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Alphonse Acker à Weyersheim

Généreux et protecteurs

Publié le 11/12/2020

Après quelques semaines d’incertitude quant à la possibilité d’écouler ses sapins, Alphonse Acker, producteur à Weyersheim, met les bouchées doubles pour satisfaire une demande qui ne faiblit pas.

Au nord-ouest de Weyersheim, en contrebas de la ligne de chemin de fer, cinq saisonniers enchaînent les coupes. Tantôt un épicéa, tantôt un sapin bleu. Pas de répit ce premier mercredi après-midi de l’Avent, car il faut se préparer pour les ventes du week-end. « Pour certaines variétés, c’est important de laisser le sapin reposer trois jours pour qu’il se dégazéifie. Si on le met tout de suite dans une pièce chaude, il va perdre ses aiguilles », explique Alphonse Acker, le chef d’orchestre. Une fois coupés, les sapins sont nettoyés de leurs épines rouillées, au niveau du tronc, en attendant leur heure de gloire. « Cette année, les pungens (ou sapins bleus) sont particulièrement beaux. Ils poussent bien dans cette zone humide. En plus, leurs branches ne fléchissent pas facilement, et il a une certaine odeur. Je le préconise », lance ce producteur qui évalue à sept ou huit années de travail pour que cette espèce atteigne 2 m de haut. Ce dernier rappelle toutefois que si le cœur d’un acheteur penche pour un sapin bleu, une variété qui peut tenir jusqu’à Pâques, mieux vaut le décorer rapidement, car en quelques heures, au contact de la chaleur, ses aiguilles piquent plus. Un peu plus à l’est du village, sur une autre partie de ses 7 ha, Alphonse a aussi commencé à couper des nordmann mais il attend un bon coup de gel pour les honorer davantage. « Nous avons eu une nuit à -3 °C, mais cela ne suffit pas. Il en faut plusieurs d’affilée pour que la sève descende et éviter qu’ils ne dessèchent trop vite dans les maisons », précise-t-il. Une année à surprises Finalement, cette saison est presque normale pour ses sapins qui se jouent du confinement. Alphonse Acker en plante en moyenne entre 9 000 et 10 000 par hectare. Le 2 novembre, le producteur a livré ses premiers arbres aux neuf communes des alentours qui le sollicitent, « même si elles décorent un peu moins cette année », note-t-il. Le décret du 20 novembre l’a rassuré, et il a ainsi pu aménager son aire de vente, le long de la route principale. De quoi conclure sans trop de frayeurs cette année pour le moins surprenante. Si ce retraité actif de 71 ans passe le reste de son temps à bichonner ses plants ou à éclaircir ses parcelles avec son micro-tracteur doté d’un gyrobroyeur, les conditions météorologiques ont quelque peu bouleversé ses habitudes. « En mai d’abord, quand je me suis fait avoir par une gelée tardive qui a touché des sapins que j’avais plantés voilà un ou deux ans, mais ils savent se défendre tout seuls et rebourgeonnent déjà », rassure Alphonse Acker. Vers une meilleure année ? L’été et son soleil puissant ont quant à eux retardé l’étiquetage des sapins, en fonction de leur qualité : rouge pour le premier choix, orange pour le second. « Comme je dois évaluer la couleur de l’aiguille et la silhouette en août, j’étais trop ébloui et j’ai dû attendre octobre », se souvient l’expert qui n’avait jamais connu cela en 40 ans d’exercice. Tout a finalement été étiqueté à temps pour permettre aux saisonniers de couper les bons arbres. Une précaution importante car, depuis le 25 novembre, chaque jour, la centaine de sapins proposée à la vente doit être réapprovisionnée. « J’ai l’impression que les gens sont venus plus tôt que d’habitude. Peut-être voulaient-ils s’occuper pendant le confinement », émet l’épouse d’Alphonse, Fernande, qui accueille les particuliers. À en juger par la fréquentation de leur magasin éphémère, le couple se demande même si le bilan de la saison ne sera pas meilleur que d’autres années, « surtout si les grandes enseignes ne peuvent pas toutes mettre en place leurs offres de sapins contre des bons d’achat », remarque Alphonse Acker. Pour éviter les attroupements, la famille Acker a cependant renoncé à une tradition chère : afficher sur le chalet de vente la légende alsacienne du sapin protecteur. Dans cette histoire, à l’approche de Noël, un petit oiseau ne parvient pas à s’envoler vers les pays chauds, son aile étant brisée. Il cherche refuge sur un gros chêne qui le rejette, par peur de voir tous ses glands dévorés. Même réaction égoïste de la part du hêtre, puis du bouleau. Le sapin recueille le petit oiseau. La veille de Noël, un vent terrible souffle dans la forêt. Tous les arbres perdent leurs feuilles, sauf le sapin, qui reste vert car il avait accueilli le petit oiseau. Les Acker en sont persuadés, cette année, encore plus que d’habitude, le sapin guérira les âmes blessées.

Financements alternatifs

Comprendre les rouages

Publié le 10/12/2020

Le 6 novembre, l’association Terre de liens (TDL) Alsace a réuni une vingtaine de participants à sa visioconférence sur les financements participatifs, dans le cadre du Mois de la bio. Cette formation a permis de saisir les dynamiques de ces alternatives aux circuits bancaires traditionnels, leurs avantages et leurs limites.

Marie Balthazard, coordinatrice de TDL Alsace, a excellé dans l’art de la synthèse. En trois heures, accompagnée de Bénédicte Antoine d’Alsace Active, « au service d’entrepreneurs engagés », et d’Olivier Guillembet de la Nef, coopérative financière pour des projets d’utilité sociale, écologique et/ou culturelle, elle a relevé le défi d’expliquer ce que sont les financements alternatifs et le contexte dans lequel ils interviennent, en pointant aussi leurs imperfections. Après une brève présentation de l’association TDL, Marie Balthazard est entrée dans le vif du sujet. Depuis trois ans, TDL Alsace anime des ateliers et des tables rondes pour les porteurs de projets qui veulent s’installer en agriculture. L’association bénéficie de fait d’une expertise en financements alternatifs car « parfois, les projets agricoles sortent du champ d’action de TDL ». Les financements alternatifs sont des aides financières hors circuits bancaires traditionnels, explique Marie. Ils peuvent intervenir à différents moments de la vie d’une entreprise et servent surtout aux besoins de financements de projets atypiques. Les financements participatifs, qui ont pris de l’essor en 2008, au moment de la crise financière mondiale, sont en quelque sorte, les circuits courts financiers. L’individu est au centre du système et, pour le séduire, les plateformes de crowdfunding misent sur les projets novateurs. Don, prêt et investissement Quatre types d’investissement ont cours dans le monde du financement parallèle : le don avec contrepartie (sous forme de cadeau), utilisé pour des recherches de financements inférieurs à 20 000 euros, le plus souvent pour « émerger » ; l’investissement participatif, le crowdequity, dont l’aboutissement permet des prises d’actions et des bons de participation pour financer des besoins à partir de 100 000 euros ; et le prêt, le crowdlending, pour se développer, démarrer un nouvel atelier, investir dans du matériel, pour des valeurs intermédiaires de quelques dizaines de milliers d’euros. « Je schématise », prévient Marie Balthazard. Il existe des plateformes de financements participatifs géographiques, thématiques, généralistes, parmi lesquelles les plus connues sont Ulule, KissKissBankBank, Miimosa pour l’agriculture. En 2019, 33 % des fonds nécessaires à des entreprises ont été collectés via les plateformes de crowdfunding. « C’est donc un levier économique conséquent », tranche Marie. En 2020, il n’y a d’ailleurs plus de souscripteur ou de financeur-type. « Les moins de 30 ans sont de très bons souscripteurs », pointe-t-elle, d’ailleurs. Le statut des plateformes est davantage encadré depuis 2014. Elles sont contrôlées par l’Autorité des marchés financiers (AMF) et enregistrées à l’Organisme pour le registre unique des intermédiaires en assurance, banque et finance (ORIAS). Elles disposent d’un agrément en qualité d’établissement de paiement, pour le don ; pour le prêt, d’un agrément IFP pour les « intermédiaires en financement participatif » ; pour l’investissement en fonds propres, du statut de conseiller en investissement participatif. Le visa de l’AMF est requis pour certains seuils de collecte de fonds. Une influence sur la comptabilité Dans le même secteur de la transition agricole et climatique officient Miimosa et Blue Bees. Si leurs parcours sont parallèles, remarque Marie Balthazard, leur développement diverge. Blue Bees est centré sur l’agriculture biologique et locale, « du champ à l’assiette », tandis que Miimosa, via Miimosa transition, vise notamment la « food-tech », avec des collectes de 50 000 à 1 million d’euros., sur lesquelles les taux d’intérêt grimpent à 3,5 %. « Il faut creuser pour savoir ce que font les plateformes, qui est derrière, quelles banques, si les placements sont intéressés ou non et, aussi, quel est le montant de la commission, insiste Marie. Certaines plateformes prennent 8 % alors même que les dons proviennent de la famille du porteur de projet. Et, parfois, c’est tout ou rien : si on obtient le montant espéré, les plateformes reversent l’argent, sinon elles remboursent les contributeurs. » Avec Blue Bees, même si l’objectif n’est pas atteint, le porteur de projet reçoit les fonds levés, dans le cadre du don. Pour ce qui est des prêts, des plateformes ont une réelle rentabilité d’entreprise, elles prennent de 2 à 6 % d’intérêt. Qui palpe, au final ? « C’est important de le savoir », souligne Claude Sourice, ex-directeur de l’AGC Cegar (expertise comptable gestion agricole et rurale) à Rouffach. Il insiste aussi sur une réalité trop souvent omise : « Le don est un produit. Le contre-don est une perte. Il y a une incidence sur le régime fiscal. Un financement participatif a une influence sur la comptabilité ! » Bien communiquer Marie présente des projets soutenus par des campagnes de dons avec contrepartie. La Ferme de la Colline à Pfaffenhoffen (67), une ferme TDL en biodynamie, a choisi la plateforme Zeste pour récolter un peu moins de 7 000 euros, afin de lancer son atelier de poules pondeuses. Son plus ? L’humour : « Pour 5 euros et plus. Hopla, merci mon poussin ! Vous venez de parrainer une poule. Vous aurez ainsi droit à des photos […]. Pour 10 euros et plus. Hopla, ça roule, ma poule ! […] Vous venez de parrainer un arbre ! » Pourtant, 80 % seulement du montant avait été collecté. Il faut marteler le projet, ajoute-t-elle : « Des paysans boulangers publiaient régulièrement des photos de leur four, en cours de construction, pour relancer la comm’. Sur chaque photo, quelques briques en plus. » Justine et Marie, maraîchères du Carré du Ver luisant à Erstein (67), ont cherché 13 000 euros, sur Blue Bees… avec succès ! « Les contre-dons provenaient de leurs amis et clients. Elles ont négocié des cadeaux, comme pour une tombola : de la choucroute, des cuillères en bois, des dîners dans un restaurant gastronomique. Quand la contrepartie n’est pas issue de la ferme, il n’y a ni perte, ni travail supplémentaire », félicite la coordinatrice de TDL Alsace, qui regrette que les plateformes aient « rendu le don payant ». Seules les semences aromatiques provenaient de l’exploitation des jeunes femmes qui voulaient deux serres mobiles. Des plateformes et des hommes Il est aussi possible de se passer des plateformes de financements participatifs, a conclu Marie Balthazard. Les autres solutions sont notamment la cagnotte solidaire (initiée par les Amap pour préfinancer des maraîchers à taux 0), le parrainage (ciblé sur un support de production et rétribué, selon le contrat), le modèle GartenCoop (préfinancement de l’activité et contre-don sans valeur marchande, selon les rendements), les clubs d’investisseurs (type Les Cigales, avec prise de participation au capital sur cinq ans) et la prise de part dans une société collective d’investissement (pour un engagement jusqu’à trente ans). Olivier Guillembet, « banquier itinérant » à la Nef, qui compte 50 000 épargnants dont les produits d’épargne sont versés à des associations partenaires à hauteur de 25, 50 et jusqu’à 70 %, a pris le relais de cette après-midi de formation. « Nous finançons à 95 % des entreprises », a-t-il cadré d’emblée, tout en insistant sur la transparence des fonds employés. La force de la Nef est d’être réactive, a-t-il encore remarqué, admettant une édition des offres de prêts peut être plus longue qu’ailleurs. « Nous collections plus d’argent qu’on en prêtait », a-t-il encore confié. La banque « sociale et solidaire », dont le total bilan s’élève à 500 millions d’euros, réaffecte aujourd’hui ses ressources à 55 % dans le financement. « Le financement de projets agricoles qui valorisent l’humain est dans notre ADN. Le risque est plus important en agriculture qu’ailleurs mais France Active apporte une garantie », a révélé Olivier. Le taux de l’emprunt est plus élevé à la Nef que dans les autres banques : + 2 % sur 37 ans. Alsace Active est la branche alsacienne du réseau associatif France Active qui garantit (en excluant les cautions personnelles, comme la Nef), finance et investit pour l’emploi et les précaires, en plus de les accompagner gratuitement. Si Alsace Active est peu présente dans le monde agricole, elle finance des trésoreries de démarrage pour de la vente en circuits courts, notamment. « L’alimentation durable est un axe privilégié », précise Bénédicte Antoine, responsable de financements. Le taux d’intérêt d’un prêt participatif Alsace Active est aussi à 2 %. Pour en savoir plus, la Région Grand Est propose un module gratuit sur l’économie sociale et solidaire : Be EST Entreprendre, à retrouver sur son site Internet.

Publié le 09/12/2020

Mauvais coup pour la filière du biogaz injecté. Le Gouvernement vient de durcir les conditions d’accessibilité, les prix du biogaz sont révisés à la baisse de même que les aides.

Le nouveau tarif de rachat du biogaz injecté est entré en vigueur le 23 novembre dernier. Il s’applique aux futurs contrats de vente de biogaz. Et une baisse d’environ 10 % sera appliquée. L’Association des agriculteurs méthaniseurs de France (AAMF) soulève que les tarifs seront indexés sur le nombre de futures installations, d’où une incertitude sur les prix à venir. Et, en conséquence, des plans de financements incertains pour les exploitants agricoles souhaitant se lancer dans le biogaz injecté. De même, les aides de l’Ademe sont indexées à la baisse. Pour les agriculteurs disposant de faibles capacités d’autofinancement, c’est un mauvais signe car ces aides de l’Ademe sont intégrées dans les fonds propres. Ces mesures reflètent clairement un souhait du Gouvernement de tempérer le développement des méthaniseurs. En conséquence, les exigences préalables à la contractualisation d’un tarif d’achat de biogaz injecté s’intensifient. De même pour les contraintes administratives - permis de construire, dossier ICPE (Installation classée pour la protection de l’environnement). Enfin, la TIC (Taxe intérieure sur la consommation de gaz naturel) s’appliquera également au gaz renouvelable. Par ailleurs, le taux d’incorporation des cultures intermédiaires à vocation énergétique (Cive) et des cultures dédiées devra être inférieur à 50 % et « être conforme aux principes agroécologiques ». Par ailleurs, le ministère de la Transition écologique a présenté les orientations de la réglementation environnementale 2020. Son objectif vise à améliorer la performance énergétique des bâtiments, un secteur qui pèse pour 45 % de la consommation d’énergie en France et pour 18 % des émissions de gaz à effet de serre. Mais cette loi concerne le bâtiment neuf, mais pas le parc de logements existants. Notons que la vente de chaudières à gaz sera proscrite à partir de 2022.     [#ConfPresse @AAMF_biogaz] Sur l’arrêté tarifaire il ne s’agit pas d’une simple baisse de tarif mais d’une succession de freins pour la filière(fin #PrimeP2, conditions d’obtention du tarif durcies, Cmax non annualisé...)qui fragilise particulièrement la #méthanisation agricole. pic.twitter.com/sQv3yMjpeM — Gaz d'aujourd'hui (@Gazdaujourdhui) September 14, 2020      

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