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Publié le 10/12/2021

Igor Monge réalise des vins d’assemblage à partir de raisins cultivés à moins de 30 km de Strasbourg. Il les vinifie dans les chais de ses partenaires vignerons, mais les élève en ville, en attendant d’ouvrir sa propre cave urbaine.

Igor Monge, fabrication artisanale de vins de ville de qualité : la signature, un rien désuète, pourrait figurer sur la plaque en laiton d’un immeuble cossu des beaux quartiers strasbourgeois. L’adresse conduit en réalité à un garage de 17 m2, situé dans le quartier du Neudorf, que nulle plaque ne signale à la vue des passants. C’est ici qu’Igor Monge a trouvé l’endroit où s’installer à moindres frais, le temps de se lancer dans l’élaboration de ses premières cuvées. À 42 ans, l’œnologue n’est pas un inconnu dans le petit monde du vin alsacien. Il est arrivé dans la région en 2006, où il a travaillé un temps chez Arthur Metz comme responsable des achats de raisins et de vrac. Il a aussi été directeur technique d’un domaine viticole de 15 ha de la région de Molsheim. Ses engagements professionnels lui ont permis d’établir des contacts avec ceux qui sont devenus ses fournisseurs : trois vignerons de Balbronn, Dorlisheim et Wolxheim, tous en agriculture biologique ou biodynamique. « Je connais leurs vignes, la manière dont ils travaillent », dit Igor, qui les considère comme des partenaires de long terme. La qualité des raisins est « la condition sine qua non » pour élaborer ses vins, bien plus que le terroir, qu’il considère « comme un outil ». « Le terroir, ça parle peut-être aux experts, mais aux autres ? Je veux mettre en avant le vin comme une finalité », dit-il, soucieux de « ne pas polluer le message avec des notions qui n’apportent rien » ou tout au moins, qui restent obscures aux yeux du plus grand nombre. Depuis 2018, de petits lots tests en prototypes, Igor a eu le temps de se faire une idée des vins qu’il souhaite élaborer : des vins secs et d’assemblage. Les 32 hl achetés à ses partenaires vignerons en 2020 se composent de riesling, de gewurztraminer et de pinot gris, qu’il assemble comme il le ferait avec des briques. « En Alsace, tous les vignerons ont un edel sur leur carte, pour avoir un vin pas cher à proposer. Mais il est rarement mis en avant, c’est plutôt le parent pauvre. Moi, j’ai pris le parti de ne faire que des assemblages pour me différencier. » Transportés en barriques jusqu’à son garage du Neudorf, les vins qui rentrent dans ses assemblages sont élevés sur lies. « J’aime les élevages longs », précise l’œnologue qui, dans la continuité de ses expériences passées en Bourgogne et à Bordeaux, travaille en barriques pour l’oxygénation lente permise par ce contenant. Pour le style et la stabilité vis-à-vis des bactéries, Igor laisse les vins faire leur fermentation malolactique. Ce qui lui permet de procéder à un sulfitage plus léger par la suite. Cette œnologie légère n’est possible qu’avec « une hygiène irréprochable et un froid performant », précise l’œnologue, qui s’inscrit pour l’instant plus dans la recherche de « vins buvables » que de vins nature. Il les assemble « au plus tôt », une fois que les fermentations alcoolique et malolactique sont terminées, pour favoriser les échanges et aboutir à des « vins plus fondus ». Une fois réentonnés, ils finissent leur élevage sur lies. « Les premiers retours m’ont rassuré » Avec le millésime 2020, Igor a réalisé deux cuvées : un blanc, assemblage de trois cépages, et un vin orange provenant majoritairement de gewurztraminer macéré. Il a étalé les mises en bouteilles, pour garder un temps d’élevage aussi long que possible tout en suivant l’évolution des ventes. « Mon premier client, un caviste très curieux, m’a contacté alors que je n’avais pas encore de vin en bouteilles », confie l’œnologue. Sans formation commerciale, il a dû se résoudre à prendre son bâton de pèlerin pour aller démarcher d’autres cavistes, en commençant par ceux de Strasbourg, où il réside. « Vendre, c’est moins naturel pour moi que de faire du vin. Mais les premiers retours m’ont rassuré », dit-il. Au point de prospecter en dehors de la capitale alsacienne et auprès des restaurateurs. « Certains cavistes m’ont dit qu’ils n’avaient pas la clientèle pour », reconnaît Igor, qui est parti sur un positionnement de prix assez haut : 16 € pour le blanc, 19 € pour le vin orange en bouteille de 75 cl. Parallèlement, il fait le choix d’investir dans le marketing en faisant appel à une agence de graphisme brestoise, pas du tout spécialisée dans le vin. « Mes premières dépenses ont été sur la marque et sur l’image. C’est capital quand on part de rien. » Baptisées Niderwind, du nom de ce vent du Nord qui souffle sur Strasbourg, ses flacons véhiculent, par leur habillage, la sobriété et l’élégance voulues par le vinificateur. Leur nom renvoie à l’ancrage strasbourgeois d’Igor qui, sans être alsacien, se plaît à revendiquer l’identité de la ville.

Publié le 08/12/2021

Lors de sa dernière session, la Chambre d’agriculture Alsace a souhaité faire le point sur son partenariat avec les collectivités. Fabian Jordan, président de Mulhouse Alsace agglomération (M2A) et de l’association des maires du Haut-Rhin, et Étienne Burger, délégué à l’agriculture et à l’alimentation à la Collectivité européenne d’Alsace (CEA) ont pu saluer ce dialogue constructif.

Mieux valoriser les territoires alsaciens en partageant davantage les priorités, tel est l’objectif des partenariats que développe depuis des années la Chambre d’agriculture Alsace (CAA) avec les collectivités au premier rang desquels on retrouve évidemment l’État, mais également la Collectivité européenne d’Alsace, le Conseil régional du Grand Est, les communautés de communes et les communes. En animant la seconde partie de la session, le vice-président de la CAA, Denis Nass, est revenu sur tous les dossiers d’actualité : la chasse et les dégâts de gibier, l’artificialisation du foncier, les zones de non-traitement (ZNT), l’abattoir de Cernay, les filières, les prix, l’urbanisme et l’aménagement des territoires. « Sur chaque dossier, il faut un dialogue. La Chambre d’agriculture Alsace doit être associée, en amont, aux projets et aux décisions. Je pense par exemple aux mises en place de pistes cyclables riveraines des parcelles. Sur les ZNT, la Chambre est disponible pour faciliter l’apaisement des relations entre les agriculteurs et les citadins. La Chambre est ainsi impliquée depuis des années sur l’évolution des pratiques agricoles », explique Denis Nass. Concernant l’abattoir de Cernay, les relations étaient déjà excellentes avec le Conseil départemental du Haut-Rhin qui avait facilité son développement après un début d’activité difficile. « Nous confirmons ce soutien. D’autant plus que la CEA est propriétaire de l’abattoir. Elle va investir en 2022 un budget de 2,1 millions d’euros. Un soutien évident qui rentre dans une politique globale de soutien à l’agriculture. En 2021, la CEA a ainsi soutenu votre secteur d’activité à hauteur de 840 000 € », rappelle Étienne Burger, délégué à l’agriculture et à l’alimentation à la CEA. Ce plan de soutien et d’investissement important doit servir à un travail collaboratif. « La place de l’agriculture dans le développement du territoire doit lui permettre de pérenniser son modèle économique. Nous devons continuer, ensemble, à structurer les filières alimentaires à l’échelle du territoire. Pour y parvenir, nous devons maîtriser davantage la fluctuation des prix », ajoute Denis Nass. Des conventions de partenariat Directeur général adjoint à la CAA, Emmanuel Molard a évoqué les résultats des dernières enquêtes sur les relations entre les élus, les citoyens et les agriculteurs. « Une première enquête avait été menée dès 2016 avec l’association des maires du Haut-Rhin. Il en ressortait que les maires échangeaient très bien avec leurs agriculteurs et que dans 30 % des cas, un agriculteur était élu au conseil municipal de son village. L’année passée, une autre enquête a été menée auprès du grand public. Les résultats étaient également encourageants. 85 % des Alsaciens enquêtés avaient une vision positive de l’agriculture et 60 % considéraient que les pratiques agricoles avaient évolué positivement. Avec la CEA, une convention existe. Elle encourage aux actions collectives sur le territoire. Par ailleurs, la CAA développe des conventions de partenariat avec les collectivités qui ont comme priorité de protéger les ressources naturelles, de développer des modèles d’agriculture durable et de proximité, et de nouer des bonnes relations avec les habitants », précise Emmanuel Molard. Un exemple concret : les actions menées avec le syndicat des eaux et de l’assainissement d’Alsace Moselle (SDEA) avec les compétences sur l’eau. En outre, la Chambre a adhéré à la Maison du territoire créée par Mulhouse Alsace agglomération (M2A). Elle a également signé avec elle un projet alimentaire et une convention de partenariat est en cours de finalisation avec M2A, la Ville de Mulhouse et le Sivom pour pérenniser ces relations et développer de nouvelles actions. Fabian Jordan, président de M2A n’a pas caché sa satisfaction : « Nous avons beaucoup d’éléments en commun. À savoir : être acteurs et responsables. Mon projet politique est particulier. Il consiste à faire ensemble pour mieux avancer ensemble. La collectivité doit être le facilitateur. C’est dans ce cadre que j’avais créé il y a douze ans la journée citoyenne. Être engagé sur des valeurs communes que l’on porte sur notre territoire. La proximité est donc un facteur de réussite. Nos conventions ont donc du sens. Nous nous verrons régulièrement. Vous serez associés à tous nos projets politiques. » L’eau est un enjeu Le président de la FDSEA 68 Pascal Wittmann a toutefois interpellé le président de M2A. « Je suis attaché au développement économique de notre région, mais aussi à la préservation du foncier agricole. On constate que certaines collectivités contournent les textes, notamment sur les PLU et les PLUI pour gonfler leur emprise urbaine. Ces collectivités compromettent les possibilités de développement économique des exploitations agricoles. Nous souhaitons que vous soyez vigilant pour contrer ces dérives. Nous sommes pour le dialogue. Nous voulons être associés en amont sur ces dossiers. » De son côté, Fabien Metz, président de la commission environnement à la Chambre d’agriculture s’est agacé d’un arrêté préfectoral sur l’usage de l’eau et l’irrigation. « 35 milliards de m3 d’eau sont prélevés dans la nappe phréatique en Alsace. 3 milliards concernent l’irrigation. Je ne comprends pas pourquoi cet arrêté vise spécifiquement l’agriculture pour qui l’accès à l’eau est important. C’est nier la valeur de notre métier. Dans le Bas-Rhin, il y a des projets qu’il va falloir accompagner plutôt que bloquer. Il faut que les efforts de la profession agricole soient reconnus. L’eau est un moyen de production. Elle est aussi un enjeu de la souveraineté alimentaire. » Un point de vue que partage Danielle Bras, vice-présidente de la CAA. « L’eau est de plus en plus stratégique. La nappe est un atout, une sorte d’assurance récolte. Elle sécurise le rendement, valorise les intrants, permet de mieux produire. Dans le Haut-Rhin, il y a les canaux d’irrigation de la Hardt. Mais ces installations sont vieillissantes avec un entretien minimal. Or, ces installations sont économiquement intéressantes, moins énergivores, plus durables. Il faut donc investir dans la rénovation de ces canaux et les pérenniser. » Pour sa part, Gérard Lorber a une crainte, en tant que président du syndicat des irrigants dans le Bas-Rhin. « Nous faisons des tours d’eau. Il faut donc être associés aux discussions avant que ces arrêtés soient pris. Irriguer, ce n’est pas un plaisir. C’est un travail et cela a un coût. » « Redonner de la visibilité et de la confiance aux agriculteurs » Concernant le dossier de la chasse, Ange Loing a rappelé que les dernières battues concertées n’avaient pas donné les résultats souhaités. « La situation est critique. Il faut, sans délai, des battues administratives partout. Et quand les chasseurs n’ont pas la volonté ou la capacité de réguler, il faut agir. » Enfin, Claude Gretter pour les entrepreneurs agricoles a rappelé l’importance d’une réflexion sur l’aménagement des routes et des entrées de village pour permettre la circulation des engins agricoles. La réunion s’est terminée avec l’intervention de Laurent Wendlinger, président de la commission agricole au Conseil régional du Grand Est. « Nous voulons continuer de construire avec vous une stratégie agricole pour notre région afin de redonner de la visibilité et de la confiance aux agriculteurs. Nous serons, comme vous, une force de propositions. Nous devons être des acteurs pour récupérer nos parts de marché afin de renouveler notamment les générations sur les exploitations et assurer ainsi leur pérennité ». Le préfet du Haut-Rhin Louis Laugier a conclu en rappelant tout le travail de proximité qu’il effectue avec le monde agricole.

Publié le 07/12/2021

Pour mieux valoriser la laine de leurs moutons, les adhérents du syndicat ovin du Bas-Rhin envisagent d’investir dans une unité de pelletisation qui doit leur permettre de produire un amendement biodégradable et renouvelable. Mais le projet exige des investissements financiers et humains.

Il y a belle lurette que la laine de mouton ne vaut plus grand-chose. Du moins la laine issue des brebis prolifiques élevées en Alsace, de qualité moyenne. Jusqu’à présent, elle était encore cherchée par des négociants, qui l’achetaient pour l’exporter en Asie, au Moyen-Orient, « au mieux 30 cts/kg, plutôt 15 cts/kg », rapporte Jean-Pierre Saulet Moes, conseiller ovin à la Chambre d’agriculture Alsace. Désormais, la laine est parfois donnée, quand les négociants viennent. Parfois, ils ne viennent plus. En tout cas, la laine ne rémunère même plus la tonte, et les perspectives ne sont pas meilleures, notamment parce qu’il y a de la laine en stock. Dommage, car la laine constitue une matière première renouvelable, qui présente de nombreuses propriétés intéressantes : grâce à ses fibres, qui emmagasinent l’air, elle est isolante, elle absorbe l’humidité, elle est ignifuge… Des projets qui fleurissent Aussi, les initiatives pour mieux valoriser la laine fleurissent. En Alsace, Isabelle Norboge a créé une filière et une marque « Fleur de laine », en Moselle, le projet coopératif Mos-Laine vise à investir dans une unité industrielle de transformation de la laine en feutre, et le syndicat ovin du Bas-Rhin envisage de transformer la laine en pellets, valorisés en tant qu’amendement. Un projet qui a été présenté aux éleveurs le 23 novembre en présence de Lahcène Charrouf, directeur des ventes pour la France de la société Ecokraft, une société allemande, créée en 2013, spécialisée dans l’élaboration et la commercialisation de solutions de pelletisation. Pour illustrer le procédé, il fait circuler des bocaux : l’un comprend de la laine brute, issue de la tonte, le suivant de la laine broyée, à l’aspect peluché, et le dernier des bouchons de laine granulés et pressés, soit le produit fini attendu avec ce procédé. Il précise un point important qui conditionne la faisabilité du projet : « Nos outils peuvent presser toutes sortes de matières, notamment des produits connexes de l’agriculture, de la sylviculture (copeaux, sciure… ), moyennant des réglages qu’il s’agit de déterminer en nous envoyant des échantillons des matières à compresser. » L’une des missions de Lahcène Charrouf pour Ecokraft est d’ailleurs la suivante : prospecter les entreprises alsaciennes pour identifier les activités qui produisent des coproduits qui gagneraient à être pelletisés. « Plus la laine est sale, mieux c’est » La laine des moutonniers alsaciens en fait partie. Même si elle présente un inconvénient : « La laine est une matière très difficile à broyer, du fait de ses fibres longues, qui risquent de coincer les rotors. » La société Ecokraft a donc développé un procédé spécial afin d’obtenir un produit homogène malgré ces spécificités. La laine broyée est ensuite stockée dans un conteneur, où elle doit être mélangée à un autre composé. En effet, « la laine se décompose très lentement, sur plusieurs mois. Elle libère très progressivement les éléments fertilisants qu’elle contient. Elle gagne donc à être mélangée à une substance qui libère des nutriments directement assimilables par les plantes », argumente Lahcène Charrouf. Cette étape sert aussi à amalgamer la laine, avant qu’elle ne soit granulée dans une presse, qui produit des granulés de différentes tailles, et des particules fines. Ces dernières, ainsi que les plus petits granulés, sont récupérés grâce à une étape de tamisage, et réinjectés dans le processus de production. En bout de chaîne : des granulés bien calibrés, prêts à être conditionnées en big bag, en sacs, ou à être commercialisés en vrac. « Dans la presse, la température monte à 90 °C, il faut donc prévoir une phase de refroidissement avant le conditionnement. C’est aussi durant cette phase que les granulés durcissent », prévient Lahcène Charrouf. Autre point d’attention : « Pour que les granulés se tiennent, ils doivent être formés avec des produits présentant une humidité de maximum 20 % ». Cela écarte d’office certains produits, comme le lisier, le fumier. Par contre, bonne nouvelle : pour que les granulés se tiennent, « plus la laine est sale, mieux c’est ». Ce qui dispense d’une étape de lavage. Saturer l’outil avec d’autres intrants D’un point de vue pratique, Lahcène Charrouf précise qu’il est possible de s’équiper de tout ou partie de ces outils, qui bénéficient d’une garantie d’an après leur mise en service. L’unité de pelletisation entière, telle que décrite ci-dessus, requiert un local de 150 à 200 m2. Pour la laine, le rendement horaire attendu est l’un des plus faibles : 150 kg/h. « Si on la mélange à d’autres intrants, il est possible d’améliorer la cadence », précise Lahcène Charrouf. Mais pour lui, pas de miracle à attendre, elle ne dépassera pas 200 kg/h. D’après les estimations de Lahcène Charrouf et de Jean-Pierre Saulet Moes, la production de laine alsacienne mobiliserait l’unité environs sept semaines par an, ce qui permettrait de produire 40 t de pellets par an. Or l’outil est en capacité de produire 248 t de pellets par an. La rentabilité de l’investissement est donc assujettie à la pelletisation d’autres intrants, que ce soit en mélange avec de la laine, ou en alternance. Jean-Pierre Saulet Moes insiste : « Il faudra trouver des moyens de saturer l’outil. » Pour Lahcène Charrouf, ce ne devrait pas être un problème, puisque les machines sont capables de pelletiser toutes sortes d’intrants, comme de la luzerne, pour l’alimentation du bétail, de la paille, pour les litières, du miscanthus, du bois. Ainsi, il est possible de proposer l’élaboration de granulés de bois en prestation de service aux agriculteurs qui ont des haies à entretenir. Un amortissement plus ou moins long selon les scénarios D’un point de vue financier, Lahcène Charrouf chiffre cette unité de pelletisation à 250 000 €, un tarif qui comprend aussi l’hygiénisation de la laine. En effet, l’apport de laine non hygiénisée dans le sol est interdit par la réglementation. « La laine doit être exposée à plus de 100 °C durant plusieurs heures afin d’obtenir l’agrément pour pouvoir exploiter le produit fini. En Allemagne, les autorités sont plus souples, les producteurs peuvent profiter de la chaleur produite par les unités de méthanisation pour le faire. Pour répondre aux exigences réglementaires françaises, il va falloir créer un outil spécifique », annonce Lahcène Charrouf. Ce qui va inévitablement renchérir le coût de l’unité. Avec une hypothèse de commercialisation des pellets en vrac et en circuit long, l’investissement peut être amorti sur 10 ans. Lorsque les pellets sont conditionnés, le prix de vente augmente, tout comme le coût de la main-d’œuvre et des consommables, mais la marge est plus intéressante, donc la durée d’amortissement passe à 4,5 ans. Lorsque les pellets sont conditionnés et en partie commercialisés en direct, la marge augmente encore et l’amortissement passe à 1,4 an. Autre hypothèse simulée : la production de vrac à laquelle s’ajoute trois mois de prestation de granulation de laine pour d’autres éleveurs que les adhérents au syndicat. Un scénario qui ramène aussi de la marge brute par rapport à l’hypothèse de base, et qui permet d’amortir la ligne de production en 5 ans. Des producteurs se sont déjà lancés dans la production d’amendements à base de laine de mouton, comme Markus Hofmann, en Allemagne. Sur internet, des références existent, notamment sous les marques Molly, Compo, vendues à des tarifs de 10 - 15 €/kg. Il reste désormais aux adhérents du syndicat ovin à peser le pour et le contre, à s’accorder sur une stratégie, avant de se lancer, ou pas, dans l’aventure. Sachant que d’autres pistes pour mieux valoriser la laine sont envisageables, comme la fabrication d’isolant pour les bâtiments. Mais cette fois, elle doit être propre.

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