A la une

Publié le 18/03/2021

Si les pépiniéristes sont considérés comme des producteurs, il leur est difficile de gérer une plante de A à Z, tant les variétés recherchées par les clients sont nombreuses. Pour cultiver un certain plaisir et par gain économique, certains fabriquent tout de même leurs propres arbres. En cette période propice pour débuter les greffes, le temps est venu de tester des végétaux des plus dépaysants, tel que le plaqueminier.

À la pépinière Sonnendrucker, à Truchtersheim, c’est la course. Les premiers beaux jours ont réveillé les clients, paysagistes comme particuliers, au point qu’entre les nombreuses commandes à honorer et les nouvelles variétés à rempoter, ces dernières nuits, Sébastien Fahrner, le responsable de la production, peine à trouver le sommeil. Heureusement, sous les 1 400 m2 de serre que compte l’établissement, il cultive un jardin secret. Sur un petit carré de table, cette année, il a décidé de greffer des plaqueminiers, les arbres qui donnent des kakis. Un choix original, enfin, plus tellement depuis que le changement climatique s’en mêle. « Auparavant, l’hiver c’était radical, ce genre d’arbre mourait. Désormais, comme il fait de moins en froid, il résiste », a-t-il constaté du haut de ses 25 années d’expérience. Ce fruit originaire du Japon prend donc ses quartiers d’hiver en Alsace. La saison dernière, le pépiniériste en a vendu une cinquantaine. Devant cette demande accrue, une idée a traversé l’esprit de Sébastien : essayer d’en produire. « C’est un arbre rustique, beaucoup plus facile à cultiver que le grenadier, qui a aussi fait son apparition dans la région mais qui a besoin de serres spéciales pour pousser, et se forme en partie en in vitro », explique-t-il. Sans oublier les économies générées par une pareille idée. « Acheter une tige finie nous revient à une vingtaine d’euros, alors qu’un porte-greffe coûte entre 2 et 3 €, donc la différence n’est pas négligeable », ajoute ce grand gaillard, tout de vert vêtu. D’une grande minutie Un porte-greffe dans la main, un couteau stérilisé dans l’autre, Sébastien commence sa délicate mission : une greffe « à l’anglaise compliquée ». Il entaille le bois en forme de V, sur trois centimètres de longueur environ, comme s’il coupait une part d’un gâteau de quelques millimètres de diamètre. Puis, il attrape une rame de kaki qu’il a prélevée sur un des arbres développés l’année passée. « J’ai gardé des morceaux avec deux à trois beaux yeux. C’est important qu’ils ne soient pas cassés, car ils donneront la future pousse », précise-t-il en montrant les nœuds présents le long du greffon. L’homme coupe une fente dans le greffon puis emboîte les deux parties, une étape cruciale. « Le vert clair que l’on aperçoit sur la surface du porte-greffe, le cambium, doit absolument toucher celui du greffon. Cette couche véhicule la sève qui alimentera le greffon », détaille le producteur. Pour sceller cette nouvelle union, il l’entoure d’un rafia et fait couler dessus un peu de mastic, un geste qu’il va répéter pour une quarantaine de pieds. « Cela permet d’étanchéifier le tout et protéger la greffe des maladies », explique le spécialiste. Et c’est parti pour une lune de miel de quelques semaines, au milieu des 500 variétés de plantes herbacées ou arbustes déjà entreposés sous serre. Pendant cette période, chaque greffe est rempotée dans un terreau qui contient déjà de la perlite, un engrais garant d’un bon enracinement. D’ici un an, Sébastien ou un de ses deux autres collègues pépiniéristes plantera ces pieds en terre, dans un petit coin des 9 ha de terrains extérieurs entourant les serres. « Nous sélectionnerons l’œil qui aura fortifié le plus, comme l’intérêt du kaki est de faire des tiges, et non de pousser en arbuste », note-il. Au bout de deux à trois ans, l’arbre atteindra une demi-tige, avec un tronc d’1m30 à 1m50 de hauteur. Mais les impatients pourront acheter un scion, plus petit et prêt à planter, dès l’automne prochain. Un travail gratifiant Contrairement aux pommiers ou aux autres arbres fruitiers, dont la variété apparaît souvent grâce à une deuxième greffe, en écussonnage, l’identité du kaki est déterminée dès la première étape. Aussi, cet hiver, Sébastien a-t-il choisi de produire deux variétés : le muscat, et le fuyu, « le premier étant moins astringent que le second ». Sébastien n’est pas un grand amateur de ce fruit orange, « un peu amer » à son goût, mais il admire le plaqueminier, originaire du Japon. « Il rassemble à un arbre d’ornement, avec ses feuilles assez dures et ovales. En plus, même lorsque les feuilles tombent, le fruit reste. À maturité, le kaki a la taille d’une tomate moyenne, mais, avant de le cueillir, il faut le laisser geler une ou deux fois, comme la nèfle », conseille-t-il. Sébastien parle de son jardin secret avec une telle passion qu’il est facile d’imaginer combien il est ressourçant. « C’est une satisfaction personnelle de voir les greffes prendre et de vendre son propre arbre, de se dire que des gens vont le planter dans leur verger et qu’il va l’habiter au moins une trentaine d’années », se réjouit ce créateur optimiste. Pour la première fois, cette année, le pépiniériste s’est aussi « amusé » à bouturer des equisetums, des mini-bambous en apparence, qui décorent les abords d’un bassin, ou encore, de la lavande. Le tout, avec succès. S’ensuivront bientôt les classiques pommiers ou cerisiers pour porter à 500 le nombre d’arbres produits sur place. » Nous aimerions produire plus de A à Z, mais nous manquons de temps et surtout nous trouvons difficilement du personnel qualifié intéressé par ce métier-là, pourtant si gratifiant », regrette Sébastien Fahrner. Avis aux amateurs, à la recherche d’une profession si essentielle en cette période où tous les jardins sont de précieuses échappatoires.

Investissements pour la modernisation des bâtiments d’élevage

Plan bâtiment : 2020, une année vraiment atypique

Publié le 17/03/2021

Un secteur semble échapper à la crise, celui de la modernisation des bâtiments d’élevage. Le nombre de candidatures a atteint un record, avec 121 dossiers de financement déposés… et validés !

« En 2020, pour la première fois, la DRAAF et la Région Grand Est nous ont imposé une période unique de dépôt des dossiers de candidature alors que, depuis 2015, il y avait toujours deux périodes de dépôt, l’une en février-mars, l’autre en juin-juillet », explique Daniel Brua, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture Alsace, responsable du dossier Plan bâtiment. À l’origine, cette période s’étalait du 15 janvier au 29 avril 2020, sauf pour les jeunes agriculteurs qui avaient jusqu’au 28 mai 2020 pour déposer leur dossier. L’accord du permis de construire pouvait être envoyé jusqu’au 30 juillet 2020. Entre-temps est arrivé le confinement, ce qui a quelque peu chamboulé ce calendrier. La date de clôture de dépôt des dossiers a été prolongée jusqu’au 30 juin (jusqu’au 30 juillet pour les jeunes agriculteurs), afin de tenir compte des deux mois de confinement, les éleveurs ayant jusqu’au 30 septembre pour présenter l’accord de permis de construire. Les éleveurs ont massivement saisi l’opportunité que leur offrait ce délai supplémentaire. « Nous avons explosé le nombre de dossiers », souligne Daniel Brua. Le conseiller avance un autre facteur pour expliquer cet engouement : « L’an dernier, nous avions des craintes sur l’avenir du Plan bâtiment. Cette incertitude a accéléré les dépôts de dossiers. » 121 dossiers ont ainsi été instruits, en Alsace, dont 28 impliquant un jeune agriculteur. Du jamais vu ! Rappelons que 2019 avait déjà été marquée par une activité soutenue, avec 87 dossiers déposés. Avec 72 dossiers, c’est toujours la production laitière qui investit le plus pour se moderniser et améliorer l’organisation du travail, ainsi que le bien-être animal, notamment en installant des robots de traite. Mais les autres filières ne sont pas en reste : 20 dossiers concernent la production de bovins viande, 14 le secteur avicole et 11 le secteur ovin. Ces 121 dossiers représentent un montant prévisionnel de dépenses de 38 millions d’euros, soit une moyenne de 315 000 € par dossier, ce qui constitue un investissement conséquent. Le montant prévisionnel des aides s’élève, quant à lui, à 7,4 millions d’euros, soit 61 000 € par dossier. La Région Grand Est sauve le Plan Le 20 novembre, s’est tenue la réunion du comité technique chargé de la validation des dossiers. « Seuls 71 dossiers sont validés, dans un premier temps. 50 sont placés sur une liste d’attente par manque de financement », indique Daniel Brua. Comment les dossiers ont-ils été sélectionnés ? « Chaque financeur a choisi en fonction de ses orientations stratégiques - stockage du fourrage, gestion des effluents, agriculture biologique – les jeunes agriculteurs étant prioritaires dans tous les cas. » Une pilule difficile à avaler pour les candidats non retenus… La session de la Chambre d'agriculture Alsace qui a eu lieu le 4 décembre a été l’occasion, pour les représentants du monde agricole, de monter au créneau. Avec succès ! Patrick Bastian, vice-président du Conseil régional du Grand Est, est intervenu pour mettre l’État devant ses responsabilités. Dans la foulée, il a annoncé que la Région étudiait la possibilité de financer les dossiers en attente. « Très tôt, devant l’afflux des dossiers, nous avions alerté les financeurs », précise Daniel Brua. La sentence est tombée le 21 janvier 2021 : la Région Grand Est a validé l’ensemble des dossiers. Une décision bienvenue car elle donne le déclic pour activer les financements européens… « Nous n’étions pas les seuls dans ce cas : la Lorraine et Champagne-Ardenne étaient dans la même situation ! », s’exclame Daniel Brua. Dans un article paru dans nos colonnes, le vendredi 12 février, la FDSEA du Bas-Rhin, par l’intermédiaire de Didier Braun, a remercié officiellement la Région pour cette décision exemplaire qui permet de satisfaire l’ensemble des demandes.

Publié le 16/03/2021

Depuis un an, l’annulation de la plupart des salons prive de nombreux vignerons d’un débouché essentiel à l’équilibre de leur exploitation. Et si les salons virtuels représentaient une alternative crédible ?

En novembre et décembre derniers, les Vignerons indépendants de France (Vif) ont remplacé leurs salons de Lyon, Reims, Lille et Paris par des éditions virtuelles. L’opération « Le salon dans mon salon », destinée au grand public, n’a pas eu le succès escompté, reconnaît Florence Corre, directrice de la communication des Vif. Sans possibilité de faire déguster leurs vins, les professionnels n’ont pas réussi à attirer de nouveaux clients, comme ils auraient pu le faire sur un « vrai » salon. Si les habitués ont tout de même passé commande pour les fêtes de fin d’année, ils l’ont plutôt fait directement auprès des vignerons sans passer par le site dédié à l’opération. Quant aux drive prévus pour récupérer les commandes dans les villes concernées, trois d’entre eux n’ont pu ouvrir faute d’autorisation préfectorale. Compte tenu de ce maigre bilan, l’organisation n’a qu’une hâte : pouvoir à nouveau accueillir le grand public, comme elle le fait depuis 40 ans dans les plus grandes villes françaises.  Après une première édition test en mai 2020, le salon virtuel Hopwine, organisé par la start-up bourguignonne du même nom à destination des professionnels, a pris son véritable départ en janvier 2021. Avec une différence de taille par rapport au salon en ligne des Vignerons indépendants : le contact entre viticulteurs et acheteurs potentiels s’y fait certes à distance, sur un stand virtuel hébergé par la plateforme Hopwine, mais la dégustation des vins est bien réelle. L’exposant envoie ses bouteilles avant le salon à la start-up. Celle-ci reconditionne leur contenu en « vinottes », des échantillons de 2 cl, et les expédie après le salon aux visiteurs intéressés, explique Anaïs Laborde, directrice commerciale d’Hopwine. Le reconditionnement se fait sous atmosphère inerte pour préserver la qualité des vins, selon un procédé breveté par Vinovae. Toute la logistique est prise en charge par Hopwine : du reconditionnement à l’expédition des coffrets d’échantillons à travers le monde.    Nous sommes ravis de vous annoncer l'ouverture de la troisième édition de Hopwine ! Venez découvrir nos 100 exposants... Publiée par Hopwine sur Lundi 15 mars 2021   Comme pour tout salon, virtuel ou pas, une bonne partie de la réussite repose sur la fréquentation et sur la qualité des échanges noués entre les professionnels. Hopwine revendique une base de données de 30 000 contacts internationaux. Le salon de février, spécialement dédié aux vins et spiritueux engagés dans une démarche durable, a réuni 4 500 visiteurs, dont les deux tiers étaient des importateurs, des cavistes ou des distributeurs, à 65 % étrangers. Les contacts pris pendant cinq jours ont abouti à l’envoi de plus de 16 000 échantillons dans 39 pays. Deux salons virtuels sont encore inscrits au programme d’Hopwine en mars et avril, après quoi la start-up prévoit une pause, le temps de remettre sa plateforme à plat et d’y développer de nouvelles fonctionnalités. « Notre but initial est de permettre aux viticulteurs de pallier l’absence des salons physiques », souligne Anaïs Laborde. Mais une fois que ceux-ci seront de retour, l’idée est bien de se positionner en complément. « Aller à Wine Paris quand on n’a jamais fait de salon et qu’on n’a pas un panel de contacts très important » peut rebuter certains vignerons. Dans ce cas de figure, passer par un salon virtuel paraît une bonne option pour vaincre les appréhensions et nouer des contacts qualifiés. La directrice commerciale d’Hopwine, qui a longtemps travaillé à l’export, y voit un autre avantage : pouvoir vendre ses vins tout en réduisant les déplacements de prospection, qui coûtent parfois plus qu’ils ne rapportent. Un coup d’essai prometteur Séduit par le concept Hopwine, Frédéric Becht a participé au salon virtuel de janvier, comme sept autres domaines alsaciens. Un coup d’essai prometteur pour le viticulteur de Dorlisheim qui, à l’exception d’une expérience à la Wine Fair de Londres, ne fait habituellement aucun salon. « J’ai beaucoup apprécié le stand virtuel, qui est réalisé de manière très pro à partir de textes et de visuels que nous fournissons. Il donne une chouette image de notre domaine.» Il s’est senti « mis sur un pied d’égalité avec les autres exposants » ce qui n’est pas toujours le cas dans un salon physique, où la visibilité des exposants dépend fortement de leur emplacement et des moyens déployés sur le stand. Frédéric Becht est également satisfait du rapport qualité-prix de la prestation proposée : les frais de participation sont calculés selon le nombre de cuvées et de coffrets d’échantillons réalisés. Pour 35 coffrets de 6 échantillons, il s’est acquitté de 1 899 € HT, ce qui lui semble raisonnable pour pouvoir bénéficier d’une visibilité internationale… sans bouger de chez soi. « La somme engagée comprend tout : la création du stand virtuel, le reconditionnement, l’expédition des échantillons… » Suite à sa participation, il a enregistré une petite trentaine de contacts, dont plusieurs cavistes français, des importateurs étrangers (USA, Canada, Hong-Kong, Australie, Allemagne, Pays-Bas) et des journalistes. Il a échangé par e-mail et par visio avec les visiteurs, a déjà envoyé des échantillons complémentaires à certains d’entre eux. Reste maintenant à concrétiser : pour l’heure, il n’a encore reçu aucune commande ferme, mais il est en négociation très avancée avec un caviste du Sud et fait état de plusieurs contacts « très prometteurs ».

Pages

Les vidéos