A la une

Publié le 17/12/2021

De nombreuses recherches sont en cours pour réduire les doses de cuivre et trouver des alternatives efficaces à cette matière active, la seule autorisée en agriculture biologique pour lutter contre le mildiou. Des produits de biocontrôle aux préparations naturelles peu préoccupantes, en passant par les cépages résistants, les différentes solutions méritent d’être passées en revue.

En 2021, le cuivre s’est révélé indispensable pour lutter contre le mildiou. Pourtant, la recherche d’alternatives efficaces n’a jamais été autant d’actualité. Une récente matinée technique, organisée dans le cadre du Mois de la bio, y était consacrée. Parmi ces alternatives, les produits de biocontrôle qui recouvrent des substances actives aux modes d’action très différents. Lionel Ley, de l’Inrae de Colmar, les classe en trois catégories : les stimulateurs de défense des plantes (SDP), d’origine naturelle ou pas, les phosphonates (non utilisables en agriculture biologique) et les produits asséchants (dont les huiles essentielles). Ces produits ont fait l’objet de différentes expérimentations, dont l’une menée de 2014 à 2018 par l’Inrae de Colmar. À Ribeauvillé et Châtenois, l’Inrae a comparé leur efficacité face à un témoin traité avec des produits de synthèse en encadrement de la fleur suivis d’une association de cuivre et de soufre. L’usage de produits de biocontrôle, couplé à des modèles de prévision des risques pour le mildiou et l’oïdium, est également testé dans le cadre du projet Bee (2018-2020). Cinq bassins viticoles, dont l’Alsace, sont concernés par ce projet, dont l’objectif est de réduire de 75 % l’IFT (indicateur de fréquence de traitement) des produits phytosanitaires hors biocontrôle.     Biocontrôle : intéressant mais… De ces différents essais, il ressort que « le biocontrôle est une solution intéressante pour baisser l’impact sur l’environnement si la pression du mildiou est modérée. Mais si elle est forte, on ne peut pas se passer de cuivre et de soufre et il faut augmenter la cadence », selon Lionel Ley. En effet, dès que la pression devient moyenne et à plus forte raison si elle est forte, les SDP alliés aux phosphonates ne protègent pas suffisamment la grappe. L’efficacité des produits de biocontrôle est meilleure avant floraison, signale le scientifique, qui estime qu’il n’est pas nécessaire de les utiliser à chaque traitement. Deux ou trois applications suffisent, en complément du cuivre. Indépendamment de leur efficacité, les produits de biocontrôle coûtent autour de 450 €/ha, soit un surcoût de 40 % par rapport à une protection classique. En Suisse, la pression du mildiou a été extrêmement forte en 2021. Une enquête montre que les vignerons de Suisse romande ont réalisé plus de 14 traitements en moyenne durant la saison, dépassant largement la dose annuelle de cuivre habituelle (3,5 kg/ha au lieu de 2 kg/ha). Les deux tiers d’entre eux ont utilisé en plus d’autres produits, notamment des tisanes de plantes (ortie, prêle, osier) et du Myco-Sin, un produit autorisé en Suisse en viticulture biologique (argile sulfurée et extraits de prêle élaborés). Bien moins rémanent qu’un cuivre, celui-ci s’est avéré intéressant pour les régions à faible pression ou les débuts de saison sans pression, constate David Marchand, du FIBL (institut de recherche de l’agriculture biologique). De tous les nouveaux produits en développement dans les instituts de recherche suisses, tels que les extraits de sarments de vigne, l’extrait de mélèze et l’huile essentielle d’origan, aucun n’a eu une efficacité comparable à celle du cuivre cette année. « Tous ont lâché », constate David Marchand. En parallèle, le FIBL travaille à des essais participatifs avec des vignerons. Plus de 30 parcelles sont suivies dans ce cadre, afin d’optimiser la lutte en bio. Sont ainsi testés l’impact du basalte sur la santé de la vigne, l’apport d’algues en complément du cuivre ou l’application de lait cru frais écrémé. Plutôt sceptique sur cette dernière piste, David Marchand a toutefois constaté son efficacité cette année avec des dégâts sur grappe réduits de moitié par rapport au témoin. Le lait a été utilisé à raison de 8 l/ha additionné au soufre, le traitement au cuivre n’intervenant qu’après le 15 juillet. Le conseiller viticole estime que ce moyen de lutte peut permettre de baisser les doses, sans se substituer totalement au cuivre. D’autres pistes paraissent plus simples à mettre en place, comme de décaler le démarrage des traitements : comparé à un programme ayant débuté le 25 mai (15 traitements, 3,16 kg/ha de cuivre), les traitements décalés d’une, deux, voire trois semaines ont une efficacité à peu près comparable. D’où la conclusion de David Marchand : « On peut gagner du temps et optimiser la quantité avec cette stratégie », étant entendu que 2021 a été une année à pression de mildiou relativement tardive. Les préparations naturelles peu préoccupantes « n’agissent pas directement sur le bio agresseur, mais permettent à la plante de se défendre ». Elles sont « une alternative naturelle efficace à l’usage des pesticides », indique Béryle Crépin. Il en existe deux catégories : les biostimulants, qui représentent un ensemble de 148 plantes, toutes autorisées en agriculture biologique, et les « substances de base », au nombre de 23. Parmi les nombreuses plantes utilisées dans le vignoble, la prêle, riche en silice, est connue pour son effet asséchant et fongicide contre le mildiou et l’oïdium. Elle est utilisable tout au long de la saison même s’il faut faire attention à son utilisation en période sèche. L’ortie, riche en azote, a un effet stimulant sur la vigne. Elle s’utilise pendant la saison à partir du début du stade végétatif. L’osier, qui contient de l’acide salicylique, est stimulateur de défense, un messager systémique et a un effet asséchant. Son application est possible toute l’année en période humide.

Coût des matières premières

L’élevage alsacien sous tension

Publié le 17/12/2021

L’année 2021 a été marquée par une hausse du coût des matières premières : les prix s’envolent et les pénuries guettent. Une flambée que l’agriculture subit de plein fouet. De quelle manière l’élevage alsacien est-il touché par cette crise ? Des éleveurs et des spécialistes livrent leurs témoignages à notre journaliste, Marie Perrin.

Dominique Daul, éleveur bovin à Pfettishein et président cantonal à la FDSEA du Bas-Rhin, chiffre à 17 centimes par jour et par animal l’augmentation du coût de la ration de ses 600 vaches, et à 25 centimes celle du kilo de carcasse. En cause, notamment, les prix des aliments. Les tourteaux de soja et de colza battent des records et nourrir les bêtes revient de plus en plus cher. L’année ayant été faste pour les céréales, il lui arrive de se dire qu’il « serait plus rentable de vendre les céréales produites sur l’exploitation que de remplir les silos ». Mais « né éleveur », il le restera, en dépit des vents contraires. À Meyenheim, Stéphane Guthleben est confronté à une autre difficulté : l’an passé, il a passé ses porcs au soja européen sans OGM. Là, c’est l’approvisionnement qui coince. « On serre les dents, on maintient le cap, mais on n’a pas de garantie qu’il y en aura toute l’année. » « En 40 ans de métier, je n’ai jamais vu ça » « On se dit que ça va se rééquilibrer mais en 40 ans de métier, je n’ai jamais vu ça. C’est vraiment une grosse crise qui risque de durer », confie Claude Wanner, responsable de la nutrition animale à la Coopérative agricole de céréales de Colmar. Si l’alimentation, l’énergie et les intrants sont la principale source de frictions, d’autres postes sont concernés. À La Plume d’or, où l’on produit du foie gras de canard, Georges Kuntz évoque le coût des bocaux et des couvercles. Malgré une solide implantation dans le paysage local, il s’essouffle : « Avec 30 % de hausse globale, cela devient très compliqué, surtout qu’on ne répercute que 2 ou 3 % sur les prix de vente. » Le constat est identique chez Cyrielle Diemer, du Gaec du Petit Jura à Jetterswiller, qui parle des films enrubannés, de l’AdBlue ou des produits d’entretien pour le robot-traite. Quant au fioul GNR, il est passé de 75 centimes il y a six mois à 1,10 euro. Quand on utilise 30 000 litres par an, cela fait une somme. Du côté des investissements, c’est aussi l’impasse. « J’ai besoin de faire construire un bâtiment. De février à novembre, le devis a augmenté de 35 %. Et je n’ai aucune garantie du prix dans quatre mois », confie Jean-François Huckert, président cantonal « montagne » à la FDSEA du Bas-Rhin, éleveur de Salers et de porcelets à Grendelbruch. La problématique est la même pour les tracteurs et les machines agricoles. Enfin, une variable compte dans l’estimation de la situation : les achats et les contrats ont-ils été faits très en amont ? Si c’est le cas, l’impact de la flambée risque de n’être que reporté. Car il faudra bien refaire les stocks. Chacun cherche ses solutions Cette crise met en lumière l’urgence de revaloriser la viande, le lait et les œufs. En effet, « à 350 euros la tonne de lait, on touche moins que le cours mondial, qui est de 500 euros », explique Olivier Wilt, éleveur à Dachstein. Didier Braun, vice-président de la FDSEA du Bas-Rhin, espère pour sa part que la loi Egalim 2, votée en octobre, va apporter un peu souplesse à la mécanique de double peine qui touche les exploitants. D’autres acteurs ont un rôle à jouer. Dominique Daul, éleveur bovin à Pfettishein mène « des discussions avec les abattoirs, le nerf de la guerre ». Bruno Siebert, de l’entreprise du même nom sise à Ergersheim, garantit aux éleveurs de volaille « des prix indexés sur l’alimentation. Pour l’instant, l’abattoir sert de tampon ». Chacun cherche ses solutions. Dans le Haut-Rhin, à Feldbach, Sébastien Stoessel lutte contre le gaspillage : « Les rations des vaches et des poules sont analysées de manière encore plus fine. Il faut être pointu techniquement pour que rien ne se perde. » Les fientes de poules, le fumier ou le lisier aident à limiter les intrants. Certains essayent de s’affranchir des protéines les plus onéreuses, d’autres réfléchissent à un réseau d’irrigation pour mettre le fourrage à l’abri des sécheresses. Tandis que Cyrielle Diemer, éleveuse de vaches laitières à Jetterswiller mise sur une diversification de son activité par la vente directe de fromages, Jean-François Huckert, éleveur de Salers et de porcelets à 30 kilomètres de là, a augmenté le nombre de chevaux qu’il a en pension. Toutes ces initiatives illustrent une réalité : la crise touche tout le monde mais chaque éleveur la vit différemment. En cause : les choix d’exploitation, les investissements, les charges salariales, la spécificité du terroir, les prix et débouchés pour les produits. Ainsi le résume Sébastien Stoessel : « Il y a cinquante ans, toutes les fermes se ressemblaient. Aujourd’hui, toutes les exploitations sont différentes. »

Publié le 16/12/2021

Après des années d’inertie, une solution a été trouvée pour valoriser et recycler les pneus d’ensilage, abîmés par des années de stockage en plein air et devenus un danger pour les animaux. Une campagne de collecte, pilotée par la FDSEA du Bas-Rhin, est en cours. Victime de son succès, plus aucune prise de rendez-vous n’est possible !

Longtemps les agriculteurs ont utilisé des pneus usagés pour lester les silos d’ensilage. En 2002, lorsque la filière de recyclage des pneus usagés a été créée, ces pneus ont été exclus du dispositif car ils étaient considérés comme une voie de valorisation à part entière. Sauf qu’entre-temps d’autres solutions de lestage des silos, plus heureuses, ont pris le relais, et les éleveurs se sont retrouvés avec des pneus usagés sur les bras, sans qu’aucune solution de recyclage, ni même d’enlèvement ne leur soit proposée. En 2010, la FDSEA du Bas-Rhin avait pris contact avec une entreprise du recyclage, une initiative qui n’avait pas abouti. Mais une solution émerge enfin. La fin de l’année 2019 a en effet vu la naissance de l’association Ensivalor, qui regroupe les principaux acteurs de la filière pneumatique (constructeurs automobiles, manufacturiers de pneus, importateurs et distributeurs, recycleurs), les pouvoirs publics et les organismes para-agricoles, dont la FNSEA, qui est membre du comité de pilotage national. Cette association a pour objectif de soutenir les éleveurs pour que ces pneus soient collectés et recyclés. Un cadre a été fixé : l’association subventionne les frais de collecte, dans la limite de 15 000 t/an sur 4 ans, et accompagne les campagnes de collecte. 4 500 t de pneus à collecter dans le Bas-Rhin Dans le Bas-Rhin, la FDSEA s’est attelée très tôt à la tâche. Dès 2019, le stock de pneus d’ensilage départemental a été évalué : « 394 agriculteurs se sont manifestés, et ont fait remonter leur volume de pneus, qui s’élève à 4 500 t », indique Mathilde Moser, conseillère à la FDSEA du Bas-Rhin. Puis le syndicat est parti à la pêche aux financements pour abonder le subventionnement. L’Ademe, notamment, s’est engagée à verser 15 €/t de pneus recyclés. Certaines Communautés de communes jouent également le jeu, ainsi que des entreprises para-agricoles. « Au final, il reste à charge de l’agriculteur 82 €/t de pneu, soit bien moins que les 350 €/t qu’il aurait à débourser s’il se tournait vers une filière de recyclage classique », pointe Guillaume Pfrimmer, conseiller à la FDSEA du Bas-Rhin. Enfin, la FDSEA gère la logistique de la collecte. Le tonnage estimé étant trop important pour organiser une collecte unique. Il a été décidé de procéder en plusieurs fois. La première campagne de collecte de 2 000 t de pneus en 2020-2021 sera suivie d’une deuxième, de 1 000 t en 2022, puis d’une troisième, de 1 000 t encore, en 2023. Mais attention : inutile de vous manifester auprès de la FDSEA du Bas-Rhin, tous les créneaux, pour toutes les campagnes de collecte, sont déjà pris ! À raison de 8 à 11 t par camion et de cinq camions par jour en moyenne, chaque campagne de collecte devrait durer de 2 à 3 mois. Deux emplacements de collecte ont été retenus pour cette année, il s’agit des sites du Comptoir agricole de Huttendorf, sur lequel la collecte se termine ce vendredi 17 décembre, et d’Ebersheim, pour lequel la collecte débutera début janvier 2022. À noter que la coopérative met aussi à disposition une personne pour gérer le dépôt des pneus usagés en relation avec les conseillers de la FDSEA qui se trouvent également sur place. Dans le Bas-Rhin, c’est l’entreprise Gilles Henry, en lien avec le groupe Aliapur, qui effectue la collecte. « Tous les types de pneus sont acceptés, par contre ils doivent être déjantés et le plus propre possible. Il faut aussi trier les pneus par type (véhicule léger (VL), poids lourd (PL), agraire) et remplir les bennes par type de pneu, ou a minima effectuer un pré-tri au remplissage, car les process de recyclage sont différents en fonction des pneus, qui ne présentent par exemple pas la même teneur en caoutchouc. Enfin, la quantité annoncée doit correspondre à la quantité livrée », indique Guillaume Pfrimmer. Il rappelle que l’opération est nationale : « Il y a 100 départements qui participent, pour un tonnage total maximum de 15 000 t/an. Avec un quota de 4 000 t, et qui a été parmi les premiers à être remonté du terrain, le Bas-Rhin représente le deuxième plus gros tonnage de pneus d’ensilage recyclés à ce jour ».  

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