A la une

Publié le 26/02/2021

Dans un contexte sanitaire délicat, Planète Légumes a poursuivi ses essais culturaux et ses travaux techniques. Mais la seule station d’expérimentation et de conseil exclusivement dédiée aux cultures légumières du nord-est de la France voit son budget désormais contraint avec une nette baisse des subventions, notamment celles provenant de la Chambre régionale d’agriculture.

L’assemblée générale de Planète Légumes qui s’est déroulée jeudi 18 février, à Sainte-Croix-en-Plaine, n’a réuni que les seuls membres du conseil d’administration. Précisément, en raison des contraintes liées au Covid-19. Une assistance limitée qui n’a pas empêché le président de Planète Légumes Pierre Lammert et son directeur Fabien Digel de s’agacer de la situation financière. « Nous avons de réelles préoccupations. La Chambre régionale d’agriculture a décidé de diminuer sa subvention annuelle en 2021 de 100 000 € à 50 000 €. Ce n’est pas neutre. C’est la valeur d’un de nos techniciens. Il faut donc trouver des alternatives pour rattraper en partie cette perte », explique Pierre Lammert. Une diminution qui s’ajoute à celle, programmée, de l’agence de l’eau Rhin-Meuse sur trois années. Le président se félicite toujours du soutien du Conseil régional du Grand Est aux actions de recherche et d’expérimentation de Planète Légumes. Interrogé sur les raisons de cette importante baisse de subvention, Fabien Digel s’est montré direct. « À l’origine, la Chambre d'agriculture Alsace attribuait 200 000 € pour nos missions. En se régionalisant au niveau du Grand Est, le niveau de l’aide s’élevait à 100 000 €. Et finalement, nous ne percevrons que 50 000 €. Planète Légumes a été victime d’un choix financier de la Chambre régionale d’agriculture Grand Est (Crage) ! C’est d’autant plus dommage que le travail auprès de l’ensemble des producteurs de légumes de la région est largement reconnu. Nous sommes de plus en plus spécialisés et nous apportons à nos adhérents professionnels de plus en plus de conseils. La Chambre d'agriculture nous a pourtant délégué la mission de conseil aux producteurs », analyse Fabien Digel. De son côté, le président de Planète Légumes précise : « La Chambre régionale avait un gros déficit que les départements ont renfloué. Encore une fois, c’est regrettable pour nous qui œuvrons pour l’ensemble des producteurs de la région. » Il compte prendre contact avec le nouveau directeur de la Crage pour amoindrir cette baisse inscrite dans ce budget primitif. « La Chambre doit être à nos côtés et ce n’est pas le cas malheureusement », insiste Fabien Digel par ailleurs président de la section fruits et légumes à la fédération régionale des syndicats d’exploitants agricoles (FRSEA) Alsace. 457 000 € d’appels à projets Lors de la présentation des comptes financiers pour l’exercice 2019-2020, le résultat a permis de constater un résultat de près de 12 000 €. Mais Planète Légumes dépend effectivement d’aides publiques pour la recherche et l’expérimentation. Elles représentent près de 534 000 € sur les 872 000 € de ses ressources. La Région Grand Est, la Chambre régionale d’agriculture, l’agence de l’eau Rhin-Meuse et FranceAgriMer étant ses quatre principaux soutiens. Des subventions qui sont donc le premier poste des rentrées financières très largement devant les ressources propres de 312 000 € (cotisations, expérimentations et publicité). Concernant ses dépenses, le plus gros budget concerne évidemment les charges salariales (545 000 €) devant les frais d’expérimentations (85 000 €). Après avoir validé ces comptes, l’assemblée a également approuvé le budget prévisionnel 2021 de Planète Légumes à hauteur de 877 000 € avec une perte de 30 000 €. C’est dans ce contexte financier incertain que Planète Légumes a répondu à de nombreux appels à projets lancés par FranceAgriMer. Ces projets représentent plus de 457 000 €. « Ils sont assez lourds à monter et exigent un travail technique important. On espère avoir un retour positif. Mais cette incertitude financière est pesante. D’autant plus qu’il en va de notre intérêt. Participer à ces projets nous permet d’être dans les réseaux en lien avec d’autres centres de recherche. Cela nous ouvre des portes », note Fabien Digel. Et cela permet à Planète Légumes d’accompagner les producteurs au niveau de leur certification HVE (haute valeur environnementale), de leurs études économiques (une nouvelle action qui se développe) et dans le conseil avec des réunions techniques toujours plus pointues et des essais toujours plus nombreux et diversifiés. De nombreux « menus » Planète Légumes comptait en 2020 pas loin de 500 adhérents issus de tous les départements du Grand Est pour la plupart. Ils peuvent participer à différents « menus » en fonction de leurs spécificités professionnelles. Le menu consacré au maraîchage a permis de mener des essais de variétés pour les tomates et les salades, et d’avancer au niveau technique pour les engrais verts sous abri, le désherbage céleri et carottes, le greffage pour les tomates, leur qualité gustative. Et de mener un essai mulch avec une plantation de choux dans un couvert végétal depuis deux ans. Le projet SEFerSol se poursuit également. Il permet de comparer trois systèmes de cultures (Engrais vert max, conservation du sol, référence) côte à côte sur deux parcelles. Depuis deux ans, Planète Légumes organise en commun avec l’Opaba une journée technique très appréciée des producteurs. En 2020, elle a pu se dérouler à Holtzwihr, aux Saveurs du Ried. Par ailleurs, Planète Légumes a actualisé son guide alternatif et a mené pour la deuxième année ses actions « légumes mieux ». L’objectif est d’augmenter et de pérenniser la production légumière bio dans le bassin de l’agence et particulièrement dans les zones à enjeux. Deux nouveaux « menus » vont être proposés : pour les petits fruits et les légumineuses. Celui-ci sera créé l’an prochain.

Comptoir agricole

Une vague bio

Publié le 25/02/2021

L’assemblée générale du Comptoir agricole s’est déroulée ce 19 février à huis clos. Elle a permis de faire le point sur l’exercice 2019-2020, qui se caractérise notamment par un développement de la collecte de céréales bio. Une tendance qui entraîne dans son sillage des investissements dans les infrastructures de la coopérative.

L’assemblée générale du Comptoir agricole s’est déroulée cette année le 19 février, à huis clos, en présence des délégués de chaque secteur, préalablement désignés en assemblées de section, qui s’étaient déroulées auparavant… par correspondance. « Cette récolte 2019 a été très bonne en blé, tant en termes qualitatifs que quantitatifs », rappelle Denis Fend, directeur du Comptoir agricole. En maïs, suite à un été sec, les rendements ont été pénalisés, avec un rendement moyen de 95-96 q/ha. Au final, la coopérative a collecté 480 000 t de céréales, soit 780 t de plus que l’an passé, avec une répartition qui évolue entre le maïs (323 000 t) et le blé (140 000 t), au profit du second. La vente des céréales a généré un chiffre d’affaires de 93 millions d’euros (M€) (+2,10 M€), à comparer aux 41 M€ générés par la vente d’agrofournitures, un chiffre assez stable, essentiellement constitué par les ventes d’engrais (42 %), suivies des semences (26 %) et des produits phytosanitaires (25 %). Un centre bio à Marlenheim Cette campagne 2019 a été marquée par une nette hausse des ventes de céréales bio, avec 1 400 t vendues, soit une hausse de 525 t. « Ça reste peu, concède Denis Fend, mais il s’agit d’une progression de + 40 %, qui ramène de la valeur ajoutée. » Si le blé domine largement (570 t), la gamme des céréales bio commercialisées par la coopérative est très variée. Une évolution que le Comptoir agricole accompagne avec des investissements spécifiques. En effet, la gestion des céréales bio nécessite davantage de traitements et de manipulations : « Nous recevons des lots très variables, avec davantage de produits indésirables, de contaminants potentiels, il y a aussi plus de travail de conditionnement », illustre Denis Fend. Aussi, un site a-t-il été dédié au traitement des céréales bio, à Marlenheim. « Nous sommes en train de valider les différents itinéraires nécessaires à mettre en place pour correspondre aux attentes de nos clients », poursuit le directeur. Installer la bio à Marlenheim a été accompagné par le déménagement du laboratoire qualité sur ce site. Une évolution qui était dans les cartons, et que l’essor de la bio a entérinée : « Gérer des céréales bio requiert d’effectuer énormément d’analyses, notamment sur les mycotoxines, mais aussi d’assurer la traçabilité de petits lots. Cela pèse sur la logistique et il devenait indispensable d’investir dans de nouveaux locaux. » Le houblon impacté par les sécheresses estivales Le houblon affiche une baisse de la collecte de - 5 %, à 768 t, contre 806 t lors de l’exercice précédent, ce qui reste raisonnable au regard des trois années de sécheresse, qui plus est pour une culture qui est encore peu irriguée. Les étés secs et caniculaires ont davantage impacté les teneurs en acides alpha. La surface de production a légèrement augmenté, passant de 465 à 472 ha, dont 20 ha en bio, alors que la demande en houblon bio français est forte, portée par l’essor des brasseries artisanales. Cette hausse de surface concerne cependant uniquement des producteurs historiques, il n’y a pas encore de jeunes qui se lancent dans la culture du houblon. Le Comptoir agricole poursuit sa politique de création variétale : « De nouvelles variétés arrivent encore sur le marché », indique Denis Fend. Pour l’instant, le chiffre d’affaires généré par la vente de houblon est encore en hausse de + 0,20 M€, à 6,60 M€, mais cette dynamique pourrait être ralentie à plus ou moins long terme par l’épidémie de coronavirus (lire encadré). Plus de 200 000 doses de semences de maïs produites Autre filière qui se porte bien, celle du maïs semences, qui a vu sa surface progresser de 24 %, à 904 ha, après une année de stagnation. Une hausse rendue possible par une conjoncture favorable : « La production de semences de maïs n’a pas été bonne dans les autres régions productrices, et il y a eu une progression des ventes des doses de semences. » Cette hausse des surfaces s’est traduite par une augmentation du nombre de doses produites, qui passe la barre des 200 000. Une tendance qui devrait se confirmer dans les années à venir, car la demande émanant de KWS, client historique du Comptoir agricole, est « très forte », et car la coopérative a étoffé son portefeuille de clients. D’autres semenciers vont-ils encore être approchés ? Par forcément : « Ils ont tous des exigences qui sont différentes. Et si travailler avec un nouveau semencier nécessite de devoir investir dans une nouvelle ligne de fabrication, ce n’est pas nécessairement intéressant », indique Denis Fend. Depuis 2018, toutes les surfaces consacrées à la production de semences de maïs doivent être irriguées. Une sécurité que le Comptoir agricole encourage d’étendre à toutes les cultures à valeur ajoutée, tout en travaillant sur les modes d’irrigation afin de gagner en efficience. Porcs et bovins, des dynamiques différentes L’activité de vente d’animaux d’élevage a généré un chiffre d’affaires de 34,50 M€, en hausse de 3,20 M€, constitué à 50 % des ventes de porcins, à 47 % de celles de bovins et à 3 % des ventes de fournitures et des prestations vétérinaires. Il faut ici distinguer l’activité porcine, qui se porte plutôt bien, avec des prix corrects et une hausse du nombre d’animaux collectés (+ 9 %), de l’activité bovine, qui est confrontée à des prix très bas depuis deux ans. « La collecte augmente aussi, en nombre de têtes, mais il s’agit surtout d’animaux de réforme », note Denis Fend. Mieux valoriser la viande bovine collectée en Alsace via une marque locale, « c’est très compliqué », car il faut arriver à valoriser par cette voie tous les morceaux d’une carcasse, les « nobles » comme les « bas », alors que ces derniers ont de plus en plus tendance à servir de base à la fabrication de viande hachée. Mais « nous ne baissons pas les bras ! », affirme Denis Fend. À noter aussi que si le Comptoir agricole travaille toujours avec la coopérative Cloé pour la commercialisation des bovins, celle des porcins est entièrement gérée en interne, grâce notamment à une équipe et une flotte de camions dédiée. L’activité viticole est marquée par l’essor de la bio, qui a conduit à nommer un référent dédié à la conduite biologique de la vigne au sein de la filière VitiVina (née de la fusion, en 2017, des coopératives d’Appro du Piémont, Alsace Appro et de la filiale Viti.com du Comptoir agricole). Le chiffre d’affaires est stable, à 18,50 M€ ; il est constitué à près de 50 % par les ventes de fournitures de packaging. Du côté des filiales, Nicolas Koenig a pris la direction de Gustave Muller. Eurépi a expédié près de 935 000 t de céréales durant l’exercice 2019-2020, engendrant un chiffre d’affaires de 169 M€. « Actuellement, les cours des céréales sont en hausse. Mais impossible de savoir si cela va durer, on a vu de tout par le passé », indique Denis Fend. À l’échelle locale en tout cas, les étés secs ont tendance à faire fluctuer la collecte, et plutôt à la baisse, car il y a davantage de maïs qui est ensilé pour nourrir le bétail, et les méthaniseurs.

Publié le 24/02/2021

Plus de 200 personnes ont participé le 28 janvier à un webinaire consacré au datura. L’occasion de rappeler que cette plante herbacée qui se retrouve de plus en plus souvent dans les champs, doit être éliminée en raison de sa dangerosité. Toute la plante et surtout ses graines contiennent des alcaloïdes qui peuvent être très toxiques pour les humains comme pour les animaux.

Plante annuelle estivale, le datura s’adapte à de nombreux types de sol. Elle est présente presque partout en France mais en moindre nombre en région Grand Est par rapport à l’ouest du pays. On peut la retrouver dans les zones cultivées, mais aussi sur le bord des routes, les ronds-points, les terrains vagues, les jardins. Le datura est la solanacée la plus toxique, en raison de sa teneur en alcaloïdes tropaniques (atropine et scopolamine). Si ces poisons sont particulièrement concentrés dans les graines, toutes les parties de la plante sont susceptibles de contaminer les récoltes. Les risques d’intoxication concernent les humains comme le bétail. « C’est pourquoi des teneurs limites en alcaloïdes tropaniques ont été fixées à des seuils très bas dans l’alimentation humaine et animale. La vigilance est primordiale, y compris dans les zones encore peu touchées, pour éviter une propagation à grande échelle. Le datura peut en effet produire plusieurs milliers de graines dont la viabilité dans le sol dépasse les 30 années. La prophylaxie est essentielle pour éviter des situations incontrôlables. Lorsque le datura n’est pas présent dans l’exploitation, il est important de s’entraîner à l’identifier dans les bords de champs et de supprimer les premiers individus avant qu’ils ne montent à graines », explique Aude Carrera, ingénieur régional chez Arvalis Institut du Végétal. Et si le stock semencier est constitué, un enregistrement des zones infestées de l’exploitation est obligatoire (registre sanitaire) et permet de mieux organiser l’assolement et la lutte. Surveiller les bords de parcelle et nettoyer le matériel Cette dernière commence par le fait d’arracher systématiquement les daturas avec des gants lorsqu’ils sont repérés dans une parcelle, quelle que soit la culture. Il ne faut pas les laisser monter à graines. Si elles sont déjà en formation, il faut les sortir du champ et les détruire. Il faut par ailleurs surveiller les bords de parcelles, les fossés, ou encore les passages d’enrouleur et effectuer un broyage si nécessaire avant la maturité des daturas. Il est nécessaire de nettoyer le matériel agricole (travail du sol, machines de récolte) pour éviter de disséminer des graines d’une parcelle à l’autre. Il faut utiliser des herbicides efficaces dans toutes les cultures de la rotation. « Les techniques de travail sont également importantes pour prévenir de l’apparition ou du développement de la plante. Il convient par exemple de multiplier le travail du sol durant la période estivale (déchaumages, faux-semis) pour réduire le stock grainier. Enfin, toutes les mesures doivent être prises, du champ à l’usine, pour éviter la présence de fragments de datura dans les récoltes : désherbage manuel, broyage et évitement par les cueilleurs des zones infestées, tri optique et visuel sur les lignes, calibrage », ajoute Aude Carrera. Bien reconnaître la plante Mais le premier moyen de lutte est de bien reconnaître la plante. « La plantule tout d’abord présente des cotylédons très étroits et allongés. Ses deux à trois premières feuilles sont ovales à bords entiers. Son limbe est denté à partir de la quatrième feuille. Il présente une pilosité sur tige et pétioles. Une confusion est possible aux premiers stades de la plante avec le chénopode hybride, aussi appelé « chénopode à feuille de stramoine ». Une fois la plante adulte, sa hauteur va de 40 cm à 4 m. Sa tige est puissante avec de grandes feuilles à dents inégales. Il y a également de longues fleurs blanches en forme d’entonnoir. Ses fruits sont en forme de capsules ovales et épineuses, ils contiennent de nombreuses graines noires. Son odeur est forte et désagréable au toucher. Lors de la période de levée, la germination estivale est stricte et très échelonnée », précise Nicolas Thibaud, expert indépendant récolte invité par l’union interprofessionnelle des légumes en conserve et surgelés (Unilet) qui organisait ce webinaire avec Arvalis. Les levées sont échelonnées d’avril à septembre en fonction des régions. Pour les légumes, ce sont souvent les levées tardives qui posent le plus de problèmes car elles engendrent des plantes peu visibles, cachées sous le couvert des cultures. Le datura peut se développer dans toutes les cultures estivales, avec des impacts plus ou moins négatifs selon le mode de récolte, de transformation, et la destination du produit. « Cela peut entraîner des motifs de refus de récolter pour les cultures de pois, de haricot, de flageolet, de maïs doux, ou encore de maïs pop-corn. Il y a également des risques de contamination des farines de sarrasin, ou encore de sorgho. Il faut savoir qu’une présence est possible dans toutes les autres cultures de printemps et d’été (carotte, soja, tournesol, lin, pomme de terre, couverts d’interculture…) augmentant ainsi le stock grainier », conclut Nicolas Thibaud.    

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