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Fonctionnement électrique du sol

Piloter le potentiel rédox de ses vignes

Publié le 29/12/2020

La compréhension du potentiel rédox permet de piloter sa viticulture, et de prendre conscience des effets réducteurs ou oxydants de ses pratiques. Cela concerne autant la gestion des couverts et plus largement des sols, que le choix des molécules phytosanitaires.

Les éléments minéraux et les molécules organiques peuvent gagner ou perdre des électrons. Chaque molécule qui gagne des électrons subit une réduction. Inversement, la perte d’électrons est une oxydation. Un milieu vivant soumis à l’influence de facteurs oxydants ou réducteurs voit l’ensemble de son système évoluer vers l’oxydation ou la réduction. C’est-à-dire que chacune de ses molécules ou des éléments minéraux évolue vers un état plus oxydé ou plus réduit que son état de départ. Une mesure permet d’appréhender cette évolution : c’est ce qu’on appelle le potentiel rédox. L’agriculture est souvent question de chimie. Le potentiel rédox trouve ainsi son utilité quand, en considérant cet état d’oxydation ou de réduction mesuré, il est possible de prédire quels microorganismes vont préférentiellement se développer sur ce milieu. Et prédire l’état de solubilité, de disponibilité des éléments minéraux ou leur toxicité. Dix ans de mesures Olivier Husson et ses équipes du Cirad (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement) se sont attelés depuis une dizaine d’années à mesurer le potentiel rédox des sols agricoles. Si non seulement les virus, les bactéries, les algues, les champignons, les levures ont des potentiel rédox de prédilection pour se développer, les plantes également se développent préférentiellement sur tel ou tel type de sol et de potentiel rédox. Avec la bioélectronique, les connaissances se sont affinées. Et en réalité, on tient compte de deux grandeurs rédox, d’une part celle liée aux électrons (comme décrit précédemment) et d’autre part le pH qui correspond à la concentration en protons du milieu. Dans le monde vivant, l’oxydation correspond à une perte d’électron, à une perte d’énergie. C’est l’oxygène qui consomme les électrons pour donner des composés « superoxydes » particulièrement toxiques pour les cellules vivantes à plusieurs niveaux : ces composés s’attaquent à l’intégrité des parois cellulaires, ils attaquent la chaîne d’ADN et ce sont des superoxydants grands consommateurs de substances de défenses naturelles. Inversement, le gain d’électrons est porteur d’énergie. Dans un état réducteur, les molécules peuvent exercer leur rôle de défenses naturelles et neutraliser justement les produits des réactions vitales de respiration qui ont besoin de l’oxygène. Un équilibre Tout milieu est le résultat d’un équilibre entre forces opposées, d’un côté les facteurs oxydants, de l’autre les facteurs réducteurs. Les facteurs oxydants, c’est-à-dire nocifs à la vie, quels sont-ils ? Citons pêle-mêle les UV du soleil, les produits phytosanitaires, les fertilisants oxydés (tous ceux qui se terminent en « ate », nitrates, sulfates, phosphates), mais également la chaux, etc. Citons également les ondes électromagnétiques, les endroits de déséquilibre géobiologique… Et les facteurs réducteurs, et donc pourvoyeurs d’électrons, qu’en est-il ? La photosynthèse, dont le bilan consiste à transformer des photons en électrons, tout ce qui protège les sols des UV oxydant, les litières, tout ce qui protège et favorise la biologie des sols, et de nombreuses substances réductrices, de compositions fermentaires… Comment cela se passe ? La plante se situe dans un état rédox initial (Eh) globalement compris entre 350 mVolts et 450 mVolts, et un pH oscillant entre 5 et 8. Par rapport à cet état d’équilibre, des facteurs oxydants font augmenter le Eh et des facteurs réducteurs le font baisser. L’objectif de la conduite viticole consiste donc à interférer au minimum sur cet équilibre rédox et à économiser, tant que possible, tout au long du cycle végétatif, les stress oxydatifs et réducteurs. Quels sont les stress réducteurs infligés à la vigne ? Le tassement des sols, l’hydromorphie, des substances hyperréductrices telles que l’urée ou l’ammoniaque. Et les stress oxydatifs ? Les molécules fongicides, dont l’action est d’agir par hyperoxydation, le labour et la mise à nu des sols. Parallèlement, certains facteurs stabilisent le potentiel rédox : limiter la taille d’hiver et les tailles en vert qui agissent indirectement en consommant des substances phénoliques de défenses naturelles, la matière organique des sols qui joue le rôle de réserve. Pilotage rédox Le pilotage rédox en viticulture consiste à apprécier l’impact rédox de ses pratiques. Quelles interventions provoquent une oxydation du système SPM (sol-plante-microorganisme) ? Et lesquelles induisent une réduction ? Exemple : le tassement du sol réduit la capacité tampon du sol en diminuant la capacité de celui-ci à stocker les électrons issus de la photosynthèse des couverts. Conséquence, faute de tampon rédox, un traitement au cuivre va provoquer une montée brutale du potentiel rédox de la plante. Immédiatement le mildiou est neutralisé, mais à moyen terme, la plante oxydée sera fragilisée si un autre oxydant se surajoute, telle une canicule, avec l’ozone et les UV. À plus long terme, les cumuls oxydatifs accélèrent les mécanismes de sénescences, c’est-à-dire de dépérissement. La base de la bonne gestion du potentiel rédox repose sur l’augmentation du taux de matière organique, des couverts qui injectent des électrons dans le système SPM ; minimiser les stress oxydatifs par le choix de solutions peu agressives du vivant, de la taille douce ; et rééquilibrer par des substances réductrices quand la plante subit des oxydations.

Cuma des irrigants de Batzendorf et environs

La pose des conduites est en cours

Publié le 28/12/2020

Dès la saison prochaine, 21 agriculteurs réunis au sein de la Cuma des irrigants de Batzendorf et environs pourront irriguer leurs cultures en prélevant de l’eau dans la gravière communale de Batzendorf. Le point sur ce projet hors du commun.

Chaque mardi matin, depuis le 15 septembre, qu’il pleuve ou qu’il vente, une réunion de chantier se tient à la mairie de Batzendorf, village proche de Haguenau. Elle se prolonge généralement sur le terrain, à la gravière communale, point de départ du futur réseau d’irrigation qui ravitaillera en eau 21 exploitations à compter de la saison prochaine. Pascal Fuchs, président de la Cuma des irrigants de Batzendorf et environs, et Patrice Denis, conseiller irrigation à la Chambre d’agriculture Alsace (CAA), font le point sur l’avancement des travaux avec le maître d’œuvre, Franck Falcou, du bureau d’études lyonnais CA Eau, spécialisé dans l’irrigation. Il s’agit de passer en revue les aspects techniques et financiers au fur et à mesure de la progression du chantier. Le projet a mis du temps à se concrétiser. « On travaille dessus depuis 2017 », souligne Patrice Denis qui met en avant sa complexité réglementaire et la lourdeur inhérente à un projet collectif de cette dimension. Il consiste à pomper l’eau dans une gravière alimentée par la nappe du pliocène de Haguenau, grâce à une station de pompage flottante. Celle-ci enverra l’eau dans une station de reprise alimentant les 19 kilomètres de réseau. La pose des canalisations est en cours : « L’entreprise Pontiggia pose le réseau principal. Il devrait être achevé avant Noël », précise Pascal Fuchs, présent pratiquement tous les jours sur le terrain. Pour les canalisations secondaires, ce sont les exploitants qui se chargent eux-mêmes de l’opération. La date limite est fixée au mois d’avril, de manière à pouvoir installer la station de pompage et commencer à irriguer les cultures qui en ont besoin fin avril-début mai. Pas plus de 200 000 m3/an Les 21 exploitants impliqués ont acheté un « droit d’eau » correspondant à leurs besoins. Le prélèvement total ne dépassera pas 200 000 m3/an, pour une ressource estimée à plus de 350 000 m3/an. « Le réseau comporte 17 bornes. Sur chaque sortie, on limitera la pression et le débit », précise Patrice Denis. Le principe étant qu’une seule machine fonctionne au même moment sur chaque borne, les agriculteurs devront s’arranger entre eux pour irriguer à tour de rôle. « Il n’y a pas eu de concertation au niveau de l’assolement mais, à l’avenir, en fonction du climat, l’assolement rentrera en ligne de compte », prévoit le conseiller irrigation. Qu’ils produisent des asperges, du houblon, des petits fruits ou du maïs fourrage, les 21 membres de la Cuma ont tous besoin d’eau. « Nous sommes dans une zone d’agriculture diversifiée, avec des terres sableuses, très légères, qui ne retiennent pas l’eau », expose Pascal Fuchs. Arnaud Ohlmann, agriculteur à Ohlungen, cultive des pommes de terre, des pissenlits et s’est lancé cette année dans la patate douce, qu’il livre aux GMS. « J’ai commencé par 4 ha et je compte augmenter la surface l’an prochain car la demande est là », témoigne-t-il. Mais les patates douces, qui remplacent désormais le tabac dans son exploitation, « ont absolument besoin d’être irriguées. » Or, le Jägerbuchel, petit cours d’eau qui traverse Ohlungen, fournit de moins en moins d’eau. Partant de ce constat, l’agriculteur a fait cette année un échange de parcelles avec un collègue pour pouvoir implanter la moitié de sa surface de patates douces à Obermodern, au bord de la Moder. Désormais, il attend avec beaucoup d’impatience la mise en service du réseau d’irrigation à partir de la gravière de Batzendorf. Un revenu pour l’avenir Florent Schneider, maraîcher à Wintershouse (1 ha d’asperges, 1 ha de cultures maraîchères diverses, 40 ares de framboises), n’est pas moins impatient. Ces dernières années, la sécheresse estivale a provoqué le dépérissement de ses cultures et une baisse de rendement difficile à supporter pour une petite exploitation comme la sienne, dont la production est vendue en direct à la ferme et sur les marchés. Jusqu’alors, il trouvait la parade en implantant les cultures maraîchères dans les « bonnes terres », situées de l’autre côté du village : celles-ci ayant une meilleure capacité de rétention d’eau, elles étaient moins affectées par la sécheresse. Mais la parade a ses limites : sur ces terres-là, à l’automne, la récolte s’avère souvent compliquée. « Avec ce projet, on va pouvoir assurer un rendement », se réjouissent les deux agriculteurs. Arnaud Ohlmann, qui dispose de 35 ha de SAU, pense qu’il pourra également améliorer ses rotations en exploitant davantage les terres sablonneuses. À un peu plus long terme, les deux membres de la Cuma y voient un gage de pérennité pour les exploitations du secteur. « J’ai un fils de 15 ans qui étudie à Obernai. S’il veut reprendre, cela passe par un projet comme celui-là qui lui assure une récolte et un revenu », souligne Arnaud Ohlmann. Pascal Fuchs approuve : dans les 21 exploitations membres de la Cuma des irrigants de Batzendorf et environs, cinq installations sont susceptibles de se concrétiser grâce à la sécurité qu’offre l’irrigation.

Publié le 27/12/2020

Par Julien Koegler, président des Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin.

Chères lectrices, lecteurs, amis… L’année 2020 se termine et nous sommes tentés de dire : enfin ! Les années difficiles s’enchaînent pour nos exploitations et celle-ci fut particulièrement éprouvante. Nous souhaitons tous ne plus avoir à revivre une crise comme celle-ci. L’année a été bien sûr marquée par la crise de la Covid-19 mais également par ses conséquences économiques dont nous n’avons qu’un aperçu pour le moment. Le coronavirus a mis la France au ralenti durant le premier semestre de l’année. Il a fallu rapidement se réinventer. Le télétravail s’est généralisé, laissant la place à nos engins agricoles perdus sur des routes désertes. Les visioconférences ont remplacé les traditionnelles réunions, compliquant fortement l’ensemble des négociations en cours. Ces réunions virtuelles ne permettent pas de passer l’ensemble des messages notamment les plus virulents. Dans notre combat, le contact humain est essentiel pour échanger nos idées. Ce qui s’est fait sentir en premier pour nous, agriculteurs, c’est la mise en arrêt du secteur de la restauration. Il a fallu réorganiser l’ensemble de nos débouchés en très peu de temps afin de maintenir l’économie déjà fragile de nos filières. Cette année également, comme tout le monde, nous avons dû faire une croix sur nos manifestations phares : l’Opération sourire devant le Parlement européen, la tournée cantonale, les finales de labour… Ces actions qui, chaque année, ont pour objectif de montrer le vrai visage de l’agriculture, n’ont pas eu lieu. Tandis que l’agribashing, lui, n’a pas stoppé en 2020. Les médias et associations n’ont pas cessé de diaboliser notre métier. Aujourd’hui, plus que jamais nous devons poursuivre ce combat, montrer au grand public que l’agriculture ce sont des hommes et des femmes passionnés par le métier, soucieux du bien-être animal et des attentes des consommateurs. Il y a encore trop d’idées reçues sur l’agriculture, à nous d’aller plus loin. Pour compléter ce bilan déjà lourd, nous avons dû faire face à une année particulièrement difficile sur le plan climatique. Cette année encore, la sécheresse a eu des conséquences catastrophiques pour bon nombre d’entre nous. Néanmoins, et fort heureusement, il n’y a pas eu que du négatif, je retiens que la Covid-19 nous a permis de replacer l’agriculture comme un maillon essentiel à nos vies. Bon nombre de Français ont repensé leur consommation en se tournant vers un commerce de proximité. À nous de faire en sorte que cet élan de solidarité perdure dans le temps. Il a fallu continuer à se nourrir, en gardant la proximité avec nos consommateurs et trouver pour certains une raison valable de sortir de chez eux pour prendre un grand bol d’air frais en venant travailler sur nos exploitations. Au passage, il y en a beaucoup qui ont découvert la pénibilité du travail aux champs. Et quelle fierté de terminer cette année 2020 avec un record absolu en nombre d’installations dans notre département. Nous avons maintenu coûte que coûte nos opérations liées à l’installation car il est essentiel d’assurer le renouvellement des exploitations. Alors oui, parler de 2020 pourrait encore être long, mais apprenons du passé pour aller de l’avant ! C’est pour cela que notre assemblée générale qui aura lieu le 19 février prochain à Oberhausbergen aura pour thème les filières agricoles alsaciennes, en invitant à notre table ronde les coopératives. Aujourd’hui, plus que jamais, nous avons besoin de gens qui s’engagent pour défendre le métier qui est le nôtre. Parce que nous croyons en l’avenir de l’agriculture française, continuons à nous mobiliser ! C’est ensemble que nous relèverons les défis de demain. L’agriculture est en mutation, c’est certain. À nous de nous adapter. Chez les Jeunes Agriculteurs, nous sommes certains que nos exploitations agricoles auront bien toute leur place dans le paysage agricole de demain. Au nom de l’ensemble des Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin, je vous souhaite pour 2021 une pluviométrie adaptée, une juste rémunération et une terre fertile. Ne cessez jamais d’être fier de votre métier : vous nourrissez les Hommes !   ?Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin prend des vacances. Nos bureaux seront fermés du 24 décembre au 4 janvier inclus.... Publiée par Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin sur Mercredi 23 décembre 2020  

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