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Publié le 21/03/2021

L’Association des producteurs de houblon d’Alsace, le lycée agricole d’Obernai, la fondation Kronenbourg et l’association Pour une agriculture du vivant se sont regroupés au sein du projet AgroHoublon, qui vise à accompagner la transition agroécologique dans les houblonnières. Au menu : des couverts, des arbres, du pâturage, mais aussi des rencontres et des passerelles au sein de la filière brassicole.

Le houblon n’en finit pas de surfer sur la crête de la vague. Malgré ce succès, et parce que le houblon reste, avec ses quelques 500 ha de production en France, une culture mineure, sa transition agroécologique n’en est encore qu’à ses balbutiements. C’est face à ce constat qu’est né le projet collectif AgroHoublon, regroupant le lycée agricole d’Obernai, une dizaine de producteurs émanant de l’Association des producteurs de houblon d’Alsace (Apha), la fondation Kronenbourg et l’association Pour une agriculture du vivant (PADV). Son objectif : « Accompagner les houblonniers dans la transition agroécologique », pose Véronique Stangret, du lycée agricole d’Obernai, animatrice du projet AgroHoublon. L’initiative a été engagée en septembre 2019, « parce que plusieurs acteurs voulaient faire bouger les lignes, et parce que l’agroécologie nous intéresse par ses valeurs. Nous avons donc voulu encourager des planteurs à s’engager dans cette voie », se remémore Agnès d’Anthonay, administratrice de la Fondation Kronenbourg. « Nous sommes partis d’une feuille blanche, et avec une certaine humilité, car il n’y a pas de définition unique de l’agroécologie. Dans un premier temps, il a fallu impulser la dynamique, en sensibilisant les acteurs, en créant un référentiel, en montant des petits groupes », poursuit-elle.     L'objectif du projet #AgroHoublon ? ? Créer un modèle agronomique de référence ♻️ Définir un modèle économique dans les phases de transition et sur le long terme. ? Et sur le long terme, augmenter l'attractivité du houblon sur le marché mondial ! — Kronenbourg SAS (@Kronenbourg_SAS) September 29, 2020     S’inspirer de la viticulture Pour se former et comme il n’existe pas de spécialistes à la fois du houblon et de l’agroécologie, le lycée agricole d’Obernai, qui anime le projet, se rapproche d’acteurs du monde viticole, car vignes et houblonnières présentent des similitudes, en tant que monocultures pérennes, tant au niveau des itinéraires techniques que des problématiques sanitaires. « Suite à ces échanges, il nous revient de nous appuyer sur les connaissances existantes, pour tester des choses en houblonnière, et observer comment le houblon réagit, afin de créer des itinéraires techniques qui soient adaptés à la fois au couvert et au houblon », détaille Véronique Stangret. Deux enjeux majeurs ont été identifiés : le sol et son maintien en bon état de fonctionnement afin de profiter durablement de sa capacité de production, ainsi que l’introduction d’arbres dans les houblonnières, avec pour objectifs de bénéficier de leur impact positif sur la biodiversité, l’ombrage… Des protocoles techniques ont ensuite été élaborés, identifiant notamment les indicateurs utilisés pour discriminer les expérimentations, « sachant que les observations peuvent être effectuées à travers différents prismes, qui ne sont pas exclusifs les uns des autres », pointe Agnès d’Anthonay. Trois éléments seront particulièrement surveillés : la capacité des systèmes à être économes en eau, à séquestrer du carbone et à préserver la biodiversité. Des couverts adaptés Dans un premier temps, des essais de paillage des houblonnières ont été effectués, avec succès puisqu’il a été prouvé que « la couverture végétale permet de maintenir l’humidité du sol », rapporte Véronique Stangret. Les maladies et les ravageurs sont observés sur un des sites paillés, afin de déterminer si le maintien de l’humidité a pour effet secondaire de favoriser leur émergence. À l’avenir, des essais seront menés afin de tester l’effet de l’implantation de couverts vivants dans la paille, avec comme hypothèse que l’amélioration de la vie du sol, induite par les couverts vivants, constitue un levier pour concurrencer les organismes pathogènes. À terme, l’objectif est de garder le sol couvert, pourquoi pas avec un enherbement permanent, mais a priori au départ plutôt avec des couverts qui seront roulés. En effet, les interventions au printemps sont nombreuses dans les houblonnières, ce qui nécessite de trouver un compromis entre biomasse des couverts, et passages de tracteurs : « On peut rouler des céréales, mais pas de la féverole, par exemple », illustre Véronique Stangret. Des moutons, mais par touches Par ailleurs, le lycée agricole teste l’introduction de moutons dans les houblonnières. « Ces derniers broutent le feuillage bas des lianes, une opération de défanage qui sinon se réalise thermiquement ou chimiquement, afin d’assurer la circulation de l’air au sein de la houblonnière », explique Véronique Stangret. L’introduction du pâturage présente des avantages : économie d’un traitement, fertilisation par les déjections animales, source de fourrage supplémentaire, mais aussi des inconvénients, puisque les moutons s’attaqueront aussi aux couverts, et que les moutons doivent être absents des houblonnières avant et après chaque traitement. « La solution résidera sans doute dans des touches de pâturage », présage Véronique Stangret.   C'est la bonne humeur et ... la boue que les élèves #paysagistes du lycée #agricole d'#Obernai ont participé à la plantation de #haies en bordure de houblonnière#biodiversité , protection des plantes, de l'#eau ,des #sols@EAVPHR #lAgricultureElleAssure pic.twitter.com/VmyJYhMa03 — Germain Schmitt (@germain_schmitt) February 1, 2021   À l’ombre des arbres Suite à des rencontres qui ont eu lieu au printemps dernier avec l’association Haies vives d’Alsace (HVA), quatre agriculteurs ont planté des haies cet hiver aux abords de houblonnières. Il s’agit d’Adrien Harter à Duntzenheim, Francis Woehl à Seebach, Jean-Noël Burg à Batzendorf et Félix Meyer à Mittelschaeffolsheim, auxquels s’ajoute la ferme du lycée agricole d’Obernai. « Dans un écosystème naturel, le houblon est une liane, qui utilise les arbres comme tuteurs pour se déployer », note Véronique Stangret. En outre, houblon et arbre peuvent développer des mycorhizes, sources d’échanges d’eau et de minéraux entre les espèces végétales via les filaments mycéliens. La question de la compétition pour l’eau entre le houblon et les arbres est évidemment prégnante. « Si les arbres entrent en compétition pour la ressource en eau avec le houblon lorsqu’elle n’est que partiellement limitante, ils peuvent devenir un atout lorsque l’aridité est très rude, en redistribuant l’eau puisée profondément par leurs racines, en créant des zones de condensation, et en créant un effet d’ombrage qui va protéger les houblons du rayonnement auquel il est sensible. En outre, si on se projette dans un futur aride, mieux vaut planter des arbres maintenant, car à terme, des jeunes arbres peuvent peiner à s’enraciner », estime l’animatrice du projet. Aussi, la présence d’arbres pourrait avantageusement compléter l’irrigation au goutte-à-goutte, qui équipe de plus en plus de houblonnières, mais qui étanche la demande hydrique du houblon sans contrer les températures élevées, ni le rayonnement. Néanmoins, les houblonniers avancent avec prudence. Pour l’instant, les arbres ont été plantés au bord des houblonnières, ou dans les zones d’ancrage, mais pas encore au sein des échafaudages. Non seulement parce que cela nécessite d’enlever des plants de houblon, mais aussi parce que cela peut endommager les structures existantes. D’autres interrogations concernent les essences d’arbres à privilégier, et celles à éviter : « Parmi les ravageurs des prunus et du houblon figure une même espèce de puceron. Une donnée qui peut être appréhendée de deux manières : ne pas mettre de prunus pour ne pas attirer de puceron dans les houblonnières, ou, dans une approche plus écosystémique, planter des prunus, au risque d’attirer le puceron, mais aussi ses auxiliaires », illustre Véronique Stangret. Les plantations ont été effectuées en partenariat avec l’association HVA, qui a fourni des plants labellisés Végétal local, a assuré la logistique des chantiers, qui ont été réalisés avec des apprenants de l’Établissement public local d’enseignement (EPL) et de formation professionnelle agricoles du Bas-Rhin. Un projet de filière Les premières plantations ont été financées à 80 % par des subventions de la Région Grand Est via HVA et à 20 % par la Fondation Kronenbourg. « Nous nous sommes engagés à soutenir le projet durant 3,5 ans, mais les montants que nous allouons au projet ne sont pas fixés », précise Agnès d’Anthonay. Pour la première année, ils s’élèvent à 50 000 €. En s’engageant dans ce projet, « la Fondation Kronenbourg se positionne en tant qu’émanation d’une activité brassicole qui a vocation à transformer des matières premières agricoles », précise Agnès d’Anthonay. « Notre production est dépendante de l’agriculture, qui a de nombreux défis à relever, il est donc cohérent d’apporter notre pierre à l’édifice… D’ailleurs, nous sommes tous dépendants de l’agriculture », conclut-elle.       Belle après midi de restitution pour nos APV 1, dans le cadre du projet AgroHoublon, où ils ont présenté leurs calculs... Publiée par BTS APV Lycée agricole d'Obernai sur Lundi 15 février 2021    

Publié le 20/03/2021

Malgré les difficultés engendrées par l'épidémie de Covid-19, le Groupement de défense sanitaire Alsace a su mener à bien les missions qui lui sont dévolues en 2020 : la surveillance des troupeaux et le dépistage des maladies. Si la BVD recule, l'IBR plafonne, tandis que la besnoitiose frappe timidement aux portes des élevages alsaciens. Et, en ligne de mire, la loi de santé animale (LSA) entend renforcer la prévention des maladies à l'échelle européenne.

Le Groupement de défense sanitaire (GDS) Alsace est parvenu à surmonter les difficultés liées à la crise sanitaire. Comme le souligne son nouveau président, Frédéric Bernhard, qui a succédé à Patrick Bastian en octobre dernier, les salariés de la structure ont su s'adapter tant bien que mal à cette situation inédite. « Grâce au télétravail, nous avons pu assurer le suivi des dossiers. Sur le terrain, la tâche était un peu plus compliquée qu'à l'accoutumée. » « Les prophylaxies ont eu énormément de mal à être terminées cette année, entre les vétérinaires qui limitaient leurs activités, et les éleveurs qui ne voulaient accueillir personne sur leurs exploitations », complète la directrice du GDS Alsace, Céline Zuber. La fin de la prophylaxie 2020 a donc dû être décalée au 1er octobre. Un report exceptionnel qui a engendré une surcharge de travail importante pour le GDS Alsace. IBR : objectif « indemne » d'ici 2027 Cette campagne de prophylaxie prolongée a livré des signaux encourageants sur l'état sanitaire des troupeaux en Alsace. Concernant la rhinotrachéite infectieuse bovine (IBR), on est à 93 % de cheptels indemnes à l'heure actuelle. « Un chiffre qu'on n'arrive presque pas à faire progresser aujourd'hui, fait remarquer Céline Zuber. On a 4 % de cheptels en cours de qualification, et ça a du mal à bouger. Il manque toujours quelque chose pour qualifier de nouveaux troupeaux. » Malgré tout le travail de surveillance opéré depuis des années, le GDS Alsace fait état de nouveaux cheptels contaminés par l'IBR lors de la campagne 2019-2020. Problème : l'origine de la contamination reste incertaine. « Et si on ne sait pas comment ces troupeaux ont été contaminés, c'est plus compliqué de mettre en œuvre des actions de prévention et de surveillance », poursuit-elle. C'est d'autant plus embêtant que se profile l'entrée en vigueur de la loi de santé animale (LSA) (lire encadré). Dès le 21 avril prochain, chaque GDS devra appliquer un programme de surveillance européen pour obtenir une qualification de pays « indemne » d’IBR. Il faut arriver à un minimum de 99,8 % de cheptels sains, contre 91,5 % aujourd'hui. Un objectif qui devrait être atteint d'ici 2027. La reconnaissance de pays « indemne » permettra à la France d’exporter ses animaux sans contraintes. « L'idée est d'être au même niveau sanitaire que les autres pays européens et maintenir nos capacités commerciales », précise Céline Zuber. Des évolutions à prévoir avec la LSA Cette LSA aura des répercussions « importantes » pour le GDS Alsace et les exploitations, prévient Frédéric Bernhard. « Des solutions techniques sont étudiées à tous les niveaux pour limiter les surcoûts engendrés. Le dépistage des principales maladies et la vaccination FCO pour l'export n'en sont que quelques exemples. » Pour l'IBR, les modalités de contrôle des troupeaux vont aussi évoluer en fonction de l'ancienneté de la qualification du cheptel et du type de troupeau. Pour les cheptels qualifiés depuis moins de quatre ans, et ceux de moins de 100 vaches laitières, rien ne change par rapport à aujourd'hui. Par contre, pour les cheptels allaitants qualifiés depuis plus de quatre ans, les contrôles seront allégés et seuls 30 % des bovins de plus de 24 mois seront prélevés. Les plus gros changements induits par la LSA vont concerner les cheptels non qualifiés : pour eux, analyses individuelles obligatoires de tous les bovins, ce qui sous-entend la contention des jeunes animaux. Des interrogations demeurent sur les cheptels laitiers de plus 100 vaches. « À ce jour, il faudrait appliquer le même protocole que les cheptels allaitants. Des discussions sont en cours pour savoir si nous pourrions travailler à partir d'échantillons du contrôle laitier. Ce qui implique que les laboratoires soient capables de faire des mélanges », explique Céline Zuber. La BVD perd du terrain En matière de prophylaxie, la diarrhée virale bovine (BVD) reste la plus grosse action menée par le GDS Alsace tout au long de l'année. Lors de la campagne 2019-2020, les résultats de dépistage ont été globalement très bons. Moins de 0,1 % de veaux positifs à la BVD ont été enregistrés lors des trois derniers trimestres de 2020. « La situation commence à devenir très favorable, même si elle reste assez hétérogène sur le terrain. Il y a des zones où tous les résultats sont négatifs, d'autres zones qui concentrent la majorité des résultats positifs », commente Céline Zuber. Et pour la première fois également, aucun cheptel avec un premier résultat positif n'a été enregistré au dernier trimestre de 2020. « Le programme de bouclage des veaux lancé en 2017 semble porter ses fruits. Mais pour qu'il réussisse, il faut que des mesures efficaces et rapides soient prises : élimination des animaux positifs, dépistage des derniers bovins qui n'ont pas de statut, et mise en place de la vaccination. » Ces bons résultats ont poussé le GDS Alsace à proposer, lors de la campagne 2019-2020, des dépistages sérologiques dans cent exploitations situées dans des zones « favorables », dans lesquelles il n'y a pas de circulation virale depuis au moins deux ans. Les premiers chiffres sont encourageants : 37 % des cheptels sont négatifs et peuvent donc arrêter les boucles ; 31 % des boucles peuvent arrêter les boucles moyennant des analyses complémentaires ; 18 % des cheptels restent à ce jour non analysés ; et seulement 14 % des cheptels doivent pour l'instant conserver les boucles. « Certes, la sérologie est intéressante. Néanmoins, elle nécessite tout de même plus d'expertise technique entre nos équipes et les vétérinaires pour analyser certaines situations dans lesquelles il y a des résultats positifs sans que cela soit le signe de la circulation de la maladie », observe la directrice du GDS Alsace. Le dépistage sérologique de la BVD va prendre de l'ampleur dans les prochains mois, et va être déployé auprès des cheptels à faible risque de contamination. De grosses « disparités » pour la paratuberculose Le GDS Alsace s'occupe aussi de la surveillance de la paratuberculose. Dans les cheptels engagés en plan de lutte, des dépistages annuels de tous les animaux de plus 24 mois sont réalisés. Lors de la dernière campagne, ce sont 46 cheptels qui ont été passés à la loupe, soit 4 660 animaux. Au final, le taux de positivité ne s'élève qu'à 2,4 %. Un chiffre faible au premier abord qui cache toutefois de grosses disparités entre les élevages. Sur les 46 cheptels, 6 n'ont pas le moindre bovin positif à la paratuberculose ; 23 ont moins de 5 % de bovins positifs ; et 17 ont plus de 5 % de bovins positifs. « Dans ces cas les plus critiques, l’assainissement va être long car derrière on sait qu'il y a une capacité d'élimination des cheptels qui n'est pas toujours là, et il y a toujours des réformes à faire pour la paratuberculose. La meilleure façon de se prémunir face à cette maladie, c'est simplement d’éviter de s’infecter en introduisant des animaux non infectés », poursuit Céline Zuber. La besnoitiose frappe à la porte Reste enfin le cas de la besnoitiose, une maladie « émergente » en Alsace, bien connue dans le sud du pays. En l’absence de statut de cheptel, le GDS Alsace teste systématiquement les animaux de plus de trois mois non issus du Grand Est, de la Franche-Comté et des Hauts-de-France. Un bovin aubrac introduit dans un cheptel alsacien à l'automne 2019 a été diagnostiqué positif à cette maladie. « Après enquête, il s'est avéré que le risque d'introduction remonte à 2017, date à laquelle cet élevage a commencé à introduire des bovins du même troupeau d'origine », note Céline Zuber. Suite à ce diagnostic, le GDS a identifié tous les voisins de parc, les cheptels des communes alentour, et les acheteurs. Bilan : deux troupeaux infectés en Alsace. « Et malheureusement, l'assainissement est quasi impossible car on a plusieurs animaux positifs. C'est compliqué, car cette maladie ne se soigne pas. » Pour éviter que la situation n'empire, le GDS Alsace va maintenir une vigilance accrue au cours des prochains mois. Au programme : identification des voisins de parc, dépistage des animaux des voisins de parc, et suivi des bovins qui sortent des cheptels infectés pour s'assurer qu'ils partent bien en atelier d'engraissement ou à l'abattoir.

Interprofession des volailles de chair (Anvol)

Répercuter la hausse des prix de l'aliment

Publié le 19/03/2021

L’interprofession des volailles de chair (Anvol) s’inquiète de la flambée des cours des matières premières, qui pèse sur les coûts d’alimentation et des conséquences de l'influenza aviaire pour la filière. Elle souhaite reconquérir une partie du marché français de la volaille.

Malgré les craintes liées à l’impact de la crise sanitaire, la consommation française de volailles est restée quasiment stable en 2020 à 1,88 million de tonnes (Mt). C’est ce qui ressort du bilan dressé le 9 mars par l’Anvol, l’interprofession des volailles de chair, présidée par le bas-rhinois Jean-Michel Schaeffer. Cette relative stabilité, qui fait suite à cinq années de hausse continue de la consommation, cache des disparités selon les circuits de vente et les espèces : les ventes en magasin ont augmenté de plus de 9 %, ce qui a permis de compenser la baisse des volumes écoulés en restauration. La consommation de volailles à domicile n’a pas profité à toutes les espèces : c’est le poulet qui sort grand gagnant, avec des ventes en hausse de 12,3 % qui lui permettent d’atteindre le « score » de 7 volailles consommées sur 10. Les petites espèces - pintades, canards, cailles et pigeons -, qui sont plutôt utilisées en restauration, ont été bien plus à la peine. Les producteurs de volailles ont adapté leurs mises en place à cette situation inédite : en 2020, elles sont restées stables pour le poulet et la dinde, mais ont reculé de respectivement 12 et 13 % pour les canards et les pintades. D’où des baisses de chiffre d’affaires comprises entre 25 et 30 %. L’interprofession, qui a fait appel aux pouvoirs publics, a réussi à décrocher une enveloppe de 3 millions d’euros (M€) dont le déblocage se fait attendre. L’argent devrait arriver au second semestre, prévoit Anne Richard, la directrice de l’Anvol, soulignant que les accouveurs, eux, ne recevront pas d’aide spécifique. « Une nécessité absolue » En ce début d’année 2021, un autre sujet préoccupe l’interprofession des volailles de chair : c’est l’explosion des coûts de production, liée à la hausse des cours des matières premières. L’alimentation représente 60 à 65 % du coût de revient des volailles. Or, les prix du blé, du maïs et des protéines connaissent une flambée mondiale, qui s’explique par la faiblesse du dollar, la forte demande de la Chine, le recul de la production et la spéculation qu’elle entraîne. Cette flambée a été rapide et brutale, souligne Jean-Michel Schaeffer. L’impact sur le coût de production de la viande de poulet ou de dinde est de l’ordre de 9 %. L’idéal serait de pouvoir répercuter cette augmentation sur les prix de vente finaux : mais les négociations avec la grande distribution n’ont permis d’obtenir qu’une revalorisation de 6 % sur la période janvier-mars, regrette Jean-Michel Schaeffer. L’ajustement des prix est « une nécessité absolue » pour la filière volailles qui est « l’une des seules filières animales en France où la contractualisation est aussi poussée ». Le prix de reprise des volailles étant indexé sur le coût de l’alimentation, elle perdrait entre 350 et 400 M€ si les distributeurs n’accédaient pas à cette demande. Dans le cas contraire, elle se traduirait par une hausse d’environ 40 cts sur une barquette de 300 g d’escalope de poulet et 12 à 15 cts sur une barquette de cuisses. Autre sujet de préoccupation, l’influenza aviaire. L’épizootie a touché plusieurs zones du Sud-Ouest, en particulier des élevages de canards, mais les conséquences s’étendent à toute la filière volailles de chair, souligne Bernard Tauzia, représentant des labels avicoles français (Synalaf). En effet, la présence de foyers dans les élevages a fait perdre à la France son statut de pays indemne d’influenza aviaire, conduisant certains pays à stopper leurs achats de volailles et de génétique. C’est ce qui s’était déjà passé en 2015 avec la Chine, souligne Louis Perrault, président du syndicat national des accouveurs. Or, la réouverture des marchés peut prendre plusieurs années.  Influenza aviaire : se protéger Les précédentes épizooties d’influenza aviaire avaient coûté respectivement 441 M€ et 583 M€ à la filière, et les aides reçues n’avaient compensé que très partiellement les pertes. La répétition des épisodes - trois crises en cinq ans - oblige à réfléchir aux mesures à mettre en place pour éviter la diffusion de ce virus très contagieux (H5N8). Faudra-t-il mettre fin à l’élevage en plein air, qui constitue « l’ADN » des filières avicoles ? Le débat est en réflexion, essentiellement dans la filière palmipèdes. « Nous sommes entrés dans un contexte sanitaire de plus en plus instable qui déstabilise nos filières, reconnaît Jean-Michel Schaeffer. Notre volonté est de continuer à élever en plein air, mais il faut qu’on s’adapte et quand il y a des périodes à risque, qu’on ait la capacité de protéger nos animaux en les abritant. » En 2020, les importations de poulets en France ont reculé, tout en restant à « un niveau très conséquent » : 41 % de la consommation de poulet, contre 44 % en 2019, chiffre Paul Lopez, président de la fédération des industries avicoles. Qu’adviendra-t-il si l’accord commercial signé en 2019 par l’Union européenne et les pays du Mercosur entre en application ? Il prévoit une augmentation de 180 000 tonnes des importations dans l’UE, soit 6 millions de poulets par semaine, provenant essentiellement du Brésil. Une ratification de cet accord et une mise en application auraient des conséquences très dommageables pour la filière avicole française, estime l’Anvol. « Aujourd’hui, un filet de poulet sur quatre consommés dans l’UE provient de pays tiers et il s’agirait encore d’augmenter les volumes » avec des produits qui ne respectent pas les mêmes exigences. Au contraire, l’organisation a pour ambition de reconquérir une partie du marché français, en particulier dans la restauration hors domicile (RHD). Elle milite d’ailleurs pour un développement de la mention d’origine dans tous les secteurs de la restauration pour les produits crus et transformés. Le logo « volaille française » doit être partout, martèle Paul Lopez. Le décret qui devrait rendre obligatoire la mention d’origine en RHD est attendu pour ce printemps, précise Anne Richard, directrice d’Anvol. Maintenir les élevages familiaux Cette volonté de reconquérir le marché français tout en répondant aux attentes sociétales, qui constitue « un vrai défi », est clairement affichée dans le plan Ambition Anvol 2025. La filière avicole s’y est fixé six grands objectifs : il s’agit d’abord de couvrir tous les segments de marché, du poulet standard aux produits sous signe de qualité, de permettre à 50 % des volailles d’accéder à la lumière naturelle et d’amener 100 % des élevages à s’engager dans l’amélioration des pratiques grâce au déploiement de deux applications. Ce plan prévoit également un engagement croissant dans une alimentation sûre et durable, la réduction des antibiotiques de 60 % en 15 ans et le maintien des élevages familiaux tels qu’ils existent en France, soit des unités de trois à quatre bâtiments de 16 000 poulets en label, de 50 000 poulets en élevage standard. Sur certains des objectifs, le plan a déjà porté ses fruits puisque la baisse du recours aux antibiotiques pour soigner les volailles est déjà effective cinq ans avant l'échéance, selon l’Anvol, leur utilisation comme facteur de croissance étant interdite par la réglementation.

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