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Publié le 06/12/2021

À Wettolsheim, le domaine Barmès-Buecher récolte les fruits de 25 ans d’engagement en biodynamie. Pourtant, les évolutions climatiques récentes obligent une nouvelle fois à s’adapter.

C’est dans un container chauffé et sobrement décoré que Sophie Barmès reçoit, sur rendez-vous, les clients du domaine Barmès-Buecher. Ce caveau éphémère se substitue à l’ancien, le temps de rénover la grange. Celle-ci accueillera au printemps 2022 un nouveau caveau et les bureaux, consacrant la séparation entre locaux privés et professionnels. Geneviève et François Barmès ont créé le domaine en 1985, en réunissant les vignes de leurs deux familles, Barmès et Buecher. La récolte est vinifiée et mise en bouteilles en totalité dès le départ. Avec une volonté : procéder à des sélections parcellaires en fonction des terroirs, afin de les vinifier séparément. Autrement dit, résume leur fille Sophie, « faire parler ces belles vignes - grands crus et lieux-dits - qui ont chacune quelque chose à nous dire ». Le couple opte pour la biodynamie en 1998. La disparition accidentelle de François, en 2011, ne remet pas en question ces orientations. Avec leur mère, Sophie et son frère Maxime mettent tout en œuvre pour « perpétuer la signature familiale ». Le domaine compte aujourd’hui 18 ha, répartis entre Wettolsheim, Eguisheim, Wintzenheim, Turckheim et Colmar. Maxime stimule ses vignes avec des préparations classiques en biodynamie : bouse de corne au débourrement, silice au courant de l’été et à l’automne. Autour des équinoxes, le jeune vigneron pulvérise du compost de bouse sur ses sols pour permettre aux bactéries de « décomposer ce qui doit l’être et rajouter de la vie », particulièrement cette année où la météo a imposé traitements et passages répétés. La protection des vignes repose sur l’utilisation des plantes (ortie, prêle, osier, camomille, écorce de chêne selon la météo et le stade de la végétation), combinées à l’hydroxyde de cuivre et au soufre. « Cette année, si on n’avait pas utilisé plus de cuivre que d’habitude, on aurait tout perdu », estime Maxime. Lui qui avait progressivement réduit les doses de 1,5 kg/ha à 600 g/ha de cuivre-métal depuis 2018, a dû se résoudre à monter au-dessus de 3 kg/ha pour contrer le mildiou. S’il est parvenu à limiter les dégâts, le rendement moyen habituel de 45 hl/ha n’est de loin pas atteint en 2021. Depuis 3-4 ans, il sème des couverts un rang sur deux à l’automne dans ses vignes. La biomasse produite, une fois roulée, fournit un paillage qui retient l’humidité en été. Par crainte du gel précoce, Maxime a toutefois arrêté de semer en plaine, réservant cette pratique aux coteaux, et en adaptant la proportion de légumineuses à la vigueur de la vigne. Entre autres bénéfices, il voit les insectes se développer dans les parcelles semées. En cette période où les extrêmes climatiques se succèdent à un rythme toujours plus rapide, apporter de la biodiversité dans les vignes lui semble essentiel : c’est dans cet esprit qu’il a commencé à planter des haies, à installer des nichoirs autour des parcelles - 5 à 10 tous les ans -, à élever des ruches. Il prévoit de passer à plus grande échelle, bien que ces initiatives représentent « un énorme travail » et parfois quelques déceptions. Une nouvelle plantation d’arbres et de haies est prévue en janvier avec l’association Haies vives d’Alsace. « Je n’en suis pas au stade de planter des arbres dans les rangs. Mais si j’arrive à le faire dans toutes mes tournières, mes talus et mes coins de parcelle et qu’ils poussent, ce sera déjà bien », indique Maxime sans cacher son impatience.     Extraire tranquillement les jus Une fois arrivés à maturité, les raisins sont récoltés manuellement et passent sur une table de tri. Ils tombent par gravité dans le pressoir pneumatique, où ils sont pressurés entre 9 h et 15 h « pour extraire tranquillement les jus, qui s’autofiltrent ». Un débourbage de 6 à 8 h permet d’écarter les 1 à 2 % de bourbes restantes. Après sulfitage à 2-3 g/hl, les jus sont placés en demi-muids ou en foudres, voire en cuves inox, où ils entament leur fermentation spontanément, « généralement au bout d’une semaine ». Celle-ci dure de six mois à deux ans. Maxime laisse la fermentation malolactique s’enclencher sur 80 % de ses vins et n’hésite pas à prolonger l’élevage tant que les vins ont besoin de finir leurs sucres. Le soufre est le seul intrant utilisé durant la vinification (un deuxième apport à faible dose est réalisé à la filtration), le jeune vigneron n’appréciant ni « les vins oxydatifs » ni les éventuels goûts de souris qui peuvent survenir en son absence. Majoritairement secs, les vins du domaine trouvent leur public pour moitié en France (cavistes, restaurateurs, particuliers), pour moitié à l’export, notamment aux États-Unis et au Canada, où la maison Barmès-Buecher est présente grâce aux efforts de prospection déployés de longue date par Geneviève. « Avant le Covid, nous faisions des salons professionnels avec Biodyvin ou Renaissance des appellations, qui regroupent des vignerons en biodynamie », explique Sophie. Soucieuse de ne pas se disperser, elle privilégie désormais les rendez-vous en visio après l’envoi d’échantillons. « Et ça fonctionne, constate la jeune femme, qui s’attache à vendre « les vins dans de bons endroits, à des gens qui les comprennent et qui valorisent notre travail ».    

Publié le 04/12/2021

Le rendez-vous du Mois de la bio dédié à la transmission des exploitations agricoles avait lieu mercredi 24 novembre à la ferme de la Coccinelle, à Witternheim. Beau-père et gendre, respectivement Denis Adam et Kevin Goetz, ont livré leurs secrets pour une transmission réussie. La Chambre d’agriculture Alsace (CAA), la Safer, la MSA, et les acteurs de la bio ont présenté leurs outils d’aide.

Kevin Goetz s’est installé en 2012, sur la ferme laitière de la Coccinelle, à Witternheim. Il est aux manettes de l’exploitation depuis le départ à la retraite de son beau-père, Denis Adam, il y a un an. Ensemble, ils sont passés en bio en 2015, « pour transmettre une terre préservée et un outil viable », résume Denis. Ils ont réussi ce pari, notamment grâce à la coopérative Biolait et sans augmenter le nombre de vaches. La SAU est aussi la même aujourd’hui qu’il y a dix ans, mais 14 UTH travaillent pour l’EARL et Cocci’Saveurs, l’atelier de transformation jouxtant la ferme. L’élevage de poulets Label, puis bio, avec Siebert, et la production de porcs pour la vente directe dynamisent aussi l’activité. Les associés, Kevin, son beau-père, sa belle-mère Chantal et son épouse Régine (qui sont tous trois non-exploitants) privilégient le circuit court, via des points de vente à l’extérieur de la ferme : marchés, magasins bios, etc. Transparence Du conventionnel à la bio, du circuit long au court, de la production à la transformation : la ferme de la Coccinelle a beaucoup évolué, depuis l’arrivée de Kevin et leurs échanges, avec Denis. Ils confient tous les deux avoir de la chance. « On se respecte et on a un dialogue constructif. La communication, c’est la base », assure Denis. « Je n’ai rien à ajouter », dit Kevin, en riant. Ces deux-là se connaissent depuis 2005. Régine, la fille Adam, et Kevin se sont mariés en 2017. La transmission s’est faite en deux étapes : 2012 et 2019, soit avant même que les liens du mariage unissent les jeunes. « C’est lui le chef d’exploitation », dit Denis, en désignant Kevin. La transparence aussi a été primordiale. « Il n’y a pas eu de non-dits quant aux questions d’argent », insiste Kevin. « L’argent, c’est important, enchaîne Denis. Mais d’autres valeurs sont plus importantes pour moi. » Ainsi, pour permettre une transmission plus aisée, Kevin rémunère Denis chaque mois, pour que le retraité récupère l’argent du compte associé. Il n’a pas eu à sortir 300 000 € d’un coup. En cas de décès, il continuera à payer des mensualités aux ayants droit. Denis est aussi encore salarié sur l’exploitation, à son souhait. « On travaille ensemble pour pérenniser la ferme », souligne-t-il. Des outils adéquats Le long cours de cette transmission réfléchie près de dix ans avant est aussi une des clés de sa réussite. Les intervenants de la Chambre d’agriculture Alsace (CAA), avec le Point Info Transmission (PIT), la Safer, la MSA, l’Ardear (Association pour le développement de l’agriculture paysanne), Bio en Grand Est, Les Espaces tests Bio en Grand Est et Terre de liens Alsace ont tous insisté sur l’importance d’anticiper la transmission de l’exploitation. On commence à y penser dix ans avant, on s’intéresse à ses droits (avec la MSA) et on rencontre de potentiels repreneurs sept ans avant, on met en œuvre le projet en évaluant sa ferme entre cinq et deux ans avant, et on passe le relais, tranquillement, la dernière année, qui scelle les changements juridiques, administratifs et comptables. Si la Safer propose une expertise de patrimoine (au mieux, un an et demi avant la retraite), Bio en Grand Est, l’Ardear, Terre de liens Grand Est sont agréées pour réaliser des diagnostics à la transmission, avec l’aide de la Draaf, qui permet d’avoir une vue d’ensemble sur les biens, les activités et les engagements du futur cédant. Le PIT est revenu sur les stages de parrainage. Les Espaces tests Bio en Grand Est mettent, eux, en œuvre un accompagnement, jusqu’à trois ans, pour tester le projet de reprise : cédant et repreneur travaillent ensemble durant ce test. Pour les moins avancés, l’Ardear invite des lycéens à imaginer des projets de reprise d’une ferme, visite et bilan comptable, à l’appui. Terre de liens, outre ses appels à projets, organise des visites collectives. L’objectif, en tout début de parcours à la transmission, est de connaître sa ferme et de la faire connaître. Le répertoire départ installation (RDI), tenu par la CAA, est encore insuffisamment utilisé.    

Ferme Schwenger-Fuchs à Logelheim

Quand investissements riment avec confiance

Publié le 02/12/2021

À Logelheim, la ferme avicole Schwenger-Fuchs est gérée par trois jeunes associés qui ont de la suite dans les idées pour développer leur activité d’élevage et de transformation de volailles, destinée à la vente directe. Pas après pas, ils peuvent concrétiser leurs nouveaux projets, grâce à l’accompagnement financier de la Banque Populaire.

Avec la confiance, on peut voir loin. À Logelheim, la ferme avicole Schwenger-Fuchs applique ce credo au quotidien entre ses trois associés, Jonathan Fuchs, Marc Schwenger et Selim Gharbi, et avec son partenaire financier historique : la Banque Populaire. Au cours des sept dernières années, elle a soutenu sans hésiter les trois jeunes éleveurs de volailles dans leur volonté de développement et de croissance. La première fois, c’était en 2015. À cette époque, l’EARL était encore gérée conjointement par Colette Schwenger, la petite-fille du fondateur de cette ferme créée en 1968, et Jonathan qui l’avait rejoint un an plus tôt en hors cadre familial. À son arrivée, il avait déjà investi ses propres deniers pour mettre aux normes l’abattoir vieillissant. Mais en cette fin d’année 2015, il a cette fois besoin de financer un tout nouveau laboratoire de transformation. Une pratique qui existait déjà au sein de l’exploitation, mais pas au niveau de ce qu’il imaginait. « C’était la période où la demande pour les produits à base de volaille était en pleine expansion. C’était le moment d’y aller », estime-t-il avec du recul. Des investissements « réfléchis » et créateurs d’emplois Les années passent et la demande ne faiblit pas. En 2018, l’année où Colette prend sa retraite, il entreprend la construction d’un nouveau bâtiment d’élevage aux côtés de ses deux nouveaux associés : Marc, le fils de Colette, et Selim Gharbi qui travaillait jusque-là comme employé. Les trois jeunes hommes ont besoin cette fois d’une somme plus conséquente pour concrétiser ce nouveau projet de 250 m2. « Il fallait qu’on augmente la cadence de production. D’autre part, nous devions agrandir le parcours des poulets pour respecter le cahier des charges du réseau « Bienvenue à la Ferme » que nous venions de rejoindre », indique Jonathan. Là encore, la Banque Populaire répond présente. Son chargé d’affaires Agriculture et Viticulture, Johnny Hanser, le justifie simplement : « Comme à chaque projet de nos clients, nous étudions l’investissement envisagé et proposons un plan de financement. Mais au-delà, l’aspect humain est primordial dans les échanges avec nos clients. Nous créons des relations au long cours où on apprend à se connaître et la confiance s’installe. Dans le cas présent, chaque investissement est mûrement réfléchi entre les trois associés. Ils font des efforts pour développer leur clientèle et la préserver. Ce sont des travailleurs méthodiques, engagés dans une démarche de filière courte qui, en plus, créent des emplois localement. Tout ceci correspond aux valeurs que défend la Banque Populaire. » Grâce à ce nouveau bâtiment, la ferme Schwenger-Fuchs a doublé sa capacité annuelle de volailles abattues et, par extension, son chiffre d’affaires. Ces nouvelles rentrées d’argent ont permis de financer trois emplois à mi-temps, tout en assurant aux trois associés un revenu correspondant à environ 1,5 Smic. « C’est à la fois un salaire correct, mais si on ramène ça à toutes les heures travaillées sur l’année, avec trois semaines de congé non payé, ça pourrait être mieux. Mais nous aimons ce que nous faisons, et l’aspect entrepreneurial qui va avec. Donc, ça nous convient », témoigne Jonathan. Depuis 2018, ils ont atteint leur plafond de production avec un peu plus de 250 poulets abattus par semaine. Améliorer la qualité, diminuer les charges À moins de nouveaux investissements, ils ne peuvent pas produire davantage de poulets. Ils essaient néanmoins d’accroître la qualité. D’une part, au niveau de l’élevage en améliorant l’environnement des poulets. « Si le cadre est plus propice, la volaille a une meilleure croissance et devient plus lourde. À la fin, c’est du chiffre d’affaires en plus », développe Jonathan. D’autre part, ils font en sorte de répondre aussi bien que possible aux demandes de leurs clients qui réclament de nouvelles recettes pour les produits transformés. « Il y a de nombreux jeunes dans notre clientèle, qui veut de la nouveauté, des saveurs. On doit donc diversifier notre gamme et s’adapter au marché. » C’est cette logique qui pousse Julien, Marc et Selim à solliciter une nouvelle fois la Banque Populaire pour un nouveau bâtiment de 60 m2, destiné à accueillir trois lots de dindes pendant la période estivale. « On est dévalisé constamment sur les marinades. Cela nous permettra d’avoir plus de produits à proposer. » En hiver, ce nouveau bâtiment permettra de consolider le chiffre d’affaires en améliorant la qualité des chapons élevés en vue des fêtes de fin d’année. Une fois la production optimisée et rentable, il faut se tourner vers les charges si on souhaite améliorer son bénéfice net en fin d’exercice. C’est pour cette raison que la ferme Schwenger-Fuchs a décidé d’investir dans une installation photovoltaïque dans le but de faire de l’autoconsommation pour alimenter les équipements de froid. Un investissement, là encore soutenu par la Banque Populaire, qui a le mérite de s’autofinancer pendant toute la durée de l’emprunt, à savoir une dizaine d’années. Jonathan conclut : « Avec la hausse globale du coût de l’énergie et une facture électrique mensuelle de 450 €, nous avons estimé que c’était un investissement judicieux sur le long terme. Cela va nous permettre de réduire notre facture de 50 % à terme. Nous parvenons à concilier économie d’énergie avec développement durable en réduisant nos charges tout en réduisant notre empreinte carbone. C’est une grande satisfaction ! »    

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