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Publié le 26/11/2020

Éleveurs laitiers à Woerth, dans le nord du Bas-Rhin, Frédéric et Philippe Bernhard ont réalisé un diagnostic permettant de calculer l’empreinte carbone de leur exploitation. Déployé par la Chambre d’agriculture Alsace, le diagnostic Cap’2ER devrait déboucher sur un plan d’actions visant à améliorer les performances environnementales des élevages de ruminants.

La France vise la neutralité carbone d’ici 2050. Troisième émetteur de gaz à effet de serre (GES) avec 19 % des émissions, derrière le transport (27 %) et l’industrie (21 %), le secteur agricole est concerné par cet enjeu. L’élevage tout particulièrement. La filière laitière s’est fixé pour objectif de réduire l’empreinte carbone des exploitations de 20 % d’ici 2025. Dans cette optique, la Chambre d’agriculture Alsace propose aux éleveurs qui le souhaitent d’évaluer l’empreinte carbone de leur exploitation à partir d’un diagnostic Cap’2ER (Calcul automatisé des performances environnementales en élevage de ruminants). Ce diagnostic repose sur le calcul de la différence entre les émissions de GES et le stockage de carbone sur l’exploitation. « Cet outil n’est pas complètement nouveau, relève Mathilde Aresi, chargée de mission sur l’adaptation au changement climatique à la CAA. Mais jusqu’à présent, il était plutôt utilisé dans l’Ouest - Pays de la Loire et Bretagne notamment - et en Lorraine. » Voyant que le diagnostic Cap’2ER pouvait constituer un outil de pilotage des exploitations liant performances techniques, économiques et environnementales, la CAA a décidé de le déployer dans la région. Le premier diagnostic de ce type a été réalisé ce printemps chez Frédéric et Philippe Bernhard, éleveurs laitiers à Woerth, dans le nord du Bas-Rhin. Dix élevages pour commencer « Dans un premier temps, on cherche à utiliser l’outil dans des fermes représentatives de l’élevage alsacien, de manière à avoir des références propres à la région car celles-ci n’existent pas pour l’instant », précise Mathilde Aresi. Dix élevages ont ainsi été ciblés pour 2020, dont sept laitiers et trois allaitants. L’élevage Bernhard est représentatif d’un système herbe-maïs, avec une utilisation d’herbe plus importante que la moyenne alsacienne : pour nourrir leurs 300 animaux, dont 145 vaches laitières simmental, Frédéric et Philippe Bernhard exploitent 110 ha, dont 65 ha de prairies, pour 37 ha de maïs et 8 ha d’orge, et achètent 10 ha d’herbe sur pied. Le diagnostic de l’exploitation a commencé par la collecte des données : celle-ci ayant démarré au beau milieu du premier confinement, il a fallu procéder par visioconférence pour recueillir les données auprès des éleveurs, tout en se familiarisant avec le logiciel. « Il y a énormément de données à rentrer, indique Mathilde Aresi. Et parfois, il faut comprendre ce qu’il y a derrière : par exemple, pour renseigner le taux de perte des veaux, il faut se référer au cahier des charges de l’outil pour savoir si c’est le taux de perte à la naissance, à 8 jours, à un mois… C’est indispensable si on veut rentrer le bon paramètre. » Les données collectées concernent à la fois le troupeau, le logement des animaux et les effluents, les surfaces de l’exploitation et leur utilisation, l’alimentation des animaux et l’énergie. Le plus compliqué, estime Mathilde Aresi, a été de recueillir les informations relatives à l’alimentation car avec un troupeau de 300 bovins comportant des animaux de finalité et d’âge différents, le nombre de paramètres à renseigner était important… Même exhaustivité pour les données de fertilisation : il a fallu distinguer entre les surfaces fauchées, les surfaces pâturées, les surfaces fauchées ET pâturées. « C’est un outil qui permet une approche globale avec en sortie des indicateurs très fins. Cela nécessite donc des données très précises en entrée », justifie la conseillère, qui a aussi pris le temps de recenser tous les éléments de biodiversité présents sur les surfaces. Un plan d’actions sur cinq ans L’introduction de toutes ces données permet d’établir un bilan du fonctionnement de l’exploitation, thème par thème. Et débouche sur la détermination de la fameuse « empreinte carbone », exprimée par litre de lait. « La moyenne évaluée par le Centre national interprofessionnel de l'économie laitière est de 1,03 kg équivalent CO2 par litre de lait, indique Mathilde Aresi. Mais c’est un chiffre à replacer dans son contexte car il faut aussi prendre en compte toutes les contributions positives sur la biodiversité comme le maintien des prairies, les performances nourricières de l’élevage, c’est-à-dire le nombre de personnes qu’il contribue à nourrir. » Le diagnostic Cap’2ER constitue une sorte de photographie de l’empreinte carbone d’une exploitation à l’instant T, précise la chargée de mission, mais il ne s’agit pas d’en rester là. Au contraire, le but est d’aboutir à la mise au point d’un plan d’actions sur cinq ans permettant de réduire les émissions de GES ou de stocker davantage de carbone, voire de jouer sur ces deux aspects à la fois. « L’outil nous permet de faire une simulation sur certains leviers, par exemple sur l’autonomie protéique. En baissant les achats de concentrés, on touche un poste important en termes d’empreinte carbone », souligne Mathilde Aresi. Autres leviers possibles : la gestion du troupeau (avancer l’âge au vêlage pour réduire le temps où les animaux sont improductifs), la fertilisation azotée des surfaces, la consommation d’énergie. « Pris individuellement, chaque levier permet d’améliorer l’impact sur l’empreinte carbone de 1 à 4 %, ce qui n’est pas très important, mais l’objectif est d’actionner tous les leviers pour arriver au top. » Des indicateurs permettront d’apprécier, au bout de deux ans, si l’exploitation est en bonne voie par rapport aux objectifs poursuivis. « Derrière chaque levier, on aura une expertise. Par exemple, si on décide de revoir l’alimentation du troupeau, un conseiller spécialisé dans ce domaine interviendra », souligne la conseillère, insistant sur le fait que le diagnostic carbone n’a pas vocation à rester au fond d’un tiroir. Améliorer l’efficacité de son élevage « C’est une nouvelle approche du fonctionnement de l’exploitation », constate Philippe Bernhard, qui considère le diagnostic Cap’2ER comme un moyen d’améliorer l’efficacité de son élevage. « Il y a un lien entre efficacité carbone et efficacité économique », renchérit son frère. En améliorant l’une, on améliore très souvent l’autre, confirme Mathilde Aresi. La performance carbone, ajoute-t-elle, est beaucoup plus liée à l’efficacité du fonctionnement de l’exploitation qu’à un système donné. « On peut avoir une bonne empreinte carbone en système intensif comme en système extensif. Ou l’inverse. » Sans attendre les résultats complets du diagnostic, Frédéric et Philippe Bernhard ont déjà commencé à produire plus de protéines sur leur exploitation. Eux qui cultivent des méteils depuis deux ans ont entrepris de semer de la luzerne cet été, afin d’augmenter le stockage de carbone dans les sols. Améliorer le rendement des prairies constitue une autre option possible, à condition de produire beaucoup de fourrage avec peu d’intrants. Parallèlement au diagnostic Cap’2ER proposé par la CAA, les frères Bernhard ont commencé à travailler sur le pâturage avec le concours de PâtureSens, dans l’optique de produire du lait de pâturage destiné à la laiterie Alsace Lait. Il s’agit d’exploiter les prairies de manière plus intensive qu’actuellement. « On jouerait sur les émissions liées au stockage des effluents car les bouses laissées sur les prairies émettent moins de GES que du lisier stocké dans une fosse. Cela nous permettrait aussi de réduire les émissions liées à l'alimentation et de baisser le coût alimentaire sur la période de pâturage », soulignent les deux éleveurs.

Ferme de la Plaine à Lobsann

Le rêve de l’autosuffisance

Publié le 25/11/2020

Il fait partie de ces Jean discrets qu’on voit une fois mais qu’on n’oublie pas. Jean Walter a 28 ans et autant de cordes à son arc. Après avoir grandi sur la ferme familiale, à Lobsann, en Alsace du Nord, il s’est lancé dans un projet d’exploitation original : pension de chevaux et valorisation de ses céréales en circuit court.

En ce début d’après-midi, une vraie purée de pois recouvre les hauteurs du petit village de Lobsann. Elle ferait presque manquer le chemin qui mène à la ferme de la Plaine, au sortir de la forêt. Il y en a une que ce temps ne semble pas perturber. Pamela tape ses sabots contre le sol. « Ah, tu as entendu les grains, toi », lance Jean Walter à la jument, tout en se frayant un chemin dans la brume, un seau à la main. Pour les présentations, un petit appât ne fait pas de mal mais d’habitude, dans l’écurie en plein air, « s’ils ont envie de quelque chose, les chevaux se déplacent, afin qu’ils restent le plus possible en mouvement », glisse le gardien des lieux, en refermant son blouson noir. Malgré le froid qui s’impose à son tour, la voix de Jean reste douce, à l’image de sa personne. Ce jeune de 28 ans s’est lancé dans la pension de chevaux en 2017. La première année, il n’a proposé que l’option pâturage, sur une bonne moitié des 40 ha qu’il exploite, le temps d’obtenir le permis pour aménager sa ferme. Pour la suite, outre une subvention de la Région Grand Est pour la revalorisation pastorale, il a dû compter sur sa détermination. « Je suis allé à la Chambre d’agriculture pour présenter mon projet. La dame que j’ai rencontrée m’a dit qu’on ne s’installait plus, qu’il n’y avait plus d’avenir dans ce milieu », se souvient-il. Mais ce discours ne l’a pas découragé. « Même les banques avaient un peu peur », raconte Jean, qui a toutefois réussi à obtenir un premier « petit prêt » du Crédit Mutuel pour lancer les travaux de terrassement de l’écurie couverte, au printemps 2018, et construire les deux premiers boxes. De mois en mois, les neuf boxes actuels ont pris forme, grâce aussi au démarrage de son activité et à l’huile de coude de ses proches.   Nous recherchons pour compléter la colonie de vacance hivernale ,un a 2 poulains /jeune cheval ( entre 6mois et 2 ans )à... Publiée par Ferme de la Plaine sur Mardi 17 novembre 2020   Construit de A à Z « Nous avons tout bâti avec mon frère et le père de ma compagne. Cela nous a demandé énormément de travail », précise Jean, qui a dû refouler ses douleurs physiques pendant l’ouvrage. Car, en février 2018, alors qu’il était encore employé chez un concessionnaire de machines agricoles, il a fait une chute de trois mètres et s’est retrouvé avec une vertèbre artificielle. Mais, là encore, sa volonté lui a donné des ailes. D’autant plus qu’après avoir visité plusieurs centres équestres, ce garçon avait plein d’idées en tête pour son bâtiment. « Je voulais que les portes des boxes puissent coulisser indépendamment les unes des autres et ça, ça n’existait pas dans les catalogues. Avec mon système, au moment de nourrir les chevaux, je peux ouvrir toutes les portes en même temps et passer d’un box à l’autre, pendant que les chevaux sont dans le paddock », décrit l’ingénieux, ravi de gagner ainsi un peu de temps. Grâce à sa persévérance, Jean accueille désormais une vingtaine de chevaux dans des locaux qui respirent la propreté. « Je ne regrette pas d’avoir fait le choix de l’autonomie. De toute façon, la filière cheval a une mauvaise image auprès de la profession », constate-t-il. Même ses parents, d’anciens éleveurs de chiens et de chevaux, et exploitants céréaliers sur la commune, ne l’ont pas encouragé à suivre leur voie. « Ils ont connu des périodes financières difficiles, que j’ai aussi ressenties, surtout avec les chevaux. Une année, ils pouvaient en vendre un, la suivante aucun », se souvient Jean. Pour autant, il ne se voyait pas faire autre chose. « Quand j’étais petit, je séchais le catéchisme pour aller sur la ferme », confie ce blondinet dont l’air enfantin transperce encore le bleu des yeux. Des rendements magiques Contrairement à ses parents, il s’est installé en dehors du village, et il a adapté le cœur de son activité. « Je ne voulais pas me lancer dans l’élevage mais dans la pension, pour savoir ce qui rentre chaque mois, mais finalement, même cela est fluctuant, contrairement à ce que les gens pensent, car les propriétaires peuvent retirer leur cheval avec un préavis d’un mois », observe-t-il. Pour l’instant, Jean n’est pas déçu. « Ce qui me plaît, c’est le contact avec les chevaux. En plus, je suis en pleine nature, entouré d’un beau paysage. J’aurais peut-être la même sensation avec des vaches, mais là, je n’ai pas la même astreinte, une fois que j’ai nourri les chevaux, je n’ai plus rien à faire », lance-t-il, comme s’il oubliait un instant tout ce qu’il a déjà entrepris et compte entreprendre. Car Jean a une vision précise de l’activité qu’il veut développer. Sur les 20 ha qu’il ne réserve pas au pâturage, il cultive des céréales : blé, orge, maïs et luzerne principalement, en raisonné. « Et finalement, je m’en sors bien puisque l’année dernière, sans pouvoir irriguer, j’ai obtenu 100 q/ha de maïs et 90 q/ha de blé. Peut-être est-ce un rendement un peu moindre que chez d’autres agriculteurs, mais je dépense moins en intrants. » Tout comme il s’est émancipé de l’activité familiale, Jean trace son propre sillon et entend valoriser ses cultures en circuit court, en les proposant en premier lieu aux chevaux qu’il garde en pension. « Au moins, nous savons ce que nous produisons et c’est mieux que des céréales achetées auxquelles du sucre est ajouté », analyse l’exploitant.   Quelques nouvelles des cultures 2021, les blés et orge sont bien implantés, et les prairies temporaires également ??? Publiée par Ferme de la Plaine sur Dimanche 8 novembre 2020   Un laboratoire de mélanges Ainsi, dans un coin de son écurie couverte, il a aménagé plusieurs bacs en bois pressé dans lesquels il prépare des mélanges. « Avec ma compagne qui m’aide le soir après sa journée de travail, nous avons même concocté un mélange sans céréale, avec des pommes et des carottes déshydratées que je cultive. Nous y avons ajouté de la graine de lin extrudé, des bouchons de luzerne et de l’huile de colza que je suis pour l’instant obligé d’acheter mais que j’espère bientôt faire moi-même », liste cet alchimiste. Pour Jean, il y a un avenir dans la filière. Encore faut-il savoir innover tout en flairant l’air du temps. « Je vois que beaucoup de ma génération ont suivi le schéma classique de leurs parents, mais ça ne fonctionne plus trop », pense cet agriculteur qui a même trouvé un moyen écologique pour conditionner ses céréales, avec des tonnelets bleus, consignés. « Bien sûr, tout cela impose plus de contraintes que d’aller déposer ses céréales à la coopérative. J’ai dû notamment acheter des balances homologuées et je dois faire analyser chaque lot », précise Jean, dont les efforts commencent à payer. Aujourd’hui, il vend entre 1 000 et 1 500 kg de céréales par mois, directement à la ferme et dans deux magasins, à Oberkutzenhausen et à Brumath. Depuis le premier confinement, son public s’est même élargi. « Des pêcheurs viennent en chercher pour appâter les poissons. Je reçois aussi des éleveurs de lapins, de chèvres ou de moutons, je compte même un client avec un kangourou », note Jean, en souriant. Pour enfin tirer un salaire de son activité, l’exploitant espère bientôt vendre jusqu’à 3 t par mois de céréales. Pour cela, il compte automatiser la transformation des céréales et obtenir une certification qualité. En attendant, Jean doit répondre à une demande plus urgente. Il a reçu un appel, un des deux magasins qui propose ses céréales est en rupture de stock, alors, en route. Juste le temps de saluer Camille, sa compagne, qui arrive avec une gamelle remplie de pommes déshydratées. Facile de deviner où elle se rend. Elle regarde si Jean l’entend et se lance, les yeux plissés de malice. « Moi, je suis épatée. Malgré les moments difficiles qu’il a traversés, ce qu’il a accompli est incroyable. Je sais que l’agriculture est un mode de vie. Soit on aime ça et on se bat, soit on n’y pense pas », avoue cette jeune chargée de recrutement, qui partage la passion de Jean pour les chevaux. Elle espère que l’activité de son compagnon va encore se développer, elle souhaite en tout cas y participer.   ??Communiqué ?? Suite aux nouvelles mesures gouvernementales, nous vous annonçons que le retrait de vos commandes... Publiée par Ferme de la Plaine sur Jeudi 29 octobre 2020   N'hésitez pas à vous rendre chez notre partenaire afin de retrouver nos produits ???? Publiée par Ferme de la Plaine sur Mardi 13 octobre 2020    

Publié le 24/11/2020

À Erstein, Raymonde Voelckel et sa fille Virginie élèvent des chapons et des dindes qui garniront les tables lors des fêtes de fin d’année. Le contexte sanitaire actuel n’entame pas leur motivation.

Si personne n’ose rêver aux célébrations de Noël et du Nouvel an, compte tenu du contexte sanitaire, les producteurs fermiers spécialisés dans les produits festifs sont pourtant fin prêts. C’est le cas de l’EARL Voelckel à Erstein. Raymonde et Laurent Voelckel, éleveurs laitiers, se sont diversifiés dans les volailles en ouvrant un premier bâtiment de poulets Label rouge en 1995, puis un deuxième trois ans plus tard. Depuis, leur fille Virginie les a rejoints sur l’exploitation et ensemble, ils mènent de front ces deux productions. « On ne fait pas des volailles festives tous les ans, précise Raymonde Voelckel. Il faut que ça tombe bien par rapport à notre roulement, sachant qu’en poulet label, la durée d’élevage est de 84 jours et qu’on pratique un vide sanitaire de quatre semaines entre chaque bande. » Il y a deux ans, Raymonde Voelckel et sa fille avaient mis en place des chapons dans leurs deux bâtiments. Cette année, à la demande d’Alsace Volaille, elles ont mis en place un bâtiment de chapons et un autre de dindes noires. La durée d’élevage étant deux fois plus importante que pour les poulets label rouge, les 2 500 chapons sont arrivés début juillet sur l’exploitation, et les 2 400 dindes quelques jours plus tard. Une viande bien juteuse L’élevage de chapons et de dindes noires d’Alsace doit respecter un cahier des charges bien précis : souche, alimentation, accès au plein air, durée d’élevage… tout est prévu. Raymonde Voelckel et sa fille s’approvisionnent en aliments chez Sanders, un des fournisseurs agréés par Alsace Volaille. L’alimentation, constituée principalement d’un mélange de céréales, varie en fonction de l’âge des animaux. « Les dindes reçoivent trois formules différentes d’aliments durant le temps qu’elles passent chez nous, précisent les deux éleveuses. Les chapons quatre : pour la finition, l’aliment contient 5 % de poudre de lait pour obtenir une viande bien juteuse. » À chaque livraison d’aliment, un échantillon est prélevé et conservé jusqu’au départ du lot pour l’abattoir. Un contrôle peut être réalisé à tout moment par l’organisme certificateur. À partir de 42 jours, chapons et dindes ont normalement accès à un parcours arboré à l’extérieur des bâtiments, y compris en automne. Mais depuis le 5 novembre, ils sont privés de sortie : le Bas-Rhin ayant été classé à « niveau de risque élevé » par rapport à l’influenza aviaire, comme 45 autres départements français, Raymonde et Virginie Voelckel ne peuvent plus sortir les volatiles dehors. L’année 2020 n’est décidément pas comme les autres. L’alimentation et l’abreuvement sont automatisés. Les deux éleveuses peuvent donc passer du temps à surveiller les volailles. C’est l’une des clés de la réussite dans un élevage avicole. « Il faut être très vigilant, rentrer dans le bâtiment, observer les animaux pour être capable de repérer s’il y a un problème, regarder la litière pour s’assurer qu’elle n’est pas humide, vérifier que la chaîne d’alimentation fonctionne bien… », énumère Raymonde Voelckel. Mais si les animaux sont au sec et que le bâtiment est régulièrement nettoyé, « il n’y a pas de raison que ça se passe mal », affirme-t-elle. Fâcheuses manies des dindes La mise en place, l’enlèvement des volailles et le nettoyage des bâtiments constituent les principales pointes de travail. De même que les premières semaines de présence dans l’élevage, lorsque les chapons et les dindes s’adaptent à leur nouvel environnement et apprennent à se nourrir. « Pour les poulets, une bonne semaine suffit. Mais avec les chapons et surtout avec les dindes, c’est plus long », constatent les deux éleveuses qui parlent de trois semaines d’adaptation pour les dindes. Ce sont d’ailleurs celles-ci qui leur donnent le plus de fil à retordre : elles ont tendance à s’agglutiner dans les coins du bâtiment, d’où la nécessité d’arrondir les angles avec des bandes de caoutchouc, et lorsqu’elles ont accès au plein air, elles rechignent à rentrer à l’intérieur à la tombée du jour. De plus, elles ont la fâcheuse manie de vouloir manger la paille alors qu’elles ne peuvent pas la digérer. Ce qui oblige Virginie et sa mère à ajouter 3 à 4 cm de copeaux par-dessus la litière. Contrairement aux chapons, dont le bâtiment est repaillé trois fois en six mois, les dindes ont besoin d’une litière fraîche beaucoup plus souvent. « On doit les repailler chaque semaine. Il ne faut pas que les pattes soient sales lorsqu’elles arrivent à l’abattoir, sinon on se fait tirer les oreilles », précise Virginie. Les premiers chapons et les premières dindes devraient quitter l’élevage autour du 20 décembre. Ils seront abattus chez Bruno Siebert à Ergersheim. Le chargement des volailles se fait de nuit, et en plusieurs fois, contrairement aux poulets Label rouge où chaque bâtiment est vidé en une fois. Les Voelckel font appel à de la main-d’œuvre familiale pour cette opération, qui clôt le cycle d’élevage. Il ne reste alors plus qu’à sortir le fumier, les équipements d’élevage et désinfecter le bâtiment pour pouvoir accueillir une nouvelle bande, une fois le vide sanitaire réalisé.

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