A la une

Publié le 02/02/2022

À Niffer, la famille Jehl élève des porcs sur paille, dont une partie est transformée et vendue en direct. Elle se fixe pour objectif de stabiliser l’activité après une année 2020 marquée par l’envolée de la demande.

Depuis presque 50 ans, la famille Jehl élève des porcs à Niffer, village situé à 15 km à l’est de Mulhouse. Le grand-père faisait dans la génétique femelle, avant de passer naisseur-engraisseur partiel. Agathe et son mari Denis poursuivent l’activité, rejoints par leur fils aîné, Julien, en 2012 puis par le cadet, Thomas, en 2019. L’installation de Julien, après quatre ans de salariat, pousse à agrandir l’élevage et à construire un nouveau bâtiment, afin de dégager un revenu supplémentaire. Et tant qu’à se lancer dans un nouveau projet, les Jehl font le choix de l’engraissement sur paille. « Le porc sur paille, ça nous paraissait une garantie par rapport à l’image de qualité qu’on voulait véhiculer, pose Agathe Jehl. Nous sommes une exploitation familiale, nous souhaitons rester au plus près de ce que veulent les consommateurs. » La construction du nouveau bâtiment d’engraissement se double d’une réorganisation de la maternité/post-sevrage et du bâtiment des gestantes. L’engraissement sur paille demandant plus de temps de travail, l’élevage engage une apprentie, qui travaille principalement à la porcherie. Agathe se charge de l’insémination des truies. Celles-ci reçoivent deux doses de semences, à 24 heures d’intervalle, dont une dose provenant d’un des deux verrats de la ferme. Pendant leur gestation, elles passent deux mois et demi sur paille, puis elles sont mises sur caillebotis. « On les laisse toujours par six, elles ne sont jamais mélangées jusqu’à la mise bas. Ainsi, elles restent calmes. » Ce n’est qu’au moment du sevrage qu’elles sont triées par taille « pour éviter la concurrence sur l’alimentation et l’accès à l’eau ». Elles rejoignent la maternité une semaine avant la mise bas. L’élevage affiche entre 11 et 12 porcelets sevrés/truie/portée, ce qui « n’est pas si mal, juge l’éleveuse. On ne cherche pas la prolificité maximum pour ne pas épuiser les truies. » Sevrés à 28 jours, les porcelets ne sont pas tous engraissés sur place. « 75 % d’entre eux sont vendus à 25 kg à des éleveurs partenaires du Doubs qui les engraissent au petit-lait. » C’est la famille Jehl qui assure le transport, par lots de 80 à 90 porcelets. Les porcelets restants sont transférés dans le bâtiment d’engraissement, où ils sont nourris avec des céréales majoritairement produites sur la ferme. L’élevage est équipé d’un broyeur et de huit cellules de stockage, ce qui lui permet de fabriquer les rations des truies et des porcs aux différents stades de leur croissance, soit cinq formules différentes. L’alimentation comprend de l’orge et du blé, mais aussi du soja (pour les truies) et du méteil, un mélange de pois, triticale et avoine destiné à apporter des protéines aux porcs à l’engraissement. « Nous testons le blé de pois depuis deux ans et nous utilisons aussi un tout petit peu de maïs dans la ration des porcs charcutiers », complète Julien. Vitamines et minéraux sont fournis par un fabricant. « L’idéal serait d’être autosuffisant pour l’alimentation mais nous ne le sommes pas. Nous achetons une partie de l’orge et le soja, sous forme de tourteaux assimilables ». La hausse « disproportionnée » du prix du soja pousse tout de même à limiter les achats. « Nous avons un peu augmenté la surface en céréales au détriment du maïs mais nous ne pouvons pas faire plus car nous sommes limités par le stockage. » La vente au détail remplace les caissettes À 100 kg, les porcs sont envoyés à l’abattoir de Cernay. La ferme Jehl y fait abattre sept à huit porcs par semaine, dont une partie est vendue en carcasse à un boucher du Thillot et au Super U de Bollwiller. Le reste est transformé à la ferme par Thomas, boucher-charcutier-traiteur de formation, aidé d’un boucher salarié. Son installation a définitivement orienté l’élevage, qui vendait sa viande en caissettes via le GIE Terre d’Elsass, vers la vente au détail. La construction d’un laboratoire de 120 m2 et d’un magasin à la ferme a accompagné l’essor des ventes, devenu fulgurant au moment du confinement de mars 2020. Chaque mardi matin, Thomas récupère les carcasses à l’abattoir et les découpe. La fabrication du petit salé, d’une vaste gamme de saucisses et charcuteries et des préparations en croûte l’occupe jusqu’au jeudi. Le vendredi matin, il prépare les commandes pour le magasin de producteurs l’Îlot fermier à Hirsingue et une petite épicerie des environs. Le vendredi après-midi et le samedi matin, les clients affluent dans le joli magasin de la ferme Jehl, dont la vitrine n’a cessé de grandir depuis son ouverture. Si le confinement a permis de développer la clientèle dans un rayon d’une douzaine de kilomètres, Agathe sait que rien n’est jamais acquis. La qualité des produits, leur provenance locale et les prix pratiqués, qui sont « ceux d’une boucherie artisanale », sont de sérieux arguments de vente. Néanmoins, elle entretient le contact en publiant chaque semaine des nouvelles de la ferme sur une page Facebook. « Sinon, on vous oublie… »

Ovinpiades des jeunes bergers

Une version covidée allégée

Publié le 01/02/2022

Les ovinpiades des jeunes bergers ont eu lieu cette année chez Virginie Ebner, à Sélestat, dans une version allégée tant en termes de nombre de candidats, d’épreuves que d’éleveurs correcteurs.

Après avoir été repoussée deux fois, puis annulée une fois, la sélection alsacienne pour les ovinpiades des jeunes bergers a finalement eu lieu, suite à l’annonce de la tenue du Salon de l’agriculture, du samedi 26 février au dimanche 6 mars. Mais dans une version allégée : « Une épreuve théorique a permis de réduire le nombre de candidats à 52. Il n’y a pas eu de journée d’entraînement. Nous avons limité le nombre d’épreuves à trois au lieu de six. Il n’y a pas de remise officielle des diplômes… », décrit Jean-Pierre Saulet-Moes, technicien ovin à la Chambre d’agriculture d’Alsace.     Vous le savez, le #SIAdesretrouvailles aura bien lieu ! ? L’occasion pour nous de remercier les exposants, les agriculteurs, les éleveurs, les producteurs ainsi que les partenaires et les fournisseurs officiels. ❤️ Qui va venir nous voir cette année ? #SIA2022 pic.twitter.com/pDf6VypsJe — Salon International de l'Agriculture (@Salondelagri) January 28, 2022     Mercredi 26 janvier, les candidats, des élèves issus des classes de bac pro des lycées agricoles d’Obernai et de Rouffach ainsi que des apprentis du CFA d’Obernai, se présentent établissement par établissement et classe par classe dans un bâtiment annexe de la bergerie flambant neuve de Virginie Ebner. Une autre conséquence des reports répétés de l’événement : « Il a fallu trouver un élevage avec des animaux disponibles pour être manipulés. C’est-à-dire pas en état de gestation avancée, pas en pleine période d’agnelage… », indique Jean-Pierre Saulet-Moes. Virginie Ebner a bien voulu mettre quelques animaux à disposition. Mais, pour préserver la tranquillité du plus grand nombre, elle a préféré cette option. Résultat : les épreuves se déroulent dans la pénombre. Et, en fin de journée, il faut sortir un projecteur pour que les candidats puissent procéder à l’épreuve du parage d’onglons dans de bonnes conditions.       Des éleveurs pour jurés Le principe de cette épreuve est simple : Les candidats ont huit minutes maximum pour parer les quatre onglons d’une brebis, sous l’œil attentif de Simon Maier, éleveur au sein du Gaec de l’Eichmatt à Bassemberg. Il apprécie à la fois la qualité du rendu final (propreté, correction des aplombs…) et la technique des candidats. « Je veille à comment ils positionnent leurs mains, pour ne pas se blesser, ni la brebis », précise-t-il. À quelques pas de là, Yvan Stoffel, en cours d’installation à Rosenwiller près de Dettwiler, surveille l’épreuve de notation de l’état corporel. Cette fois, les candidats doivent attraper trois brebis et donner pour chacune une note d’état corporel. L’éleveur note à la fois leur aptitude à attraper et bloquer l’animal sans lui faire mal, et leur technique d’analyse de son état corporel. En le palpant sur le dos, le long de la colonne vertébrale, ils doivent lui attribuer une note, comprise entre 0 et 5. « À 0 l’animal est squelettique, à 5, il est obèse ! Dans la pratique, ces deux notes extrêmes ne sont pas observées dans les élevages. Une brebis peut être à 1,5 après la mise bas. Elle doit être à 2,5 pour la mise à la lutte », indique Yvan Stoffel. « Les éleveurs évaluent régulièrement l’état des brebis, notamment afin d’adapter les rations. Mais c’est surtout pour déterminer quels agneaux sont prêts à partir à l’abattoir que la technique est utilisée. Car s’ils ne correspondent pas aux critères des acheteurs, ils sont déclassés, donc, moins bien rémunérés », précise le jeune éleveur, qui a lui même participé aux ovinpiades en 2018 :         Une paupière qui en dit long Louis Frischinger, éleveur de quelque 380 brebis à Tagsdorf, dans le Sundgau, et entrepreneur de travaux agricoles questionne les candidats à l’épreuve de notation de l’état de santé. « Comment peut-on évaluer l’état de santé d’une brebis ? » La réponse est à la fois simple et compliquée. La couleur de la troisième paupière de l’animal est un bon indicateur. Blanche : la brebis est anémiée, c’est-à-dire qu’elle manque de fer, ce qui peut être dû à un problème parasitaire ou alimentaire. Rouge : l’animal souffre d’une infection, ou d’une acidose. Jaune : le mouton souffre d’un problème de foie, qui peut être lié à la douve du foie, à l’ingurgitation d’une plante toxique, à un excès de cuivre. Bleu : l’animal est en hypoxie. Vert : « ça n’existe pas ! », tente de piéger Louis Frischinger. Avant de préciser que la bonne couleur de cette fameuse paupière est rose. Pour être plus précis dans son diagnostic, l’éleveur doit recouper les informations. Notamment avec l’état de la dentition. « L’écartement et l’usure des dents renseignent sur l’âge de la brebis », indique Louis Frischinger. Les mamelles doivent être inspectées afin de détecter mammites, infections, ou abcès. Tout comme les pattes, afin de vérifier la qualité des aplombs, et si l’animal ne souffre pas d’affections type piétin, panaris, fourchet, granulome, dermatite… La présence de diarrhée doit être notée, de 0 à 2. Elle peut signer un problème alimentaire ou parasitaire. Enfin, la prise de température est impérative. « Elle doit être comprise entre 36 et 40 °C. En dessous c’est l’hypothermie. Au-dessus l’hyperthermie. La température idéale se situe entre 38,5 et 39 °C », indique Louis Frischinger. Celui qui est aujourd’hui juré s’est lui-même distingué aux ovinpiades des jeunes bergers à deux reprises. Une première fois en 2016, dans le Bas-Rhin, où il s’est classé deuxième. Et une seconde fois en 2018, en Franche-Comté , où il s’est classé premier. Lors de la finale nationale de la même année il avait atteint la seconde place sur le podium. « Depuis, je suis juge à Paris », sourit Louis Frischinger, qui apprécie autant l’exercice professionnel que l’ambiance ! Au final, cette édition, était « plus fade, moins conviviale que les précédentes », constate Jean-Pierre Saulet-Moes. Mais l’épreuve a eu lieu, malgré les restrictions, et ce n’était pas gagné. Alors, les élèves qui ont pu concourir ont fait bonne figure, et ont participé dans la bonne humeur. Les deux gagnants, Pierre Stoffel et Océane Monnier, tous deux élève au lycée agricole d’Obernai, iront représenter l’Alsace à la finale nationale des ovinpiades, au Salon international de l’agriculture à Paris.

Publié le 31/01/2022

Après 2021 particulièrement riche en évolutions sur le plan social pour la branche de la production agricole, avec les entrées en vigueur successives de la Convention collective nationale et du régime de retraite supplémentaire des salariés non-cadres, le début 2022 s’annonce plus classique avec des évolutions légales et réglementaires habituelles. Un article d’Arnaud Lectard, FRSEA Grand Est.

Après une revalorisation à 10,48 € brut de l’heure au 1er octobre dernier, le Smic connaît une nouvelle hausse de 0,9 % trois mois plus tard. Il est donc à 10,57 € au 1er janvier 2022. Des minima salariaux poussés par le Smic Le Smic mensuel brut pour un salarié mensualisé sur une base de 35 heures de travail hebdomadaires est ainsi porté à 1 603,12 €. Le plafond mensuel de sécurité sociale, indicateur de référence servant au calcul de certaines prestations de sécurité sociale, ainsi qu’en matière de cotisations sur salaires, demeure lui identique à son montant de 2020 et 2021, soit 3 428 €. Le minimum garanti, utilisé pour l’évaluation des frais professionnels et des avantages en nature est porté, quant à lui, à 3,76 €. Cette hausse du Smic est concomitante avec l’entrée en vigueur au 1er janvier 2022 de la nouvelle grille nationale des salaires applicables aux exploitations agricoles et aux Cuma. Cette grille, qui avait fait l’objet d’un accord entre partenaires sociaux le 27 octobre dernier, était suspendue à la publication au Journal officiel de son arrêté d’extension, qui n’est intervenue qu’au 1er décembre 2021. Avec cette seconde hausse en trois mois, le Smic rattrape à nouveau les deux premiers paliers de la grille conventionnelle des salaires, dès son entrée en vigueur. Dans l’attente d’un nouvel accord salarial, les minima salariaux applicables, compte tenu de ce nouveau Smic, figurent dans le tableau 1. Du côté des cotisations sur salaires, aucune évolution nationale n’est à observer cette année, à l’exception des taux collectifs de la cotisation accident du travail qui sont plutôt orientés à la baisse (Tableau 2). Pour finir, la présentation du bulletin de paie évolue légèrement au 1er janvier 2022, avec l’apparition de nouvelles mentions en matière d’imposition, alors que d’autres sont rebaptisées. Prolongation de certains dispositifs Divers dispositifs existants font l’objet d’une prolongation, en vertu de la loi de financement de la sécurité sociale ou d’autres textes réglementaires. C’est notamment le cas de l’exonération de cotisations patronales liée à l’embauche du 1er au 50e salarié en CDI ou CDD d’au moins 12 mois, pour les employeurs situés en zone de revitalisation rurale (ZRR). Ce dispositif d’exonération, plus avantageux que la réduction dégressive pour les rémunérations éloignées du Smic, est actuellement en sursis. Il se voit prolongé jusqu’au 31 décembre 2023 pour les entreprises implantées dans les prés de 14 000 communes situées dans le périmètre des ZRR. Le dispositif d’exonération lié à l’embauche par les entreprises implantées dans les bassins d’emploi à redynamiser est également maintenu jusqu’au 31 décembre 2023. Les aides temporaires à l’alternance, visant les employeurs d’apprentis et de salariés en contrat de professionnalisation font également l’objet d’une nouvelle prolongation, puisqu’elles concernent désormais les contrats conclus jusqu’au 30 juin 2022. Pour les apprentis, la prolongation vise aussi bien la majoration de l’aide unique à l’apprentissage versée au titre de la première année, que l’aide exceptionnelle aux employeurs d’apprentis versée pour la première année des contrats préparant à un diplôme de niveau 5 à 7. Le ministère de l’Agriculture a également confirmé la prolongation jusqu’au 31 décembre 2022 du dispositif transitoire d’exonération de cotisations patronales pour les travailleurs occasionnels (dispositif dit « TO-DE »). Par ailleurs, certains dispositifs instaurés en 2020 et spécifiquement liés à la crise sanitaire font l’objet d’une nouvelle prorogation annuelle. C’est le cas pour le régime d’activité partielle, ainsi que pour le dispositif des arrêts de travail dérogatoires liés au Covid-19 qui instaure un renforcement du régime d’indemnisation du salarié. Si la loi de financement de la sécurité sociale ne réintroduit pas pour le moment le dispositif de prime exceptionnelle de pouvoir d’achat exonérée de cotisations sociales et d’impôt pour 2022, il convient de rappeler que la version 2021 de cette « PEPA » peut toujours être versée par les employeurs qui le souhaitent, et ce jusqu’au 31 mars 2022.

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