Prairies
Gérer, fertiliser, réparer
Prairies
Publié le 24/01/2022
La Chambre d’agriculture d’Alsace a récemment organisé des réunions techniques dédiées aux fourrages, et notamment aux prairies. Au programme : gestion affinée grâce aux nouvelles technologies, préconisations en matière de fertilisation dans un contexte de hausse des prix des engrais, et évolution des connaissances en matière de restauration des prairies suite aux dégâts de gibier.
Derrière l’image d’une vache qui broute paisiblement se cache une réflexion et une organisation dont la complexité échappe aux profanes. La gestion des prairies repose notamment sur la vitesse de la pousse de l’herbe, elle-même dépendante des conditions météorologiques. Pour aider les agriculteurs à anticiper son évolution, la Chambre d’agriculture d’Alsace édite un Flash pousse de l’herbe, qui paraît chaque jeudi durant les périodes de pousse active de l’herbe, donc avec une pause estivale. « Il contient une description de l’évolution de la croissance de l’herbe, en termes de quantité et de stade physiologique, réalisée à partir de l’observation de sept sites de mesures », décrit Philippe Le Stanguennec, conseiller à la Chambre d’agriculture d’Alsace. Mais ce n’est pas tout : le Flash contient aussi des indications sur le pourcentage des besoins que l’herbe permet de couvrir, en fonction du chargement et de la pousse de l’herbe. De quoi réviser la stratégie de chargement en fonction de l’évolution des potentialités des prairies au cours de la saison. Happy Grass, une application pour gérer prairies et pâturage Pour aller plus loin, les techniciens de la Chambre d’agriculture d’Alsace proposent aux éleveurs de s’équiper de l’application Happy Grass, un « assistant prairie » qui comprend trois modules : prairie, parcelle et pâturage. Le module prairie vise à la gestion agronomique des surfaces en herbe, du choix des espèces à semer jusqu’aux récoltes. Le module parcelles est destiné à visualiser le parcellaire, les chemins, les points d’entrée. « Il sert à découper les paddocks, à calculer la durée de pâturage possible… Il est aussi possible d’effectuer des simulations, comme celui du coût d’investissement dans des clôtures », décrit Philippe Le Stanguennec. Enfin, le module pâturage est élaboré pour gérer la mise à l’herbe des vaches, et toute la saison de pâture. C’est notamment à cette fin que Sylvain Weber, agriculteur à Zollingen en Alsace Bossue, utilise Happy Grass. « C’est plus simple qu’un enregistrement papier, pour moi et pour les techniciens de la coopérative qui vérifient le calendrier de pâturage ». Quant à Jean Jacques Muller, à Hirschland, il apprécie le gain de fluidité dans les conseils des techniciens de la Chambre d’agriculture. « Nous sommes sûrs de parler des mêmes parcelles ». L’outil facilite aussi son pilotage du pâturage : « Le chargement est décidé au départ, en fonction de la biomasse disponible à un temps donné et de la pousse de l’herbe. Puis, il est possible de réaliser des simulations, et de modifier les pratiques au fur et à mesure de l’avancement de la saison de pâturage. Par exemple d’ouvrir des paddocks en plus, de faucher au lieu de pâturer »… À la fin de la saison, Happy Grass produit un bilan de fin de pâturage, avec le nombre de cycle de pâture par parcelle, la quantité de matière sèche produite… Des données à potasser durant l’hiver pour préparer le retour des bêtes dans leurs verts pâturages. La prise en main d’Happy Grass est accessible en solo aux agriculteurs les plus aguerris aux nouvelles technologies. Que ceux qui éprouvent des moments de solitude face aux nouvelles technologies se rassurent : des formations seront proposées par la Chambre d’agriculture de fin février à fin mars selon les secteurs. Fertilisation azotée : aller chercher les premières tonnes malgré la hausse du prix de l’engrais L’explosion du prix des engrais, aussi bien de l’azote que des engrais de fond, est une réalité à laquelle les éleveurs peuvent réagir de différentes façons selon leurs priorités, leurs contraintes et leurs motivations, qui sont toutes différentes. « La priorité peut être de sécuriser le bilan fourrage, voire de constituer un matelas de sécurité, afin de sécuriser l’autonomie alimentaire et ne pas avoir à acheter des fourrages, plus chers que ceux qui seraient produits sur la ferme », détaille Laurent Fritzinger. La capacité à lever le pied sur la fertilisation dépend alors notamment du niveau de stock fourrager, et des pratiques de fertilisation qui prévalaient : « Il est plus facile de réduire la fertilisation si elle était très sécuritaire que si elle était déjà calculée au plus juste ». Plusieurs éléments sont acquis, en matière de fertilisation des pairies. Notamment que « l’azote est le principal élément influençant le rendement des graminées». Les apports organiques (lisier, compost), sont particulièrement soumis à un effet de plateau. « Dans notre essai de Drulingen, le rendement répond très bien à des doses de 15, 30 m3/ha, mais à 45 m3/ha, le rendement répond moins bien à la dose », rappelle Laurent Fritzinger, conseiller à la Chambre d’agriculture d’Alsace. Avec l’azote minéral, la réponse est plus linéaire. Face à la situation actuelle, deux stratégies sont envisageables. La première consiste à majorer l’investissement, pour atteindre la même quantité d’engrais par hectare que classiquement, afin de sécuriser le rendement et le stock fourrager. « Alors il faut s’attendre à voir le coût de revient augmenter d’au moins 25 €/t MS ». Graphique à l’appui, Laurent Fritzinger démontre qu’il y a tout intérêt à aller chercher les premières tonnes de matière sèche supplémentaires permises par la fertilisation. Par contre, celles obtenues au moyen des doses les plus élevées d’azote vont devenir très chères. Concrètement : les premières unités d’azote vont être rentables, mais plus la quantité d’azote apportée est élevée, plus les unités supplémentaires vont coûter cher, au regard de ce qu’elles vont rapporter. La seconde stratégie consiste à maintenir la somme investie dans la fertilisation, et donc à accepter de prendre le risque d’apporter moins d’engrais, et de voir le rendement en pâtir. Le fractionnement de la fertilisation n’apporte que peu de gains de rendement sur les prairies. Par contre, la date d’apport est importante : « Il faut apporter l’azote 200 degrés jours après le 1er janvier, soit, en moyenne, autour du 7 mars. Si l’azote est apporté plus tard, cela risque d’amputer le rendement. Certes, un apport tardif d’azote permet de gagner un peu en MAT, un peu comme en blé, où les apports tardifs permettent d’assurer la teneur en protéines, mais pas suffisamment pour compenser la perte de rendement », pointe Laurent Fritzinger. Il poursuit : « Après le 15 juin, ce n’est plus l’azote qui est le facteur limitant de la pousse de l’herbe, c’est la météo ». En général, la forme d’azote apportée, urée ammo, n’a que peu d’impact sur le rendement. Mais, en printemps froid et humide, « l’ammonitrate apporte une sécurité par rapport à l’urée ». Fumure de fond : gare aux fausses économies Grâce à la réalisation d’analyses foliaires au printemps, les services techniques de la Chambre d’agriculture ont mis en évidence que 9 % des parcelles sont sous fertilisées en phosphore, 50 % sont fertilisées correctement, et 40 % le sont très bien, voire trop. La moitié des prairies sont bien fertilisées en potasse, mais 40 % sont sous fertilisées, contre 12 % qui sont sur fertilisées. « Attention, quand on dit que les parcelles sont correctement fertilisées, cela ne veut pas dire que l’impasse est possible, mais qu’il faut continuer à couvrir les besoins. Donc, sans analyse, il est risqué de vouloir économiser de la fumure de fond à l’aveugle », précise Laurent Fritzinger. Pour la fertilisation du maïs fourrage, il conseille de bien tenir compte des apports organiques, de ramener au plus près des besoins des plantes les amendements type digestats qui contiennent de l’azote à effet rapide, d’éviter les pertes d’azote en enfouissant les engrais. En matière de fumure de fond, « 30 t/ha de fumier suffisent à compenser ce qui est exporté par le maïs ». Sangliers : des dégâts qui coûtent cher Suite aux dégâts causés par les sangliers aux prairies, la Chambre d’agriculture d’Alsace a élaboré un essai visant à tester différents itinéraires techniques de remise en état des prairies, afin de déterminer ceux qui sont les plus efficaces et d’identifier la période d’intervention la plus favorable. Ces essais avaient aussi pour objectif d’estimer les pertes de rendement réelles qu’engendrent les sangliers dans les prairies. En effet, « les indemnisations se fondent sur des données qui n’ont jamais été déterminées avec précision », pointe Laurent Fritzinger. Quatre modalités ont été retenues dans ces essais. Le même mélange d’espèces a été semé, deux fois à l’automne et deux fois au printemps, avec des outils identiques, le même jour, et sur des parcelles de fauche présentant des dégâts de sangliers significatifs, mais selon différentes techniques : un témoin broyeur puis rouleau ; une modalité broyeur, puis semis, puis rouleau ; une modalité semis, puis broyeur, puis rouleau ; une modalité herse rotative, puis semis, puis rouleau. Les modalités ont été protégées de nouvelles attaques avec du grillage. Puis la repousse de l’herbe a été mesurée, et comparée à celle enregistrée dans des zones non dégradées des mêmes prairies. Conclusion générale de l’essai : le semis apporte un plus à la remise en état des prairies, quelles que soient les modalités. Mais la technique de semis employée semble avoir peu d’impact, tout comme la saison du semis, bien qu’un léger avantage pour l’automne soit observé. Par contre, la nature du sol joue énormément : « La reprise a été meilleure dans une parcelle régulièrement fertilisée que dans une parcelle au sol sableux, moins bien entretenue. » Enfin, la comparaison avec les zones non dégradées des prairies met en évidence une perte de rendement de 60 - 70 % sans resemis. Lorsque les zones abîmées sont ressemées, la perte de rendement est moindre, mais reste significative.












