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Gel du 5 au 7 avril

Des dégâts à quantifier

Publié le 07/04/2021

La chute vertigineuse des températures qui a caractérisé ce week-end pascal n’a pas été sans conséquences sur les cultures. Mais, pour cette fois, et à l’heure où nous mettons sous presse, mercredi 7 avril, les dégâts s’annoncent modérés en Alsace.

Une gelée au mois d’avril, cela n’a rien d’anormal. Ce qui l’est davantage, ce sont les journées où le mercure a avoisiné les 30 °C qui l’ont précédée. En effet, boostée par ces conditions, la végétation avait bien repris, et certains arbres fruitiers étaient en passe d’achever leur floraison. La chute vertigineuse des températures pouvait donc agir comme un couperet. Mercredi 7 avril, après avoir sillonné les bassins de production, Philippe Jacques, conseillé arboricole à la Chambre d’agriculture Alsace, est mesuré dans ses observations : « L’intensité des dégâts est très corrélée à la chute ou à l’absence de précipitations le lundi soir. Les dégâts sont plus importants là où il a plu, par exemple à Westhoffen, que là où il n’a pas plu, comme à Traenheim ou à Balbronn. » Autre facteur déterminant, le stade atteint par les arbres fruitiers. Pour les pêchers et les abricotiers, qui étaient en fin de floraison, cet épisode de gel aura des conséquences, « à ce stade, ça ne pardonne pas », constate Philippe Jacques. À moins que les arboriculteurs aient mis en place des protections dans leurs vergers. C’est le cas de Daniel Dettling, arboriculteur à Westhoffen, qui a disposé des bougies de paraffine dans 1 ha de vergers de pêchers et d’abricotiers car ce sont à la fois les arbres les plus menacés par cet épisode, et des fruits dont la bonne valeur marchande justifie un investissement dans la protection. Avec 200 à 300 bougies par hectare, à raison de 10 € par bougie, le coût de l’opération n’est pas négligeable. Mais, en faisant gagner 3 à 4 °C, la récolte peut être sauvée. Daniel Dettling a allumé ses bougies dans la nuit de lundi à mardi, « dans la nuit de mardi à mercredi il n’y a pas eu besoin, mais je les laisse en place pour être prêt à intervenir si nécessaire », poursuit-il. La production arboricole suspendue à la météo d’après gel Les mirabelliers, les quetschiers étaient en début de floraison lorsque le froid est descendu du nord. Et ça change tout. À ce stade, le gel a même un effet positif, celui de faire le travail des arboriculteurs : « Nous sommes en train de revoir notre programme d’interventions qui visent à réguler la production, notamment à favoriser l’induction florale pour l’année prochaine », explique Philippe Jacques. En effet, en éliminant certains boutons floraux cette année, le gel s’en est chargé. Quant à l’incidence sur la production de cette année, tout va dépendre de la météo des jours à venir. En effet « 30 à 60 % des fleurs ont gelé sur mirabelliers et poiriers, mais on arrive à faire la production avec 10 % de la floraison, donc à ce jour, on n’a pas encore perdu de production ». Par contre, celle-ci risque d’être entamée si les jours qui viennent ne sont pas propices à la pollinisation et à la nouaison. « Nous sommes donc dans l’expectative de la météo. » A priori, avec du vent et des températures fraîches, le temps s’annonce peu favorable aux pollinisateurs. Mais comme les prévisions changent d’heures en heures « nous n’avons pas de visibilité », constate Philippe Jacques. La récolte pourra donc être normale, catastrophique, ou moyenne. Les petits fruits épargnés Pour les cerisiers, les conséquences du gel seront variables entre les variétés tardives ou précoces. Si la floraison était presque achevée il y aura des dégâts, sauf si les vergers ont été protégés. Si les cerisiers étaient au stade début de floraison, le constat est le même que plus haut, il faudra attendre la suite des événements. Si elle n’avait pas commencé, la récolte sera probablement normale : « Les bourgeons gelés ne fleuriront pas, mais les autres oui, et ils seront suffisants pour faire la production », indique Philippe Jacques. Les températures ne sont pas descendues suffisamment bas pour impacter les petits fruits, qui résistent à des températures allant jusqu’à - 7 °C. Par contre, les bourgeons des variétés précoces de raisin de table, qui étaient entrés en floraison, ont pu périr. Certaines premières betteraves touchées Côté grandes cultures, il est trop tôt pour déterminer si l’épisode de gel a engendré des dégâts significatifs. Pour le colza, Laurent Fritzinger, conseiller agricole à la Chambre d’agriculture Alsace, ne constate « pas de dégâts visibles, hormis quelques parcelles avec des tiges un peu courbées, qui peuvent se redresser ». Dans certains secteurs, selon le niveau de températures atteint, les premières betteraves semées, et qui avaient commencé à lever, ont pu être atteintes. « Nous n’avons pas encore de données précises. Les expertises sont en cours », indique Laurent Rudloff, responsable du secteur agro-betteravier à la sucrerie d’Erstein. Impossible de quantifier les dégâts, car certaines parcelles peuvent s’en remettre, d’autres moins. Dans le vignoble, il va falloir compter Dans le vignoble, les conseillers viticoles de Chambre d’agriculture Alsace ont observé des dégâts, mais leur gravité reste à estimer. « Ils sont liés au stade végétatif des vignes et à l’intensité du gel », résume Marie-Noëlle Lauer, conseillère viticole. Pierrick Gendron, directeur de Vitivina, rapporte aussi que certains cépages ont été touchés, notamment « des gewurztraminers et plutôt dans les bas-fonds ». Quelques asperges et fraises perdues Les cultures spéciales s’en sortent bien. Le houblon, tant qu’il n’était pas mis au fil, est intact. Seules les asperges qui affleuraient sous les bâches de protection ont gelé et ne seront pas récoltées. « La pousse va être ralentie pendant quelques jours, mais elle va redémarrer dès le retour des conditions propices. Et il n’y a pas de casse au niveau végétatif », constate Philippe Sigrist, conseiller à Planète Légumes. Le gel a par ailleurs pu faire périr quelques fleurs de fraisiers, ce qui va retarder leur précocité, mais pas significativement impacter le niveau de production, indique Lilian Boullard, conseiller à Planète Légumes. Le gel printanier peut aussi impacter les céleris-raves implantés fin mars. « Comme la carotte, cette plante bisannuelle remplit son organe de réserve la première année, et monte à graine la deuxième. Mais, confrontée à un coup de gel précoce, elle risque de monter à fleur dès la première année, et donc de devenir inrécoltable », explique le conseiller. Les dégâts de gel ne sont pas visibles avant cette montée à graine, d’où l’intérêt de protéger les céleris en les couvrant afin de prévenir ce risque. On a eu chaud… Contrairement à d’autres régions françaises, où les dégâts dans les vergers et les vignobles sont nettement plus marqués, l’Alsace s’en sort bien. Pour cette fois. Mais l’année 2017, où une gelée avait fait suite à une longue période de beau temps, mettant un terme brutal à un début de végétation luxuriant, reste dans les mémoires. Ces événements sont-ils eux aussi une conséquence du changement climatique ? Faut-il s’attendre à l’avenir à voir régulièrement des périodes de douceur printanière s’achever dans la glace ? Rien ne permet de l’affirmer avec certitude, mais ce n’est pas impossible. Dès lors, la protection des productions agricoles contre ce risque mérite d’être envisagée.

Publié le 07/04/2021

Quatre jeunes étudiants de BTS du lycée d’Obernai ont organisé avec succès une démonstration de désherbage alternatif à la chimie à Furdenheim (67).

Il y avait foule mardi 23 mars sur les hauteurs de Furdenheim (67). Quatre jeunes de la classe de 2e année de BTS Agronomie production végétale du lycée agricole d'Obernai avaient convié le monde viticole à une démonstration. « On a démarché 3 concessionnaires, la maison Niess Ackermann, la maison Ostermann à Traenheim et Felden Industries à Wingersheim », précisent les quatre jeunes étudiants Louis Jehl, Florian Guth, Florent Muschler et Jérémy Steinmetz. Cette démonstration s’inscrit dans un « projet initiative et de communication » qu’ils ont à mener dans le cadre de l’obtention de leur brevet de technicien supérieur. « On doit organiser un événement de A à Z. » Au-delà des invitations et de la demande adressée aux trois machinistes et concessionnaires, ils ont sollicité Victor Brumpter, vigneron à Furdenheim, qui leur a gracieusement prêté la parcelle. Nombreux sont les vignerons qui ont répondu présent, une cinquantaine, selon Louis Jehl. Auquel il faut ajouter tous les étudiants de BTS Agronomie production végétale et les élèves de terminale bac techno Production végétale du lycée agricole. Il y avait donc du monde dans les vignes. Le thème de la démonstration était le désherbage alternatif. « On essaie de réduire la part de produits chimiques, notamment lors du désherbage, d’où cette démonstration visant à montrer ce qu’il est possible de faire autrement que chimiquement, c’est-à-dire désherber mécaniquement et thermiquement par choc thermique infligé aux plantes », précise Louis Jehl. La nouvauté : le désherbage thermique Un parc impressionnant de matériel était présenté. Au-delà des désormais traditionnels disques émotteurs et doigts Kress montés sur différents châssis ou sur portique entre essieux, on pouvait noter la présence d’un portique enjambeur Pellenc, tel qu’on le trouve sur vendangeuse, équipé cette fois-ci pour le désherbage couplé à un intercep Braun. À noter également les châssis Clémens avec de nouvelles évolutions techniques pour une plus grande maîtrise du terrage des outils, même en dévers. Mais la nouveauté pour les vignerons, c’est le système de désherbage thermique des industries Felden à Wingersheim, avec quatre brûleurs montés sur châssis à écartement évolutif, impactant l’herbe donc, mais également les pampres. L’originalité étant aussi que l’outil est attelé à un tracteur Kubota léger B1181 de la maison Ruffenach, mis d’aplomb avec un porte-masse avant pour l’adhérence. Bref, il y avait de quoi envisager l’avenir sans herbicides pour des productions telles que le vin. Seule ombre à cette journée réussie, l’absence de la traditionnelle buvette…

Chambre d’agriculture Alsace

L’élevage allaitant poursuit sa croissance

Publié le 06/04/2021

Le service élevage de la Chambre d’agriculture Alsace a organisé récemment deux réunions pour les éleveurs allaitants adhérents au contrôle de performance viande pour leur remettre leurs résultats annuels.

Ces données ont été livrées pour les races charolaises, limousines, salers et rouge des prés. En Alsace, 30 élevages sont adhérents au « bovin croissance Alsace ». 22 sont en charolais, 4 en limousin, 3 en salers et 1 en rouge des prés. Au niveau national, la répartition est la même avec 2 939 élevages de charolais, 2 334 en limousin, 441 en salers et 181 en rouge des prés. Concernant la race charolaise, ses effectifs sont très présents dans son bassin d’origine (Auvergne-Rhône-Alpes) et dans le nord-ouest du pays. « En Alsace, on a perdu 8 % des effectifs d’élevages charolais. La race reste cependant majoritaire dans les troupeaux allaitants. Dans ces élevages, il y a de plus en plus de vaches. On y constate que l’intervalle des vêlages augmente depuis 2018. En fait, les exploitations s’adaptent au potentiel fourrager qu’elles ont. La productivité globale, elle, a un peu reculé ces dernières années. L’objectif reste d’avoir un veau par vache et par an », explique Matthieu Vaillant de Guelis, conseiller spécialisé bovin viande et fourrage au service élevage de la Chambre d’agriculture Alsace. Les élevages de race limousine sont très présents dans le Massif Central et également dans le nord-ouest du pays. On constate chez eux une augmentation de la mortalité avant sevrage. L’explication la plus évidente vient de l’augmentation trop rapide du gabarit de cette race. On observe également une baisse de sa productivité ces dernières années. Les élevages de rouge des prés se trouvent essentiellement en Anjou. Il y a un seul éleveur en Alsace. Il est basé à Vendenheim. Enfin, le bassin de production de la race salers est évidemment le Massif Central. Même si l’on retrouve des élevages sur l’ensemble du territoire. Et notamment dans le Haut-Rhin. Des vêlages regroupés Concernant le regroupement des vêlages, leur intensité (pourcentage sur trois mois consécutifs) est équilibrée. Un quart est équilibré. En Alsace, 17 % sont très regroupés (au-delà de 90 %) avec même un élevage en Alsace Bossue qui a 100 % de ses vêlages regroupés. Une minorité de ces élevages (huit sur trente) ont des regroupements inférieurs à 60 %. « Nous constatons également que dans les élevages où les vêlages sont les plus regroupés, il y a une productivité globale plus importante. Jusqu’à six veaux de plus sevrés. L’aspect sanitaire a évidemment son importance. Mais, on peut également expliquer cela par une meilleure technicité. Le régime alimentaire est également une explication », précise Matthieu Vaillant de Guelis. Pour le taux de mortalité au sevrage, les élevages les moins regroupés présentent 12 % de mortalité en moyenne contre 8 à 9 % pour les élevages les plus regroupés. Les intervalles vêlage-vêlage se font en moyenne tous les 400 jours. L’objectif étant d’atteindre les 365 jours. Par ailleurs, les regroupements ou non des vêlages ont un impact économique évident. Il peut y avoir un écart de 11 000 € en fonction de la productivité, de la croissance ou encore du poids de chaque animal. « L’alimentation est plus simple avec des vaches allaitantes » À l’issue de la présentation de ces résultats techniques, deux thématiques différentes ont été abordées. Chez Ernest Hoeffel, à Walbourg, il y a eu une présentation de la litière pour bovins avec des plaquettes de bois (voir vidéo, ci-dessous). À Vieux-Ferrette, Émile Schweitzer a présenté son exploitation. Il l’a reconverti en un élevage de vaches allaitantes limousines. « Je me suis installé en 2008 en hors cadre familial. D’abord à Diefmatten puis également ici à Vieux-Ferrette. Avec mon père, on a commencé à monter le troupeau allaitant. Nous avons rassemblé les deux exploitations. En tout, 200 hectares dont 25 hectares de prairies naturelles et 20 hectares de prairies temporaires. Nos cultures principales sont le maïs, le blé, l’orge et le colza. L’alimentation est plus simple avec des vaches allaitantes qu’avec des laitières. Elles sont au pré en été tant qu’il y a de l’herbe. En hiver, nous leur donnons de l’ensilage d’herbe, du ray-grass italien avec un mélange suisse et du foin quand il est disponible. Depuis quelques jours, j’ai modifié la ration des génisses à l’engraissement avec deux tiers d’ensilage d’herbe », explique Émile Schweitzer. Il travaille désormais seul depuis le départ à la retraite de son père en 2019. Contrôler les vaches C’est aussi en 2019 qu’il a fait construire un couloir de contention. Il se trouve dans un bâtiment situé entre deux autres où est regroupé le cheptel. « Je l’ai placé dans cet endroit central pour faciliter l’arrivée et le départ des vaches. C’est un box de 15 m2 modulable. Il permet de faire différents lots pour mieux identifier et contrôler les animaux. Le premier avantage de ce système concerne la sécurité. Si je souhaite intervenir pour soigner une vache, pour lui mettre une boucle, effectuer une prise de sang où toute autre intervention parfois bénigne, je fais en sorte qu’elle passe dans ce couloir de contention. Cela peut alors éviter les accidents comme les coups de pied ou les mouvements d’humeur », précise le jeune éleveur. Avec cet outil de travail, il est alors possible d’effectuer différentes opérations comme la pesée et la tonte. « En outre, ce système facilite les vêlages. L’animal est en sécurité. Rares sont les vêlages où j’ai été obligé d’intervenir », se félicite Émile Schweitzer. Il vient d’adhérer au contrôle de performance et fait donc partie des quatre élevages en Alsace suivi par Bovins Croissance France.    

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