, lors d’une réunion organisée dans le cadre du Mois de la bio.

Si les conversions vers le bio ont le vent en poupe chez les viticulteurs, maraîchers ou arboriculteurs alsaciens, on ne peut pas en dire autant pour les céréaliers. La principale filière agricole du Bas-Rhin et du Haut-Rhin est un peu à la traîne en la matière. Sur les 968 fermes engagées en bio en Alsace en 2019, seules 260 étaient identifiées en grandes cultures. À titre de comparaison, plus de 30 % des domaines viticoles alsaciens sont désormais labellisés bio. Certains secteurs, à l’image du Sundgau, sont encore moins sensibles à l’argument « bio » pour les grandes cultures. Pour Benoît Gassmann, conseiller à la Chambre d'agriculture d’Alsace, ce désintérêt relatif pourrait s’expliquer notamment par le manque de rentabilité au regard du travail investi comparé à une filière maïsicole très compétitive en la matière. Mais cette idée s’appuie-t-elle sur des faits et observations tangibles, ou s’agit-il d’un a priori tenace ? Se convertir à la grande culture bio est-il réellement un pari risqué ou est-ce une voie d’avenir ? Des interrogations qui ont été abordées sans langue de bois le 20 novembre à la ferme Pflieger, à Spechbach-le-Bas. Un « bon prix » avant tout José Pflieger s’est installé en 1989 sur 25 ha. Il a converti intégralement l’exploitation en bio en 2011. Celle-ci est spécialisée dans l’élevage de volailles et, depuis 2014 et l’installation de son fils Jérémy, dans la production de frites fraîches. Tout est commercialisé en circuits courts. La conversion au bio a été motivée par les demandes des consommateurs, désireux d’avoir des produits encore plus « engagés » envers l’environnement et le bien-être animal. Après avoir effectué une étude économique approfondie d’une telle démarche, ils ont décidé de franchir le pas. En 2020, ils ont pu passer à l’étape supérieure en s’associant avec Joseph Frick, un agriculteur d’une commune voisine. Grâce à ce nouveau partenariat, la SAU de la ferme Pflieger passe à 55 ha, et avec elle la possibilité de devenir autonome dans l’alimentation des volailles. Avec un impératif cependant : que la marge brute à l’hectare de ses cultures céréalières soit suffisamment élevées pour couvrir les importantes charges de la structure. « Il nous faut de la valeur ajoutée, du rendement et un bon prix », estime Jérémy Pflieger. Il faut donc bien réfléchir aux céréales que l’on choisit afin d’en tirer le maximum de bénéfices. « Dans notre rotation, on était parti sur une culture de printemps alternée avec une culture d’automne avec des légumineuses entre elles. C’est pour cela qu’on avait opté pour une rotation à base de féverole, soja, lentille, blé ou triticale. La marge économique était intéressante même si nous n’avons produit que huit quintaux de féverole sur neuf hectares. Heureusement, on a pu compenser avec nos cinquante quintaux de blé meunier. »     Publiée par Ferme Pflieger sur Vendredi 4 septembre 2020   Pas de temps à perdre Dans sa SAU 2020, la ferme Pflieger avait aussi 5 ha de maïs. Si les rendements ont été plutôt bons (74 quintaux), la culture va être arrêtée au profit du soja. « Le problème avec le maïs, c’est qu’il faut le semer tard si on veut qu’il soit propre. Mais dans ce cas, on s’expose aussi plus aux risques liés aux corbeaux. Certes, il n’y en a pas partout, mais c’est très pénible quand on est concerné. Et je ne peux pas perdre de temps à m’occuper de ça et solliciter les chasseurs pour qu’ils aillent s’en occuper. » Jérémy entend bien se simplifier la vie au maximum. Pour sa prochaine rotation, il a opté pour une culture d’hiver suivie d’une culture de printemps pour « casser le cycle des mauvaises herbes » et s’offrir une « meilleure répartition » du temps de travail. Au programme : un blé meunier fauché en juillet, un déchaumage, une Cipan, un labour et un soja. La pomme de terre pourra remplacer le blé dans cette rotation en fonction de la nature du sol. La lentille auparavant cultivée sur 13 ha sera mise en suspens pendant un, voire deux ans, le temps d’écouler les stocks déjà produits. Il est par contre réellement convaincu par la pertinence du blé, une culture qu’il n’avait pas auparavant, mais qui possède un « fort potentiel » en bio, sans aucun produit phyto à appliquer. Benoît Gassmann confirme : « Les blés améliorants sont très demandés par les meuniers. C’est un marché haut de gamme, qualitatif, aux prix très élevés. » Ce qui répond aux interrogations de certains agriculteurs présents dans l’assemblée : quid du prix en bio ? « Pour l’instant, ils sont toujours au plus haut. Il y a de plus en plus de filières qui se créent, et l’offre manque, notamment en blé panifiable », continue le conseiller de la Chambre d'agriculture. Une « certaine fierté » à produire bio Financièrement, Jérémy Pflieger reconnaît qu’il n’a pas à se plaindre. Sur sa dernière récolte, il a fait une marge de 1 305 euros/ha en triticale, 1 140 euros/ha en maïs et 1 432 euros/ha en soja. Et pour lui, ces chiffres n’ont absolument rien d’exceptionnel. « Ce qu’on fait, tout le monde peut le faire. Nous travaillons sur des terres fertiles du Sundgau, comme tant d’autres agriculteurs. Et surtout, on gagne mieux alors que la charge de travail n’a pas augmenté de manière exponentielle, contrairement à ce qu’on pourrait croire. Bien sûr, il y a parfois de mauvaises surprises comme la féverole cette année. Mais à chaque fois, on apprend. Rien n’est figé. » Il ressort aussi de ces premières années en bio une réelle « satisfaction » du travail accompli. « Techniquement, le bio reste plus compliqué que le conventionnel. Forcément, quand on réussit à faire 50 quintaux en blé avec 12 ou 13 % de protéines, ou 30 tonnes de pommes de terre à l’hectare, on en retire une certaine fierté. » Aux yeux du jeune agriculteur, il n’y a plus vraiment de frein aujourd’hui à se lancer en bio quand on est céréalier : la demande est forte, il existe beaucoup de documentation et de personnes-ressources sur les sujets, et les filières sont de plus en plus structurées en aval. « On a quand même la chance que nos coopératives et négociants proposent aujourd’hui la collecte et la commercialisation de céréales bio. Ce sont des structures fiables, qui ont le sens des responsabilités », fait-il valoir. Dans son cas, la production qui ne sert pas à l’alimentation des volailles est valorisée auprès de la minoterie Dornier et d’Armbruster. L’élevage « utile » mais pas indispensable Il reconnaît cependant qu’avoir un élevage à côté « facilite beaucoup de choses », notamment pour l’apport en matière organique « bio », l’un des maillons faibles de la filière. Heureusement pour les candidats à la conversion, les matières organiques issues d’élevages conventionnels sont autorisées, sauf si l’élevage est considéré comme « industriel ». « Cela pourrait ainsi être une piste de partenariat avec un éleveur conventionnel à côté de chez vous », fait remarquer Benoît Gassmann. Après, il convient de rappeler un point essentiel : ne pas fertiliser en bio comme on le ferait en conventionnel. « L’excès d’azote, c’est l’ennemi du bio. Il ne faut pas en mettre trop au risque de voir proliférer les mauvaises herbes », ajoute le conseiller de la CAA. Le passage au bio peut aussi être vu comme une « porte d’entrée » vers la diversification en créant un atelier de volailles par exemple, ou tout autre élevage. On peut aussi rester « 100 % végétal » en grandes cultures bio et avoir une entreprise qui tourne bien. Jérémy Pflieger prend l’exemple d’un ami agriculteur, résidant le Gers : 2 500 ha, sans le moindre élevage, sur des terres à faible potentiel, avec une bonne rentabilité derrière. « Il a trouvé la rotation appropriée à son exploitation. C’est un modèle différent du mien qui marche très bien. Certains font du semis direct, d’autres non. Nous, on est resté un peu plus conventionnel sur ce point et ça fonctionne bien. C’est une filière où il faut de tout, où il n’y a pas de modèle unique. Mais je pense que si on souhaite se convertir bio, il ne faut plus hésiter, notamment dans les secteurs où la qualité de l’eau est un enjeu majeur », conclut le jeune agriculteur de Spechbach-le-Bas.   Voici une vidéo, qui présente la culture de lentilles verte ?. Vous y verrez la méthode de récolte et quelques explications sur cette production avant d’être dans votre assiette ?. Publiée par Ferme Pflieger sur Mercredi 7 août 2019  

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