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Publié le 08/12/2020

Intégrer les spécificités alsaciennes à la nouvelle Pac, c’est le souhait de nombreux élus de la CAA qui se sont exprimés lors de la session de la Chambre d'agriculture Alsace du 27 novembre, à Obernai. Extraits.

Paul Fritsch, représentant la Coordination rurale, s’interroge sur le caractère « commun » de cette nouvelle Pac et appelle à une convergence des normes sanitaires et environnementales dans l’Union européenne. En revanche, il n’est pas question de convergence sur les aides pour Pascal Wittmann : « On a déjà donné et bien donné, lors des précédentes réformes », lance le président de la FDSEA du Haut-Rhin. « Plus on mettra de temps pour converger, mieux ce sera », estime son homologue bas-rhinois Franck Sander, rappelant qu’historiquement, les aides à l’hectare sont plus élevées en Alsace, en raison de l’importance de la diversification. Pascal Wittmann se déclare également « farouchement opposé à la rotation à la parcelle » qui pénaliserait les éleveurs alsaciens et réduirait la part du maïs dans l’assolement à moins de 50 %. Ce choix constituerait une remise en cause de l’équilibre économique des petites structures, affirme le président de la FDSEA du Haut-Rhin. Tout se joue dans les mesures d’équivalence proposées. Thomas Obrecht rappelle qu’à la dernière réforme de la Pac, la certification maïs avait permis aux exploitations spécialisées de bénéficier de l’intégralité des aides Pac au titre du verdissement. Les mesures d’équivalence actuellement envisagées ne sont pas adaptées au contexte alsacien, estime l’élu haut-rhinois qui plaide pour « des propositions fortes et réalistes », comme l’intégration d’un pourcentage de cultures mellifères, le mulching renforcé ou la prise en compte du sous-semis dans le maïs de plantes captant l’azote. Pour des éco-régimes accessibles à tous La réforme de la Pac, dont l’un des enjeux est de préserver la souveraineté alimentaire de l’UE, doit allier enjeux climatiques et soutien à la compétitivité des exploitations, estime pour sa part Fabien Metz. Il plaide pour un premier pilier fort et un deuxième pilier permettant d’investir dans l’innovation. Les éco-régimes devraient y contribuer. Fabien Metz est favorable à un accompagnement dans la mise en œuvre d’actions qui répondent aux attentes de la société, mais il réclame en parallèle « une équité par rapport aux produits importés ». « Il est important qu’on puisse intégrer les spécificités de l’agriculture alsacienne dans la Pac 2023 et celles du maïs dans le plan stratégique national », juge encore l’élu bas-rhinois. Franck Sander craint que la future Pac, à travers le deuxième pilier, n’ouvre la voie à des distorsions de concurrence entre régions et qu’elle ne favorise un modèle agricole plutôt qu’un autre. Il insiste pour que les éco-régimes soient accessibles à tous. « La Pac et les aides représentent la part la plus importante du revenu de l’agriculteur. Chaque fois qu’on y touche, on touche au revenu de l’agriculteur », rappelle-t-il. Il réclame « une vraie politique d’investissement » et regrette que la gestion des risques climatiques n’ait pas été suffisamment intégrée dans le projet. En matière sanitaire comme en matière climatique, il est essentiel « de lisser le risque sur nos exploitations », juge Franck Sander. À propos de la Pac, Patrick Bastian, élu régional à la tête de la commission agriculture et forêt, réclame ardemment une simplification. « Il faut clarifier les choses sur le deuxième pilier. » Il estime qu’il faut se pencher dès maintenant sur l’après-transition et commencer à travailler sur la déclinaison régionale du Plan de compétitivité et d’adaptation des exploitations (PCAE) pour mettre en avant les spécificités alsaciennes. Dans la nouvelle Pac, tout le Grand Est sera classé région prioritaire pour l’accès au Feder (Fonds européen de développement régional) et au FSE (Fonds social européen). L’Alsace aura donc accès à ces fonds, à l’égal de la Champagne et de la Lorraine déjà classées prioritaires précédemment, selon Patrick Bastian.       ?‍???‍? [SESSION] La session de la Chambre d'agriculture Alsace, se tient cet après midi en présentiel (avec les gestes... Publiée par Chambre d'agriculture Alsace sur Vendredi 27 novembre 2020    

Anne Sander, députée européenne

Une Pac économique et environnementale

Publié le 07/12/2020

La réforme de la Politique agricole commune est en cours. Le Parlement européen vient de l’approuver. Mais, le parcours n’est pas terminé. Il faut maintenant travailler avec le Conseil des ministres et la Commission européenne pour trouver un accord final et commun. Invitée à s’exprimer lors de la session de la Chambre d'agriculture Alsace, le 27 novembre, à Obernai, la députée européenne Anne Sander a fait le point sur l’état d’avancement des discussions et le calendrier.

Si le texte approuvé par le Parlement européen n’est pas parfait, l’agriculture française et alsacienne revient de loin aux dires d’Anne Sander. Au départ des échanges, c’est l’ensemble de la Pac qui devait être revu dans son organisation. « Nous nous sommes battus pour avoir une Pac économique et environnementale. » L’environnement est d’ailleurs une ambition marquée au travers de la conditionnalité qui représentera 30 % des aides du premier pilier. L’enjeu maintenant est d’imaginer des mesures pragmatiques pour que les agriculteurs puissent y prétendre. Concernant l’agroforesterie et l’agroécologie, 35 % du second pilier est actuellement consacré à ces mesures environnementales. « Personne ne pourra nous dire que cette Pac n’est pas environnementale. Et quand j’entends que certains voudraient aller encore plus loin, j’estime que c’est déplacé et méprisant. Notamment eu égard au travail réalisé par le monde agricole », ajoute-t-elle. À propos des mesures économiques, le Parlement a souhaité maintenir un premier pilier fort, consacrant 60 % à l’aide de base (aides couplées et aux protéines végétales représentant a minima 6 %). Il y a également des mesures et une réserve de crise qui n’a jusqu’à présent jamais été activée. « Quant à la gestion des risques, on s’est battu pour une activation immédiate, mais les États ne se sont pas montrés enthousiastes. On l’aura à partir de 2023. On a cependant réussi à renforcer le rôle des interprofessions dans le droit de la concurrence », poursuit Anne Sander. Elle évoque également d’autres mesures fortes. À commencer par la volonté d’avoir une gestion de l’offre pour les organisations de producteurs ayant un signe de qualité. Le Parlement a également maintenu des mesures d’investissements dans le second pilier en faveur de l’irrigation. Par ailleurs, ce sont 8 milliards d’euros du plan de relance qui se trouvent dans le second pilier. 55 % au moins étant destinés à des mesures d’investissement pour préparer la suite. « Tout n’est cependant pas parfait. Lors d’une réunion avec les élus de la Chambre d'agriculture de l’Aisne, on m’a fait remarquer que, dans ce plan de relance, des agriculteurs en difficulté ne pourraient certainement pas investir. Il faudra effectivement mettre en place un accompagnement national. Il faudra également leur donner une visibilité pour se projeter dans l’avenir. » C comme commun Parmi les autres points, le Parlement s’est montré plus ambitieux pour les jeunes agriculteurs portant le budget transmission de 2 à 4 %. Les négociations se poursuivent pour le vin. L’optimisme est réel concernant le maintien des autorisations de plantation. Elles pourraient même être plus larges que prévu. Reste à connaître à quelle échéance. Anne Sander a insisté sur le C de la Pac : « Il faut davantage de commun dans cette politique agricole. Il faut la rationaliser avec des éco-régimes [verdissement, N.D.L.R.] commun et surtout les mêmes règles partout, au maximum. Nous nous battons pour réussir. » Reste ouvert, le débat des flux financiers entre les piliers. « Par ailleurs, j’insiste sur la nécessité d’avoir une Pac qui tienne la route et qui soit cohérente par rapport à nos objectifs. Il nous faut notamment une autonomie stratégique pour l’agriculture et l’alimentation. Des efforts sont encore à réaliser pour lever les incohérences. » La Pac à venir souhaite mettre en avant une agriculture de proximité, « de la ferme à la fourchette » avec une biodiversité valorisée par une baisse de l’utilisation des pesticides, le développement de la production bio. « Cette volonté est louable. Mais personne n’a vraiment calculé l’impact de ces mesures sur notre agriculture. Seule une étude américaine affirme que ces mesures pourraient engendrer une baisse de production de 12 %, une augmentation des prix de 17 % et des revenus en baisse de 16 %. Il est donc nécessaire que la Commission européenne fasse elle aussi une étude approfondie pour savoir où nous allons », note Anne Sander. Interrogée sur la convergence, elle sait ce que les agriculteurs ont déjà perdu. Concernant son rôle social, elle constate que tous les sujets sociaux ne sont pas de la compétence de l’Europe, mais des États membres. D’où la difficulté d’avancer sur des sujets majeurs comme les règles de transport en Europe. Pour la rotation maïs, « on a défendu le maintien de la diversification à la parcelle rotation. Mais cela n’a pas été retenu. La rotation a été introduite dans la BCAE 8 (bonnes conditions agricoles et environnementales) », précise la députée européenne. Il faudra encore définir les contours, une compétence des États membres. Elle a également rappelé que les éco-régimes sont obligatoires pour les États membres et volontaires pour les agriculteurs. « Il va falloir aider les agriculteurs pour aller chercher ces aides car à l’étranger ils vont se débrouiller pour les avoir », conclut l’élue qui insiste sur la nécessaire cohérence nationale.

Ce 6 décembre sur Arte

Vol au-dessus d’un nid de cigognes

Publié le 06/12/2020

Le dernier film du réalisateur Jean-Luc Nachbauer, « L’Alsace, terre de cigognes », est diffusé ce dimanche 6 décembre sur Arte.

Tourné ce printemps, le dernier film documentaire du réalisateur Jean-Luc Nachbauer est consacré à la réintroduction des cigognes blanches en Alsace. Au début des années 1970, il restait si peu de couples de reproducteurs dans la région que l’oiseau emblème de l’Alsace a bien failli disparaître. Un programme de réintroduction a été lancé, avec l’installation de 200 cigognes provenant de différents pays du Maghreb dans une vingtaine d’enclos répartis du Nord au sud de l’Alsace. Les oiseaux ont été sédentarisés pendant trois ans, afin de leur faire perdre l’envie de migrer, les accidents de migration étant l’un des points noirs pour la survie de la cigogne blanche. Une réintroduction trop bien réussie ? Quarante ans après les premières réintroductions, les cigognes blanches sont revenues en nombre dans le ciel alsacien. Dans les villes et les villages, elles font leur nid, générant parfois des nuisances ou des dangers pour la sécurité des habitants. On recense plus de 1 000 nids en Alsace aujourd’hui, rapporte Jean-Luc Nachbauer. Le sauvetage aurait-il « trop bien réussi » ? C’est ce que le réalisateur a cherché à comprendre en allant à la rencontre de différents personnages : Gérard Wey, un « Storckapapa » de la première heure, des maires plus ou moins satisfaits de l’installation de l’échassier dans leur commune, un agriculteur qui exploite des prairies en zone inondable très prisées par les cigognes, un artisan fabriquant des nids « sécurisés ». Entre les différents témoignages, le documentaire donne à voir le gouffre qui peut exister entre l’image de la gentille cigogne véhiculée par la culture populaire et la réalité, celle qui conduit parfois des cigognes adultes à jeter leur progéniture hors du nid, par manque de nourriture ou lorsque le cigogneau est trop chétif… Le réalisateur évoque aussi le bouleversement de l’instinct migratoire de la cigogne induit par la sédentarisation de l’espèce, qui trouve désormais à se nourrir dans les décharges publiques. Inévitable revers de la médaille ? La question se dessine en creux au fil du film. Les imprévus du tournage Le tournage ayant débuté au début du premier confinement, ce printemps, Jean-Luc Nachbauer a dû faire face à quantité de difficultés pour le mener jusqu’à son terme. Il a d’abord fallu convaincre les deux préfectures du bien-fondé de tourner un film animalier en pleine épidémie. Et faire avec les aléas liés au sujet lui-même : malgré tout l’intérêt qu’il leur portait, les cigognes n’ont pas songé à avertir le réalisateur de leur prochain départ d’Alsace, ce qui fait qu’il a failli manquer le moment de la migration… Les contraintes sanitaires et les restrictions de déplacement ont également pesé sur les conditions de tournage. Le résultat, toutefois, ne s’en ressent pas. En témoignent les très belles images, que l’on doit à Clément Nachbauer, le fils du réalisateur.

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