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Publié le 27/10/2021

À Wilwisheim, dans le Bas-Rhin, Vincent et Olivier Fischer sont à la tête d’un troupeau de 70 vaches laitières. De la génétique à l’alimentation en passant par les conditions de logement, tout est fait pour lui permettre d’exprimer son potentiel.

Vincent Fischer et son fils, Olivier, 27 ans, sont associés depuis 2016. L’installation d’Olivier ouvre une nouvelle page dans l’histoire de cet élevage performant dont le cheptel se compose de 160 bovins, parmi lesquels 70 laitières prim’holstein à 11 500 kg de moyenne. Toutes les femelles sont gardées : à l’exception de quelques génisses et vaches fraîches vendues à l’extérieur, la plupart assurent le renouvellement. Engagé dans un programme reproducteur avec Gènes Diffusion, l’élevage possède une bonne génétique : « On achète cinq embryons étrangers chaque année qu’on pose sur des femelles. Les mâles qui naissent partent en station, les femelles restent dans l’élevage. S’il y en a une qui nous intéresse, on fait à nouveau des embryons », explique Vincent. L’élevage, dont 80 % de l’effectif est génotypé, a déjà produit « une ribambelle d’embryons », qu’il pose sur ses propres femelles ou qu’il vend. « Traire, c’est une chose, mais si on arrive à concilier la génétique avec, c’est encore mieux », note l’éleveur, qui recherche en priorité « des grandes vaches », pour leurs capacités d’ingestion, avec « de très bonnes mamelles ». L’installation d’un robot de traite, à l’arrivée d’Olivier, l’amène toutefois à revoir le premier critère en faisant vêler les génisses un peu plus tôt pour réduire le gabarit. En dehors de la génétique, Vincent et Olivier privilégient la qualité de l’alimentation et le bien-être des animaux. L’élevage produit du lait de pâturage livré à Alsace Lait depuis trois ans. « Nous avons les pâtures derrière la ferme », justifient les deux éleveurs, motivés par le bonus de 15 €/ 1 000 litres accordé par la laiterie en contrepartie des 120 jours de pâturage minimum et d’un chargement de 10 vaches par hectare. Les 6,70 ha de l’EARL Fischer sont découpés en 10 lots, pâturés par roulement en fonction de la pousse de l’herbe. En saison, les animaux ont de l’herbe fraîche à disposition tous les jours. Même si cela oblige à déplacer le fil quotidiennement, Vincent et Olivier sont conscients de l’impact positif sur l’image de l’élevage laitier. Ils en perçoivent aussi les bénéfices sur les vaches : « Elles marchent sur la terre, c’est quand même autre chose que le béton. Et puis, elles sont au soleil, à l’air libre. » Pour les vêlages aussi, ils constatent un effet positif, les vaches étant beaucoup plus libres de leurs mouvements au pré. En dehors de la période de pâturage, la ration hivernale, qui est équilibrée à 32 l, se compose d’un tiers de maïs, d’un tiers de sorgho, d’un tiers d’herbe et de 10 kg de betteraves fourragères. Elle inclut également des pulpes, du maïs épi, un mélange de drêches et du foin de luzerne. Le tout est mélangé et distribué par la mélangeuse-distributrice de la Cuma des prés verts, auquel adhère l’élevage Fischer. Le concentré de production, lui, est distribué au robot en fonction du niveau de production. De l’appétit pour les betteraves fourragères Chaque aliment a ses atouts. Vincent et Olivier, qui cultivent près de 10 ha de sorgho, l’apprécient notamment pour sa résistance à la sécheresse et sa capacité à ramener de l’énergie. Ils le sèment dans la foulée d’un méteil implanté à l’automne et ensilé au printemps suivant, ce qui donne une deuxième récolte la même année sans besoin de beaucoup d’intrants. Les betteraves fourragères, cultivées pour la deuxième année sur 1,60 ha, sont un aliment très apprécié des vaches. Elles permettent d’augmenter les taux protéique et butyreux, selon Vincent qui chiffre le gain à 1 point. Lui et Olivier ont fait le choix de variétés à profil sucrier, enterrées pour qu’elles soient mécanisables et riches en matière sèche (plus de 22 % de MS). Elles sont récoltées par une entreprise et stockées dans un hangar. Les betteraves fourragères souffrent de la sécheresse en été, mais elles se rattrapent à l’automne lorsqu’il pleut, contrairement au maïs, souligne Vincent. La luzerne, ensilée en première coupe et récoltée en foin aux suivantes, a l’avantage de rester en place pendant trois ans, de ne demander ni engrais azoté, ni traitement, de fournir des protéines et des fleurs pour les abeilles. Maîtriser ces différentes cultures nécessite de la technicité et une certaine méticulosité, dont font preuve les deux associés. Avec le prix du lait actuel (335 €/1 000 l en prix de base en octobre et 330 €/1 000 l en novembre), Vincent et Olivier ne se sentent pas récompensés de leurs efforts. « Il manque 30 à 40 €/1 000 l sur le prix de base pour vivre correctement. Cela correspond à l’augmentation des charges depuis six mois », déplorent-ils. Ils n’envisagent pas d’augmenter leur troupeau. « Faire plus, ce n’est pas une solution », puisqu’ils sont saturés tant au niveau de l’étable que du robot et des installations de stockage. Olivier, de plus, ne se voit pas gérer des salariés, ni investir des millions d’euros pour passer à l’échelon supérieur. Il pense avoir épuisé toutes les solutions pour réduire les charges : une partie du matériel est achetée en commun et les achats de concentrés, d’engrais et de semences sont groupés au sein de la Cuma. Son projet serait plutôt d’installer des panneaux photovoltaïques sur la toiture de ses bâtiments afin de produire de l’électricité.

Publié le 25/10/2021

Depuis près de dix ans, l’opération Vendangeur d’un jour, initiée par le Syndicat des vignerons indépendants d’Alsace (Synvira), séduit les touristes. Si les étrangers sont moins présents depuis la pandémie, les Français continuent de découvrir notre vignoble avec un sécateur à la main.

Il est 9 h ce vendredi matin, Olivier et Isabelle Colin arrivent Grand Rue, à Ammerschwihr, devant le grand porche du domaine Léon Heitzmann. Ce couple originaire de la banlieue d’Amiens passe le week-end en Alsace pour son premier anniversaire de mariage. Elle est employée de banque, il est commerçant. Laurence Heitzmann, cheffe d’exploitation depuis plus d’un an, les attend tout en nettoyant le pressoir, bottes aux pieds, fard aux paupières et grand sourire accroché au visage. Pour elle, cet accueil est devenu une habitude puisque le domaine a pris part à l’opération « Vendangeur d’un jour » dès son lancement. En 2021, le domaine a mis à disposition ses parcelles durant quatre journées avec deux à six personnes à chaque fois. « Vendanger, cela a toujours été notre rêve, mais l’occasion ne s’était pas encore présentée », confie Isabelle. « On s’imaginait le faire avec un groupe d’amis durant un mois et dormir chez le vigneron. Les années passent et voilà », confirme son mari. En parcourant les propositions œnotouristiques sur internet, Isabelle est tombée sur le site Vinotrip. Ensuite, elle a réservé la matinée auprès de l’office de tourisme (OT) de la vallée de Kaysersberg. « Nous avons eu beaucoup de demandes cette année, indique Sandra Garcia, responsable communication de l’OT. Mais un peu tôt dans la saison ! Les touristes étaient un peu déboussolés par les dates tardives des vendanges. » L’office de tourisme de Kaysersberg travaille uniquement avec le domaine Heitzmann pour cette offre. « La formule qui séduit le plus est la matinée avec le repas car elle permet de prolonger les échanges autour de la table et c’est ce côté convivial qui plaît aux touristes. » Par amour du partage du métier Le couple de Picards n’a pas choisi l’Alsace par hasard : « D’après notre caviste, c’est la région la moins sinistrée par les intempéries cette année. » Pour le domaine, les pertes s’élèvent tout de même à 60 voire 70 %, prévient Laurence, malgré les traitements avec des tisanes d’ortie, de prêle et d’osier. Olivier ignorait que le mildiou touchait les vignes : « On connaît cela dans notre potager : on n’a pas eu de tomates cette année ! » La jeune femme les guide côté plaine jusqu’à une parcelle de riesling relativement épargnée : 30 hl à 40 hl/ha contre 20 hl en moyenne. « C’était difficile de trouver du personnel cette année ? », interroge Olivier. « Oui, normalement les vendanges durent un mois. Cette année, ce sera trois semaines avec des jours assez étalés dans le calendrier pour s’adapter à la maturité du raisin. Aujourd’hui, c’est le dernier jour de vendanges en plaine, ensuite on va attendre huit jours pour attaquer le grand cru Kaefferkopf. C’est plus difficile de constituer une équipe dans ces conditions mais nous y sommes arrivés. » Dans les rangs, Isabelle et Olivier retrouvent l’équipe d’une quinzaine de vendangeurs menée par Léon Heitzmann, le père de Laurence : « Tous les ans, on se demande si on va poursuivre. Accueillir du public durant les vendanges, c’est un stress supplémentaire. De plus, l’opération n’est pas très rentable surtout lorsque seul un couple se présente, mais on aime montrer la façon dont on travaille. » En effet, Léon ne tarit pas d’explications sur le passage du domaine en bio, en 2006, et les particularités de la biodynamie : quand, pourquoi et comment il utilise de la bouse de corne et silice de corne… « L’idée est qu’ils partent avec un bon souvenir. » Les visiteurs finalisent souvent leur expérience par l’achat d’au moins trois bouteilles. Après de nombreux coups de sécateur pendant deux bonnes heures et une petite coupure au doigt pour Isabelle, le couple est ravi. Olivier avoue qu’il trouve le travail « intense physiquement et répétitif ». Il s’étonne que personne ne dorme sur place et que le repas des vendangeurs soit tiré du sac. Pour les vendangeurs d’un jour, ce sera soupe de lentilles, plateau de charcuterie et de fromage local, le tout accompagné de bons crus : une coupe de crémant à l’arrivée, un riesling, un pinot blanc, un gewurztraminer et plus si affinité.

Concours des meilleurs présentateurs, à la foire de Habsheim

« Présenter une génisse, c’est une fierté »

Publié le 21/10/2021

Alexandrine Bonnetier et Hugo Brumpter participeront ce week-end, à Habsheim, au concours des meilleurs présentateurs en race montbéliarde.

Âgée de 21 ans, Alexandrine Bonnetier participera pour la première fois au concours des meilleurs présentateurs dans le cadre du concours de Habsheim. Elle défilera avec Ricola, une génisse montbéliarde, « très gentille et très câline », appartenant aux associés du Gaec du Blochmont, situé à Lutter, à l’extrême sud du Haut-Rhin. Marnaise d’origine mais sans attache particulière avec le milieu agricole, Alexandrine est d’abord une passionnée d’équitation. C’est lors de ses études de bac pro CGEA à la Maison familiale rurale de Gionges qu’elle s’est familiarisée avec l’agriculture et l’élevage. Lors d’un stage chez un éleveur de taurillons et de moutons, elle se rend compte qu’elle se sent « plus à l’aise avec les animaux que dans les travaux des champs ». Elle enchaîne sur un BTS technico-commercial en agrofourniture et un bachelor professionnel responsable de développement commercial, qu’elle prépare en alternance en Alsace, où elle a suivi son compagnon. Un cursus qu’elle choisit parce que le métier de technico-commerciale lui semble « un bon compromis entre le terrain et le travail de bureau » et qu’elle a « un contact très facile avec les gens. » La voici désormais commerciale en nutrition animale à la Coopérative agricole de céréales (CAC). L’an dernier, alors qu’elle démarche un client, Philippe Hoffstetter à Largitzen, elle le trouve en train de promener une génisse dans sa cour. Voyant son intérêt, il lui propose de s’inscrire à la formation de jeunes présentateurs destinée à tous les jeunes qui veulent présenter des animaux en concours. Celle-ci est finalement annulée en raison de la pandémie. Mais l’occasion n’est pas perdue pour autant : Jean-Philippe Meyer, l’un des associés du Gaec du Blochmont, la recontacte à l’occasion du concours de Habsheim 2021. C’est chez lui qu’elle apprend les rudiments de la présentation d’animaux : la pose du licol, comment faire marcher une génisse, la présenter au juge, l’arrêter tout en gardant le contact avec elle. Plusieurs séances seront encore nécessaires avant le jour J. « Il va falloir mettre le paquet mais j’ai un bon feeling », s’amuse la jeune femme, qui est également coachée par une amie, Marie Herrscher.     Au plus haut niveau le jour du concours Hugo Brumpter, 20 ans, autre participant au concours des meilleurs présentateurs en race montbéliarde, est un candidat plus aguerri. « Cela fait quelques années que je fais des concours et que je suis passionné », explique le jeune homme, qui travaille depuis septembre comme salarié agricole à l’EARL Peter, à Saint-Bernard, dans le Sundgau. C’est dans cette exploitation de 64 vaches laitières montbéliardes et 105 ha de SAU qu’il a fait son apprentissage en bac pro agroéquipement et BTS Acse (analyse et conduite des systèmes d’exploitation). Lui qui aime les animaux « depuis tout petit » est parfaitement à l’aise dans cette exploitation familiale, où la passion des concours est largement partagée. C’est d’ailleurs son patron, Matthieu Peter, qui lui a permis de progresser dans la présentation d’animaux : l’éleveur participe régulièrement aux concours d’élevage, dont celui de Habsheim, et a remporté plusieurs prix à Eurogénétique et au sommet de l’élevage de Cournon.     Cet apprentissage « sur le tas », avec son patron, Hugo Brumpter l’a complété par une formation de jeunes présentateurs en 2018. Cette même année, il a fini à la deuxième place au concours de meilleur présentateur en race montbéliarde à Habsheim. « Présenter une génisse, c’est une fierté. C’est le résultat d’un travail de préparation en amont : le dressage de l’animal, la tonte, le lavage… tout ce qui permet à la génisse d’être au plus haut niveau le jour du concours », résume le jeune homme, qui apprécie l’ambiance des concours d’élevage et l’adrénaline qu’ils procurent. Il défilera avec Pompotes, une génisse montbéliarde de deux ans « très calme » et dotée d’une bonne morphologie. « Tout ce qu’on recherche pour une génisse », souligne Hugo, qui a déjà tondu Pompotes et profite des derniers jours avant le concours pour la faire marcher au pas.

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