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Publié le 11/11/2021

Membre de la Cuma de Westhalten, Loïc Zwingelstein se passionne pour le semis de couverts végétaux. Depuis cinq ans, il expérimente cette technique avec la volonté d’en retirer un maximum de bénéfices pour ses sols et ses vignes.

Loïc Zwingelstein découvre le semis direct de couverts végétaux lors de son apprentissage au domaine Schlumberger à Guebwiller. Il décide d’adopter cette technique sur le domaine familial de Westhalten, motivé par l’idée d’apporter de l’engrais aux vignes sous forme de plantes plutôt que sous forme de microbilles. La première année, il sème à la volée un mélange d’avoine, de seigle et de radis. « Dans une parcelle de 20 ares, labourée un rang sur deux pour ne pas concurrencer la vigne, j’ai semé dans le rang labouré à l’automne. Les conditions météo étaient favorables, il y a eu une belle levée, c’était réussi ». Il laisse les plantes germer pour réensemencer naturellement le rang, puis il les broie. « L’année d’après, je suis monté à 2 ha et j’ai utilisé la herse rotative au semis», retrace le jeune vigneron, qui diversifie son mélange en optant pour un mix de 13 espèces (dont avoine, seigle, fenugrec, pois fourrager d’hiver, trèfle incarnat, radis fourrager, radis chinois, lin, phacélie et vesce). Il constate que la vesce, plante grimpante, le gêne pour travailler le reste de l’année. Trois ans seront nécessaires pour s’en débarrasser. « En semant des couverts, mon but est d’aérer le sol, d’apporter un paillage naturel et de ramener de l’azote, explique Loïc. Chaque espèce est complémentaire : certaines apportent beaucoup de volume, et font donc beaucoup de paille, d’autres ont des racines pivotantes qui contribuent à aérer la terre et d’autres encore remplacent mon engrais. » La diversité du mélange apporte une sécurité : « si certaines plantes ne lèvent pas, les autres lèvent avant ou après l’hiver ». Le jeune viticulteur sème son mélange sur les plantations de deux à quatre ans, qui sont « les plus simples à travailler ». Au printemps suivant, plutôt que de tout broyer, il roule une parcelle sur deux à l’aide d’un rolofaca fait maison pour comparer l’impact des deux pratiques sur le sol. Pour avoir travaillé sur le sujet lors de ses études, Loïc sait déjà que l’utilisation des couverts permet de réduire la température de 5 à 6 °C par rapport à un sol labouré et qu’elle améliore la vie du sol. Expériences en série La troisième année, il songe à se passer de la herse rotative pour gagner du temps et ne plus remuer la terre. « Avec la herse rotative, on obtient une très belle couverture. Mais il faut passer une griffe avant. Et on mélange les couches de terre, même superficiellement, ce qui n’est pas bon », justifie-t-il. C’est ce qui le conduit à envisager le semis direct. À la Cuma de Westhalten, quatre viticulteurs utilisent déjà un semoir de semis direct (SD). Loïc teste l’outil pour pouvoir comparer les couverts ainsi semés avec ceux implantés à la herse rotative. Résultat : à la levée, les premiers forment des rangées bien visibles, alors que les seconds prennent l’aspect d’un gazon. « Mais au fur et à mesure de la pousse, les rangées s’étalent et les plantes poussent quand même de manière homogène », constate Loïc. Si bien qu’à la fin, « on obtient le même résultat ». Cette même année, le jeune vigneron décide d’arrêter totalement le labour et de semer son mélange sur toutes les parcelles préalablement labourées, soit un peu plus de 4 ha. Il opte pour une destruction totale des couverts au rolofaca, emprunté cette fois à un collègue. Il remarque que la quantité de paille est beaucoup plus importante et qu’elle garde davantage l’humidité du sol que lorsque le couvert est broyé ou fauché. En revanche, « l’apport d’azote est moindre car la paille ne se dégrade pas forcément à 100 % et il est plus progressif. » Son expérience le conduit également à adapter la dose de semis en fonction de la vigueur de la vigne : 70 kg/ha un rang sur deux si elle est suffisante (soit 140 kg/ha en plein) ; 80 kg/ha là où la vigne a besoin de davantage d’azote. En 2020, Loïc constitue un nouveau sous-groupe au sein de la Cuma pour acquérir un semoir SD en commun. Il avance le semis avant les vendanges, pour permettre aux plantes de lever avant l’intervention des vendangeurs. Parallèlement, il passe uniformément à 80 kg/ha et teste les 100 kg/ha sur les parcelles qui n’ont jamais été labourées. Les plantes ont un peu de mal à pousser en raison de la concurrence de l’herbe et du gel, qui détruit une partie des semis. Enfin, dans ses jeunes plantations, Loïc sème tous les rangs pour « créer un effet labour, permettre à la vigne d’aller explorer le sol en profondeur et maintenir l’eau dans les parcelles. Car avec le recul, je me rends compte que les couverts sont très importants pour éviter le stress hydrique ». Tous les couverts sont roulés, avec un rattrapage pour bien coucher les espèces qui se relèvent après un premier passage trop précoce. Cette année, fort de son expérience, le jeune vigneron a semé ses couverts la première quinzaine de septembre sur environ 6,5 ha. Il envisage d’amener de l’engrais organique sur les parcelles à la peine l’an dernier et a investi dans un rolofaca avec un collègue, persuadé que la réussite du roulage dépend avant tout de la bonne fenêtre d’utilisation du matériel.

Publié le 08/11/2021

Maraîcher en biodynamie, Pierre-Henri Lenormand vient de se lancer dans l’élevage de poules pondeuses. Un atelier de porcs en plein air va s’y ajouter dans les mois qui viennent.

Depuis 2003, Pierre-Henri Lenormand est l’un des deux associés de la ferme de Truttenhausen à Heiligenstein. Il s’occupe du maraîchage, tandis que son associé, Antoine Fernex, se charge de la partie élevage. La ferme est conduite en biodynamie - elle est certifiée Demeter - et elle accueille de nombreux stagiaires qui se forment à cette spécialité au CFPPA d’Obernai. Avec le prochain départ à la retraite d’Antoine Fernex, prévu fin 2022, Pierre-Henri Lenormand a choisi de prendre un nouveau départ en s’installant sur 4 ha à Valff, en association avec Marc Lemonies. Les deux hommes ont créé l’EARL du Kapelfeld. Jusqu’alors, les 4 ha étaient mis à la disposition de la ferme de Truttenhausen et réservés à la production maraîchère et à la culture des céréales nécessaires à la rotation. En 2020, le maraîcher a mis en place deux tunnels et s’est lancé dans la construction d’un poulailler de 64 m2 pour élever des poules pondeuses. Avec une volonté : que les poules disposent, autour du bâtiment, d’un espace enherbé suffisamment vaste, en l’occurrence 3,5 fois la surface exigée en bio, soit « 3 000 m2 pour 200 poules ». Cela faisait deux ans que Pierre-Henri avait ce projet en tête : « Je ne voulais pas d’un bâtiment tout fait, mais plutôt de quelque chose à notre image : un beau bâtiment tout en bois, traité à l’huile de lin », avec à l’intérieur, nichoirs et pondoirs. Son nouvel associé et lui, en ont réalisé les plans et l’ont autoconstruit avec l’aide de leur équipe. Un système de récupération d’eau de pluie est installé sur le toit. Il est relié à une citerne enterrée de 15 000 l. L’eau ainsi recueillie permet d’arroser les 75 arbres fruitiers plantés l’automne dernier dans la parcelle. Le maraîcher avait invité une poignée de consommateurs à participer à la plantation de ces arbres en quenouilles de trois ans, qui ont l’avantage de rester petits en taille et de donner des fruits rapidement. « Tous les fruits abîmés servent de nourriture aux poules. Elles mangent également les insectes qui s’attaquent aux arbres. Ce sont des nettoyeuses, explique Pierre-Henri qui fait le pari de n’utiliser aucun insecticide sur ses fruitiers en misant uniquement sur la régulation naturelle exercée par les volailles. « Cinq coqs pour 200 poules » Les deux associés de l’EARL du Kapelfeld sont particulièrement attentifs au bien-être de leurs poules rousses : trois bacs à sable sont installés dans le parc, ce qui permet aux animaux de se rouler dans le sable et de se frotter à volonté. Et pour leur tenir compagnie, cinq coqs d’Alsace saumonés ont rejoint la troupe. « Cinq coqs pour 200 poules, c’est le bon équilibre », juge Pierre-Henri, qui se réjouit de voir les poules « à l’aise dans leur parc ». Les œufs étant ramassés tous les jours, il n’y a pas de risque qu’ils soient couvés par les poules. Les pondeuses sont nourries avec des céréales produites sur place : un mélange d’orge, de triticale et de féverole, complété d’un peu de soja toasté alsacien bio et de coquilles d’huîtres. À quoi s’ajoutent des déchets de légumes (fanes de blettes, de fenouil…) provenant des cultures voisines du poulailler, et l’herbe du parcours. Une alimentation moins ciblée que dans un élevage spécialisé, mais l’objectif est avant tout de produire des œufs de qualité. Du vinaigre de cidre ajouté dans l’eau de boisson permet de renforcer le système immunitaire des poules, mais « ce qui fait beaucoup pour l’immunité, c’est le fait qu’elles sortent dehors. » Et en effet, les volailles ne s’en privent pas : arrivées en août, à l’âge de 18 semaines, elles ont très vite investi le parc, à la recherche de vers de terre, de limaces et même de mulots et de souris. L’utilisation des engrais verts attire en effet une population relativement importante de rongeurs sur la parcelle. « On manque de surface » Une dizaine de tonnes de céréales sont nécessaires pour nourrir les 200 poules. « Avec 4 ha, on manque un peu de surface », avoue l’agriculteur. Pour l’instant, il fait appel à un collègue viticulteur en biodynamie qui lui sème du triticale et de l’épeautre mais il est à la recherche de 4 ha supplémentaires à louer pour faire face à ses besoins, qui vont aller croissant avec la mise en route prochaine d’un atelier de porcs en plein air. La porcherie est en cours de construction. Elle permettra d’élever une dizaine de porcs par an. La coexistence des différents ateliers concourt à l’équilibre recherché en agriculture biodynamique. Avec son associé, Pierre-Henri envisage également de construire un bâtiment en bois et en paille réunissant espace de lavage des légumes, stockage et laboratoire de transformation. Une petite boulangerie et un magasin devraient s’y ajouter à terme. Pour l’instant, l’EARL du Kapelfeld vend ses productions via des Amap (association pour le maintien d’une agriculture paysanne), au marché du boulevard de la Marne à Strasbourg et à celui de Barr. Compte tenu de ses choix techniques, et des coûts qu’ils engendrent, les œufs sont vendus à 3 € la boîte de 6 aux clients des Amap et 3,60 € sur les marchés. Dans le mot envoyé aux clients pour présenter son projet, Pierre-Henri précise : « En achetant ces œufs, c’est un vrai choix de consommateurs que vous faites, en soutenant ce type d’élevage, où le bien-être animal est essentiel. » À ce prix, un minimum de pédagogie s’impose.

Publié le 05/11/2021

Du haut de ses 28 ans, Clément Mathis, appuyé de Marie-Claire sa compagne et de sa belle-famille, s’est lancé à corps perdu dans la conceptualisation et la construction de son nouveau bâtiment d’élevage, à Seebach. Un projet mûri et réfléchi, qui s’appuie notamment sur des visites de nombreux élevages laitiers.

Les pelleteuses et les bennes ont fait leur entrée tonitruante sur le chantier, sous l’œil impassible des vaches en pleine rumination. Le terrassement, réalisé par l’entreprise Terra Tech de Oberdorf-Spachbach a démarré pendant l’été. Suite au départ à la retraite de son beau-père, Clément Mathis, originaire de Stotzheim, s’est installé au 1er avril 2018 à l’autre bout du Bas-Rhin, à Seebach. Il travaille aux côtés de sa belle-mère, salariée sur l’exploitation, et de son beau-père qui l’aide tous les jours sans relâche. « J’avais une image très précise du bâtiment idéal, dès le départ. Après deux ans de réflexion, je me suis lancé, mais j’ai quand même fait quelques visites ! » dit-il en s’esclaffant. L’ambiance du bâtiment au centre de la réflexion Le jeune agriculteur a opté pour une structure en bois en travaillant avec l’entreprise bretonne Roiné (35). « Selon moi, le bois est idéal pour l’élevage. La ferraille conduit la chaleur et le froid, tandis que le bois est neutre. J’ai beaucoup travaillé sur l’ambiance du bâtiment », témoigne l’agriculteur consciencieux. L’aire paillée demande beaucoup de temps, entre l’épandage de fumier et le travail de manutention au quotidien. Le nouveau bâtiment sera doté de logettes creuses de la marque Kristen avec un mélange paille-chaux en guise de matelas. « J’ai eu le déclic lors d’une visite d’élevage, et j’ai été convaincu de ce que je voyais. À mon avis, c’est le logement qui se rapproche le plus de l’aire paillée, et c’est durable. Pas besoin de renouveler les matelas dans 15 ans », déclare l’exploitant. Il voit un autre avantage à ce type de couchage : la propreté des animaux. « Des vaches propres en salle de traite, cela entraîne une traite plus rapide. C’est très important en système robot, pour éviter le problème des butyriques », ajoute-t-il. « Imaginé pour 103 logettes, l’objectif est de ne pas saturer le bâtiment, de diminuer le temps d’astreinte et les coûts engendrés par les achats de paille », explique l’agriculteur. Des visites en Allemagne ont persuadé l’agriculteur de placer les caillebotis sur les zones de déplacement. L’aire d’alimentation des vaches a été au centre d’une longue réflexion. L’éleveur a choisi de laisser les animaux au même niveau, de la zone d’alimentation au couchage. Une dalle d’1,60 m de large de béton plein fera la jonction entre les cornadis et les caillebotis. « Tous les deux cornadis, j’ai décidé de mettre des baflans en bois suspendus. Ce détail est important pour la bonne circulation du racleur. De cette façon, les vaches resteront bien droites au moment du repas, ce qui évitera les pertes de place. Ainsi, j’aurai les avantages du quai d’alimentation, sans les inconvénients », évoque Clément Mathis. Favoriser le bien-être animal Il a également mené un raisonnement technique autour de l’aération. « J’ai voulu favoriser la ventilation naturelle, cela évite bien des investissements. Il y aura une entrée d’air par le côté pour une meilleure circulation. En été, l’air entrera par le bas, tout en offrant de l’ombre sur les logettes. J’ai été jusqu’à calculer le rayonnement lumineux », explique-t-il. Ces paramètres sont également primordiaux en termes de bien-être animal aux yeux de l’intéressé, soucieux de faire au mieux pour ses vaches. L’ancienne aire paillée sera dédiée aux vaches taries et aux génisses en début de gestation. À la fin des travaux, les génisses en fin de gestation prendront leurs quartiers dans la nouvelle structure. L’adaptation aux logettes est bienvenue avant de passer de l’autre côté de la barrière. Lors d’une construction d’un bâtiment, il faut être sur tous les fronts. Même si les plans du bâtiment ont pris place sur la table de la salle à manger, toutes les décisions ne sont pas prises. « Encore ce matin, j’ai tranché pour la fosse », constate Clément. D’une capacité de 1 000 m3 elle est en adéquation avec les surfaces du plan d’épandage. Le jeune exploitant précise, avec beaucoup de reconnaissance : « Je ne suis pas seul dans cette démarche. Marie-Claire m’a suivi lors des visites d’élevage, elle est consultée pour chaque grande décision et m’aide à valider mes choix ». Certains points comme la conduite de l’alimentation, resteront comme tel. Aujourd’hui, les vaches sont nourries en ration complète. « On a signé des contrats pour sécuriser les coûts alimentaires. Pour l’instant, économiquement ça tient la route, je n’ai pas de raison de changer de stratégie », atteste-t-il. Des évolutions pour l’avenir La priorité est donnée à l’ambiance du bâtiment, puis au confort des personnes qui y travaillent, dans un deuxième temps. De cette façon, la structure a été conçue pour l’installation potentielle de deux robots. « Je n’ai pas encore d’idée prédéfinie de la marque, je verrai dans cinq ans, les choses peuvent encore évoluer d’ici là », précise l’exploitant. La nurserie est un autre pilier pour lequel le confort de travail est important. « C’est prévu, mais en limitant les coûts au maximum. Elle sera extérieure, bien éclairée et avec une toiture en cas d’intempéries », souligne l’agriculteur. Il y a un an et demi, a été mis en place un suivi reproduction avec l’inséminateur. Pour les détections de chaleur et le DAC, ce genre d’équipements est généralement compris dans les options d’un robot. L’éleveur poursuit en déclarant : « J’attends de voir comment ça se passe, si financièrement c’est possible, ou non ». En ce sens, Clément Mathis détaille une piste d’amélioration qu’il espère voir évoluer positivement à l’avenir : la qualité du lait. « Pour l’instant, je me suis heurté à des problèmes de mammites d’environnement. Les vaches sont trop nombreuses sur l’aire paillée, conçue au départ pour 40 vaches », appuie-t-il. Le but est d’améliorer les conditions de logement pour faire diminuer l’effet pathogène. Il conclut : « Malgré toutes les réflexions que j’ai pu mener pour arriver à mon bâtiment idéal, seuls les vaches et l’usage quotidien me diront si j’ai fait les bons choix dans mes différentes réflexions d’investissement. »

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