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Commercialisation des vins d’Alsace à l’export

Des freins à lever, des appuis à consolider

Publié le 02/04/2021

Comment développer la présence des vins d’Alsace sur les marchés export ? Pour les responsables professionnels, cela passe par la suppression de certains obstacles et un meilleur accompagnement de la filière par l’État français. Des doléances remises en mains propres au ministre Franck Riester, lors d’une rencontre organisée le 26 mars à Dambach-la-Ville.

Pour aller plus loin, il faut lever les freins. Le 26 mars, les représentants de la filière viticole alsacienne ont demandé à Franck Riester, ministre délégué auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, chargé du Commerce extérieur et de l’Attractivité, une « aide concrète » pour développer la présence des vins d’Alsace sur le marché international. En visite à Dambach-la-Ville, le représentant du Gouvernement a pu mesurer les difficultés rencontrées par les professionnels désireux d’écouler leurs bouteilles au-delà des frontières nationales. Même si l’Alsace a bien résisté en 2020 (lire encadré), elle aurait pu afficher un meilleur bilan sans les mesures de rétorsion mises en place en octobre 2019 par Donald Trump dans la cadre du différend Airbus/Boeing. « La surtaxe de 25 % sur les vins français importés aux États-Unis nous a fait mal », rappelle le président de la commission Marketing-Export du Civa, Étienne-Arnaud Dopff. Jusqu’à cette date, en effet, la croissance des vins d’Alsace était forte outre-Atlantique avec plus de 16 % en volumes, et plus de 22 % en valeur. Puis au dernier trimestre 2019, les exportations vers ce pays ont chuté de 18 % en volume et 19 % en valeur. « On voit clairement que c’est cette taxe qui a fait chuter nos ventes », fait-il remarquer au ministre. Le « parent pauvre » des négociations internationales Heureusement pour la profession viticole, la taxe Trump a été suspendue le 5 mars dernier par l’administration Biden pour une durée de quatre mois, le temps de régler le litige commercial qui oppose les États-Unis et l’Union européenne. « Il faut que ce moratoire aboutisse à une suspension définitive de la taxe sur les vins. Ce conflit qui concerne l’aéronautique, doit absolument être séparé de la filière vins et spiritueux. Il n’est pas envisageable de revenir à cette surtaxe en juillet prochain. L’État doit faire pression sur Airbus pour régler cette question », poursuit-il. Il n’est pas envisageable non plus pour la profession qu’une taxe GAFAM (Google/Amazon/Facebook/Apple/Microsoft) de 100 % sur le vin européen soit instaurée à la place. Plus globalement, les représentants de la filière alsacienne souhaiteraient que le vin soit considéré « à sa juste valeur » dans les négociations commerciales internationales. Comme le souligne le directeur des marques alsaciennes des Grands chais de France, Serge Fleischer : le vin fait partie du paysage « historique » de la France, au même titre que le luxe. « Nous sommes générateurs d’image et de valeur pour notre pays. Malheureusement, la viticulture est souvent le parent pauvre des négociations alors qu’on mériterait d’être bien plus mis en avant. Il faut que l’État soit véritablement à nos côtés pour qu’on puisse se développer à l’international. » La « confiance » plutôt que la « suspicion » Pour y parvenir, la profession voit plusieurs axes d’amélioration à mettre en œuvre rapidement. Le premier serait de promouvoir une Administration de « partenariat » et non de « suspicion » avec FranceAgriMer. « Ces services sont de plus en plus déconnectés de la réalité du terrain. Ils considèrent les programmes d’aide, type OCM Promotion sur les pays tiers, comme un moyen de dilapider l’argent public au lieu de le percevoir comme un levier financier pour la filière. Cela alimente un regard suspicieux à notre égard », déplore le représentant du négoce alsacien. Il poursuit en rappelant au ministre que les entreprises n’ont aucun intérêt à ne pas mettre en œuvre des actions qui ne généreraient pas un maximum de rentabilité à l’export. « On veut une aide plus proactive des services administratifs. Ils pourraient s’appuyer sur les professionnels pour avoir une expertise. Cela simplifierait le contrôle des flux tout en instaurant une relation de confiance. » Des accords « donnant-donnant » avec les pays tiers Pour pénétrer les marchés export, la profession alsacienne croit beaucoup au développement des accords de libre-échange (lire encadré), aux accords au sein des États membres de l’Union européenne, et aux accords bilatéraux avec les pays tiers. Avec les monopoles d’Europe du Nord par exemple, l’idée serait d’établir un partenariat, dans le respect des normes européennes et du commerce international, pour que les vins français soient favorisés fiscalement auprès du monopole, et qu’en retour le pays cible ait une contrepartie sur un secteur qu’il souhaiterait privilégier. Autre piste évoquée : l’instauration de la « clause de la nation la plus favorisée » avec des monopoles sur les pays tiers comme la SAQ (Société des alcools du Québec). À travers elle, chaque État signataire s’engagerait à accorder à l’autre tout avantage qu’il accorderait à un État tiers. Au Québec, les vins français pourraient ainsi bénéficier des mêmes avantages que les vins de la zone Alena (zone de libre-échange entre les États-Unis, le Canada et le Mexique), importées par la SAQ. Faciliter l’e-commerce à l’international Reste un sujet important à « déverrouiller » aux yeux de Serge Fleischer : le commerce numérique des vins d’Alsace à l’échelle mondiale. « Avec la crise sanitaire, l’État a voulu renforcer l’e-commerce en France. Et, évidemment, nos entreprises viticoles ont envie d’y aller. Mais clairement, le commerce du vin sur internet est quasiment impossible aujourd’hui pour nos marchés export. Je ne parle pas pour les gros clients, mais bien pour la vente au particulier, pour des colis de six à soixante bouteilles. Entre les taxes et les frais d’expédition et les lourdeurs administratives françaises, ça coûte quatre fois le prix d’envoyer une commande de ce type à l’étranger. Des bouteilles envoyées aux Canaries reviennent trois fois, car non conformes. Ce n’est plus possible. Si on veut favoriser le commerce international de nos vins, il faut faire quelque chose. Tous les jours, on se demande comment on va faire. » Une solution proposée par les responsables professionnels serait de demander à La Poste des prestations spéciales d’envoi de colis de vins à meilleur coût et parfaitement sécurisées en matière de déclarations fiscales et douanières, à l’instar de la Deutsche Post. Des nouvelles « entraves » à venir ? Avant de céder la parole à Franck Riester, le président de l’Ava et de la Cnaoc, Jérôme Bauer, tient à faire part des inquiétudes de la profession autour du projet de loi Climat et résilience, actuellement discuté à l’Assemblée nationale. L’article 12 de ce texte prévoit notamment la mise en place d’une consigne obligatoire sur les emballages en verre à l’horizon 2025, uniquement pour les produits vendus sur le territoire français. « C’est une approche totalement ingérable pour les opérateurs. Au moment du conditionnement, un producteur de vin ou de spiritueux ne sait pas sur quel marché sa bouteille sera commercialisée. En outre, l’hypothèse de devoir distinguer deux conditionnements différents, pour le réemploi et recyclable, conduit à une perte significative de compétitivité pour les opérateurs. C’est pourquoi nous demandons que cet article 12 soit abandonné, ou que la viticulture puisse y déroger. » Autre motif d’inquiétude lié à ce projet de loi : imposer des obligations d’affichage environnemental sur les produits, au-delà des recommandations européennes sur l’étiquetage. « Cela nous obligerait à modifier l’étiquetage en fonction du marché de destination. Là aussi, c’est une complication logistique que nous ne pouvons pas nous permettre », prévient le président de la Cnaoc. Le vin, une « priorité » pour le gouvernement Macron Face au scepticisme et aux inquiétudes exprimées par ses interlocuteurs, le ministre tient à se montrer rassurant : « L’avenir des vins d’Alsace est absolument prioritaire pour notre gouvernement. Je sais à quel point votre présence à l’international est essentielle. » Il considère que le secteur viticole est un des grands exportateurs nets de la France. « Donc, quand vous dites que vous êtes relégués au fin fond des négociations, c’est en réalité tout l’inverse ». Il en veut pour preuve la décision de Donald Trump de surtaxer les vins français. « Quand on tape sur les vins, on tape sur la France. C’est une guerre mondiale au niveau commercial que nous vivons, tous les moyens sont bons. » Sur les accords de libre-échange, Franck Riester met en avant le bilan positif du Ceta pour la filière viticole (lire encadré). « On voit bien qu’en baissant les tarifs douaniers, on baisse les taxes. » Concernant les aides FranceAgriMer, le ministre dit « comprendre le sentiment d’être condamné avant d’avoir fait quelque chose. Mais on est obligé de faire des contrôles quand on voit le nombre de fraudeurs qu’il peut y avoir ». Sur la problématique de traçabilité et d’exportation des bouteilles, il tient à rappeler que l’export d’un produit agroalimentaire reste plus compliqué que celui de vêtements. « Pour autant, il faut qu’on regarde cela de plus près, voir si c’est un problème français, européen, ou si c’est chez les partenaires commerciaux. » Enfin, il reconnaît que le projet de loi Climat et résilience nécessite encore pas mal de travail pour être adapté aux « réalités du terrain ».

Publié le 01/04/2021

Par Daniel Peyraube, président de l’AGPM, Éric Thirouin, président de l’AGPB, Franck Sander, président de la CGB et Arnaud Rousseau, président de la FOP.  

Alors que la présidence portugaise ambitionne de finaliser les arbitrages sur la Pac durant son mandat et que les discussions s’accélèrent au niveau national pour définir le Plan Stratégique National (PSN), les présidents des associations de grandes cultures : l’AGPB, l’AGPM, la CGB et la FOP en appellent à une Pac équilibrée qui soit réellement au service de la souveraineté de la France et de l’Europe. La souveraineté alimentaire a été remise au cœur des préoccupations de nos dirigeants et de nos concitoyens à la lumière de la crise sanitaire que nous traversons depuis un an. Nos filières de production n’ont jamais cessé d’alimenter nos marchés, qu’ils soient locaux ou internationaux, démontrant ainsi leur performance et leur organisation dans tous les territoires. Céréales, oléagineux, protéagineux, betteraves, sont à la source d’importantes chaînes de valeurs, des collecteurs de grains, aux élevages et industries de transformation, sans oublier l’export. Nos productions couvrent 22 % du territoire, génèrent 21 milliards d’euros de valeur ajoutée et génèrent 460 000 emplois. Elles contribuent également à lutter contre le changement climatique en absorbant de grandes quantités de CO2 et en restituant du carbone dans les sols. Moins d’un Smic par an ! Malheureusement, en dépit de son excellence et sa performance technique et sanitaire, notre agriculture est exsangue. Avec moins d’un Smic en moyenne par an ces huit dernières années, les revenus moyens des producteurs de grandes cultures sont historiquement bas. C’est purement intolérable ! Dirigeants et citoyens doivent en prendre conscience : les artisans de leur alimentation, de leur énergie verte et de leurs matières premières naturelles, ne gagnent pas leur vie. Comment en sommes-nous arrivés là ? D’abord, le secteur des grandes cultures a fait les frais de choix purement politiques et idéologiques lors des deux précédentes réformes de la Pac : c’est une somme faramineuse d’un milliard d’euros par an de perte directe pour les grandes cultures par rapport à 2007 ! Aujourd’hui, en moyenne, les aides aux exploitations de grandes cultures sont inférieures de 30 % au montant moyen des aides en France. Ensuite, le potentiel de production français est aujourd’hui mis en difficulté par une avalanche de contraintes, de limitations, voire la disparition des moyens nécessaires au développement et à la protection des cultures. […] Rappelons que les aides de la Pac sont indispensables, non seulement aux revenus des exploitants, mais surtout à la pérennité d’une agriculture française capable de nourrir toute la population et pas seulement les plus aisés. Arbitrages à haut risque en préparation Alors, à la veille d’arbitrages majeurs sur le PSN pour la période 2023-2027, nous alertons avec force tous les acteurs sur les dangers pour la pérennité de nos filières céréalière, sucrière ou oléoprotéagineuse. Les propositions des services du ministère mises sur la table dans le cadre du PSN risquent de pénaliser à nouveau les exploitations de grandes cultures. […] Nous demandons une Pac basée sur une approche économique et responsable, intégrant des dynamiques de filières et de territoires. Aussi, nos demandes sont les suivantes : Le revenu des producteurs de grandes cultures doit être sécurisé par les aides du premier pilier, l’augmentation des transferts vers le second pilier doit donc cesser. La convergence des aides doit être limitée et compensée pour les situations les plus impactées. Les aides couplées doivent être adaptées afin de compenser les effets de la convergence et favoriser la structuration des filières, voire par le développement de programmes opérationnels. L’éco-régime, destiné à accompagner la transition agroécologique, doit être accessible à tous et sans distinction de modèles, avec la reconnaissance de schémas de certifications tels que la certification environnementale de niveau 2 et la certification maïs. Aussi, la certification des pratiques, telle la certification environnementale de niveau 2, la certification maïs, comme le recours à des pratiques agronomiques vertueuses doivent permettre l’accès à ces programmes. Le taux du paiement redistributif doit être limité à 10 % et s’appliquer jusqu’à la dimension moyenne des exploitations françaises (63 ha). Une protection des exploitations face à la multiplication des aléas grâce au développement des outils de gestion des risques et plus particulièrement de l’assurance climatique, avec un déclenchement dès 20 % de pertes (Omnibus). Un soutien amplifié à l’investissement pour les exploitations de grandes cultures afin de favoriser les transitions. Nous attendons du ministre de l'Agriculture une position claire en faveur d’une agriculture forte, productive, structurée et organisée, porteuse de valeurs pour nos territoires et au service de l’ambition de notre pays en Europe et dans le monde. Bref une agriculture durable dans toutes ses composantes : le respect de l’environnement et la préservation du climat, une économie saine, et une utilité sociale. Cette durabilité passe d’abord par celle de nos exploitations. Il est urgent que nos dirigeants en prennent pleinement conscience et arrêtent de les ponctionner au profit de modèles décroissants, fantasmés et en totale inadéquation avec les enjeux démographiques et climatiques de notre temps.

Coopérative Agricole de Céréales

La valeur ajoutée comme leitmotiv

Publié le 31/03/2021

Pour la Coopérative agricole de céréales, la crise sanitaire n’empêche pas de se projeter dans l’avenir. Après une année chahutée par le Covid-19, mais tout de même très bonne en termes de résultats, les regards sont tournés vers les solutions qui seront les plus à même d’apporter de la valeur ajoutée aux associés coopérateurs.

S’adapter, évoluer en permanence. En 2020, la Coopérative agricole de céréales (CAC) a su rebondir et trouver des solutions pour garder le cap malgré l’épidémie de Covid-19, et maintenir les grandes orientations que le conseil d’administration avait fixées en 2018. « Dès le premier jour du confinement, nous avons fait en sorte d’assurer la sécurité de tous nos collaborateurs avec la mise en place du télétravail quand c’était possible, et de fournir en temps et en heure les produits nécessaires à nos agriculteurs », explique le président, Jean-Michel Habig. La coopérative a notamment instauré les livraisons directement dans les fermes, avec prise de rendez-vous préalable. Un service très apprécié par les agriculteurs qui a apporté davantage de « sérénité ». « C’est bien plus fluide qu’avant, tant pour l’opérateur que pour l’agriculteur. On ne peut que s’en féliciter », poursuit-il. La CAC a également été très présente pour accompagner ses clients viticulteurs et maraîchers durement impactés par la crise sanitaire. « Via nos structures dédiées Hormalys et Ampélys, on a essayé de trouver avec des solutions pour accompagner leur décalage de trésorerie. On avait la crainte que certains dévissent », indique le directeur général, Jean-Marc Schacherer. La « frustration » du numérique Si le numérique et le télétravail se sont imposés dans les habitudes de travail de la coopérative du jour au lendemain, cela n’est non plus la « panacée » reconnaît Jean-Marc Schacherer. « Certes, le télétravail et la visio nous ont permis de maintenir l’activité pendant le premier confinement. Mais au final, tout le monde en est ressorti plus fatigué. On ne sait pas travailler comme ça dans nos métiers. » Aujourd’hui, 50 % du personnel de la CAC fonctionne toujours en télétravail. Cette frustration s’est aussi fait sentir avec les membres du conseil d’administration et l’ensemble des adhérents. Pour la première fois, l’assemblée générale qui a lieu habituellement en fin d’année n’a pu se tenir en présentiel. Là encore, la visioconférence s’est imposée d’elle-même. « On a pu voter l’ensemble des résolutions, valider les comptes et renouveler une partie du conseil d’administration », se félicite Jean-Michel Habig. Néanmoins, il déplore, comme son directeur général, le manque de « chaleur » inhérent au numérique. « Pour échanger, pour partager, ce n’est pas la même chose. Il n’y a pas cette dynamique de groupe que l’on peut ressentir en présentiel. » De « nouveaux profils » à recruter Cette utilisation « forcée » du numérique a mis l’accent sur une thématique qui va devenir de plus importante dans les années à venir aux yeux de la CAC : l’intégrité des données. « Avec le développement du télétravail, c’est autant de failles potentielles pour les pirates informatiques en quête de ransomwares. Heureusement, nous n’avons eu aucun problème à déplorer à ce niveau-là. Nous étions bien préparés, ce qui nous a permis de déployer le travail à distance très rapidement et en toute sécurité. Cependant, si on veut développer une agriculture 3.0 ou 4.0 dans les années à venir, la sécurité des données va être une question cruciale. Ce qui pose la question des nouveaux profils à recruter », fait remarquer Jean-Marc Schacherer. Si l’ingénieur agronome sera toujours indispensable dans la coop de demain, le spécialiste en mathématiques le sera tout autant pour traiter les données. « C’est une compétence qui est porteuse d’emplois dans le secteur agricole. Toutes nos entreprises doivent se pencher sur cette question », estime le directeur général de la CAC. D’autres « relais de croissance » à trouver Le Big Data oui, mais avec quelles cultures ? Comme d’autres entreprises de la filière ou d’organisations professionnelles agricoles, la CAC regarde d’un œil inquiet la prochaine réforme de la Pac qui prévoit, pour l’instant, de limiter la culture principale d’une exploitation à seulement 50 % de sa SAU. « Évidemment, cela nous interpelle. Nos élus sont sensibilisés sur cette question. Mais si cela n’aboutit pas, il faut réfléchir dès maintenant à d’autres cultures créatrices de valeur pour nos adhérents. Le souci est que la rentabilité du maïs est tellement forte que c’est difficile de s’en passer, surtout dans les zones non irriguées. Pour autant, c’est notre devoir de trouver d’autres relais de croissance », estime Jean-Michel Habig. Sortir de la zone de confort ? En matière d’alternatives au maïs, la CAC apporte déjà des réponses concrètes entre le blé dur (400 ha), en partenariat avec l’entreprise Valfleuri, un tournesol semences (400 ha également) au fort potentiel de surfaces, et le soja destiné à l’alimentation humaine avec Alpro Sojinal. Des perspectives existent aussi pour le soja destiné à l’alimentation animale via Socobeval. « Au final, l’idée est d’arriver au même niveau de rémunération du maïs, même si on sait que ce n’est pas évident. Pour rivaliser avec la rentabilité de cette culture, il faut s’accrocher. Pour autant, on doit être en mesure de proposer des alternatives le jour J si la réglementation nous y oblige. Peut-être qu’on devra sortir de nos zones de confort », admet Jean-Michel Habig. Accompagner et faciliter le choix de l’assolement La question du choix de l’assolement va ainsi devenir de plus en plus déterminante pour les exploitations céréalières alsaciennes. Pour accompagner ces décisions technico-économiques fondamentales, la CAC souhaiterait amener à ses associés coopérateurs un outil numérique propre à chaque exploitation pour faire des simulations avant récolte, et des bilans après. « Pour l’instant, on peut produire autant de maïs qu’on veut, on arrivera à le vendre. Il n’y a pas d’orientation globale. Mais peut-être que demain, on sera obligé d’y aller », prévient Jean-Marc Schacherer. L’idée serait de proposer une « trajectoire numérique » sur un environnement « unique » relié aux éléments techniques et financiers de l’exploitation. Ce « gros outil d’aide à la décision » devrait voir le jour courant 2022, après deux années de développement. « On pourra ainsi amener un conseil bien plus accompagné et individualisé qu’aujourd’hui », ajoute le directeur général. La « belle réussite » Socobeval La création de valeur ajoutée si chère à la CAC passera aussi par la filière animale comme évoqué précédemment. Depuis le 10 mars 2020, la coopérative apporte une nouvelle solution à ses adhérents via le négoce en bestiaux Socobeval. Jean-Michel Habig tire un premier bilan satisfaisant de cette première année de « découverte ». « Il faut rappeler que Socobeval reste un négoce à part entière, l’esprit coopératif de la CAC en plus. Aujourd’hui, on fait 38 000 bêtes, soit 1 500 de moins qu’au moment du rachat. Avec le contexte du Covid-19, j’estime que c’est une belle réussite. Grâce aux compétences déjà en place, et celles que nous avons recrutées comme la directrice Aurélie Aubry, nous avons stabilisé l’activité et fait en sorte que les choses roulent. » Avec ce nouveau métier dans son panier, la CAC reste fidèle à sa philosophie : créer de la « valeur » pour le monde agricole. « Et apporter une réponse supplémentaire à la Pac 2023 », ajoute Jean-Michel Habig. Développer le lien entre végétal et animal Malgré les remous causés dans la filière viande par le rachat de Socobeval, la CAC n’entend pas changer sa ligne de conduite. « Nous avons beaucoup appris au cours de cette première année, nous avons gagné en confiance. Et nous garderons le cap en restant fidèles à nos valeurs. Que ce soit en termes de chiffre d’affaires, de résultat ou de rémunération de nos agriculteurs, on est là où on voulait être. Maintenant, nous voulons développer tout cela intelligemment, pour nos associés coopérateurs. Nous avons désormais la possibilité de développer un lien entre le végétal et l’animal qu’on ne pouvait pas faire avant. Ça, c’est de la vraie production locale, et cela a de la valeur auprès des consommateurs », considère le président de la coopérative haut-rhinoise.    

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