Patates douces
Une culture à forte valeur ajoutée
Patates douces
Publié le 29/12/2021
Arnaud Ohlmann est le seul agriculteur d’Alsace à cultiver autant de patates douces. Il en a récolté sur 7,5 ha, cet automne 2021, à Ohlungen. La liane, dont on savoure les tubercules, est sa nouvelle culture à forte valeur ajoutée. Elle remplace chez lui le tabac, dont les prix n’ont cessé de chuter.
L’EARL Ohlmann, à Ohlungen, était, historiquement, une exploitation tabacole. Mais, « ces dernières années, je ne m’y retrouvais plus », déclare Arnaud Ohlmann, 45 ans. L’agriculteur pense à l’avenir et notamment à son fils, Mathieu, élève au lycée agricole d’Obernai. « Je me suis dit : dès que je trouve une culture à forte valeur ajoutée, j’arrête le tabac », raconte-t-il. En 2019, son filleul, Anthony Carbiener, exploitant à Printzheim, lui signale qu’il y a un petit marché à prendre pour la patate douce, qu’il ne faut pas attendre. « Tu fais de la patate douce. Moi je te les vends. » Arnaud résume ainsi les propos de son filleul. Le quadragénaire a, en plus, du matériel qu’il pourrait utiliser en patate douce. Il visite à l’automne 2019, deux exploitations vers Angers, qui en cultivent plusieurs hectares. En décembre, la décision est prise : en 2020, la patate douce remplace le tabac sur l’exploitation Ohlmann. Les plants sont commandés à Graines Voltz. Le débouché, ce sont des grandes et moyennes surfaces (GMS) de plusieurs groupes, en Alsace et en Lorraine. Pas de traitement En 2020, Arnaud plante 4 ha de patates douces à chair orange, la variété la plus répandue sous nos latitudes. L’herbacée, vivace, est originaire des tropiques, et vraisemblablement d’Amérique. Elle aime la chaleur, l’humidité, et craint les nuits fraîches. Si la culture réussit, cette année-là, on lui en avait promis plus : plus de rendement. Il en sort entre 20 et 25 t/ha. Heureusement, « ça se vend plus cher que la carotte » : 1,10 €/kg, les plus petits calibres, et 1,40 €/kg, les plus beaux. Les siens sont beaux aux deux tiers. Arnaud vend toute sa production. Sauvé ! D’autres avantages sont relevés, dès la première année. « Quel bonheur de ne pas sortir chaque semaine avec le pulvé ! À chaque fois, on vous regarde de travers », s’exclame Arnaud. Le désherbage en patate douce est manuel et mécanique. Aucun produit de traitement n’est homologué pour la culture. À part de l’anti-limace, Arnaud ne traite donc pas. « Pour l’instant, la patate douce est résistante aux maladies d’ici », relève l’agriculteur. En 2021, il plante sur la même parcelle la même variété. Il commande aussi des plants à Prosem car il augmente la surface cultivée : 7,5 ha sont requis. Le cultivateur a besoin de 33 000 plants par hectare. Le rendement de 2021 est identique à celui de la première année. « On est encore novices », admet Arnaud. Les températures basses de l’été passé n’ont pas aidé. La récolte qui devrait avoir lieu en août est systématiquement plus tardive, en Alsace, en septembre voire en octobre. Mais beaucoup de main-d’œuvre Arnaud passe commande des plants tôt, en décembre ou en janvier, pour un coût de 12 000 à 14 000 €/ha. Il plante la seconde quinzaine de mai, sur buttes, car « il faut de la place à la patate douce pour se développer », précise le chef d’exploitation. 50 heures par hectare sont nécessaires pour cette opération, avec une machine deux rangs : une planteuse de son filleul Anthony, que ce dernier utilise pour la salade. Pour faire les buttes, Arnaud possédait déjà une fraise butteuse, puisqu’il cultive d’autres légumes (lire en encadré). « Il faut de l’eau tout de suite, pour que les plants prennent, souligne-t-il. Puis, tout au long du développement de la patate douce. Elle demande beaucoup d’eau. » Juin, juillet et août, c’est le temps du désherbage, essentiellement manuel. « C’est long : 100 h/ha, environ, voire plus », témoigne Arnaud Ohlmann. Il fait donc appel à de la main-d’œuvre saisonnière, qu’il emploie ensuite pour la récolte, fin de l’été, début de l’automne. « Quatre saisonniers, plus Anthony et moi, étaient au nettoyage, en 2021. Pour la récolte, sur trois semaines, ils étaient quinze saisonniers et nous avons aussi participé », compte-t-il. La patate douce s’abîme facilement. Elle est délicate. « Il faut de la main-d’œuvre : c’est clair. Il n’existe pas de machine qui ramasse automatiquement », insiste l’agriculteur. Il a acheté en 2020, une arracheuse/aligneuse deux rangs, à pommes de terre, qui sort les patates douces de la terre, pour 14 000 €. « Mais, après, il faut les chercher. On les met sur un tapis et on trie directement les différents calibres. » En 2021, il a acquis d’occasion une remorque avec un tapis. « Tout de suite après la récolte, il faut sécher les patates douces. J’ai gardé une partie de mes anciens fours à tabac, pour ça. C’est le curing. Les tubercules restent dans les fours pendant une semaine, à 28 °C », explique Arnaud Ohlmann. Puis, elles partent dans des chambres chaudes ventilées à 13 °C. Ainsi, Arnaud peut les conserver jusqu’à mars. « Le curing est une étape très importante pour la conservation. Sans, elles vieillissent beaucoup moins bien », ajoute-t-il, prévenant. Peu de références L’exploitant chiffre l’investissement total déjà réalisé pour la patate douce à 150 000 €: arracheuse, remorque, chambre chaude, travaux d’électricité et en 2021, Arnaud a encore acheté une bineuse sur butte, pour aider au désherbage, et un broyeur. Le retour sur investissement s’élève à 6 000 €/ha, mais en déduisant ces frais, il n’est plus que de 3 000 €/ha. L’exploitant s’y retrouve aussi, parce qu’il lave et conditionne (en cartons ou en cagettes en plastique) les tubercules chez Anthony Carbiener, « avec le même matériel que pour les butternuts, qu’on a bricolé un peu », dit-il. Ensemble, ils ont créé la SAS Les saveurs du potager, pour commercialiser les patates douces, qui sont étiquetées afin d’être différenciées. « On travaille aussi un peu avec la Sapam, au marché gare à Strasbourg », livre Arnaud. Il est le seul en Alsace, à sa connaissance et à celle de Lilian Boullard, de Planète Légumes, qui le conseille, à cultiver autant de patates douces. « Cela ne fait que deux ans que je me suis lancé. On n’a pas encore vraiment de références. Dans ces proportions-là, la culture de la patate douce, ici, c’est nouveau », répète Arnaud Ohlmann, prudent.












