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Guillaume Moschler, jeune agriculteur chasseur

« Chacun doit y mettre du sien »

Publié le 23/12/2020

Interpellé par un chasseur auprès de qui il se plaignait des dégâts de corbeaux sur ses plantations, Guillaume Moschler, jeune agriculteur d’Innenheim, a passé son permis de chasser, pour les réguler.

Contre les corbeaux, il a pris l’arme ! Guillaume Moschler, 28 ans, a passé son permis de chasser, il y a cinq ans, à Geudertheim, où se trouve le siège de la Fédération des Chasseurs du Bas-Rhin (FDC 67). Aujourd’hui, il est partenaire de chasse sur un lot qui englobe sa parcelle, à Innenheim. « J’ai un lot de chasse, depuis trois ans. Je suis plus libre ainsi », déclare-t-il. Ils sont neuf partenaires, au total, dont cinq à « sortir tous les dimanches aux corbeaux, au printemps ». « Pour avoir un résultat, il faut sortir, dit-il. En début de semaine, on repère où passent les corbeaux et le week-end, on se cache dans les haies, après avoir déposé des corbeaux fictifs en plastique pour les appeler. Quand ils viennent, on les tire, à 30 m maximum, avec un fusil de précision et du calibre 12. Il faut être en place au lever du jour. Et il faut changer d’endroit souvent. Les corbeaux sont malins. » Fin novembre, il a pu organiser une battue, dans la moutarde qu’il avait plantée, pour tuer quatre sangliers. « On les a vus et tirés le jour même. On peut réguler les sangliers dans la moutarde », s’exclame-t-il. Guillaume milite pour que les agriculteurs laissent l’engrais vert (sorgho, moutarde ou phacélie), jusqu’en janvier, sur leurs parcelles, afin que les sangliers s’y glissent avec plaisir et que les chasseurs puissent les tuer. Intérêts communs Pour « détruire » les volatiles sur une autre de ses parcelles, Guillaume Moschler demande l’autorisation au patron de la chasse qui comprend son champ. S’il pourrait légalement se passer de l’approbation du détenteur de droit de chasse, puisqu’il effectue une destruction, il préfère mettre les formes : « ça favorise la bonne entente », juge-t-il. « Le patron de chasse est toujours d’accord que je tire sur ma parcelle. Les chasseurs et les agriculteurs ont un intérêt commun à ce qu’il y ait moins de corbeaux. Chez nous, le lièvre et le faisan se redéveloppent, depuis qu’on tire les corbeaux. On en a tué 90 cette année et 140, l’an passé. Sur deux lots de chasse, c’est beaucoup ! Pour les agriculteurs, c’est bénéfique pour le maïs, les choux, les salades. Les oiseaux enlèvent les pousses des légumes juste pour voir s’il y a un ver en dessous. C’est d’autant plus emmerdant que l’année d’après, ils reviennent ! En 2020, c’est la première fois qu’il y a des dégâts dans le maïs, chez moi, témoigne Guillaume, qui est syndiqué JA. Si, sur chaque lot de chasse, une centaine de corbeaux étaient tués chaque année, ça irait. Chacun doit y mettre du sien, chasseurs et agriculteurs. C’est bien que les agriculteurs régulent. »       En #automne il y a les #courges mais aussi toutes sortes de #choux aux nombreuses vertues ?? Nous vous accueillons ce... Publiée par EARL Ferme Moschler sur Samedi 24 octobre 2020     Un devoir et une passion Si Guillaume a passé son permis de chasser pour cela, l’année de son installation sur la ferme familiale, il y a pris goût. Sur quatre battues en trois semaines, en 2020, il a tiré cinq chevreuils et cinq sangliers, à Valff, Krautergersheim et Meistratzheim. Sur ses deux lots de chasse, à Innenheim, il a tué 80 corbeaux, cette année, et un sanglier, depuis un mirador, seul, cet été. « J’aime la forêt. Quand j’étais petit, je me baladais tout le temps. J’aime la nature, le monde sauvage, confie-t-il. Et j’aime tirer. C’est intéressant de tuer le sanglier parce que ça permet de diminuer les dégâts dans le maïs. Quand je participe à une battue, ailleurs, c’est de l’entraide ; j’amène ma pierre à l’édifice. » Pour ce qui est du chevreuil, sa régulation évite la consanguinité. Plus qu’un devoir moral, la chasse est devenue une passion. « De novembre à janvier, j’y suis tous les dimanches, au sanglier, jusqu’en milieu d’après-midi. Et, au printemps, je tire les corbeaux tous les dimanches matin de 5 h 30 à 9 h », détaille le jeune agriculteur, qui apprécie la convivialité des repas de chasse et attend avec impatience la levée des mesures sanitaires pour pouvoir à nouveau festoyer. « On rencontre beaucoup de personnes de corps de métiers différents. Ça me change les idées et on développe une solidarité. Là où je vais, il n’y a pas de femmes mais elles sont de plus en plus nombreuses, notamment dans les battues à l’arc. Pour l’instant, on voit encore plus de femmes qui traquent, des rabatteuses », constate Guillaume. Ses copains agriculteurs l’appellent maintenant pour lui demander les coordonnées des chasseurs sur leurs communes. Il fait le lien. Un investissement… en temps « Je n’ai jamais calculé combien ça me coûte. C’est un petit investissement. Plus on est de partenaires, moins la location de la chasse est chère. L’arme, on l’achète une seule fois, a priori. Une carabine et une lunette, c’est 2 000 euros ; un fusil, 700 euros. J’en ai pour 200 euros de balles et de cartouches par an, environ ; 24 euros d’assurance. La validation du permis de chasser dans le Bas-Rhin et le timbre sanglier m’ont coûté 180 euros, cette année », estime Guillaume Moschler, qui n’a pas d’autres loisirs. « Entre le boulot et la chasse, il me reste peu de temps pour autre chose », reconnaît-il.

Publié le 22/12/2020

Après une année 2019 particulièrement catastrophique, les dégâts de sangliers ont diminué en 2020 dans les deux départements alsaciens. Pourtant, la situation reste préoccupante, estime Laurent Fischer, responsable du groupe chasse à la FDSEA du Bas-Rhin.

Installé à Lingolsheim, en limite des bans de Geispolsheim et de Holtzheim, Laurent Fischer se trouve « dans un secteur très touché » par les dégâts de sangliers. « À Illkirch, c’est encore pire. Depuis que la réserve naturelle a été créée*, le tir est interdit. Et ce sera pareil dans la réserve de La Robertsau-La Wantzenau, qui vient d’être actée », prédit-il. Responsable du groupe chasse à la FDSEA du Bas-Rhin depuis 2012, il a vu la situation se détériorer d’année en année. « Il y a sept, huit ans, les dégâts concernaient essentiellement le maïs, dans le Ried nord et sud, et en Alsace Bossue. On comptabilisait entre 600 et 700 ha de dégâts par an. Quand on atteignait 1 000 ha, c’était un pic. Mais, depuis trois ans, c’est presque devenu la norme. Cette année, on est à 1 200 ha de dégâts », décrit-il, précisant que la situation est encore pire dans le Haut-Rhin et en Moselle (lire l'encadré). En 2019, dans le Bas-Rhin, plus de la moitié des surfaces ravagées par les sangliers se concentraient sur les prairies. « Cette année, c’est plutôt le maïs qui est touché - les sangliers ont profité du confinement des chasseurs au moment des semis - et les dégâts sur blé augmentent, ce qui nous inquiète. » Les dégâts sur prairies restent à un niveau préoccupant, en particulier sur le massif vosgien, où le relief et la proximité de la forêt rendent les parcelles difficiles à protéger. « En plaine, on peut mettre des clôtures mais, en montagne, c’est beaucoup plus fastidieux et souvent inefficace », indique Laurent Fischer. Dans le Haut-Rhin, où plus de 1 600 ha ont été endommagés par les sangliers cette année, Alexandre Bosserelle, directeur du Fonds d’indemnisation des dégâts de sangliers (Fids) mentionne une explosion des dégâts sur maïs en plaine et un recul sur prairies. Travailler davantage avec les forestiers Comment lutter contre ce fléau ? « Il faut qu’on travaille davantage avec les acteurs de la forêt, estime Laurent Fischer. On partage les mêmes problématiques de dégâts de gibier. Les sangliers se déplacent de la forêt aux champs. Il faut qu’on se mette d’accord sur les moyens à mettre en place, sur une stratégie cohérente qui préserve les cultures et la forêt. » Face à la surpopulation de sangliers, il faut aussi pouvoir s’appuyer sur les chasseurs. « Il faudrait s’inspirer de ce qui se fait dans le Ried nord et sud, où les chasseurs sont très bien organisés », estime le responsable syndical, qui plaide pour des actions communes aux locataires de plusieurs lots de chasse qui permettraient une régulation à plus grande échelle. Autre proposition de Laurent Fischer : que les chasseurs, qui sont confrontés à un problème de renouvellement des générations, intègrent des jeunes chasseurs dans leurs rangs. « Tout le monde serait gagnant : le jeune, qui tire des sangliers et réduit les dégâts dans les cultures, et le chasseur qui allège sa facture. » Opération « SOS dégâts » Une idée que le Fids du Bas-Rhin cherche à promouvoir via la mise en relation de chasseurs volontaires et de locataires de chasse qui peinent à remplir leurs obligations de régulation. L’opération, baptisée « SOS dégâts », a démarré par un premier appel auprès des locataires de chasse, indique Pierre Criqui, président du Fids du Bas-Rhin. L’objectif est de parvenir à mobiliser suffisamment de chasseurs prêts à sortir la nuit pendant la période sensible des semis de maïs, au printemps. Rappelons que 12 % du montant des locations de chasse sont versés au Fids pour indemniser les dégâts de sangliers. Si les dégâts explosent dans un secteur donné, celui-ci demande une rallonge aux locataires de chasse concernés, ce qui peut se traduire par des surcoûts de plusieurs dizaines de milliers d’euros. Cela ne résout pourtant pas le problème des « chasses business » qui font du tort à l’agriculture en laissant pulluler le gibier. « Les communes doivent être beaucoup plus vigilantes dans l’attribution des lots de chasse, affirme Laurent Fischer. Aux prochaines adjudications, les tarifs ne seront plus du tout les mêmes : il y a de moins en moins de chasseurs et il est de plus en plus compliqué de chasser. Il y a des chances pour que les chasses où il y a beaucoup de dégâts ne trouvent pas preneur. Si les communes n’intègrent pas cela, ça va faire mal. »

Armbruster-Vignes et AB2F

« Un mariage intelligent »

Publié le 21/12/2020

Le Groupe Armbruster, entreprise de collecte et négoce, et de fourniture de produits pour l’agriculture, et AB2F Concept, distributeur de solutions agronomiques très orientée biocontrôle, ont annoncé le 8 décembre leur rapprochement. Un mariage visant à répondre aux enjeux sociétaux de la séparation de la vente et du conseil de produits, et du développement des solutions de biocontrôle.

Mariage de raison ou d’amour ? En tout cas, la nouvelle entité unissant AB2F et Armbruster-Vignes va peser lourd dans le paysage viticole alsacien de l’approvisionnement – distribution des produits de la vitiviniculture alsacienne. « On s’est uni pour partager nos convictions », résume Étienne Armbruster. « Un mariage intelligent en somme. Ils ont un savoir-faire, nous aussi. » Des savoir-faire en formation HVE Alors quels sont-ils ? Armbruster-Vignes est aujourd’hui leader en formation HVE et a particulièrement développé la confusion sexuelle, en réussissant même le tour de force de « confuser » 1 200 ha d’un seul tenant de quelques communes viticoles. Une performance quand on sait le morcellement du parcellaire viticole alsacien. Et depuis quelques années déjà, l’entreprise promeut les solutions de biocontrôle. Mais au-delà, Armbruster-Vignes est aujourd’hui adossée au Groupe Armbruster fort d’une centaine de millions d’euros de chiffre d’affaires et 110 collaborateurs dont 14 en vigne, d’une station de recherche et développement appliquée, intégrée au sein du réseau national Étamines, composé de onze stations d’expérimentation. Et depuis plusieurs années, le groupe Armbruster, sous la houlette de Cédric Kayser a mené une politique sur le marché de « l’appro vigne » davantage orientée sur « l’accompagnement des viticulteurs et la recherche de qualité de mise en marché, et pas uniquement orientée sur les prix ».       ? Nous avons le plaisir de vous annoncer qu’à compter d’aujourd’hui AB2F Concept et le Groupe Armbruster vont unir leurs… Publiée par Groupe Armbruster sur Vendredi 11 décembre 2020     Dans la mouvance du biocontrôle Et c’est sur ce point particulièrement qu’Étienne Armbruster s’est entendu avec AB2F Concept pour unir les deux destinées. AB2F, c’est l’histoire de quatre technico-commerciaux qui ont repris une entreprise « d’appro » à Kaysersberg, dirigée alors par Lucien Schroeter, un pionnier des solutions agrobiologiques. Bertrand Ancel, Pascal Benni, Michel Fritsch et Stéphane Freyermuth ont alors connu le succès de la mouvance bio qui est depuis passée du statut de solution alternative à celui de solution promue par les pouvoir publics et par les institutions agricoles. Mais pourquoi le terme « concept » ? Lucien Schroeter, puis ses quatre successeurs, ont propagé les thèses de la trophobiose de Francis Chaboussou. Ce chercheur de l’Inra avait démontré qu’une nutrition minérale équilibrée est favorable à la synthèse des protéines, et que les plantes cultivées sont ainsi moins sensibles aux maladies et autres ravageurs. « L’outil, la volonté et les Hommes » « Nos visions sont complémentaires », poursuit Étienne Armbruster. « J’ai toujours souhaité que notre métier se conjugue autour de trois valeurs : les outils, la volonté et les Hommes », souligne-t-il. « Comment pouvions-nous avancer », s’interroge-t-il ? « Devant les incertitudes de notre métier, on s’est dit qu’il fallait se regrouper. » Car l’enjeu à très court terme, c’est-à-dire au 1er janvier prochain, c’est la séparation du conseil et de la vente des produits phytosanitaires fussent-ils en biocontrôle ou en viticulture classique. Donc Armbruster-Vignes va continuer dans cette perspective, avec le conseil. Au-delà, souligne Étienne Armbruster, « nous nous devons ensemble d’assurer un service d’accompagnement de qualité des viticulteurs qui veulent se lancer, AB2F le souhaite aussi, et par ce mariage, nous apportons encore plus d’expérience et de technicité ». Ce mariage devrait aujourd’hui représenter une zone de chalandise de 6 000 à 7 000 ha de vigne. Quant au Groupe Armbruster, il passe de 110 à 122 collaborateurs avec cinq dépôts. Mais déjà, Étienne Armbruster n’exclut pas un développement dans la haute vallée rhénane. Le groupe a dernièrement ouvert une succursale outre-Rhin à Herbolzheim dans le Kaiserstuhl.

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