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Publié le 24/02/2021

En 2020, Verexal a adopté une stratégie fongicide basée en totalité sur des produits de biocontrôle. Le résultat d’une série d’expérimentations que le verger expérimental a mis en œuvre depuis quelques années.

Les solutions de biocontrôle font leur chemin en arboriculture. « On s’y intéresse depuis quatre ou cinq ans, confirme Philippe Jacques, responsable technique de Verexal. Les firmes phytosanitaires sortent très régulièrement de nouveaux produits de biocontrôle : trois ou quatre tous les ans. Notre travail consiste à faire la distinction entre ce qui fonctionne et ce qui fonctionne moins bien. » Les essais sont menés au verger expérimental d’Alsace (Verexal) à Obernai : les techniciens n’y expérimentent pas tous les produits mais ceux qui donnent les meilleurs résultats parmi ceux déjà testés par les grandes stations d’expérimentation en arboriculture, comme La Morinière en Indre-et-Loire ou d’autres stations du CTIFL. Les essais menés à Obernai se déclinent selon deux thématiques : les fongicides et les insecticides. Les techniciens se sont intéressés en premier lieu aux produits de biocontrôle à action fongicide, car ce sont les résidus de fongicides que l’on retrouve le plus fréquemment sur les fruits à noyaux ou à pépins. L’objectif : trouver des produits de biocontrôle susceptibles de lutter efficacement contre certaines maladies provoquées par des champignons, en commençant par les maladies de conservation qui sont, selon Philippe Jacques, « une cible historique ». Les essais ont été étendus ensuite à la tavelure, l’oïdium, la moniliose ou la rouille pour les fruits à noyaux, l’anthracnose du cerisier. Les produits de biocontrôle testés sont ceux à base de silice, de soufre, de polysulfure ou de bicarbonate de potasse. « On attend beaucoup des produits à base de bicarbonate de potasse car ils ne sont pas très agressifs sur les fruits et ils peuvent se positionner par temps humide », indique le responsable technique de Verexal. Les champignons déçoivent Les solutions à base de micro-organismes (Julietta, Noni, Amylo-X), autrement dit l’utilisation de champignons antagonistes aux champignons indésirables, donnent en revanche des résultats plutôt décevants, selon Philippe Jacques. Ces résultats sont-ils liés aux conditions d’application de ces produits ? Pour le savoir, des essais sont également réalisés pour comparer l’efficacité en conditions d’application standard - avant une pluie contaminante pour prévenir le risque de germination du champignon - avec une application après une pluie contaminante. Avant d’adopter en 2020 une stratégie fongicide basée en totalité sur des produits de biocontrôle, Verexal l’a expérimentée en 2019 sur mirabelle. Il s’agissait de vérifier que ce fruit, qui présente une sensibilité à plusieurs maladies, pouvait être efficacement protégé sans aucun recours à des fongicides classiques, mais uniquement avec des produits de biocontrôle. « La campagne 2019 a été très intéressante à observer, avec une forte pression fongique, des pluies tombées début août qui ont provoqué l’éclatement des fruits et favorisé des foyers de maladies de conservation », souligne Philippe Jacques. Ce qui fait le malheur des arboriculteurs fait parfois le bonheur des expérimentateurs… En 2020, les conditions ont été bien différentes, ce qui n’a pas permis de confirmer les observations réalisées l’année précédente. Il sera donc nécessaire de refaire des essais en 2021, en vérifiant, sur d’autres fruits que la mirabelle (les pommes, par exemple) que l’efficacité des produits de biocontrôle sur les maladies de conservation est bien conforme aux observations de 2019. Rappelons que pour les fruits à noyau, le principal « agent » des maladies de conservation est Monilia fructigena. Ce champignon de blessure pénètre dans le fruit, lorsque celui-ci éclate sous l’effet de la pluie. Il pourrit alors sur l’arbre. Si la pluie ne provoque que des microfissures, la pourriture apparaît, lors du stockage en chambre froide. Pour les fruits à pépins, le champignon le plus redouté pour la conservation est Gloeosporium. Naturellement présent sur les branches des arbres, il s’introduit de la même manière que Monilia fructigena : il profite des petites fissures créées par la pluie dans l’épiderme des fruits pour s’y introduire. C’est seulement quand on sort les fruits, en janvier ou en février, que l’on constate les dégâts : des taches de pourriture grosses comme des pièces de 1 € sont visibles et le cœur du fruit est pourri. Ce problème laisse les arboriculteurs en agriculture biologique particulièrement démunis. Pour l’instant, constate Philippe Jacques, les produits de biocontrôle utilisés au plus près de la récolte ne donnent pas des résultats satisfaisants par rapport à cette problématique mais les essais vont se poursuivre en 2021. Les pommes prennent leur bain Une alternative, déjà développée dans certains gros bassins de production comme le Val de Loire ou l’Italie, est la thermothérapie. Cette technique consiste à baigner les pommes dans un bain d’eau chaude (70 °C) durant 2 minutes 30 pour détruire le champignon, puis à les faire passer sous un tunnel d’air chaud ventilé pour les ressuyer. Une solution inaccessible aux producteurs alsaciens en raison de son coût. Quant au traitement par l’ozone, qui commence à faire parler de lui, « aucun élément tangible ne permet encore de mesurer son efficacité », relève Philippe Jacques. Sur d’autres maladies, comme la tavelure, la maladie de la suie, des crottes de mouches ou le Stemphylium, qui affectent les pommes et les poires, « on a des résultats intéressants avec le biocontrôle », note le responsable technique de Verexal qui prévoit de développer son utilisation sur la pomme Natti pour réduire le niveau des résidus de pesticides présents. Dans la lutte contre les insectes, l’utilisation de plusieurs souches de bacilles et de virus est déjà largement pratiquée depuis une dizaine d’années contre les tordeuses des fruits, capua ou carpocapse notamment. Cette solution fonctionne en agriculture conventionnelle quand la pression est relativement faible. Elle est utilisée à 75 % en agriculture biologique, signale Philippe Jacques, l’essentiel étant de bien alterner les souches sur les différentes générations de tordeuses pour conserver une efficacité. En dehors des bacilles ou des virus, il existe des adjuvants visant à améliorer l’efficacité des insecticides bio. Philippe Jacques cite l’exemple de savons potassiques (type Flipper). Deux nouveaux produits sont attendus prochainement, dans cette catégorie, qu’il faudra tester à leur tour.

Publié le 23/02/2021

Le feuilleton de l’autorisation des néonicotinoïdes (NNI) en traitement de semences des betteraves sucrières n’est toujours pas terminé. Certes, ils sont réautorisés mais, pour un certain temps, et, selon certaines conditions, dont certaines sont encore suspendues à un avis de l’Anses, à quelques semaines des semis de betteraves.

L’utilisation de produits phytosanitaires contenant des néonicotinoïdes (NNI), y compris les semences traitées avec ces produits, est interdite en France depuis le 1er septembre 2018. Une mesure qui fait suite à la loi biodiversité de 2016. Mais, à la faveur d’un hiver 2019 et d’un printemps 2020 particulièrement doux, les pucerons vecteurs du virus de la jaunisse de la betterave ont engendré des pertes de rendement plus ou moins importantes, selon les secteurs, ainsi que des traitements insecticides aériens coûteux, à la fois pour les agriculteurs et pour la biodiversité que la loi devait protéger. Comme le règlement européen l’autorise, une dérogation limitée jusqu’au 1er juillet 2023 à l’utilisation de semences traitées avec des NNI pour la culture de betteraves sucrières a donc été instaurée par la loi du 14 décembre 2020. Un arrêté émanant des ministères de l’Agriculture et de l’Environnement est ensuite venu préciser les modalités de mise en œuvre de ces dérogations le 6 février. En effet, recourir à des semences traitées aux NNI s’accompagne d’interdictions de planter des cultures mellifères après les betteraves sucrières, avec pour objectif de protéger les insectes pollinisateurs. Suspendus à un avis de l’Anses L’arrêté autorise, pour une durée de 120 jours, la mise sur le marché et l’utilisation de semences de betteraves sucrières traitées avec des produits phytopharmaceutiques contenant les substances actives imidaclopride ou thiamethoxam. Avoine, blé, choux, cultures fourragères non attractives, cultures légumières non attractives, endive, semences de fétuque, moha, oignon, orge, ray-grass, seigle pourront être semés dès 2022. Mais il faudra attendre 2023 pour implanter du chanvre, du maïs, du pavot ou des pommes de terre, et 2024 pour le colza, les cultures fourragères mellifères, les cultures légumières mellifères, la féverole, le lin fibre, la luzerne, la moutarde tardive, la phacélie, le pois, le radis, le tournesol, le trèfle, ou encore la vesce. En Alsace, l’interdiction de semer du maïs en 2022 peut poser des problèmes dans certains contextes. L’arrêté prévoit des mesures qui peuvent permettre d’anticiper le retour du maïs ou de colza dans la rotation. Il s’agit de mettre en place des mesures d’atténuation, soit de semer 18 rangs de betteraves sans NNI sur le pourtour de la parcelle et d’implanter dès 2021 une surface en couverts mellifères équivalente à 2 % de la surface de betteraves avec NNI. Les objectifs sont d’éviter que les insectes pollinisateurs n’aillent butiner dans les zones ayant reçu des NNI, à la fois grâce à une barrière de sécurité, et à une diversion par une zone plus attractive. Toutefois, ces mesures doivent être précisées par un nouvel arrêté, qui sera publié après avis de l’Anses. Jouer la carte de la prudence La sucrerie d’Erstein a donc envoyé un courrier aux planteurs, les invitant à raisonner leur choix de semences de betteraves en fonction de la culture prévue pour 2022. Pour les parcelles prévues en céréales à paille en 2022, il n’existe pas de contre-indication à l’utilisation de semences de betteraves enrobées aux NNI. Si la parcelle est prévue en maïs en 2022, et qu’il est impossible d’implanter une autre culture en cas d’avis négatif de l’Anses, mieux vaut jouer la carte de la prudence et utiliser des semences de betteraves sans NNI. Enfin, si la parcelle est prévue en maïs en 2022 et qu’il est possible d’adapter l’assolement et d’implanter une céréale en cas d’avis négatif de l’Anses, il est alors possible d’anticiper les mesures d’atténuation, c’est-à-dire de semer des betteraves non NNI sur les 18 rangs de pourtour et des betteraves NNI à l’intérieur de la parcelle, et d’implanter en 2021 des couverts mellifères sur une surface équivalente à 2 % de la surface de betteraves avec NNI. Enfin, rappelons que durant la campagne 2019-2020, l’Alsace a été relativement épargnée par les attaques de pucerons, comparé à d’autres régions françaises ; que d’autres traitements insecticides contre les pucerons restent autorisés ; que le piégeage permet à la fois de dénombrer les insectes mais aussi d’analyser la composition de la population, toutes les espèces de pucerons ne présentant pas la même capacité de transmission du virus, ce qui permet donc de déclencher les traitements et de les cadencer de manière à préserver la faune auxiliaire, dont il ne faut pas négliger les effets ; et que les récentes températures négatives devraient réguler la population de pucerons.

Publié le 22/02/2021

L’obligation de réduction par trois de la dérive pour pouvoir traiter en ZNT à proximité des zones d’habitation et des cours d’eau suppose de la technicité. Il est question de pression, de viscosité et d’homogénéité du produit et, bien sûr, de pulvérisateur homologué. Petite revue de littérature technique sur le sujet.

En dehors des questions sociétales, la réglementation sur les ZNT oblige les constructeurs de pulvérisateurs à singulièrement faire évoluer leur matériel, de manière à diminuer la dérive des produits. Les textes réglementaires demandent des moyens « permettant de diviser la dérive de pulvérisation d’un facteur au moins égal à trois par rapport aux conditions normales d’application des produits ». Ce qui permet alors de réduire à 5 mètres la largeur de la zone non traitée à proximité des points d’eau, et « d’adapter les distances minimales de sécurité à proximité des lieux d’habitation », ceci dans le cadre d’une charte cosignée avec les municipalités. Pour arriver à ce niveau de qualité d’application de produit sur la plante à traiter, il s’agit de conjuguer plusieurs aspects techniques : la buse, le type de pulvé homologué ZNT bien sûr, l’homogénéité des bouillies, la météo et tous les paramètres de pulvérisation que sont la pression et le débit de bouillie/ha pour une taille des gouttes adaptée… Car, pour nombre de techniciens, la base de la réflexion sur la dérive doit se fonder en premier lieu sur la taille des gouttes. Pour ne pas dériver, elles doivent être de taille assez grosse et/ou lourdes, soit mesurer 500-600 μm, au lieu de 100-200 μm. Attention en pratique à ne pas obtenir l’effet inverse : les grosses gouttes atténuent la dérive mais augmentent le risque de ruissellement ou de couverture insuffisante, surtout pour les produits de contacts. Rappelons à ce point que les produits bios et de biocontrôle ne sont pas concernés par les ZNT. Pour arriver à de bons niveaux d’efficacité, la qualité des bouillies ne doit pas présenter de flocs ou résidus solides qui obstrueraient l’orifice des pastilles des buses et des filtres. En cas de colmatage, l’opérateur est amené à augmenter la pression ce qui diminue la taille des gouttes et augmente les risques de dérive. Pour éviter la formation de dépôts, la qualité des eaux de bouillie joue un rôle prépondérant. De plus en plus de viticulteurs utilisent une eau déminéralisée, pour ôter particulièrement les cations susceptibles de former des agrégats. Le ministère de l’Agriculture a publié au bulletin officiel la liste (en date du 6 novembre 2020) des pulvérisateurs « homologués » ZNT. Plus de 70 appareils figurent sur la liste. Ce sont des appareils à panneaux récupérateurs, à flux dirigés, à flux tangentiel, équipés de descentes, de descentes confinées et de descentes avec panneaux récupérateurs. Pratiquement tous les pulvés homologués sont en traitement face par face et avec des buses à induction d’air. Ou exceptionnellement équipés de la buse Lechler AD90 à « dérive limitée » ou encore la buse Albuz TVI 80° à turbulence. D’ailleurs sur le sujet des buses, la presse technique fait état de plusieurs recommandations. Il faut, en général, adapter l’angle d’ouverture du jet à la morphologie du flux d’air. Par exemple, opter pour une buse dont le pinceau fait un angle de 80° au lieu de 110°, ceci afin d’éviter que les bords du pinceau ne se retrouvent dans les turbulences des flux d’air. La forme du jet, plat ou conique, doit également être réfléchie en fonction de l’écartement, du volume foliaire, de la distance buse – plan de palissage. Idéalement, il faut éviter les recouvrements. Ces buses nécessitent un entretien régulier, elles doivent être régulièrement mises à tremper pour dissoudre les dépôts. Enfin, pour prévenir les bouchages, on optera pour plusieurs étages de filtration avec une maille fine progressive.

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