Morgane et Zoé Eble
En passant par le Gazon vert
Morgane et Zoé Eble
Publié le 08/09/2022
Depuis un an, ce sont les grands sourires de Morgane et Zoé Eble qui accueillent les visiteurs du gîte étape du Gazon vert. Sur les hauteurs de Saint-Amarin, les deux cousines s’appliquent à faire vivre leur rêve d’enfance, soutenues par la commune, les agriculteurs du coin, et surtout leur famille et leurs amis.
Morgane Eble, 26 ans, et sa cousine Zoé Eble, d’une année plus jeune, ont repris en mai 2021 l’Auberge du Gazon vert. Depuis un an, les deux pétillantes cousines, originaires de la région de Cernay, donnent vie à ce coin de montagne, à quelques encablures du GR5. Avant d’arriver au Gazon vert, Morgane a tenté divers cursus universitaires. Après quelques détours, elle a rejoint Zoé, qui travaillait alors à la ferme-auberge du Molkenrain à Wattwiller. Au gré d’une randonnée, guidées par leur ami, et désormais voisin, Jérémy Luttringer, elles apprennent que le gîte étape du Gazon vert cherche un repreneur. Une occasion en or qu’elles ne laisseront pas filer. « Nous avions ce rêve de tenir une auberge depuis que nous étions petites, raconte Zoé. Mais il est difficile de se frayer une place car ce sont souvent des affaires familiales. Nous avons donc envoyé CV et lettre de motivation. Et puis nous avons appelé toutes les deux semaines la communauté de communes ! » Il faut croire que leur détermination a su convaincre. Démarrage en douceur Elles s’installent au printemps 2021. Reprendre l’auberge n’a demandé que peu capital de départ. Propriété de la communauté de communes et retapée en 2013, il a surtout fallu quelques améliorations, notamment de la décoration. « Ça se voit que c’est tenu par des filles ici », lance Zoé, amusée. Désormais les bouquets de fleurs séchées agrémentent joliment les étagères traditionnellement emplies de pots en grès et de cloches. « Nous ne nous sommes pas versé de salaire la première année car nous avions décidé d’investir. Les droits Pôle emploi ont permis de subvenir », détaillent-elles. En plus de l’auberge et sa grande terrasse ombragée, du gîte et ses 20 lits, Morgane et Zoé veulent développer le lieu. Avec quelques événements annuels, elles ambitionnent de créer des rendez-vous autour du Gazon vert : un Country day, qui met à l’honneur les talents familiaux, ou encore une transhumance avec les vaches de Jérémy Luttringer. Itinéraire d’une carte locale C’est d’ailleurs ce dernier qui fournit l’auberge en viande. Du troupeau de salers et limousines qui pâture aux alentours, Morgane et Zoé achètent des bêtes entières. Les morceaux sont réservés au mijoté cuisiné quotidiennement ; le reste est transformé par la boucherie Chez Laurent à Willer-sur-Thur et finit aussi sur les assiettes, en charcuterie. À la carte, on trouve également les fromages de la ferme Schoeffel à Fellering ou encore le munster bio du Gaec du Vacceux dans les Vosges. Les légumes arrivent de la boutique du primeur Knecht à Morschwiller-le-Bas et le pain de la boulangerie Dietchin à Fellering. Les vins sont ceux de Julien Scherb à Gueberschwihr. Le souci du local se retrouve même dans le choix du linge de lit Lin Vosges. La démarche est insufflée par la communauté de communes, et suivie naturellement par Morgane et Zoé. Un travail quotidien Le quotidien est rythmé par les trois heures de ménage, des chambres à la cuisine, la préparation des repas et l’accueil des visiteurs. Si la cuisine et le service – où elles se relaient – sont leur plus grand plaisir, Morgane et Zoé apprennent encore à gérer les stocks. Faire les chambres par ailleurs les amusent beaucoup moins… Tous les produits sont livrés dans un local du village, qu’elles vont chercher quand elles le peuvent, soit une heure l’aller-retour. Au total, elles estiment travailler chacune 114 h par semaine. Il faut dire que les deux jeunes femmes ont à cœur, aussi, de communiquer le mieux possible, notamment sur les réseaux sociaux. « On n’imaginait pas que ça nous prendrait autant de temps, s’étonne encore Morgane. Une affiche, une semaine, donne-t-elle en exemple. Mais c’est essentiel ! » Et Zoé d’enchérir : « Il ne faut en plus jamais s’arrêter ! » Trouver un équilibre Morgane et Zoé sont saisonnières. De mai à novembre, elles s’installent au gîte et ne descendent que le lundi, jour de fermeture. Le reste de l’année, elles en profitent pour voyager. Cet hiver, les deux aventurières ont exploré l’Islande et le Brésil. Un idéal pour les cousines inséparables, ou presque. Car comme dans un couple, parfois, c’est tendu. La comparaison fait rire, mais souligne une vérité. Tenir l’auberge est plus que chronophage. « On a besoin d’être un peu seule de temps en temps », souligne Morgane. « Il faut réussir à donner de la place à nos vies personnelles. » Leurs compagnons, plutôt disponibles le week-end, sont alors mis à contribution pour servir les clients nombreux. « On espère pouvoir trouver un meilleur équilibre, pouvoir déléguer. » Et embaucher donc. Avis aux candidats ! « Quand on est coincé, on appelle pour avoir de l’aide, témoigne Zoé. Parfois nous sommes surprises par un groupe qui n’a pas réservé par exemple. Et en un instant… il n’y a plus de fromage blanc au kirsch ! » Famille et amis sont alors des soutiens précieux. « Et heureusement », clament en chœur les deux cousines. Elles sont d’ailleurs pleinement soutenues par leurs proches dans cette aventure. Une force supplémentaire qui permet à Morgane et Zoé de tracer leur chemin, passionnées par leur petit coin de montagne.












