A la une

Publié le 17/11/2020

À Sundhoffen, la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO) et SNCF Réseau ont réalisé, en partenariat avec des agriculteurs, un terrier artificiel pour un clan de blaireaux présent dans le remblai qui borde le chemin de fer qui relie Colmar à Neuf-Brisach. Une solution innovante, expérimentée avec succès aux Pays-Bas depuis plus de vingt ans.

Home sweet home*. D’ici quelques semaines, une famille de blaireaux d’Europe va pouvoir s’installer dans un tout nouveau terrier artificiel créé le long de la ligne de chemin de fer qui relie Colmar à Neuf-Brisach. Un projet innovant - une première en France sur une ligne de chemin de fer - porté par SNCF Réseau en partenariat avec la LPO Alsace, la commune de Sundhoffen et des agriculteurs du secteur, qui doit apporter une réponse « durable » à une problématique récurrente : les dégâts causés par le blaireau dans les remblais qui bordent les lignes SNCF. L’animal est en effet une espèce terrassière qui construit son habitat dans un environnement à la terre meuble, bien drainée, et riche en végétation. Une butte ou une digue facile à creuser et à occuper mais qui finit par s’effondrer sur elle-même à cause des cavités creusées, sans parler du glissement sur la voie des matériaux extraits des terriers et accumulés sur les rampants des talus. Conséquence : des heurts avec ces obstacles voire des déraillements de trains dans les cas les plus extrêmes. Si des produits répulsifs et des trappes anti-retour existent pour chasser le blaireau, elles n’ont qu’un effet provisoire ; celui-ci est délogé mais, très vite, il ira creuser un autre terrier principal à proximité. « C’est un problème sans fin si on l’aborde de cette manière, explique le directeur de la LPO Alsace, Christian Braun. Comme nous, le blaireau a besoin d’un habitat principal dans lequel il pourra se replier en cas de problème, ou pour se reproduire et se reposer. D’où la nécessité de mettre en œuvre des alternatives. Mais, pour cela, il faut comprendre le fonctionnement de l’animal et adapter la solution en fonction de ses besoins. »   http://alsace.lpo.fr/index.php/un-terrier-artificiel-pour-le-blaireau-de...... Publiée par LPO Alsace sur Mardi 10 novembre 2020     Un investissement rentable à long terme Avant de se lancer dans ce chantier à 30 000 euros, installé sur une parcelle de 2,98 ares, mise à disposition gracieusement par la commune de Sundhoffen, les porteurs de projet sont allés se former aux Pays-Bas, un pays qui utilise des terriers artificiels, depuis les années 1990, pour protéger ses très nombreuses digues. « Nous avons découvert là une solution qui cohabite avec l’espèce plutôt que de lutter contre elle. Et surtout, une solution qui fonctionne et qui est pérenne », indique Laëtitia Duhil, médiatrice Faune Sauvage à la LPO Alsace. Cohabiter plutôt que lutter contre, les agriculteurs qui ont leurs parcelles de maïs à proximité du terrier sont prêts à jouer le jeu, malgré les dégâts que peut causer l’animal. Jérôme Fuchs est l’un d’eux : « Le blaireau aime le maïs. Il fait des passages dedans et se met sur ses pattes arrière pour grignoter ce qu’il arrive à atteindre. C’est toujours un peu embêtant mais on est loin des dégâts de sanglier. Même en le chassant, il revient. Au début, on avait peur qu’il y ait plus de blaireaux qui viennent avec ce nouveau terrier. Finalement, il n’y aura pas plus et pas moins de dégâts. Ça sera comme aujourd’hui, sauf qu’ils auront un vrai QG maintenant. » Concrètement, le terrier est constitué de trois chambres en bois, qui sont autant d’espaces permettant aux blaireaux (entre quatre et cinq pour cette famille) de se reposer, de mettre bas, ou d’élever leurs petits. Ces coffres en bois sont reliés les uns aux autres par neuf buses et cinq boîtes de raccordement en béton. L’infrastructure, une fois terminée, sera recouverte d’un talus d’environ 1,25 m de haut qui viendra s’intégrer harmonieusement dans le paysage. Et pour éviter que les blaireaux retournent creuser le remblai ferroviaire, un grillage a été enfoui à un mètre de profondeur au-dessous du terrier jusqu’au haut du talus. Reste maintenant à attendre quelques mois, le temps nécessaire aux blaireaux de découvrir ce nouveau terrier, et surtout d’en faire leur quartier général. « Nous allons effectuer un suivi au cours des six prochains mois pour vérifier la colonisation du site. En cas de difficulté, nous utiliserons des répulsifs naturels et des trappes anti-retour pour les chasser définitivement de leur terrier actuel afin de les inciter à bouger », précise Laëtitia Duhil. Si cette première expérimentation réussit, elle pourra être répliquée dans des lieux similaires, si la configuration du terrain le permet. Cela pourrait, par exemple, être le cas dans le secteur de Merxheim où des centaines de milliers d’euros ont déjà été dépensées pour reconsolider les remblais ferroviaires fragilisés par les galeries creusées par les blaireaux.

Publié le 16/11/2020

Dans une étude publiée le 23 octobre, l’Insee révèle qu’actuellement trois quarts des agriculteurs sont des hommes. Est-il plus difficile de se lancer quand on est une femme ? La Confédération paysanne s’est posé la question et a recueilli le témoignage de 151 agricultrices. Premier enseignement : les stéréotypes n’épargnent pas le milieu.

1956, année notable dans la progression des droits des femmes : elles peuvent désormais gérer leurs biens propres et exercer une activité professionnelle sans le consentement de leur mari. 2020, année de régression ? Le témoignage suivant, tiré d’une enquête publiée à la rentrée, laisse pensif : « Je n’ai pas pu signer mon contrat seule, mon conjoint devait être présent. » Cette condition détonante a été imposée par une banque à une femme souhaitant obtenir un prêt pour se lancer dans l’agriculture, pourtant sans son mari. Même si les hommes restent majoritaires dans le secteur, comme le montre une récente étude de l’Insee, on compte près de 500 000 actives agricoles et un tiers des installations sont aujourd’hui initiées par des femmes. À l’heure où les questions de sexisme et de discriminations de genre animent les débats sociétaux, le mouvement Terre de liens et plusieurs organisations qui œuvrent pour le dynamisme des territoires ruraux, se sont donné une nouvelle mission : comprendre les éventuels freins rencontrés par ces entrepreneuses à leurs débuts. Dans une étude de terrain plus « qualitative que quantitative », comme le précise Bertille Fages, animatrice à la Fédération associative pour le développement de l’emploi agricole et rural (Fadear), 151 agricultrices de toute la France et d’une moyenne d’âge de 39 ans, sont revenues sur leur parcours d’installation. D’après les réponses à ce questionnaire, construit en collaboration avec la commission femmes de la Confédération paysanne nationale, la recherche de sens dans son travail, le besoin d’indépendance ainsi que l’envie de créer et de gérer une entreprise s’avèrent être les motivations principales de ces femmes au moment de s’installer. Mais, à chaque étape de leur cheminement, une idée galvaudée revient : « La femme est renvoyée à sa moindre force physique et ne peut donc pas s’occuper de la technique, contrairement aux hommes, note Bertille Fages. Nous avions déjà constaté cela dans nos discussions entre partenaires mais nous n’avions pas imaginé qu’autant de répondantes partageraient ce sentiment. » Un sentiment qui émerge souvent dès l’annonce du projet d’installation. Les répondantes, dont 73,5 % se sont installées en dehors du cadre familial, ont généralement reçu le soutien de leurs proches, avec toutefois quelques nuances. Sur les « oui », elles mentionnent que l’installation en couple et/ou avec un associé masculin a bien souvent permis de rassurer. Restait à faire accepter un éventuel changement d’orientation. « Surdiplômée, les personnes de mon entourage me destinaient à des sphères plus intellectuelles et des salaires plus importants », confie l’une d’entre elles. Des prêts genrés Mais la plupart d’entre elles ont tenu bon et 74,2 % d’entre elles sont mêmes devenues exploitantes à titre principal. Cependant, pour quelques-unes de ces paysannes impliquées dans les réseaux « alternatifs » du développement agricole, trouver des financements n’a pas été de tout repos. « Il a fallu se battre à la Chambre d'agriculture et avec les banques pour défendre un projet considéré comme trop petit pour le monde classique. Et toutes les structures « classiques » sans exception adressaient les courriers et courriels à mon conjoint et non à moi alors même que nous nous installions ensemble, au même titre, à 50/50 », rappelle une des répondantes. Cette frilosité semble aussi toucher les agricultrices avec une activité plus traditionnelle et qui n’ont donc pas forcément été ciblées par le questionnaire. Claire Dutter, éleveuse de vaches laitières à Witternheim, s’y est frottée en 2008, quand elle a voulu construire une nouvelle étable, quatre années après avoir rejoint l’exploitation familiale. « À cette époque, je gérais l’exploitation avec ma mère, après le décès de mon père. C’est moi qui ai dessiné tous les plans du bâtiment, et qui ai tout pensé. Deux commerciaux d’une banque sont venus pour apprécier les travaux qui s’élevaient à 1,5 million d’euros, en vue d’un prêt. Ces hommes ne nous ont pas du tout pris au sérieux car nous étions des femmes, nous l’avons immédiatement senti », se souvient une des pionnières dans la construction de pareils bâtiments en Alsace. Ensuite, les agricultrices ont reçu la visite de deux femmes d’une autre banque. Le projet a été validé. Pour l’agricultrice, cette discrimination est regrettable, « d’autant que je suis née dans la ferme, et que j’ai grandi dans les pas de mon père. Il me faisait entièrement confiance pour gérer l’exploitation ». Une fois les premiers problèmes financiers plus ou moins gérés, en dépit des questions de genre, reste à trouver une place dans la profession agricole. Même si un tiers des répondantes au questionnaire n’avait pas de lien direct avec le secteur au moment de leur installation, autant répondent que leurs confrères/consœurs déjà en place les ont conseillées et bien accueillies, peut-être grâce à leur projet « atypique » ou leur « petite ferme » qui, cette fois, a attisé la curiosité, et semble plus « acceptable » pour une femme. Où est le patron ? Ce bon accueil apparent cache toutefois des zones d’ombre, puisque beaucoup insistent sur l’indifférence à leur égard. « Les agriculteurs ne s’adressent jamais à moi, regrette l’une. Ils viennent à la maison pour demander où est mon compagnon et, en son absence, ils se contentent de dire qu’ils reviendront. » Toutes n’y perçoivent pas le même niveau d’impact mais identifient clairement une forme de sexisme qui se mélange parfois avec le fait d’être « hors-cadre » ou « néorurale ». Cette indifférence règne parfois dans les relations avec les fournisseurs, peut-être à cause du manque de confiance qu’ont certaines répondantes dans leurs connaissances, notamment sur le machinisme agricole. Une bonne façon, en tout cas, d’imposer le respect est peut-être de jouer avec les stéréotypes. « Du temps où les commerciaux venaient beaucoup à la ferme, ils me demandaient où était le chef du troupeau. Je les renvoyais vers mon père. Lui, bien sûr, les renvoyait vers moi. Ils revenaient penauds », s’amuse-t-elle, sans se formaliser. Et, si quelqu’un ne veut pas travailler avec elle car c’est une femme, tant pis, cela ne l’empêche pas d’avancer. Malgré tout, le questionnaire se termine sur une note réjouissante : être une femme peut aussi être un avantage, notamment dans la commercialisation des produits. Au-delà de la surprise exprimée par certains acheteurs quand ils découvrent que leur productrice est seule, une forme d’admiration s’installe et conquiert les cœurs. « Je pense qu’à la vente, être une femme n’est pas du tout handicapant, au contraire, c’est presque notre place », relativise une répondante. Si, auprès de la clientèle, cette vision genrée s’implante de manière positive, les instigateurs de cette enquête restent sur leur faim quant à la place de la femme dans la profession. Début 2021, ils comptent reprendre tous ces témoignages pour en tirer des préconisations et, qui sait, améliorer cette cohabitation des genres.

Publié le 15/11/2020

Christophe Bertsch et Sibylle Farine, deux enseignants-chercheurs, lancent le trophée Ampélos, destiné à financer une équipe de recherche. Les fonds qui constituent la récompense seront financés par la vente de 4 000 bouteilles de pinot noir d’Alsace, pour commencer, et 1 000 bouteilles d’un autre vin, dont le choix n’a pas encore été fait, ensuite.

L’initiative du trophée Ampélos revient à Sibylle Farine, enseignante à l’Université de Haute-Alsace (UHA), et Christophe Bertsch, lui aussi chercheur enseignant aux multiples casquettes, notamment directeur du pôle agro à l’UHA et de la Commission technique du vignoble, et, par ailleurs, viticulteur coopérateur de la cave d’Ingersheim. Le couple a donc décidé de dédier la vente de 4 000 bouteilles de pinot noir des millésimes 2015 et 2018 d’Armand Landmann, de Nothalten (lire l’encadré), au financement de la récompense d’un concours. Ce concours, qui sera lancé début 2021, mettra en lice différents chercheurs. Le gagnant se verra attribuer, après les vendanges 2021, un montant conséquent pour mener à bien ses recherches qui seront « à l’origine d’avancées originales », espèrent-ils. Les cavistes Benjamin Paci et Alexandra Moret de la cave « Le Roi des vins » à Colmar, ont été sollicités pour vendre la cuvée. « Si le concours Amorim, qui récompense a posteriori une thèse de recherche, a pignon sur rue, il n’existe en revanche pas encore de trophée destiné à financer en amont un projet de recherche, dans le domaine de la viticulture et du vin en France », indique Christophe Bertsch. Le premier trophée Ampélos sera décerné au printemps prochain à des chercheurs traitant d’un sujet original. Ce peut être en histoire, droit, chimie, techniques, pourvu qu’il concerne le vin ou la vigne. Le jury devrait être constitué d’une dizaine de chercheurs, d’universitaires, de techniciens de la vigne et de vignerons.

Pages

Les vidéos